CLXXVIII
LETTRE
A irXE SUPÉRIEURE DE LA VISITATION.
Eloge de la sœur assistante d'un monastère de la Visitation. On peut recevoir^ contre le sentiment de la prudence humaine, une fille qui, ayant un caractère vicieux, se comporte par l'esprit de la grâce, et fait violence àla nature.
Ma très ehere Mère ,
En fin Dieu a voulu que ma Seur N. soit demeurée assistante par la pluralité des voix, et il veut tousjours le mieux; car c^est une bonne femme , sage , constante , et véritable servante de nostie Seigneur ; un peu seiche et froide de visage, mas bonne de cœur, courte en paroles, mais moelleuse. Nous ne faysons guère de préface elle et moy, ni d'appendices non plus.
Mais il faut que je vous die que nostre Seur N. est une fille tout à fait admirable en paroles , en maintien, en effet; car tout cela respire la vertu et pieté.
Je suys tout à fait de vostre advis et de celuy de^^^strebon Père N., pour ma Seur N. Qu'une fille soit de tant mauvais naturel qu'on voudra : mais quand elle agit en ses essentiels deportemens par la grâce , et non par la nature, selon ia grâce , et non selon la nature , elle est digne d'estre recueillie avec amour et respect , comme temple du saint Esprit , loup par nature , mais brebis par grâce. 0 ma Mère ! je crains souverainement la prudence naturelle au discernement des choses de la grâce : et si la prudence du serpent
* C'est la 15e [al. 10^) du livre VI des anciennes éditions, et ia 701^ de- la»collection-Bl lise.
n'est destrempée en la simplicité de la colombe du saint Esprit, elle est tout à fait vénéneuse.
J'admire ces bons Pères qui croyent qu'on doive adjouster que l'on fait vœu aux Supérieurs : s'ilz voyoient la profession des Bénédictins , qui est la profession des plus anciens et peuplés monastères , ilz auroient donc bien à discourir ; car il n'y est fait mention quelconque, ni des Supérieurs, ni des vœux de chasteté , pauvreté et obeyssance , ains seulement de stabilité au monastère, et de la conversion des mœurs selon la règle de saint Benoist. Qui promet l'obeyssance selon les constitutions de sainte Marie , pi^omet l'obeyssance et l'observance des vœux à l'Eglise et aux Supérieurs de la congrégation ou monastère. En somme , il faut demeurer en 'paix ; car qui voudra meshui ouïr tout ce qui se dira, aura fort à faire.
DE S. FRANÇOIS DE SaLIv . 549
lettre'