A SA SAINTETÉ LE PAPE PAUL V
Félicitalion sur sa promotion au Souverain Pontificat.
Annecy, le 16 juillet 1605.
Très-saint Père ,
Quoique je ne cède en rien à qui que ce soit dans Fobéissance , la fidélité et le respect qui sont dus à votre Sainteté, cependant, pour ce qui regarde les mérites , ma personne a si peu de relief, qu'étant mise en parallèle avec les autres, elle s'évanouit et disparoît. C'est ce qui fait que je n'ai pas cru pouvoir me mêler parmy la multitude de ces grands personnages qui, à l'entrée de votre pontificat, se sont empressés d'aller se jetter aux pieds de votre Sainteté, pour lui renare leurs devoirs.
Mais maintenant , très-saint Père , que toute cette foule
* C'est la 6* du livre P' des anciennes éditions, et la 79» de la collection Biaise.
Ostendit quantis nominibus Paulo V, ad pontificatura recens erecto , gratulan teneatur. Diœcesim Gebennensem nobilium ejus curarum partem cupit non ' esse postremam.
Beatissime Pater,
In lantâ salut an tium contentione, qui, hoc pontificatûs initie ad pedes Sanctitatis tuée venerabundi accesserunt, nor «kbuî, credo, meam ingerere tenuitatem, quse etsi obedientiâ, fide ac pietateerga beatitudinem tuam nuUi inferior est , meritis tamen adeô depressa jacet, ut vix in comparatione conspici ac notari potuisset.
Sed nùuc, beatissime Pater^ cùm majorum omnium ardor expletus
est passée , et que le zèle des grands s'est satisfait , je pense que jp ne puis me taire avec honneur, ni me dispenser raisonnablement de témoigner la joie dont la nouvelle de votre élection m'a comblé avec tout mon diocèse.
Je dois cette déférence au Saint-Siège apostolique en le congratulant du choix qu'il a fait d'un si grand pape , et à vous, très-saint Père, qui illustrez la chaire de vos prédécesseurs. Je la dois aux fidèles, tant àe la ville de Rome que de tout l'univers, qui sont embaumés de l'odeur de vos vertus ; je la dois en particulier à cette province , qui , battue de toutes parts , et presque brisée des Ilots et des orages excités par les hérétiques , a conçu de grandes espérances de votre sagesse et de votre charité.
Enfin , très-saint Père , je dois me féliciter moi-même , ayant déjà éprouvé les effets merveilleux de votre bonté , lorsque vous n'étiez encore que cardinal, mais déjà si proche du souverain pontificat, et que je n'étois que prévôt de cette Eglise. Car vous m'aidâtes puissamment auprès du saint Père votre prédécesseur pour faire réussir ma négociation touchant la réédification des églises tombées en ruine et démo»
deferbuit, non rectè faciam, si lacuero, et noluero nuntiare quàm boni nuntii dies assumplionis tuœ fuerit , et me totamque hanc diœcefiim maximâ perfuderit lœtitiâ.
Debeo namque hoc gaudii teslimonium cathedrae apostolicœ, oui 4e tanti porxiilicis sessioue congratulor : debeo et tibi Pontifici maximo, qui 'antam cathedrani exurnas : debeo urbis et orbis lid*libus universis , qui suavissimo virlutum tuarurn odoie rccreantur; debeo huic provincia;, quai, uudique fluctibus ac jactalionibus hccrclicorum quassata propemodùin ac ccnlrita, plurimaui spem ex perspectâ tua providentià concepii.
Debeo et mihi, qui mirilicam illam tuam benignil;>'eui janipridem «uni expertus, dùm tu, beatissime Pater, in ultimu /"/u et ad pontilicatum proximo cardinalatùs gradu tantisper haereres, et ego huic Kcclesiaî prœpositus negotium de ecclesiis, hœreticoruiri longissimà cccupaùone dirutis, catholicorum iimi "estituendis, apud sanctam
2i8 OPUSCULES
lies par los hérétiques, et pour faire i^emettie les catholiquesen possession de ces saints lieux si long-temps occupés par ces ennemis de la religion.
Ce fut alors que j'annonçai à sa Sainteté Theureuse nouvelle de la conversion de plusieurs milliers de personnes. Si j'eus le bonheur, tr*^,s-saint Père , de vous trouver si Iavorable dans un temps oii je pouvois vous être plus iiuliîiôrent, parce que vous n'étiez que cardinal, n'ai-je pas lieu d'attendre les meilleurs traitements de votre Sainteté, dep:ns que vous êtes devenu le père commun des fidèles et le premier de tous les pontifes.
Le cœur, cette partie si noble du corps humain , a coutume de départir avec plus d'abondance ses esprits vitaux à celles qui lui sont les plus intimes; et le soleil darde ses xayons avec plus de force , et répand sa lumière avec plus de profusion , à proportion qu'il s'élève et qu'il domine davantage sur notre horizon.
C'est ce que nous voyons arriver en vous, très-saint Père ; Vous êtes le cœur et le soleil de tout l'état ecclésiastique; t'est pourquoi nous ne pouvons douter qu'outre le soin que vous prenez de toutes les Eglises en général , vous ne vous appliquiez particulièrement à affermir le bien qui a été commencé dans ce diocèse , qui est le plus exposé de tous aux
fieden: zractarem . nuntiumque gratissimum deferrem de muUis liominum miUibus ad Christi caulas iiuperrimè reductis; ut me nùnc propitium habiturum pontificem et patrem sperare par sit , quem tam beneficum jam indè nactus sum cardinalem.
Et sanè cor, humani corporis princeps, in affectas partes majore iiuorum vitahum spiritum fluxu beneficentiam suam derivare solet. SOi cuoque eô abundaiitiùs ac pressiùs radios suos elîundit in hocc aosira intinora, quô altius horizonti insidet ac dominatur.
Tu autem, beatissime Pater^ cor es et sol totius ministerii ecclcfiastici : non dubium igiturquin, prœter omnium Ecclesiarnm sollici- Kidinem, singularem providentiam buic Uiopcesi instauranda3 atliii—
persécutions des hérétiques ; et qu'il ne se ressente d'autant plus de vos bienfaits , que vous êtes plus élevé au-dessus de nous.
Car Jésus-Christ même , le prince des évêques , que vous représentez sur la terre , répand une surabondance de orâce où le péché avoit abondé^. C'est pour cela, très-saint x'ere, que je révère avec tant d<^ joie le souverain degré de la dignité apostolique dont votre Sainteté est revêtue, et que, les yeux baissés vers la terre , je me prosterne humblement à ses pieds pour les baiser ; et s'il falloit vous ériger un trône des vêtements de vos inférieurs, comme l'Ecriture nous l'apprend du premier trône de Jéhu ^ , je volerois sur-lechamp, j'étendrois mes habits sous vos pieds, je sonnerois de la trompette, et je crierois de toutes mes forces : Règne Paul cinquième ! vive le souverain Pontife que le Seigneur a oint sur l'Israël de Dieu ! ayant l'honneur d'être avec le plus profond respect , etc.
1 Rom., V, 20. — s IV. Reg., IX, 13.
beas^ quee omnium maxinè et pessimè ab hœreticis vexatur; idque tantô uberiùs pra^stes . quo altiùs nobis prœes et immines.
Nam et Christus, episcoporum princeps^ cujus tu vices sustines in terriSj ubi abundavit delictum, superabundare faclt gratiam. Sic ïummum m te apostolica3 dignitatis splendorem lœtus et gratulabundus veneror, ac demisso in terram vultu, ad pedum tuorum oscula prostratus^ humilHmè colo; et si tuae si. ..îita'iif iolium ex inferiorum vestimentis erigendum esset, sicut de prima sede Jehu docet Scriptura, festinarem utique, et tollens vestes substernerem pedibus tuis , canerem tuba, atque dicerem : RegnetPaulus Y! vivat pontifex maxiraus quem unxit Dominus super Israël Dei I
LETTRE
A MADAME l'aBBESSE DU PUITS -d'ORBE.
n faut faire le bien avec joie , et sans se décourager ds ses défauts. Avis généraux sur la clôture des Religieuses, sur les ConfesSh.vrs extraordinaires, sur le maniement des Pensions, sur les Chapitres, et la charité mutuelle; sur la nécessité et la manière de faire revenir au Monastère les Religieuses. Avis particuliers à une Abbesse sur plusieurs points importants.
(le» mai 1606.)
Oui, ma Fille, je vous le dis pa'l* escrit aussi bien que de bouche , resjouissés-vous tant que vous pourrés en bien faisant ; car c'est une double grâce aux bonnes œuvres , d'estre bien faites, et d'estre faites joyeusement. Et quand je dis, en bien faisant, je ne veux pas dire que s'il vous arrive quelque défaut vous vous adonniés à la tristesse pour cela : non , de par Dieu, car ce seroit joindre défaut à défaut; mais je veux dire que vous perseveriés à vouloir bien faire , et que vous retourniés tousjours au bien , soudain que vous connoistrés vous en estre esloignée , et , moyennant cette fidélité , que vous viviés joyeuse pour le gênerai.
J'ay à vous dire, outre l'ancien escrit que je vous envoyé, que vous devés tenir le Cloistre et le Dortoir fermés aux hommes .* ainsi la closture s'en fera doucement.
Le Concile de Trente ordonne à tout^ les Supérieurs et Supérieures des Monastères, qu'au moins trois fois l'année
* C'est la 98e de la collection Biaise, et la 33e du livre IV des ancienoes éditions, '
ilz fassent confesser ceux qu'ilz ont sous leurs charges, à des Confesseurs extraordinaires ; ce qui est grandement requis pour mille bonnes raisons. C'est pourquoy vous Pobserverés, faisant venir quelque bon Moine, ou quelque bien dévot Prestre, auquel toutes ayent à se confesser cette fois-là. Je vous ay dit la raison pourquoy toutes s'y doivent confesser, ce qui ne sera point grief à aucune ; car celles qui voudront ne se confesseront que d'un jour ou deux, s'estant preala- Mement confessées ; et celles qui voudront pourront en user autrement.
Il faut que ce soit vous, ma fille bien-aymée, qui ayés l'administration des pensions; mais députés une des Dames, qui ait soin de tenir compte de ce qui s'en employé.
Il sera à propos, dans vos petits Chapitres, de recommander la mutuelle et tendre dilection des unes aux autres, et de tesmoigner que vous l'avés en leur endroit, mais particulièrement envers celle de laquelle vous m'escrivés , laquelle il faut, par charité, révoquer à une bonne et douce intelligence et confiance avec les autres. Je luy escris un petit mot.
Yous trouvères bien, crcis-je, les premiers advisque je vous escrivis , il y a cinq ans , sur la façon avec laquelle vous déviés doucement réduire tous ces esprits à vostre bon dessein. Vous y verres beaucoup de choses que, pour brièveté, je ne diray pas maintenant.
Quant à celle qui est absente, il faut escrire à elle ou à son frère , que , pour la plus grande gloire de Dieu , le salut de vos âmes , l'édification du prochain et l'bonneur de vostre Monastère, vous avés pris resolution avec toutes les Seurs Religieuses , de vivre plus retirées dans vostre Maison qu'on n'a pas fait cy-devant ; que la chose estant si raisonnable et si honneste , vous ne doutés pas qu'elle ne s'y vueille ranger; dont vous la conjurés et sommés par l'obeyssance qu'elle vous a vouée, hors laquelle elle ne peut faire son salut; luy promettant qu'elle ne trouvera, ny en "nous ny es autres^
ÏM OPUSCULES
sinon une f^ouce et tres-amiable conversation, laquelle seule, outre son devoir, peut la semondre à une sainte retraite; et choses semblables. Si pour cela elle ne revient, il faudra l'arraisonner deux autres fois, avec des intervalles de trois semaines. Que si enfin elle ne revient, vous luy manderés qu'elle se détermine donc de n'estre plus reçue, et d'estre forclose de sa p^ ce. Mais je crois que ses parents la feront revenir; et, estaut revenue, vous la traiterés doucement et avec grande patience.
Si j'oublie quelque chose, je le diray à nostre Seur, qui vous ira voir infailliblement, et elle vous chérit bien fort. Pour vostre particulier, ne faites point faute de faire l'orayson mentale tous les jours , à la mesme heure qu'elle se fait au Chœur, si vous ne pouvés y aller; et ce pour demy-heure. Ne vous tourmentés pas , encore que vous ne puis>siés pas avoir des sentiments aussi forts que vous le desireriés , car c'est la bonne volonté que Dieu requiert. Lises tous les jours un quart d'heure dans les livres spirituels, et ce devant qu'aller à Vespres, ou avant de les dire quand vous n'y pourrés pas aller.
Vous vous coucherés tous les jours à dix heures, et vous vous leverés à six. Quand vous serés contrainte d'estre au lict , faites lire quelqu'une de tems en tems, selon vostre commodité. Baisés souvent vostre Croix que vous portés; renouvelés les bons propos que vous avés faits d'estre tout àDieu^ immédiatement avant le coucher, ou en y allant, ou dans vostre oratoire , ou ailleurs; et faites un plus giand renouvellement par demy-douzaine d'aspirations et d'humiliations devant Dieu.
Je vous donne pour vostre spécial patron de cette année, le glorieux S. Joseph, et pour vostre patronne, sainte Scholastique , seur de saint Benoist , de laquelle vous trouvères beaucoup d'actions en sa vie, comme en celle de S. Benoist^ dignes d'estre imitées.
Voyés-vous, ma Ires-chere et bonne Fille, entreprenés de TOUS acquérir un grand courage au service de nostre Seigneur; car, pour asseuré , sa bonté vous a choisie pour se servir de vous, pourveu que vous le vouliés, pour le véritable restablissement de sa gloire et de celle des âmes. En vostre Maisor. vous ne saliriés tenir un chemin plus asseuré que celuy de la sainte obeyssance : c'est pourquoy je me resjouis grandement que vous y soyés affectionnée, pour l'intention que vous me marqués; mais ressouvenés-vous donc bien de ce que je vous ay recommandé de la part de nostre Seigneur, auquel je vous recommande, le suppliant, par sa mort et sa Passion , qu'il vous comble de son saint amour, et vous rende de plus en plus toute sienne.
Pour moy, ma tres-chere Seur, ma fille bien-a^'mée, j'ay une volonté fort entière à vous chérir, honnorer et servir; et jamais /ien ne m'ostera cette affection , puis que c'est en ce mesme Sauveur et pour luy que je l'ay prise, estant à jamais vostre humble frère et serviteur, etc.
LETTRE