‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 124 sur 145 · POUR MON AMENDEMENT · texte numérisé non relu

POUR MON AMENDEMENT

Tay jugé qu'il vous seroit extrêmement utile de tascher de tenir vostre ame en paix et en tranquillité ; et pour cela il faut que le matin en vous levant vous commenciez cet exercice , faisant vos actions tout doucement , pensant à ce que vous avez à faire dans l'exercice du matin, prenant garde de ne point laisser espancher vostre esprit le long de la journée : observez tousjours si vous estes en cet estât de tranquillité; et sitost que vous vous en trouverez dehors , ayez un grand soin de vous y remettre, et cela sans discours ni effort.

Je ne veux pas dire pourtant que vous vous bandiez continuellement l'esprit pour vous tenir en cette paix; car il faut que tout cecy se fass^ avec une simplicité de cœur tout amoureuse, vous tenant auprès de nostre Seigneur comme un petit enfant auprès de son père; et quand il vous arrivera de faire des fautes, quelles qu'elles soient, demandez- en pardon tout doucement à nostre Seigneur, en luy disant que

* C'est la 689» de la collection-Biaise.

TOUS estes bien asseurée qu'il vous aime bien, et qu'il vous pardonnera; et cela tousjours simplement et doucement.

Cecy doit estre vostre exercice continuel ; car celte tiimpli- «ité de cœur vous empeschera de penser distinctement (car itOTis ne sommes pas maistres de nos pensées, pour n'en avoir que celles que nous voulons)^, qu'à ce que vous aurez à faire tî à ce qui vous est marqué, sans espancher vostre ame, ni à vouloir, ni à désirer autre chose; et fera que toutes ces j»n»tentions de plaire , et ces craintes de desplaire à nostre ïoere, s'esvanouiront, reservant le seul désir de plaire à Dieu,, qui est et sera l'unique objet de nostre ame.

Lors qu'il vous arrivera de faire quelque chose qui pourwo'd fascher ou mal édifier les Sœurs, si c'estoit chose d'une ^ande iuiportance , excusez-vous, en disant que vous n'avez ^s eu mauvaise intention, s'il (îst vray; mais si c'est chose ^^eve et qui ne tire point de conséquence, ne vi^ns excusez point, observant tousjours de faire cela ave^ Suceur et tran- ^illité d'esprit, comme aussi de recevoir les avertissemens.

Et si bien vostre partie inférieure s'esmeut et se trouble, ne vous en mettez pas en peine, taschant à garder la paix «nmi la guerre; car peut-estre ne sera-t'il jamais en vostre pouvoir de n'avoir pas du sentiment estant reprise ; mais TOUS sçavez très bien que les sentimens, non plus que toute autre tentation , ne nous rendent pas moins aggreables à Dieu , pourveu que nous n'y consentions pas.

Vous vous trompez en croyant que vous devriez faire des actes vifs, pour vous desfaire de ces sentimens et troublefv ^e la partie inférieure ; c'est au contraire , il n'en faut faire Buî estât , mais passer simplement chemin, sans lesregardei sseulement. Que s'ils vous inportunent trop, il faut se niocqmeK ^e tout v^^'r» ^ rmHTiï ;çx: U ' t ieur faire. la moue ; et cela paar^ un simple regard de la partie supérieure; après. quay- il nly feu t phis penser,, quoy qu'ils vueillentdipe«^

Et tout dje. mesme ea est-il des pensées de jalousie oa

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d'envie , et mesme de ces attendrissemens que vous avez sur vos commodités corporelles, et semblables tricheries, qui vont ordinairement roulant autour de nos esprits, retranchant à vostre ame tout autre soin que celui de se tenir en paix et en tranquillité, je dismesmeceluydevostre propre perfection; car je remarque que ce trop grand soin de vous perfectionner vous nuit beaucoup , d'autant que dés qu'il vous arrive de faire des fautes , vous vous en inquiétez , parce qu'il vous semble que c'est toujours contre la prétention que vous avez de vous amender.

Tout de mesme, si Ton vous monstre quelque défaut en vous, vous entrez en descouragement ; et tout cecy , il ne le faut plus faire , ains vous affermir à cela , de ne point vous laisser troubler pour quoy que ce soit. Que si néanmoins il vous arrive de le faire , nonobstant vostre resolution , ne vous faschez pas pour,tant ; ains remettez-vous en tranquillité tout aussitost que vous vous en apercevrez , et tousjours de là mesme façon que je vous ay dit , tout simplement , sans efforts ni secousse d'esprit.

Et ne pensez pas que cecy soit un exercice de quelques jours ; oh! non, car il y faut bien du temps et du soin pour parvenir à cette paix. Il est vray pourtant que , si vous vous y rendez tidele, nostre Seigneur bénira vostre travail. Sa bonté vous attire à cet exercice, c'est une chose toutasseurée : c'est pourquoy vous estes grandement obligée à vous y rendre fidèle ^ pour correspondre à sa volonté : il vous sera difficile, d'autant que vous avez l'esprit vif, et qu'il s'arreste et s'amuse à chaque objet qu'il rencontre ; mais la difficulté ne vous doit pas faire entrer en descouragement , pensant de ne pouvoir parvenir au but de vostre prétention. Faites tout bonnement et tout simplement ce que vous pourrez, sans vous mettre en peine d'autre chose.

Et tout de mesme, quand vous arrestez quelque chose quy ne: era bien pris selon vostre intention, passez outre, pensant

à ce que vous avez à faire. Regardez nostre Seigneur, et laschez d'aller au Dieu de toutes choses, multipliant le plus que vous pourrez les oraisons jaculatoires, les vues intérieures, les retours, les eslans fervens de vostre '^^piit en Dieu , et je vous asseure que cecy vous sera fort utile.

Dieu vous veut toute et sans aucune reserve , et toute lîne nue, et despouillée; c'est pourquoy il faut que vous ayez grand soin de vous desfaire de vostre propre volonté , car il n'y a que cela seul qui vous nuise , d'autant que vous l'avez toujours extrêmement forte , et vous estes fort attachée à vouloir ce que vous voulez.

Embrassez donc bien fidèlement cet exercice , puisque je vous le dis avec la charité de Dieu et la connoissance que j'ay de votre nécessité , c[ui est que vous regardiez la providence de Dieu aux contradictions qui vous seront faites , Dieu les permettant afin de vous destacher de toutes choses, pour vous mieux serrer à sa bonté , et unir à luy; car je sçay qu'il veut que vous soyez sienne, mais d'une façon toute particulière.

Rendez-vous donc bien indifférente, si on vcîis accordera, ou non, ce que vous demanderez, et ne laissez pas de demander tousjours avec confiance : et demeurez en l'indifférence d'avoir des biens spirituels , ou non ; et quand vous sentirez que la confiance vous manque pour recourir à nostre Seigneur, à cause de la multitude de vos inqieifections , faites alors jouer la partie supérieure de vostre ame, disant des paroles de confiance et d'amour à nostre Seigneur, avec le plus de ferveur, et le plus fréquemment qu'il se pourra.

Ayez un grand soin de ne vous point troubler lorsque vous aurez fait qiu-lque faute, ni de vous laisser aller à des attendrissemeub sur vous-mesme , car tout cela ne vient que d'orgueil; mais humiliez -vous promptement devant Dieu, et que ce soit d'une humilité douce et amoureuse , qui ,vous porte à la confiance de recourir soudain à sa bonté, vous asseurant qu'elle vous aydera pour vous amender.

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Je ne veux plus que vous soyez si tendre, ains que cornai? uue fille forte vous serviez Dieu avec un grand courage, mt regardant que luy seul ; et partant, quand ces pensées, si V^t vous ayme ou non, vous arrivent, ne les regardez pas seuîement, vous asseurant que Ton vous aymera tousjours autâa» que Dieu le voudra ; et que cela vous suffise , que la voloiili de Dieu s'accomplisse en vous , qui estes obligée d'une obligation particulière de vous perfectionner; car Dieu veut se servir àe vous. Faites-le donc, et pour cela taschez à î<Mt aimer vostre propre abjection, laquelle vous empescherade vous troubler de vos défauts.

Prenez soin de tenir vostre esprit en paix et occupé des choses hautes y le tirant fidèlement de l'attention que vous faites sur vous-mesme, principalement quand vous avez dm. chagrin, et que vous n'avez point de courage. Occupez- vous à dire à nostre Seigneur que vous en voulez avoir, et que vous ne consentirez jamais à ce que le chagrin vous suggei»; vous feriez encore mieux de vous divertir , faisant accroii«à vostre esprit qu'il n'en a point, n'en faysant non plus d^ estât que si vous ne sentiez point l'effort de cette passion.

Plus vous vous sentez pauvre et destituée de toutes sortes de vertus, ayez de plus grandes prétentions de bien faii^ Ne vous estonnez point des mauvais sentimens que vous avez, | pour grands qu'ils soient ; mais ayez soin en ce tems- là de multiplier les oraisons jaculatoires, et retour de vostre esprit en Dieu ; et , comme vous avez une grande nécessité de U douceur et de l'humilité, prenez soin de mettre fort souvenÉ emmi la journée vostre cœur en la posture» d'une humble douceur.

Et quand vous serez reprise ou corrigée de quelque chos^ essayez-vous tout doucement d'aymer la correction , et m vous faschez pas si la partie inférieure s'esmeut ; mais faitel régner la partie supérieure, afin que vous fassiez ce que Toai veut de vous en cette occasion.

DE S. FRANÇOIS DE SALES. 5!f

Ne soyez point tant amie de vostre paix que , quand en vous i'ostera par quelque commandement, ou correction, ou contradiction, vous en demeuriez troublée; car cette paix qui ne veut point estre agitée est recherchée par Tamour propre.

Or, maintenant je vous dis que vous ayez un soin très particulier de vous rendre esgale en vos humeurs , sans jamais laisser paroistre en vostre extérieur aucun changemen^

Quelle apparence y a-t'il de monstrer ainsi vos imperfections , puis que cela empesche que Dieu ne soit servy de vous ainsi qu'il le désire ? Cette esgalité de vostre maintien exte* rieur manque à l'accomplissement des talens que Dieu vous a. donnez. Considérez donc souvent quel desplaisir ce vous sera, et ce vous doit estre, de voir que vous manquez de correspondance à la volonté de Dieu , puis qu'il a laissé à vostre pouvoir d'acquérir cela, qui doit perfectionner et accomplir vostre talent.

Travaillez fidèlement pour cela j bandez toutes les forcée de vostre esprit pour l'acquérir, et prenez garde que la mor^^ tifîcation reluise en vostre extérieur ; en sorte que les séculiers trouvent plus de sujet de l'observer, que non pas de bonne mine ïii de bonne façon.

Yous devez avoir un très grand soin de vous pencher toute du costé de l'humilité, puis que vous avez une si grande inclination à l'orgueil et à la propre estime. Ne doutez point qu'ayant acquis cette vertu, vous n'ayez quand et quanf toutes celle^^ dont vous avez nécessité. Approfondissez- voue fort souvent ^^^ Vabysme de vostre néant devant nostre Seigneur et devant isostre Dame. Mais ressouvenez-vous de es que j'ay dit en Feûtretien de l'humilité; et toutes fois el quantes qu'elle ne produit pas ce fruit, elle est suspecte et indubitablement fausse. Aneantissez-vous en la connoissance de vostre petitesse ; mais soudain après relevez vostre esprit; pour considérer ce aue Dieu veut de vous.

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