‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 78 sur 145 · A UNE ABBESSE · texte numérisé non relu

A UNE ABBESSE

11 la félicite de ce qne l'exercice de l'oraison mentale a été introduit dans son monastère, parce que sans cela les trois vœux de religion ne peuvent êtro que mal gardés. Avantage de la lecture des œuvres de sainte Thérèse. Un bon confesseur peut faire un grand bien dans une communauté.

Annecy, 18 août 1614.

Ma tres-cliere Seur, à cette première fois que je vous escris, je vous veux dire deux ou trois motz de préface, qui puissent servir pour toutes les lettres que je vous enverray désormais selon les occurrences.

1. Que ny vous ny moy n'y fassions plus aucune préface; car Tamour de Dieu que vous avés sera une préface envers vous; et le désir que j'ay de l'avoir sera vostre préface envers moy.

2. En vertu de ce mesme amour ou possédé ou désiré, assurés-vous, ma chère Seur, que vous et toutes vos filles trouvères tousjpurs mon ame ouverte et dédiée au service des vostres.

3. Mais tout cela sans cérémonies , sans artifices , d'autant qu'encore que nos vocations soient différentes en rang.,, <:e saint amour auquel nous aspirons nous esgale et unit en luy.

Certes,^ maiU-esrcJiere Seur, et vous at, vos filles estes

1 C'est la 318* dé la collection biaise, et la 65» dû livre ïi: dis ancienneiv

-éditions.

tres-heureuses d'avoir enfin rencontré la veine de cette eau vivante qui rejaillit à la vie éternelle *, et de vouloir en boire de îa main de nostre Seigneur , auquel , avec Sainte Catherine de Gènes, et la bienheureuse mère Thérèse, il me semble que vous faites cette prière : Seigneur, donnés-moy de cette eau ^

Qu'à jamais cette bonté divine soit louée, qui luy-mesme s'est rendu une source d'eau vive au milieu de vostre compaignie : car à ceux qui s'adonnent à la tres-sainte orayson, nostre Seigneur est une fontaine en laquelle on puise par Torayson l'eau de lavement, de réfrigère, de fertilité et de suavité.

Dieu sçait, ma tres-chere Seur, quelz sont les monastères esquels ce saint exercice n'est point pratiqué; Dieu sçait quelle obeyssance, quelle pauvreté et quelle chasteté y est observée devant les yeux de sa divine providence , et si les assemblées des filles ne sont pas plustost des compaignies de prisonnières que de vrayes amoureuses de Jesus-Christ.

Mais nous n'avons pas tant besoin de considérer ce mal-là^ que de peser au juste poids le grand bien que les âmes reçoivent de la tres-sainte orayson. Vous n'estes donc point trompées de ravoir embrassée; mais trompées sont les âmes qui s'y pouvant appliquer, ne le font pas.

Et néanmoins en certaine façon (à ce que je voy) le doux Sauveur de vos âmes vous a trompées d'une tromperie amoureuse , pour vous tirer à sa communication plus particulière, vous ayant liées par dec moyens que luy seul a sceu trouver, et conduites par des voyes que luy seul avoit connues. Relevés donc bien haut vostre courage , pour suivre soigneusement et saintement ses attraits; et, tandis que la

* Qui biberit ex aquâ quam ego dabo ei, non sitiet in œteraum; sed aqua quam ego dabo ei, fiet in eo fons aquse salientis in vitam œlernanu Joan^ IV, 13 et 14.

> Di it ad eum mulier : Domine da mihi hanc aquam. Ibid., 15.

vrave douceur et humilité de cœur régneront parmi vous, ne craignes point d'estre trompées.

Le freie N. est un vray ignorant, mais ignorant qui sçait plus que beaucoup de sçavans : il aies vrais fondemensde la vie spirituelle, et «a communication ne vous peut qu'estre utile ; je m'asseuTe que son Supérieur ne vous le refusera pas, tandis que vous en userés avec discrétion, et sans luy donner trop de distraction.

Je n'ai peu encore lire les livrets que vous m'avés envoyés, ce sera à mon premier loisir.

Vous avés bien fait de vous apprivoiser avec 1^ bienheureuse mère Thérèse , car en vérité ses livres sont un thresor d'enseignements spirituels : sur tout, faites régner entre vous la diîcction mutuelle, franche et spirituelle; la communauté parfaite tant ay niable et si peu aymée en ce siècle, mesme es monastères que le monde admire; la sainte simplicité, la douceur de cœur et l'amour de la propre abjection : mais ce soin, ma tres-chere Seur, il faut qu'il soit diligent et ferme , et non empressé , ny à secousses.

Je seray bien aise de sçavoir souvent de vos nouvelles, et ne doutés point que je ne vous responde. M. N. me fera tenir prou vos lettres.

En particulier, ce m'a esté de la consolation de sçavoir la bonté et vertu de vostre Père Confesseur, qui, avec un esprit vrayement de père envers vous, coopère à vos bons désirs, et est encore bien aise que les autres y contribuent. Pleust à Dieu (^le tous les autres de vostre Ordre fussent ftussi charitable^^et affectionnés à la gloire de Dieu ; les mo- >iasteres qui sont en leur charge seroient plus parfaits et plus purs.

Je resalue mes chères S^urs Anne et Marie Salomé, et me resjouis dequoy elles sont entrées en cette Religion en un tems auquel la vraye et parfaite pieté commence à y relieurir ; et pour leur consolation, je leur dis que leur parente Madame

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Descrilles , qui est maintenant novice à la Visitation , tasche aussi fort de son costé de s'avancer en nostre Seigneur.

Ma tres-chere Seur , je vous escris sans loisir , mais non pas sans une infinie affection envers vous et toutes vos fille? , que je supplie toutes de recorai^^ander mon ame à la miséricorde de Dieu, comme de ma part je ne cesseray point d.e vous s^uhaitter bénédiction sur bénédiction, et que la source de toute bénédiction vive et règne à jamais au milieu de vos cœurs. Amen.

Je suis, d'un amour tout cordial, vostre tres-humble, etc.

LETTRE

A M. JEAÎl-PIERRE CAMUS, ÉVÊQDE DE BELLEY.

IFl'encovsrage à soutenir l'embarras des procès pour la conservation des hierm et des libertés ecclésiastiques, et lui recommande les intérêts du diocèse dd Genève aux Etats de Bourgogne, où il alloit assister.

Annecy, 22 août 1614.

Monseigneur,

Je me resjouis, certes, de vos victoires; car, quoy que l'on sçache dire, c'est la plus grande gloire de Dieu que nostre ordre episcopal soil reconnu pour ce qu'il est, et que cette mousse des exemptions soit arrachée de l'arbre de l'Eglise où l'on voit qu'elle a fait tant de mal, ainsi que le saint concile de Trente a fort bien remarqué.

Mais je regrette pourtant que vostre esprit pâtisse tant en cette guerre, en laquelle, sans doute, il n'y a presque que les Anges qui puissent conserver l'innocence : et qui tient la modération emmi les procès, le procès de sa canonisation est tout fait pour luy, ce me semble. Saj)ere et amare vix diis conceditur ; mais je dirois plus volontiers : Litigare et non insanire vix sanctis conceditur. Néanmoins, quand la nécessité le requiert, et que l'intention est bonne, il faut s'embarquer sous l'espérance que la Providence mesme, qui vous oblige à la navigation, s'obligera elle-mesme à vous conduire.

« C'est la 319e de la collection Biaise, et la 87« du livre 1" des ancieunei

éditions.

waiÊÊSÊsm

Tout mon plus grand deplaysir, c'est de voir qu'enfin cette amertume de cœur, que vous me dépeignés, vous ravira d'auprès de nous, et me ravira une des plus précieuses consolations que j'eusse, et à ce peuple un ])ien inestimable : car des prélats affectionnés , il y en a si peu : Apparent rari nantes 'm gurgiîe vasto^. Salvum me fac, Domine , quoliam defecit sanctu s ^

Je voy bien, Monseigneur, par vostre lettre et par celle de M. de N., qui, ei\ vérité, est fort mon amy, et bon père ires-singulier, que nous ne sçaurions conserver les libertés ecclésiastiques, que les Ducs nous avoient laissées, es pays cstrangers. 0 ! Dieu bénisse la France de sa grande bénédiction , et y fasse renaistre la pieté qui regnoit du temps de S. Louis !

Mais cependant. Monseigneur, puisque ce pauvre petit Qergé de vostre evesché et du mien a le bonbeur que vous parliés en son nom aux Estats , nous serons délivrés de tout scrupule, si après nos remonstrances nous sommes réduits en la servitude; car que pourroit-on faire davantage, sinon crier au nom de l'Eglise : Vide, Domine, et considéra, quo- Tiiajn facta sum vilis? Quelle abjection que nous ayons le glaive spirituel en main, et que, comme simples exécuteurs des volontés du magistrat temporel, il nous faille frapper quand il l'ordonne, et cesser quand il nous le commande; et que nous soyons privés ôp la principale clef de celles que nostre Seigneur nous a données , qui est celle du jugement, du discernement et de la science en lusage de nostre glaive? Manum suam misithosf^ ad o.ninia desiderabilia ejiis; quia ,vidit gentes ingressas sanctuarium tuum, de qidhus p'œce- ;peras ne intrarent in ecclesiam tuam ^.

Ce n'est pas avec un esprit d'impatience ni de murmuralion que je dis cecy; je me j^oi^souviens tousjours que ista mala invenerunt nos, quia peccavimus, injuste egimiisK Or

«Virg., ^neid. — 2 Psalm. XI, 1. ~ 3 TSiren., I, 10. — * Ces maux sont

SUS pourtant, Monseigneur, vous verres nos articles, et ferès, je m'asseure, tout ce qui se pourra pour la conservation des droits de Dieu et de son Eglise; et tandis que nostre Josué sera là, nous tiendrons les mains haussées , et prierons qu^il ait une spéciale assistance du saint Esprit; nous invoquerons les Anges protecteurs, et les saints Evesques qui nous ont précédé, qu'ilz soient autour de vous, qu'ilz animent vos remonstrances.

De vous envoyer quelqu'un de la part de mon Diocèse , il n'en fut jamais question. Mon Diocèse n'est-il pas vostre, puis que je le suis si parfaitement : Populus meus , populus ^i^w5. Vous verres le Père Dom Jean de Saint-Malachie à Saint- Bernard; si vous le hantés, vous trouvères en luy une veine féconde de pieté, de sagesse, et d'amitié pour moy, qui rhonnore réciproquement hien fort. De Madame Falin ditesxnoy un jour à loisir l'histoire, parce que gloriam régis anmmtiare jiistum est. Dit a soit à jamais le cœur de nos âmes. Je suis. Monseigneur, vostre, etc.

venus nous trouver, parce que nouç avons péché, et que nous avons cumrnis l'iniquité, Ps, CV« 6.

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