‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 122 sur 145 · SUITE DU MÊME SUJET · texte numérisé non relu

SUITE DU MÊME SUJET

Où \e Saint enseigne les moyens de se bien acquitter de cet office.

Puisque vous tenez, mes chères Filles , la place de Dieu dans la conduite des âmes , vous devez estre fort jalouses df* vous y conformer. Observez ses voyes , et non les voîicr^s soutenant fortement son attrait dans chacune^ en leur avdant le suivre avec humilité etsousmission, non Uxciur façon, maii à celle de Dieu , que vous connoistrez mieux qu'elles , tant que l'amour propre ne sera pas anéanti ; car il fait souvent prendre le change , et tourner l'attrait divin h nos caaieres et suites de nos inclinations-

■ o02 OPUSCULES

Portez toasjours à cet effet sur vos lèvres et. sur vos langues "le feu que vostre ardent espoux a apporte en terre dans les cœurs, à ce qu'il consomme tout Fliomme extérieur, et en reforme un intérieur tout pur , tout amoureux, tout simple, •et tout fort à bien ^.outenir les espr'^jives et exercices que sou cimour luy suggérera en leur faveur, pour les purifier, perfectionner et sanctifier ; et, afin de les y animer, montrezleur qu'il n'en est pas des rosiers spirituels comme des materriels : en ceux-cy les espines durent, et les roses passent; en ceux-là les espines passeront , et les roses demeureront : qu'elles n'ont des cœurs que pour estre les enfans de Dieu , en l'aymant, le bénissant, et le servant fidèlement en cette vie mortelle; et qu'il les a unies ensemble, afin qu'elles soient extraordinairement braves, hardies, courageuses, constantes, et soigneuses d'entreprendre et d'accomplir les grandes et , difficiles œuvres.

Car regardant meshui vos maisons comme la pépinière de plusieurs autres, il faut y enraciner les grandes et parfaites vertus d'une dévotion masle, forte et généreuse, de l'abnégation de l'amour propre, l'amour de son abjection, la mortification des sens, et la sincère direction, leur ostant cette petite "douilletterie et mollesse qui trouble le repos , et fait excuser et flatter les humeurs et inclinations : à quoy serviront les changements continuels que l'on exerce en vostre ordre , mesme des rangs , cellules , et officeries dans l'année , pour les affianchir d'estre attachées à cet employ ou à cet autre, et de l'imperfection d'une vaine et jalouse imitation , et les affermir à ne vouloir pas faire tout ce que les autres font, ains seulement tout ce que leurs Supérieures leur ordonneront, les faysant marcher dans cette unique et simple prétention d-e servir la divine Majesté d'une mesme volonté, mesme entreprise, mesme projet, afin que nostre Seigneur et -sa très-sainte Mère en soient glorifiés .Huis si quelques-unes se rendoient contraires à cette con-

<duite , vous pourriez , prenant sujet do les y exercer , leur faire voir leur ignorance, leur peu de raison et de jugement, de s'amuser aux présomptions et fausses imaginations qu»î produit la nature dépravée , combien l'esprit humain est opposé à Dieu, dont les secrets ne sont révélés qu'aux humbles ; qu'il n'est pas question en la religion de philosophes et de teaux-esprits , mais de grâces et de vertus, non pour en discourir, mais pour les pratiquer humblement, leur faysant faire et ordonnant les choses difficiles à faire et comprendre, et qui soient humiliantes, pour les destacher insensiblement d'elles-mesmes , et les engager à une humble et parfaite sousmission à l'ordre des Supérieures, lesquelles aussi doivent avoir une grande discrétion à bien observer le tems , les circonstances et les personnes.

Car c'est une chose bien dure, de se sentir destruire et mortifier en toute rencontre : néanmoins l'addresse d'une suave et charitable mère fait avaler les pilules ameres avec le laict d'une sainte amitié , montrant continuellement à ses filles une poictrine spirituelle pleine de bonnes veuës et de joyeux et gracieux abords, afin qu'elles y accourent en gayeté, et se laissent tourner par ce moyen comme des boules de cire, qui s'amolliront sans doute au feu de cette ardente charité. Je ne dis pas qu'elles soyent flatteuses , mais douces , amiables , et affables , aymant leurs Sœurs d'un amour cordial , maternel, nourricier et pastoral, se faysant toutes à toutes, mères à toutes, secourables à toutes , la joye de toutes , qui sont les seules conditions qui suffisent, et sans lesquelles rien ne suffi t.

Tenez la balance droitte entre vos filles , et que les dons naturels ne vous fassent point distribuer iniquement vos affections et vos bons offices. Combien y a-il de personnes maussades extérieurement, qui sont très aggreables aux yeux de Dieu? La beauté, bonne grâce, bien parler, donnent souvent de grands attraits aux personnes qui vivent encore

selon leurs inclinations ; et la charité regarde la vraye vertu, et la beauté intérieure, et se respand cordialement sur toutes

sans particularité.

Ne vous estonnez point de vous voir controollées en vostre gouvernement : vous devez doucement tout ouïr, et puis le proposer à Dieu, et vous en conseiller avec vos coadjutrices; après quoy faire ce qui est estimé à propos, et avec une sainte confiance que la divine Providencp réduira tout à sa gloire. Mais faites cela si suavement, que vos inférieures ne prennent point occasion de perdre le respeo^ qui est deu à vos charges, ni de penser que vous avez besoin d'elles pour gouverner, ains pour suivre la règle de la modestie, humilité, et ce qui est porté par les Constitutions. Car, voyez-vous, il faut, autant qu'il est possible , faire que le respect de nos inférieures envers nous, ne diminue point Tamour, ni Tamour ne diminue point le respect, et si quelque seur ne vous craignoit et traitoit pas avec assez de respect, remontrez-lu^ à part qu'elle doit honnorer votre office , et coopérer avec les autres à conserver en dignité la charge qui lie toute la Congrégation en un corps et en un esprit.

Tenez bon pour l'estroite observance des règles, pour la bienséance de vos personnes et de vos maysons. Faites observer un grand respect aux lieux et aux choses sacrées^ Ne disputez point du plus ou moins du temporel , puisque cela est plus conforme à la douceur que nostre Seigneur enseigne à ses enfans. L'esprit de Dieu est généreux ; ce que l'on gagneroit en ce rencontre , on le perdroit en réputation : Bnfin la paix est une sainte marchandise , qui mérite d'estre achetée chèrement. Conservez la douceur avec l'égalité d'humeur, et suavité de cœur entre les tracas et la multiplicité des affaires. Chacun attend de vous le bon exemple joint à une charitable debonnaireié ; parce qu'à cette vertu, comme à l'huile de la lampe, tien^ la flamme du bon exemple, n'y ayant rien qui édifie tant quH la charitable debonnaireté.

Servez-vous volontiers des conseils lorsqu'ils ne seront point contraires au projet que nous avons résolu de suivre en tout Tesprit d'une suave douceur, et de penser plusàrinterieur des âmes qu'à Texterieur : car enfin, la beauté des filles du roi est au deda7is\ qu'il faut que les Supérieure» cultivent, si elles n'ont elles-mesmes ce soin, crainte qu'elles ne s'y endorment dans leur chemin , et ne laissent esteindre leurs lampes par négligence; car il leur seroit dit indubitablement comme aux vierges folles se présentant pour entier au festin nuptial : Je ne vous connois point ^. Ne me dites point que vous estes imbéciles ; la charité , qui est la robe nuptiale, couvrira tout. Les personnes qui sont en cet estât, excitent ceux qui les connoissent à un saint support , et donnent mesmes une tendresse de dilection particulière pour elles , pourveu qu'elles tesmoignent de porter dévotement et amiablement leur croix.

Je vous recommande à Dieu pour obtenir ses saintes grâces dans vos conduites, afin que, tout à son gré et par vos mains, il façonne les âmes, ou par le marteau , ou par le ciseau , on par le pinceau , pour les former toutes selon son bon playsic^ vous donnant à ce dessein des cœurs de pères, solidesi, fermes et constans, sans omettre les tendresses de mères, qui font désirer les douceurs aux enfants suivant l'ordm divin, qui gouverne tout avec une force toute suave et un» suavité toute forte.

* Omnis gloria ejus filiae régis ab intùs. ^salm. XUV, 14. » Nescio vos. Matlh., XXV, li

LETTRE

ou COPIE D UN MANUSCRIT, TIRE DU AIONASTERE DE LA VISITATION DE LA RUB

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