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œuvre de si sainte et grande conséquence , fondée avec tant de pieté par S. A., périt faute de secours et d'ordre. Dieu par sa bonté conserve longuement V. A.,
Monseigneur, De laquelle je suis inviolablement très humble, très fidulô ei très obeyssant orateur et serviteur.
François , Ev. de Genève.
CLxvn.
AVIS
Qae le Saint a laissés aux Supérieures de la maison de la Visitation de la r«« St.-Antoine de Paris pour leur conduite, et sur le prix et /e mérite de la supériorité bien exercée *.
Puisque c'est le haut point de la perfection chrestienne de conduire les âmes à Dieu , Taimant qui a attiré Jesus- Clirist du ciel en terre pour y travailler, et consommer son œuvre dans la mort et par la croix, il est aisé de juger que celles qu'il employé à cette fonction se doivent tenir bien honorées, s'en acquittant avec un soin digne des espouses de celuy qui a esté crucifié et est mort comme un Roy d'amour, couronné d'éspines parmi la troupe de ses eslus , les encourageant à la guerre spirituelle , qu'il faut soutenir icy bas , pour arriver à la céleste patrie promise à ses enfans.
Ainsy, mes chères Filles, celles que Dieu appelle à la conduite des âmes se doivent tenir dans leurs ruches mystiques, où sont assemblées les abeilles célestes, pour mesnager le miel des saintes vertus ; et la Supérieure, qui est entre elles comme leur Royne , doit estre soigneuse de s'y rendre présente , pour leur apprendre la façon de le former et conserver ; mais il faut travailler cette œuvre et cette sainte besongne avec une entière sousmission à la sainte Providence , et un parfait encouragement à se bien exercer à l'humilité , douceur , et debonnaireté de cœur, qui sont les deux chères vertus que nostre Seigneur recommandoit aux Apostres destinés à la supériorité de l'univers, puisant dans le sein du Père céleste les moyens convenables à cet employ.
* Edités par M. Biaise parmi les lettres, tom. IV, pag. 72, n» 688, d'aprèt un manuscrit du monastère de la Visitation de la rue St.-Antoine.
Car ce n'est pas de vostre laict , ni de vos mammelles , que vous nourrissez les enfans de Dieu ; c'est du laict des juammelles du divin espoux, ne faysant autre chose que les .eur montrer , et dire : i^renez , sucez , tirez , vivez , et il vous secondera de son secours , et fera vostre besongne avec vous, si vous faites la sienne avec luy : or, la sienne est la sanctificarion et la perfection des âmes, pciir lesquelles il a'a pas trouvé juste de fuir le labeur requis à ia glorification du nom de son Père.
Travaillez-y donc humblement, simplement, et confidemment : il ne vous en arrivera jamais aucune distraction qui vous soit nuisible ; car ce divin maistre , qui vous employé à cet ouvrage , s'est obligé de vous prester sa tres-sainte main en toutes les occasions de vostre office, pourveu que vous correspondiez de vostre part, et par une tres-humble et courageuse confiance en sa bonté, ce II appelle à son service les » choses qui ne sont point, comme celles qui sont, et se sert » d'un rien comme de beaucoup pour la gloire de son nom. »
C'est pourquoy vous devez faire de vostre propre abjecdon la chaire et la chaisne de vostre supériorité, vous rendant en vostre néant vaillamment humble et humblement vaillante en celuy qui fit le grand coup de sa toute-puissance en l'humilité de sa croix.
Il vous a destiné un secours , un ayde et une grâce tressuffisante et abondante pour vostre soutien et appuy. Pensezvous qu'un si bon père comme Dieu voulust vous rendre ourrico de ces filles , sans vous donner abondance de laict , beurre , et de miel ? Le Seigneur a mis dans vos bras et sur vostre giron ces âmes , pour les rendre dignes d'estre ses vrayes espouses, en leur apprenant à regarder seulement ses yeux divins, à perdre petit à petit les pensées que la nature leursuggerera d'elle-mesme pour les faire penser uniquement en luy. Une fille destinée au gouvernement d'un Monastère ihai:gée4^ne grande et importante affaire , surtout quand
c'est pour fonder et establir. Mais Dieu estend son bras tout puissant à mesure de l'œuvre qu'il impose, et luy prépare de grandes bénédictions pour cultiver et gouverner la sacrée pépinière.
Vous estes les mères , les nourrices , et les dames d'atour de ces filles du roi. Quelle dignitt? a cette digmtél Quelle recompense, si vous faites cela avec l'amour ei les mammelles de mères! C'est une couronne que vous façonnez, et dont vous jouirez dans la félicité. Mais Dieu veut que vous la portiez toute dans vostre cœur en cette vie , et puis il la mettra sur vostre teste en l'autre. Les espouses anciennement ne portoient point de couronnes et de chapeaux de fleurs, qu'elles n'eussent elles-mesmes liées et agencées ensemble. Ne plaignez point, mes chères Filles, la perte de vos commodités spirituelles, et des contentemens particuliers que vous recevriez en vos dévotions , pour bien cultiver ces chères plantes ; ne vous lassant nullement d'estre mères, quoy que les travaux et les soucis de la maternité soient grands : car. Dieu vous en recompensera au jour de vos noces éternelles, vous couronnant de luy-mesme, puisqu'il est la couronne de ses Saints.