AU PAPE CLÉMENT VHI
Saint François supplie Sa Sainteté de trouver bon qu'il s'absente pour quelque temps de son diocèse, afin d'ader prêcher le carême à Dijon, où sa présence est nécessaire pour les affaires ecclésiastiques.
Février ou mars 1604.
Très-saint Père ,
Entre plusieurs misères de ce diocèse, une des principales est la division de la juridiction temporelle. Car, quoique la plus grande partie de son territoire soit sous la domination du sérénissime duc de Savoie, il y en a cependant une autre très-notable qui appartient à la Couronne de France. Cette diversité de puissances fait qu'il me faut nécessairement traiter avec toutes les deux , et les ménager , aussi-bien que leurs lieutenants et leurs parlements ou sénats. Ainsi je n'ai pas peu d'embarras, principament du côté de la France, parce que je suis originaire et feudataire de la Savoie , ce que les
' Se trouve parmi les lettres de l'édition Biaise de is?34 , lettre 51*.
Reverendissimo Padre,
Frà le moite miserie di questa diocesi, una è la divizione délia jurlsdizione temporali di ella, essendo che, sebbene la maggior parte è sottoposta al serenissimo duca di Savoja, nientedimanco una parte notabilissima è sotto alla corona di Francia; e da questa diversità di principi, nasce in me una nécessita di trattar e star bene con ambidue , e con li loro luogotenenti e parlamenti , o vero senati ; nel che non ho poca difficultà , massime délia banda di Francia, essendo che loro sanno ch'io sono »^avojaido^ e che délia Savoja VI. 12
1 T8 OrTJSClTLES
François n'ignorent pas ; et parce que le parlement de Dijon étend sa iuridiction sur m partie de ce diocèse qui appartient à la France , cela forme cinq difficultés
La première regarde les biens ecclésiastiques du bailliage ^e Gex ; car, quoiqu'ils soient peu considérables , vu que Texercice de la religion catholique n y a lieu que dans trois endroits , nous ne laissons pas d'être obligés de plaider pour lesdits biens avec un conseiller au parlement de Dijon.
La seconde difficulté consiste dans la façon de procéder à la visite de cette partie du diocèse ; parce qu'il nous est défendu de tirer aucune contribution du peuple , ni pour la fabrique des églises, ni sous quelque autre prétexte que ce soit.
La troisième difficulté naît de ce que ces peuples , nouvellement démembrés de la Savoie, demandent un vicaire forain.
La quatrième est qu'encore que , grâce à la diligence de l'illustrissime nonce apostolique de France, on ne parle plu^ d'établir l'exercice de l'hérésie à Seissel ; on me fait savoir néanmoins que, si je ne donne des informations particulières sur
sono feudatario; e perche il parlamento di Digione è superiore di quella parte délia diocesi che è in Francia, cinque difficoltà in questa mutatîone ho da trattare con esso.
La prima è per conto del bailliagio di Gex, per gli heni ecclesiastici del quale (sehbene sono pochi, perché in ira luoghi soli v si fa esercizio cattolico) bisogna litigare con un consiglier di esso padamento.
La seconda, del modo di visitare quella parte délia diocesi, perché è proibito di cavare alcun denaro del pcijolo , né per fabbriche di chiesa, ne per altro.
La terza, che quelli popoli nuovameute separati délia Savoja domandano un vicario foraneo.
La quarta, che sebbene, per li ufficii fatti con diligenza deir illustriss. sign. nunzio appostolico di Francia^ no>i. si traita più di stabilir l'esercizio eretico nel luogo di Seissel, tuttavia \engo avvertito ehe^ se io non dô particolare informazioue ddle circonstanze che
les Circonstances qui doivent en empêcher l'établissement, le projet n'en sera point bien assuré, mais seulement différé pour l'exécution.
Enfin le dernier inconvénient est qu'un nombre de catholiques de Gcx, qui, à la faveur de Tédit qui accorde la liberté dite de conscience , pourront facilement obtenir l'exercice de la religion dans leurs paroisses, n'ont personne qui présente leurs requêtes , et qui sollicite pour eux.
C'est pourquoi, très-saint Père, après avoir obtenu la permission de son Altesse sérénissime , je suis forcé d'aller à Dijon, ville qui est à la vérité hors de mon diocèse , mais dont relève la partie qui est maintenant de la France. J'y tra* vaillerai à arranger les choses selon toute l'étendue du pouvoir que Dieu me donnera, et j'en rendrai compte aux illustrissimes nonces de France et de Savoie.
Je m'assure que Votre Sainteté approuvera la courte absence que je suis obligé de faire pour les besoins de ce diocèse, que je laisse abondamment pourvu des secours spirituels, et que j'espère revoir dans deux mois; vu principalement
debbono impedire tal &tabilimento, non sarà la cosa sradicata, ma fiolamente quietata.
E la quinta^ che molti cattolici di Gex, che per via delF édite délia libertà, che chiamano, potrebboiio aver Tezercizio cattolico nelle loro parocchie, non hanno chi proponga le loro suppliche, ne chi ne faccia la soUicitazione.
Per questo^ beatissimo Padre, son sforzato di andare, dopo di averavuta licenza da S. Altezza diSavoJa, in detto Digione,, fuon délia diûcesi, ma capo délia parte délia diocesi che ora è in Francia, dove io farô quel tanlo che Iddio mi coucedeLà in servizio di quelle negoziaziuni sopra scritte , et del tutto daro raguaglio ad ambidue rillustriss. signori nunzii di V. S. di Francia e di Savoja.
îNon credero giammai che V. B. debba riprovar questa poca assenza, che son sforzato di fare per lilîisogni délia diocesi , la quale io lascio molto ben provvista nelle cose spiritual!, espero di rividere frà due mesi^ massime perché quelii sig. di quella città, sapeudo U
iSO OPUSrULES
que messieurs les principaux habitants de cette ville, sachant la nécessité que j'avois d'y aller , m'ont invité d'y prêcher le îarême.
Je n'ai pas hésité à me rendre à leurs instances , espérant que ce voyage pourra contribuer beaucoup à terminer avec plus de promptitude et d'avantage mes atfaires qu'ils ont entre leurs mains. Néanmoins, je n'ai pas voulu partir sans le faire savoir à Votre Sainteté , désirant lui rendre compte de cela, comme de tout le reste de mes actions, que je veux toujours régler selon le vouloir du successeur du Prince des apôtres. Demandant donc Votre sainte bénédiction , je me prosterne très-humblement pour baiser Vos pieds sacrés. J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect , etc.
nécessita mia di andare costî, mi hanno pregato di volervi fare le prediche quadragesimali.
E stimando che quella fatfîca giovarebbe a cavar con più prestezza e favore H negozii miei dalle mani loro, ho liberamente acconsentito. Nientedimeno non ho voluto lasciar di darne conto à V S. si, corne io desidero di fare di tiitte mie azioni, le quali da beneplacito appostolico in tutto e poi tutto hanno da esser regolate : e cosi chiedendo la santa benedizione d« V* B.^ bacioli cou humilité li santi piedi.
LETTRE
A MADAME ROSE BOURGEOIS, ABBES^ L:'i L'aBBAYE ROYALE DU PUITS-D'ORBE,
En quoi consiste la dévotion . et les moyens pour y parvenir ; énumération des devoirs d'une abbesse.
Avant le 3 mai 1604.
Vous avés , Madame ma chère fille , deux qualités : car vous estes Religieuse, et vous estes Abbesse; il faut servir Dieu en l'une et l'autre , et à cela doivent estre rapportés tous vos desseins , et exercices , et affections.
Ressouvenés-vous qu'il n'est rien de si heureux qu'une Religieuse dévote , rien de si malheureux qu'une Religieuse sans dévotion.
La dévotion n'est autre chose que la promptitude, ferveur, affection et mouvement que l'on a au service de Dieu ; et y a différence entre un homme de bien et un homme dévot : «ar celuy-là est homme de bien , qui garde les commanr démens de Dieu , encore que ce ne soit pas avec une grande promptitude ni ferveur; mais celuy-là est dévot, qui non seulement les observe, ains les observe volontiers, promptement, et de grand c(i' rage.
La vraye Religieuse doit estre dévote , et procurer d'avoir une grande promptitude et ferveur.
Pour ce faire , il faut premièrement prend^^ garde de n'avoir point la conscience chargée d'aucun péché ; car le
* C'est la 31« du lir^ V atM a«c. «éditions, et la 65* de la collection Biaise.
péché est un pesant fardeau , que qui le porte ne peut acheminer contre mont. C'est pourquoy il se faut confesser souvent , et ne jamais laisser dormir le péché dans nostre sein.
Secondement , il faut oster tout ce qui peut entraver les pieds de nostre ame, qui sont les affections, lesquelles il faut retirer et déprendre de tout objet non seulement mauvais , mais de celuy qui n'est pas bien bon; car un cheval entravé ou piqué ne peut courir.
Outre cela, il faut demander cette promptitude à nostra Seigneur ; et partant , il faut s'exercer à la prière et méditation, ne laissant passer aucun jour sans la faire l'espace d'une petite heure.
Et touchant la prière , je vous advertis que premièrement vous ne devés jamais laisser l'office ordinaire qui est commandé de l'Eglise , et plustost il faut laisser toutes autres^ prières.
Secondement, il faut, après l'office, préférer la méditation à toutes autres prières ; car elle vous sera plus utile et plus aggreable à Dieu.
Troisièmement, ayés l'usage des oraysons jaculatoires ^ qui sont des souspirs d'amour que Ton jette devant Dieu pour requérir son ayde et son secours.
A quoy vous servira beaucoup de garder en vostre imagination le poinct de la méditation que vous aurés le plus gousté, pour le remascher le long de la journée, comme l'on fait les tablettes pour le corps. A cela mesme vous servira une Croix , ou une image dévote pendue à vostre cou ou à. vostre chapelet, la maniant et baysant souvent en l'honneur 4e celuy qu'elle représente ; et, lors que l'horloge sonne , de iire un petit mot de cœur ou de bouche , comme seroit Vive Jésus , ou bien , Voicy l'heure de se resveiller, ou bien Mon àeure s'approche, et semblables.
Quatrièmement, ne passer aucun jour, s'il est possible,:
DE S. FRANÇOIS DE SALES. i^J
sans lire quelque peu dans quelque livre spirituel , mesrnes avant la méditation, pour reveiller en vous l'esprit spirituel.
Prenés pour coustume de vous mettre en la présence de Dieu le soir avant vostre repos , le remerciant de ce qu'i! vous a conservée ; en faysant Pexamen de conscience , ainsy que les livres spirituels vous l'enseignent.
Le matin, faites-en de mesme, vous préparant à servir Dieu le long du jour, vous offrant à son amour, et luy offrant le vostre.
Je suis d'advis que vostre méditation se fasse le matin, et que le jour précèdent vous lisiés le poinct que vous voudrés méditer, dans Grenade , Bellintany, ou quelqu'autre semblable.
Pour acquérir la sainte promptitude à bien prattiquer la vertu , ne laissés passer aucun jour sans en prattiquer quelque action particulière à cette intention ; car l'exercice sert merveilleusement pour se rendre un chemin aysé à toutesb- Bortes d'opérations.
Ne manques jamais, pour ce commencement, de communier tous les premiers dimanches du mois, outre les bonnes festes , et le soir de devant confessés-vous, et excités en vousune. sainte révérence et joye spirituelle, de devoir estre si heureuse que de recevoir vostre doux Sauveur; et faittes alors une nouvelle resolution de le servir fervemment , laquelle , , l'ayant receu , il faut confirmer non par vœu , mais par un bon et ferme propos.
Le jour de vostre Communion , tenés-vous le plus dévote que vous pourrez? , souspirant à celuy qui sera en vous et à vous ; et le regardés perpétuellement de l'œil intérieur > gisant ou assis dans vostre propre cœur comme dans son :hrone ; et lui faittes venir l'un après l'autre vos sens et vos puissances pour ouïr ses commandemens , et lui promettre fidélité : cecy se doit faire après la Communion , par une-petite méditation de demy-heure^
Gardés-vous de vous rendre melancholique et importune à ceux qui sont auprès de vous , de peur qu'ilz n'attribuent cela à la dévotion , et qu'ilz ne la mesprisent ; au contraire , rendés-leur le plus que vous pourrés de consolation et de contentement, aiïin que cela leur fasse honnorer et estimer la dévotion, et la leur fasse désirer.
Procurés en vous Tesprit de douceur, jo}^ ^t humilité, qui sont les plus propres à la dévotion, comme aussi la tranquillité , sans vous empresser ny pour cecy ny pour cela ; mais allés vostre chemin de dévotion avec une entière confiance en la miséricorde de Dieu , qui vous conduira par la main jusques au pays céleste ; et partant, gardés-vous des chagrins et disputes.
Touchant vostre qualité d'Abhesse , c'est à dire de mère d'un Monastère, elle vous oblige à procurer le bien de toutes vos Religieuses pour la perfection de leurs âmes , et par conséquent à reformer leurs mœurs et toute la maison.
1" Le moyen de ce faire , en ce commencement , doit estre doux, gracieux et joyeux , sans commencer par la reprehension des choses qui ont esté supportées jusques à présent ; ains vous devés vous-mesme , sans leur dire mot , monstrer tout le contraire en vostre vie et conversation, vous occupant devant elles à de saints exercices, comme seroit, faysant quelquefois des prières en l'église , ou bien mesme la méditation, disant le chapelet, faysant lire quelque livre spirituel pendant que vous travaillés de l'aiguille; et les caressant plus doucement et modestement que jamais , faysant une. spéciale amitié avec celles qui se rangeront à la lîevotion : ne baissés pourtant de bien carresser les autres , pour les attirer et gagner en mesme chemin.
2. Tenés-vous courte avec les conversations mondaines^ et ne permettes , que le moins que vous pourrés , qu'elles soient en vostre chambre particulière, pour petit à petit proaflxer que le dortoir des Dames er» soit entièrement exempt;
ce qui seroit bien requis , et vostre exemple est un grand
moyen.
3° A la table, procurés que Ton lise quelque beau livre spirituel , comme de Grenade , De la vanité du monde, Gerson , Bellintany, et tels autres ; et mettes en ooustume que ce soit tous les jours.
4° En l'Office , il faut que vostre contenance dévote donne loy à toutes les Religieuses de modestie et révérence ; ce que vous f3rés aisément, si vous vous mettes en la présence de Dieu au commencement de chaque Office. J'estime que d'introduire le Bréviaire du Concile de Trente sera une chose utile et profitable.
5° Ne faites point trop Tau stère pour le commencement; mais soyés gracieuse à tout le monde , hors mis aux personnes bien mondaines , avec lesquelles il faut estre courbt et retirée. *
6° Il sera bon que vous employés quelqu'une de vos Religieuses pour vous ayder en la conduitte des choses temporelles , affin que vous ayés tant plus de commodités pour vous addonner au spirituel et aux offices de charité.
7» En fin ne vous empressés point pour ce commencement; mais faittes tout ce que vous ferés si gayement et avec tant de douceur, que toutes filles ayent occasion de vouloir embrasser la dévotion petit à petit ; et lorsque vous les y verres embarquées, il faudra traitter plus entièrement du restablissement de la perfection de la Règle, qui sera le plus grand service que vous pu issiés faire à nostre Sauveur* mais tout cela doit procéder non tant de vostre autorite comme de vostre exemple et douce conduitte.
8" Dieu vous appelle à toutes ces saintes besongnes ; écou-r tés-le et obeyssés. iN't^stimés jamais d'avoir trop de peine ni de patience à la poursuitte d'un si grand bien. Que vous serés heureuse , si à la fin de vos jours vous pouvés dire comme nostre Seigneur : f'ai consommé et parlait l'œuvrti
ip.œ vous m'avés mis en main * / Desirés-le , procurés-ïe ^ pene^és à cela , priés pour cela ; et Dieu , qui vous a donné la volonté pour désirer, vous donnera des forces pour le bien faire,
* Opus coiisnmmavi quod cledisti mihi ut faciam. Joan., XVII, 4.
A la suite de cette lettre se trouvoit une Méditation pour le commence» ment de chaque mois, qui dans cette édition- ci a sa place au tome III» ^age 100 et suiv.
DE S. FBANCOIS DE SALES. l'S?