SENTIMENTS
De saint François DE SALES sur la collation des bénéfices aux personnes les plus dignes. (Tirés de la Vie du Saint ^ par M. Maupas du Tour, Partie IV, chap. IV, pag. 200.)
Il est bien raisonnable de remettre le soin d'une charge à celui qui en peut le moins abuser. Si j'avois de la créance auprès des rois, des princes et des grands seigneurs, je les porterois à préférer tousjours aux bénéfices un homme d'une bonne conscience, suffisamment docte, à un autre d'une science plus sublime, et moins consciencieux; et si, aucun n'auroit charge dans l'Eglise , qu'il ne fust deschargé des vices qui l'ont misérablement ébranlée. Guy, je ne distribuerois jamais les dignités ny les tiltres, avec les revenus de l'Eglise, qu'à ceux qui les fuyent, et non pas à ceux qui les recherchent. Ainsi, pour quelque considération que ce fust, je ne voudrois avancer un prestre qui ne s'employeroit pas au salut des âmes : car tous ces poursuivans qui cherchent leur fortune au domaine de Jesus-Christ, tesmoignent assez qu'ils sont autant incapables de servir à l'autel , c'est à dire de travailler à l'avancement du christianisme , que coupables d'ambition; parce, dit l'Apostre, qu'ils ne 'cherchent pas la justice de Dieu, mais leur propre interest. Tous ceux qui disent qu'il faut remplir les sièges vacans à l'Eglise , et donner les rangs , les prééminences et les bénéfices aux hommes doctes, ne disent pas assez, s'ils n'y adjoustent, humbles, zélés et craignant Dieu; à raison que la science enfle, et ne doit estre estimée qu'autant qu'elle est fructueuse au salut des fidèle u
CONSTITUTIONS
De l'académie florimontaine *, érigée à Annecy par saint François de Sales, évêque de Genève, et par M. Antoine Favre, président du Genevois, l'an 1607 2.
La fijj de l'académie sera l'exercice de toutes les vertus , la souveraine gloire de Dieu, le service des serenissimes Princes et l'utilité publique.
Les seuls gens de bien et doctes y seront receus. Quiconque devra estre receu sera présenté par quelqu'un des académiciens. On escrira au catalogue le nom, surnom, la patrie et les qualitez de celuy qui sera receu , lequel sera tenu de faire preuve de sa doctrine et capacité , ou par escrit ou par parolle , ou en prose ou en vers , devant les académiciens.
Tous les académiciens prendront des noms et des devises à leur fantaisie, qui toutesfois soyent convenables; et le cen-
1 Le duc de Nemours Henri de Savoie fut établi le prince et le protecteur de cette académie, et saint François de Sales, avec M. Favre, ses deux assesseurs, l'un pour la philosophie et la théologie, l'autre pour la jurisprudence, et tous les deux ensemble pour les belles-lettres.
2 Tirées de la Vie du Saipt par Auguste de Sales, tom. II, pag. 2 et suiv.
Finis academiae vJ.rtutum omnium exercitium esto^ suprema Dei gloria^ serenissimorum principum obsequium, et utilitas publica. Soli probi et docti recipiuntor. Quicumque recipiendus erit^ ab aliquo ex academicis praesentator. Et recepti nomen, cognomen^ patria, conditiones, in catalogum referuntor. Recipiendus, vel verbo, sive libéra, sive solutâ oratione coram academicis suae doctrinae probationem facito Academici omnes et singuli nomina ad placitum
seur prendra garde qu'elles soyent bien prises , et qu'on ne les change point. Après qu'elles auront esté dépeintes , on les affigera selon Tordre de la réception.
Les consultations de ceux qui auront à parler publiquement se feront avec un jugement meur et exactement. On admettra aux assemblées générales tous les braves maistres des arts honnestes, comme peintres, sculpteurs, menuisiers, architectes et semblables.
Chaque leçon comprendra, autant qu'il se pourra faire, un traicté entier de quelque matière ; si moins , on laschera de faire une bonne conclusion de tout ce qui aura esté dict en la première leçon. Le stil de parler ou de lire sera grave, exquis , plein , et ne ressentira en point de façon la pédanterie. Les leçons se feront ou de théologie , ou de politique, ou de philosophie , ou de rhétorique , ou de cosmographie , ou de géométrie , ou d'arithmétique. On y traictera de l'ornement des langues et surtout de la françoise. Les acade*fniciens destinez pour faire les leçons promettront de n'ab»senter jamais sans nécessité.
On affigera à la porte de l'académie un billet, auquel sera
cum symboliscongruis assumunto. Censoribus ?utem ut rectè nomina et symbola sumantur, eura esto. Symbola ubi depicta fuerint, receptionis ordine at'figuntor.
Consultationes maturo judicio et accuratè de dicturis fiunto. Ad générales conventus generosi quique artium magistri, ut pictores, scuipîores, fabri, architeeti, et his similes fidmittuntor.
Lectio quEEvis integrum ahqua de materid^ si fieri possit, tractatujni comprehendito; sin minus, eorum quoe in prima lectione tractabuntur, optima conolusio habetor. Dicendi, legendive stylus gravis, excultus ,ac plenus esto , ncc ullo modo rhemaianum sapito. Lcctiones vel arithmetiese, Yel geometricse, vcl cosmographicaî, vel phiiosophiccG, vel rhetoricaî, si non theologicœ, aut politic-., sunto. De linguarum ornatu, ac prœcipuè Gallicae , tractator.Aci em ici lectio- Dibus destinati nunquàm sine nccessitate abess. promittunto.
Ad academise januara syngraphus , quo lectionum maleria, locus
marqué le temps et la matière des leçons. Les lecteurs tascheront (^e tout leur pouvoir d'enseigner bien , beaucoup et ea peu de temps. Les auditeurs apporteront leur attention, leur pensée et leur soing à ce que Ton enseignera ; et s'il y a quelque cbose qu'ils n'entendent pas, ils en feront des interrogats après que la leçon sera faicte. Les discours et harangues se feront avec plus d'éloquence que la leçon, et l'oa s'y servira de l'art oratoire.
On n'y admettra point d'heretique, scbismatique , înfîdélie , apostat , ennemy de la patrie ou des serenissimes Princes , perturbateur du repos public , ou marqué de quelque infamie publique. Tous les académiciens entretiendront un amour mutuel et fraternel. On taschera d'esloigner de l'académie tout ce qui pourroit en quelque façon nourrir la discorde. Quand il y aura quelque dissention ou querelle, le Prince , ou son lieutenant , ordonnera tres-prudemment ce qu'il verra estre nécessaire.
Tous iront à qui mieux fera. Ceux qui arriveront l'académie estant commencée, s'assiéront sans cérémonie, et sans aucune dispute de presseance. Toutesfois il y aura une place
iDt tempus notentur, affigitor. Lectores benè, multum, etbrevi tempore docere totis viribus, conantor. AuOitores ab ea quœ docebuntur, attentionem ^ cogitationem et cur^m conferunto. De iis quae non intellexerint, lectione habita, interroganto. Sermones et discurcus majori cum eloqueiitià quàm lectiones fiunto, et in iis ars orotcria adhi'^etor.
Nemo hœreticus, schismaticus, infidelis, aposlata, patriœ aut .jerenissimorum principurn inimicus, quietis publicae pert rbator, aut aliqua publicâ infamiâ notatus, admittitor.
Omnes et singuli academici mutuum et fraternum amorem nutriunto. Omnis discordiœ fomes ab academiâ abigitor. Ortis forte controversiis et dissensionibus , Princcps aut ejus gerens vices prudentissimè quid agendum fuerit^ decernito.
Omnes meliora charismata remulantor. 'Advenientes , incœplâ academiâ, absque cœremoniis aut prcurogalivee drsputatione sedcnto.
particulière pour les grands, comme princes, prélats et semblables. Nul des académiciens ne fera aucun signe de légèreté d'esprit, quelque petit' qu'il puisse estre, autrement il sera corrigé par les censeurs.
Le prince de l'académie sera tous] ours choisi quelque homme illustre , vertueux et porté au bien de Facademie.
Les collatéraux ou assesseurs seront sages, prudens, doctes et experts.
Le secrétaire sera d'un esprit clair, subtil , expeditif et généreux, et bien versé aux lettres humaines. Il n'envoyera point de lettres , qu'au preallable il ne les ayt faict voir au Prince, aux collatéraux et censeurs.
Les censeurs seront tres-versez en toutes choses , autant qu'il se pourra faire , et approcheront de l'encyclopédie ; toutesfois il& communiqueront au Prince et collatéraux les pièces qui devront estre examinées.
Le thresorier sera choisi un homme prudent , équitable et soigneux. Les académiciens ne devront point estre grevez de contribuer pour les choses qui seront nécessaires , selon la
Magnatibus tamen^ ut principibus, pra:latis, et hujusmodi,, pecuiiaris locus esto. Academicorum iiemo levitatis animi ullum vel minimum signum edito, alioquin à censoribus corrigitor.
Academiaî princeps illustris vir^ virtutibus prœditus^ et academico bono propensus eligitor.
Collatérales seu assessores sapienteS;, prudentes, docti et experti sunto.
Secretarius , perspicui , subtilis , expediti et generosi ingenii, et humaniorum litterarum sciensesto. Nullas epistolas ille, nisi priùs Principi, collateralibus et censoribus benè \isas , millito.
Censores in rébus omnibus, quantum fieri poterit, versatissimi , et enclyclopedise proximi sunto : examinandas tamen compositiones Principi et collateralibus communicanto.
Quœstor vir prudens , œquus et studiosus eligitor. Academici pro lis quai necessaria erunt , quantum rationi consonum erit , contribuere ne gravantor. Avari in academiam ne accedunto.
DE S. t'RANCOlS DE SALES* 257
raison. Que les avaricieux ne mettent point le pied clans l'Académie.
On créera un huissier à gage, lequel sera obligé d'appeller les Académiciens à propos , et, selon le temps, de conduis, €t reconduire le Prince et les collatéraux à l'Académie , de préparer la sale et disposer les sièges.
Les autres choses seront ordonnées selon que les affaires et les temps enseigneront.
Accensus cum ri> arcede creator. Hic , cùm opus fuerit , academicos YOeato. Principem ^.t collatérales ad academiam conducito, €t reducito, aulam ])arato^ et sedes disponito.
Caetera, proùt res et tempora doctura sunt, decernunlorf
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LETTRE
SUR UNE AFFAIRE CONCERNANT LE CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE D'aNNECT»
ffirée du registre des lettres de saint François de Sales, conservé au monastère (ie la Visitation de Pignerol, à un de ses amis.)
Saint François se plaint de la conduite des syndics et des habitants de.»*
contre son chapitre.
Le 10 mars 1608.
Monsieur mon cher frère tant aymt ^
Depuis que je suis en charge d'evesque, rien ne m'a tant affligé que les mouvemens indiscrets des sindics et hahitans de... contre mon chapitre , contre lequel ils plaident; tascbez de les accorder amiablement , ils ne veulent subir ny sentence ny expédient , ils mesprisenr tous mes advis, et tesmoignent une passion furieuse contre les curés et les ecclésiastiques ; je suis donc affligé si cette violence n'est reprimée, car elle croistroit tous les jours ; d'ailleurs je suis affligé qu'on chastie ces mutineries , parce que les mutins sont mes diocésains et mes enfans spirituels ; mais toutes choses bien considérées, il faut un peu d'affliction aux enfans , alfm qu'ils se corrigent , quand on void que les remontrances n'ont servy de rien; il vaut mieux que je pleure leurs tribulations temporelles, que s'ils se precipitoient dans l'éternelle. Je ne désire, sinon que mon église demeure dans ses droits et que ces gens demeurent dans leur devoir.
» Cette lettre est la 110» parmi les inédites de la collection Biaise,