A LA MÈRE FAVRE
Le Saint l'instruit des avis qu'elle croit donner aux postulantes avant leur
vêture.
Je vous seconderay le plus doucemen* qu'il me sera possible , ma très chère Fille , en vostre juste intention ; bien qu'entre nous il n'y a ni second ni premier, ains une simple unité. J'ay pensé que peut-estre il seroit à propos demain , qu'avant de venir à la sainte Messe, vous fissiés appeller toutes vos filles vei's vous , et puis que vous fissiés venir les deux qui doivent estre receuës, et qu'en présence des autres vous leur dissiés trois ou quatre parolles de ce sens :
Avertissomens aux postulantes de la Visitation de Sainte-Marie , que les Supérieures peuvent leur donner avant la messe devant toute la communauté, le jour qu'elles prennent l'habit.
Vous nous avés demandé d'estre receuës entre nous pour y servir Dieu en unité de mesme esprit et de mesme volonté; et , espérant en la bonté divine que vous vous rendrés bien affectionnées à ce dessein , nous sommes pour vous recevoir ce matin au nombre de nos Seurs novices , pour, selon l'advancement que vous ferés en la vertu , vous recevoir peir a{)ies à la profession , dans le temps que nous adviserons. Mais , avant que de passer plus outre , pensés derechef bien en vous-mesmes à l'importance de ce que vous entreprenés, v/dv il seroit bien mieux de n'entrer pas parmi nous, qu'âpre?
• C'est là 16* du livre VI des anm'finnes éditions, et la 702e de la coUectioa Biaise.
-y estre entrées donner quelque occasion de n'estre pas rexeuës à la profession : que si vous avés bonne volonté , vous devés espérer que Dieu vous favorisera.
Or, entrant céans, sçacliés que nous ne vous y recevons que pour vous enseigner tant que nous pourrons, par exemples et advertissemens , à crucifier vostre corps par la mortification de vos sens et appétits de vos passions, humeurs et inclinations, et propre volonté; en sorte que tout cela soit de^^ormais sujet à la loy de Dieu et aux règles de cette congrégation.
Et à cet efFect, nous avons commis la peine et le soin particulier de vous exercer et instruire, à ma Seur de Brechart icy présente, à laquelle partant vous serés obeyssante, et .^rescoQterés avec respect et tel honneur, qu'on connoisse ' que ce n'est pas pour la créature que vous vous soumeUés à la créature, mais pour l'amour du Créateur, que vous reconmoissés en la créature ; et quand nous commettrions une 'autre, quelle qu'elle fust, pour estre vostre maistresse, vous devriés luy obeyr avec toute humilité pour la mesme rayson, sans regarder en la face de celle qui gouvernera , mais en la face de Dieu qui l'a ainsy ordonné.
Yous entrerés donc dans cette eschole de nostre congrégation , pour apprendre à l)ien porter la croix de nostre Seigneur par abnégation , renoncement de vous-mesmes , résignation de vos volontés , mortification de vos sens ; et moy je vous cheriray cordialement, comme vostre seur, mère, et servante : toutes nos Seurs vous tiendront pour leurs Seurs
Ires-avmées.
Cependant vous aurés ma seur de Brechart pour mais- Yesse, à laquelle vous obeyrés, et suy vrés ses advertissemeiLS jivec humilité , sincérité et simplicité , que nostre Seigneur requiert en toutes celles qui se rangeront en cette congregition.
Yous vous tromperies bien , si vous pensiés estre venues
|K)ur avoir plus grand repos qu'au monde; car, au contraire, nous ne sommes ici assemblés que pour travailler diligenîment à desraciner nos mauvaises inclinations , corriger nos défauts , acquérir les vertus. Mais bienheureux est le travail qui nous donnera le repos éternel.
Suite de la lettre.
Or je ne dis pas , ma très chère Fille , que vous disiés m ces parolles, ni tout cecy ; mais ce que vous verres à propos, plus pour Tedification et réveil des autres que pour
celles-cy.
Je treuverois encore bon qu'après que vous aurés tiré quelque promesse d'elles, qu'elles se comporteront bien,
vous adjoustassiés :
Continuation des avis.
Bénies seront celles qui vous donneront bon exemple, et qui vous consoleront dans vostre entreprise. Amen.
Goncinsion de la lettre. .
Voyla ce que j'ay pensé, dequoy vous pourrès vous servir si vous l'estimés à propos. Bon soir, ma très chère Mère, ma fille vrayement. Vive Jésus et Marie. Amen.