A LA MÈRE FAVRE
Le Saint blàine l'aitacheinent de quelques Religieuses à leurs emplois, et Viv constance d'une autre qui ne'se plaisoit pas dans le lieu où elle étoit.
Je ne puis penser, ma tres-chere Fille , que Monseigneur rAi'cheves([iie "^ apporte aucun surcroist de loys à vostre mayson , pnis({u'il a veu que celles qu'on a prattiquées sonL grâces à Dieu , bien receiies. Que s'il luy playsoit de faire quelque notable changement , il le faudroit supplier qu'il luy plust de rendre ses ordonnances compatibles à la sainte correspondance que ces maysons doivent avoir toutes ensemble en la forme de vivre ; à quoy ces messieurs que vous scavés vous assisteront de leurs remonstrances et inter^ cessions.
Car, à la vérité, ce seroit chose, à mon advis, de mauvaise édification , de séparer et disjoindre l'esprit que Dieu a voulu eslre un en toutes ces maysons. Mais j'espère en nostre "èeï'j^ueuv quil vous donnera la bouche et la sagesse convenable en cette occasion '\ pour respondre saintement, humblement et doucement. Yivés toutes en cette sacrée colfiance , ma très chère fille.
J'escrivis Taiitre jour à nos Seurs de A' ab-nce ; et u" chère petite douce fondatrice est h-pii heureuse (Tovnir à souiïrir
1 C'est la 24e du livre Vî des anciennes éditions, et la 694' de la collectiott Biaise.
2 M. l'Archevêque de Lyon.
3 Dabo vobis os et sapientiam, ciii non poterunt resistere et contradicero omnes adversarli vestri. Luc, XX!- î5
quelque chose pour nostre Seigneur, qui , ayant fondé l'Eglise militante et triomphante sur la croix , favorise tousjours ceux qui endurent la croix; et puisque cette petite créature doit demeurer peu en ce monde , il est bon que son loysir soit employé à la souffrance.
J'admire ces bonnes Seurs qui s'affectionnent si fort à leurs charges. Quelle pitié , ma tres-chere Fille ! Qui n'affectionne que le maistre le sert gayement, et presque esgalement en toutes charges. Je pense que ces filles ainsy faites n'eussent pas esté bonnes pour célébrer le mystère d'aujourd'huy,* : car si nostre Dame leur eust donné nostre Seigneur entre leurs bras, jamais elles ne l'eussent voulu rendre; mais S. Simeon tesmoigne bien que , selon son nom ^ , il avoit la parfaite obeyssance, recevant cette douce charge si doucement, et la rendant si joyeusement.
J'admire bien encore cette autre Seur qui ne se peut plaire où elle est. Ceux qui ont la santé forte ne sont point sujets à l'air ; mais il y en a qui ne peuvent subsister qu'en changeant de climat. Quand sera-ce que nous ne chercherons que Dieu! 0 que nous serons heureux quand nous serons arrivés à ce poinct-là ! car par tout nous aurons ce que nous chercherons , et chercherons par te Jt ce que nous aurons. Dieu vous fasse de plus en plus prospérer en son pur amour, ma très chère Fille , avec toutes vos chères Seurs ^ que je salue , etc.
* La Présentation de Notre-Seigneur au temple.
• Siméon est un nom qui, en notre langue, signifie une personne qui é4;outii, une personne ol^(^iR=antfi-^
AVIS
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION*
CSioix de jeunes filles destinées pour être envoyées en France. Une Supérieure de la Visitation ayant consulté le Saint à l'égard d'une fille qui avoit une conduite extraordinaire, il répond qu'il faut l'examiner de près et avec loisir, et l'éprouver par des emplois vils. Quand la présence du père spirituel est nécessaire pour les contrats. Il faut faire un juste choix des livres i^qu'il convient de faire lire à la communauté. On doit parler avec retenue des voies par lesquelles Dieu nous conduit. En quel cas les saillies de l'amour-propre ne sont pas dangereuses. Pourquoi Dieu nous laisse nos mauvaises inclinations. Il ne veut pas d'empressement dans son service.
* Voyla que dés avant hier, nous sommes dans le choix des filles qu'il faut envoyer en France, ma très chère Fille. Et nostre mère m'escrit que vous luy en donnerés une , et la mayson de Lyon une autre , qui avec les huit que nous en fournirons , feront le nombre qu'elle désire. Mais je ne sçay pas encore comme nous ferons pour aller prendre la vostre. Or, on y pensera , et cependant parmi ce tracas , je vous respons, ma très chère Fille, le plus courtement que je pourray.
Je voy en cette Seur (Anne Marie) je ne sçay quoy de bien bon , et qui me plaist. Il y a un peu d'extraordinaire qui doit estre considéré sans empressement , alïin qu'il n'y arrive point de surprise, ny du costé de la nature qui se flatte souvent par l'imagination, ny du costé de l'ennemy qui nous divertit souvent des exercices de la solide vertu, pour nous occuper en ces actions spécieuses. Il ne faut pas trouver
* C'est la 704" lettre de la seconde édition Biaise, et la 17e du livre V[ des anciennes éditions. Les trois alinéas marqués d'une étoile ont paru pour la première fois dans l'édition Biaise.
DE S. FiJANCGiS DE SALES. 539
eslrange qu'elle ne soit pas si exacte à faire ce qu'elle fait i car cela arrive souvent aux personnes qui sont attachées à l'intérieur, et ne se peuvent tout à coup si bien ranger en toutes choses; de sorte qu'en un mot il faut empescber qu'elle ne fasse grand cas de ces vëus , de ces sentimens et douleurs , ains que ^ sans faire beaucoup de reflexion sur tout cela , elle fasse en simplicité les choses ausquelles on l'employé. On k pourra retirer de la cuisine , après qu'elle y aura encor servy quelque tems. 0 que cette cuisine est excellente et ayniable , parce qu'elle est vile et abjecte î
On peut retirer les Seurs du Chœur au r<ing de associées , et les associées au rang de celles du Choeur, quand la rayson le requiert, ainsy qu'il est dit des Seurs domestiques * au premier chapitre des Constitutions.
* Si je vay à Rome , j« m'essayeray de servir Madame de Sautereau en son désir.
De sçavoir qaand es contrats il est requis que le Père spirituel soit présent ou non , cela dépend de la nature des contrats ; car il y en a où cela est requis , et des autres où cela n'est pas requis, comme l'Evesque en quelques contrats a besoin de la présence de son Chapitre , en des autres non. C'est aux gens d'intelligence de marquer cela es occasions ; car on n'en sçauroit faire une règle générale.
* Il y a quelquefois de l'incommodité; mais on ne sçauroit comme l'oster sans tomber en une plus grande. Que M. Butine se nomme vostre Père spirituel , ou non , dans les contrats , cela ne fait ni froid , ni chaud ; car ce nom-là se peut entendre en diverses sortes.
On peut laisser lire le livre de la Volonté de Dieu jusques au dernier , qui , estant assez inintelligible , pourroit estre entendu mal à propos par l'imagination des lectrices , lesquelles , désirant ces unions , s'imagineroient aysement de les avoir, ne sçachant seulement pas ce que c'est.
* Des Sœurs converses.
J'ay veu des femmes religieuses, non pas de la Visitation, qui , ayant leu les livres de la Mère Thérèse , trouvoyent pour leur compte qu'elles avoyent tout autant de perfections et d'actions d'esprit comme elle , bien qu'elles en fussent bien esloignées, tant Famour propre nous trompe. Cettn parole, a Nostre Seigneur soutfre en moy telle ou telle chose, » est tou^ à fait extraordinaire; et bien que nostre Seigneur ayt ditquelquesfois qu'il souffroit en la personne des fciieiîs, pour les honnorer, si est-ce que nous ne devons parler si avantageusement de nous-mesmes ; car nostre Seigneur ne souffre qu'en la personne de ses amis et serviteurs fidèles; et de nous vanter ou prescher pour telz, il y a un peu de présomption ; souvent l'amour propre est bien aise de s'en faire accroire.
Quand le médecin doit entrer dans le Monastère pour quelque malade, il suffit qu'il ait licence au commencement par escrit , et elle durera jusques à la fin de la maladie ; le charpentier et le maçon, jusques à la fin de l'œuvre pour laquelle il entre.
Vostre chemin est très bon , ma très chère Fille ; et n'y a rien à dire , sinon que vous allez trop considérant vos pas , crainte de cheoir. Vous faites trop de reflexion sur les saillies de vostre amour propre, qui sont sans doute fréquentes, mais qui ne seront jamais dangereuses , tandi*=^ que tranquillement , sans vous ennuyer de leur impoi'tunité , ni vous estonner de leur multitude , vous dires non. Marchés simplement, ne désirés pas tant le repos de l'esprit, et vous en aurés davantage.
Dequoy vous mettés-vous en peine? Dieu est bon , il voit bien qui vous estes : vos inclinations ne vous sçauroient nuu^e , pour mauvaises qu'elles soient , puiï^qu'elles ne vous sont laissées que pour exercer vostre volonté supérieure à faire une union à celle de Dieu plus avantageuse. Tenés vos yeux eslevés, ma très chère Fille, par une parfaite confiance
DE «. wnANCOlS DE SALES. 541
en la bonté de Dieu. Ne vous empressés point pour Joy ; car il a dit à Marthe ^ qu'il ne le vouloit pas , ou du moins qu'il trouvoit meilleur qu'on n'eust point d'empressement , non pas mesme à bien faire.
N'examinés pa'i tant vostre ame de ses progrés. Ne veuilles pas estre si pavfaitte, mais à la bonne foy faites vostre vie dans vos exercices , et dans les actions qui vous occurrent de tems en tems. Ne soyés point soigneuse du lendemain. Quant à vostre chemin, Dieu qui vous a conduitte jusques à présent , vous conduira jusques à la fin. Demeurés tout à fait en paix , sur la sainte et amoureuse confiance que vous devés avoir en la douceur de la Providence céleste.
Priés tousjours bien dévotement nostre Seigneur pour moy qui ne cesse de vous souhaitter la suavité de son saint amour, et en iceluy celle de la dilection bienheureuse du prochain -, que cette souveraine majesté ayme tant. Je m'imagine que vous estes là en ce bel air , où vous regardés comme d'un saint hermitage le monde qui est en bas , et voyés le ciel, auquel vous aspirés, à descouvert. Je vous asseure, ma très chère Fille, que je suis grandement vostre, et croy que vous faites bien de vivre totalement dans le giron de la Providence divine , hors de laquelle tout n'est qu'affliction vaine et inutile.
Dieu soit à jamais au milieu de vostre cœur. Amen.
^ « Marina, Martha, «sollicita es et turbaris ergà plurima ; porrè unum est nec^ssarium. » Luc.« X, 4i.
LETTRE IFBACMNT)!.
Il ne faut pas recevoir à la profession avant Vige compétent. Des sorties
hors du monastère.
Qu'on ne reçoive pas avant Taage. Quant à celles que les Pères Capucins présentent, il y a moins de hazard, parce qu'on en sera quitte , les gardant quelque tems en leurs habits mondains ; et cela tiendra lieu de première vëu.
Je disois , quant aux sorties extraordinaires , qu'il y falloit enfermer les visites des proches parens malades de maladies de conséquence , la visite des Eglises es jubilés généraux , et de venir à certains sermons célèbres , comme de la Passion, et. de toutes autres occurrences que la Congrégation des Seurs, avec l'advis du Père spirituel , jugeroit dignes de sortir pour quelques insignes charités, comme d'aller visiter quelque insigne bienfaitrice et amie.
» Tirée du monastère de la VîsUanon de la rue St.-Aatoine. C'est la 698* de la collection Biaise.
Vv^/\/w^A^'
LETTRE
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
Les Religieuses de la Visitation peuvent faire entrer chez elles leurs bienfaitrices; elles ne doivent point en bannir les iilles qui, ayant failli, se re« pentent véritt\)lement.
Je ne trouve nul inconvénient qu'on reçoive Madame de 151. et telle autre bienfaitrice , sur tout quand elles ne veulent plus sortir du monastère, ou que du moins elles en veulent sortir peu souvent; car en cela il n'y a rien de contraire à; la bienséance.
Je ne croy pas que les monastères de la Visitation doivent esconduire toutes les filles repentantes. Il faut modérer la prudence par la douceur, et la douceur par la prudence ; il y a quelquesfois tant à gagner es âmes pénitentes , qu'on ne leur doit rien refuser.
11 me semble que les balustres doivent estre à la grille du chœur comme à celle du parloir.
Je pense qu'ouy, ma très chère Mère , qu'il faudra dire qu'avec un peu de loysir on pourra pourvoir à Marseille.
Nos Seurs vous auront escrit que l'on a envoyé des Seiirs à Belley, et je vous dis que dans peu de tems il en faudra pour Chambery.
Madame la Duchesse de Mantoue a de grands désirs pour l'advancement de nostre institution ; c'est une très digne princesse , et ses Seurs aussi.
Nostre Seur N. m'escrit que quelques Religieuses, bonnes
* C'est la 13e du livre VI des anciennes éditions, et la 699^ de la collection Biaise.
'vT
servantes de Dieu , la contrarient à descouvert. Je luy ay escrit un billet, qu'elle demeure en paix. Je ne laisseray jamais sortir de mon esprit , Dieu aydant , cette maxime, « qu'il ne faut nullement vivre selon la prudence humaine , » mais selon la foy de l'Evangile. Ne vous défendes point» » mes très chers *, dit S. Paul. Il faut combattre le mal t> par le bien *, l'aigreur par la douceur, et demeurer en n paix. y>
Et ne commettes jamais cette faute , de mespriser la sainteté d'un Ordre ni d'une personne pour la faute qui s'y commet sous Terreur d'un zèle immodéré. Ma très chère Mère, Dieu soit à jamais vostre unique dilection.
1 Non vosmetipsos defendentes, carissimi, sed date locum irae. Rom., jtll, 19.
• Noii vinci à niîilo, sed vince in bono malum. Ibid., 3t.
\/\/\/\/\/\/\/>y\/Vr ,
LETTRE
A UNE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION
les Religieuses doivent être soumises à la juridiction des évoques.
Ma très chère Mère ,
Je voy des gens de qualité qui pensent grandement, et j agent •qu'il faudra que les monastères soient sous l'autorité des ordinaires, à la vieille mode restablie presque par toute l'Italie , ou sous l'autorité des religieux , selon l'usage introduit dés il y a quatre ou cinq cens ans , observé presque en toute la France. Pour moy, ma très chère mère , je vous confesse franchement que je ne puis me ranger pour le présent à l'opinion de ceux qui veulent que les monastères des filles soient sousmis aux religieux, et sur tout de mesme ordre , suyvant en cela l'instinct du Saint Siège , qui , où il peut bonnement le faire, empesche cette sousmission. Ce n'est pas que cela ne se soit fait et ne se fasse encore à présent lotia- Mement en plusieurs lieux; mais c'est qu'il seroit encore plus lotiable s'il se faisoit autrement : sur quoi il y auroif; plusieurs choses à dire.
De plus, il me semble qu'il n'y a non plus d'inconveniens que le pape exemte les filles d'un institut de la jurisdiction des religieux du mesme institut, qu'il y en a eu à exemter les monastères de la jurisdiction ordinaire , qui avoiî une si excellente origine et une si Jongue possession. Et en fin il me semble que véritablement le pape a sousmis
* C'est la 14* {ai. 9e) du livre VI des anciennes édition^;, et la 700e de la coliectiou-Ilaise.