‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 35 sur 145 · AUX CONFESSEURS ET DIRECTEURS · texte numérisé non relu

AUX CONFESSEURS ET DIRECTEURS

Pour discerner les opérations de l'esprit de Dieu et celles du malin esprit

dans les âmes.

Mes Frères , si Dieu vous a destinés à la conduite des amas, vous devez continuellement lui demander ses lumières, pour bien connoistre les véritables opérations de son esprit. Si donc vous avez la direction de quelques personnes favorisée» de ses dons extraordinaires et relevés , prenez garde.

Premièrement , si elles se portent plus au sens le moins reçu de FEscriture, qu'à celuy qui pour estre le plus commun est le moins dangereux , parce que FEscriture sainte est la règle de conduite de Dieu sur les âmes.

•2. C'est encore un effet de Fesprit de Dieu, de jeter ime grande crainte avec une extrême confiance en ceux qu'il chérit : Fune vient de la connoissance de nostre infirmité, el Fautre découle du saint amour. Le diable, au contraire, porté à de bantes pensées, et à des sentiments bien relevés de verta et (ftrne lionne Tie , persuadant de se reposer en sa propre suffisance et en ses bonnes œuvres.

3. Mais l'a pierre de touche pour esprouver le bon d'avec lie mauvais esprit, et faire la différence de celuy qui commence d^vec Fautre qui estbien avancé, c'est d'estre prompt à souffirr; car le mauvais devient pire par les afflictions et mur-

» M. Maupas Dateur évèqnej -du Puy, dit , pag. 217 de la Vie du Saii^ qu'il a composé les a-vis suivants ensuiu dos averlissemeûts aux confesseurs, qu'il a beaucoup abrégés.

mures contre la providence de Dieu. Celuy qui commence, 56 fasche d'endurer, et puis il a regret de s'estre laissé saisir à rimpatience; celuy qui avance , traisne d'abord un peu sa Croix ; toutefois, quand il regarde son Sauveur et son Maistre portant la sienne au Calvaire , il la releva , il prend courage, il se résout à la patience et à bénir Dieu. •

Le parfait , qui est un uiseau plus rare en ce siècle que le Phénix en l'Arabie , uon seulement attend les affronts , les persécutions et les calomnies, mais mesme va au devant sans témérité, et y court comme au festin des nopces, jugeant encore qu'il est indigne d'avoir des livrées qui le font prendre pour un serviteur de la maison de Dieu.

4. C'est encore une marque de l'esprit de Dieu, d'estre doux et miséricordieux à son prochain, lors mesme qu'il est plus proche de tomber sous la rigueur de la justice , de peur de l'ensevelir sous ses ruines. C'est aussi le signe d'un esprit trompé du diable en ses dévotions ou en sa conduite, lors que sous certain zèle il fait l'exact juge de tout , et veut tout chastier, sans user de pitié, et sans aucune clémence.

5. Ne pas qui cr l'exercice des vertus pour les difficultés qui s'y rencontrent, est encore le signe d'une ame dont le sacrifice est aggreable à Dieu ; parce que cette bonté infinie ne présente point d'espées flamboyantes , pour empescher l'entrée de son Paradis à ceux qui le cherchent purement ; et bien qu'il permette que ses eslus soient dans les rigueurs, dans les souffrances, et dans les Croix, il les remplit de tant de grâces , de force et de douceur, qu'ils s'estiment tres-heureux et avantagés de patir pour l'amour de luy. Le diable , au contraire, leur fait voir une vengeance effroyable en Dieu , pour punir leurs moindres défauts; il leur présente une colère et une rigueur extrême en celuy qui ne peut entendre crier la moindre de ses créatures, sans luy donner du secours, et qui se rend à la première larme qui sort d'un cœur véritablement contrit. Mais prenez gardo à la ruse de nostre

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eriT^omy : avant que de les avoir portés au péché, il leur présente Dieu sans mains et sans foudre ; et quand il les a renversés par terre , il le fait venir en leur imagination environné d'éclairs et de flammes, et tout couvert de feu pour les réduire en cendre.

6. Examinez encore si ces personnes se perdent en leur propre estime, en relevant leurs grâces et leurs propres dons, et lesquelles au contraire traitent avec mespris ou tiennent pour suspectes les faveurs que Dieu départ aux autres , car la marque la plus asseurée de la sainteté, c'est quand elle est fondée sur une vraye et profonde humilité et une ardente charité. Les opérations surnaturelles, dit S. Bernard, se peuvent aussi bien faire par les personnes hypocrites que par les Saints. Les humbles de cœur en font reconnoistre la solidité et la vérité.

7. Et pour ce qui regarde les personnes trompées, Dieu mesme (si vous les en croyez) leur sert de garant et de couverture. Mais observez leurs paroles spirituelles : en matière de ces expressions extraordinaires, soyez bien sur vos gardes. Par exemple , quand elles disent : Je suis assurée de ce que Dieu veut de moy ; il vous avertit par ma bouche de ce qui est nécessaire à vostre salut et à vostre conduite; faites cela par mon advis; j'en responds devant Dieu; et semblables paroles qui marquent un esclaircissement des choses intérieures, et une conversation dans les Cieux : jugez avec discrétion si leurs actions sont conformes è iqs> hautes lumières.

8. Voyez aussi si le rapport qu'on fait à ces personnes de l'infirmité d'autruy , leur donne plus de mouvement d'indignation et d'horreur, que de compassion et de pitié de leur misère ; parce que c'est un faux zèle de s'escrier contre la vice de son frère , d'en descouvrir les défauts sans neces- ^té , et contre la charité. Telles personnes d'ordinaire pensent faire admirer leur vertu , en publiant les fautes du prochain.

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9. De plus, examinez si, lorsqu'on parle de Dieu , ces perlonnes s'esgarent en des termes affectés , voulant faire voir çue leur feu ne peut demeurer sous la cendre , et que par cette estincelle on pourra découvrir les brasiers qui sont en leur intérieur.

10. Si vous voulez probablement juger si ces âmes ont de vrais sentiments de Dieu , et si les grâces qu'elles disent recevoir de sa bonté sont véritables , voyez si elles ne sont point attachées à leur propre jugement et à leur propre volonté , et à ces mesmes faveurs; mais au contraire, si elles leur donnent du soupçon, et les laissent irrésolues jusqu'à tant que par l'advis de leurs Directeurs et de plusieurs personnes pieuses, doctes, et expérimentées, elles soient confirmées en la créance de ce qu'elles doivent estimer de tout cela : car le saint Esprit chérit sur toutes choses les âmes humbles et obeyssantes; il se plaist merveilleusement à la condescendance et à la sousmission, estant Prince de paix et de contorde. Au contraire, l'esprit de superbe donne de l'asseurance, €t rend ceux qu'il veut tromper, fiers, opiniastres, et fort résolus; et leur fait tellement aimer leur mal, qu'ils ne craignent rien à l'égal de leur guerison, leur persuadant que ceux qui leur parlent portent plus d'envie à leur bonheur que i'affection à leur salut. Tel est le génie des novateurs.

11. Enfin, pour conclure tout ce discours, voyez si ces personnes sont simpleb '^t véritables en leurs paroles et en leurs actions; si elles ne recherchent point de produire leurs grâces, sans qu'il soit nécessaire ; si elles désirent ce qui éclate à l'extérieur.

12. C'est, tout au contraire, un effet de l'heureuse conduite du Père des lumières, d'inspirer par des sentimens mterieurs , se couler doucement dans l'ame , et y descendra comme la pluye sur la toison. Saint Jean Chrysostome dit qu'à la vérité, Dieu fit entendre aux Hébreux ses commande* ments avec de grands effrois ei plusieurs bruits de tonnerre»

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IVIais il le falloît , pour espouvanter des gens qui ne se fusssent pas rendus à composition que par crainte ; et que d'autres part nostre Seigneur vint doucement à ses Apostres , qui cstoient plus dociles et moins ignorants des mystères divins. Il est vray qu'il y eut quelque son et un petit bruit ; mais Dieu le permit à cause des Juifs, et pour des raisons mar* quées en l'Escriture Sainte

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