‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 59 sur 145 · AVIS DU SAINT ÉVÈQUE · texte numérisé non relu

AVIS DU SAINT ÉVÈQUE

A madame Rose "Bourgeois, abhesse du Puits-d'Orbe, Ordre de Saint- Benoît, sur la manière dont elle devoit gouverner sa Communauté. (Tiré de la Vie de saint François de Sales, par M. Maupas, évêque du Puy^. Part. IV, chap. xv, pag. 286.)

(Vers le 25 d'août î 608.)

Voulez-vous que je vous c*se ce qu'il m'en semble , Madame? L'humilité, la simplicife de cœur et d'afïection, et la soumission d'esprit, sont les solides fondements de la vie religieuse. J'aimerois mieux que les cloîtres ftissent remplis de tous les vices, que du péché d'orgueil et de vanité; parce que, avec les autres offenses, on peut se repentir et obtenir pardon ; mais l'ame superbe a dans soi les principes de tous les vices, et ne fait jamais pénitence, s'estimant en bon état, . et méprisant tous les avis qu'on lui donne. On ne sauroit rien faire d'un esprit vain et plein de l'esprit de soi-même; . il n'est bon ni à soi ni aux autres.

Il faut encore , pour faire un bon gouvernement , que les • Supérieurs et Supérieures ressemblent aux pasteurs qui paissent les agneaux, et qu'ils ne négligent le moindre exemple pour éfJîOer le prochain; pa^ce que, tout ainsi qu'il n'y a si petit ruisseau qui ne mène à la mer, aussi n'y a-t-il trait qui ne conduise l'ame en ce grand océan des merveilles de la bonté de Dieu.

Madame, le soin que vous devez avoir à ce saint ouvrage doit être doux, gracieux, compatissant, simple et débonnaire. Et croyez-moi , la conduite la plus parfaite est celle qui approche le plus près de l'ordre de Dieu sur nous , (jui est plein de tranquillité, de quiétude et de repos , et qui, en

sa plus grande activité, n'a pourtant aucune émotion, et se fait tout à toutes choses.

De plus, la dilig' ie des Supérieurs doit être grande pour Temédier aux plus petits murmures d^ la Communauté. Car somme les grands orages se forment aes vapeurs invisibles, de même aux Religions les grands troubles viennent de causes fort légères. Rien aussi ne perd tant les Ordres que le peu de som qu'on apporte à examiner les esprits de ceux qui so jettent au Cloître. On dit : Il est de bonne maison, c'est un grand esprit; mais l'on oublie qu'il ne se soumettra qu'avec grande difficulté à la discipline religieuse.

Avant que de les admettre , on doit leur représenter la vraie mortification et la soumission que la Religion demande, et ne leur point figurer si avantageusement tant de consolations spirituelles. Car tout ainsi que la pierre , encore que vous la jetiez en haut, retombe en bas de son propre mouvemeiit, aussi p);^s une ame que Dieu veut à son service sera repoussée , plus elle s'élancera à ce que Dieu voudra d'elle. D'ailleurs, ceux qui prennent ce parti comme par dépit d'avoir un courage haut avec une basse fortune, apportent: d'ordinaire bien plus de désordre dans les Cloîtres que dd bon ordre en eux.

LE S. FRÂ>XOîS DE SALES. 261

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