‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 8 sur 145 · A LA REQUÊTE DES CHEVALIERS · texte numérisé non relu

A LA REQUÊTE DES CHEVALIERS

(Tiré de la Vie du Saint, tom. Te*", page 270.)

(!«' mai 1SS9.)

Premièrement. Le prevost de Sales proteste de n'avoir ny prétendre aucun droict sur les biens mentionnez en la requeste , et partant ne vouloir en aucune façon se porter pour partie contre les supplians.

Secondement. Que le bref rapporté par luy du sainct Siège a esté demandé, accordé et obtenu pour le service de Dieu, de TEglise et de S. A., à laquelle il touche de le soustenir, et non à celuy qui, comme simple serviteur, le porte et produict, et qui n'a en ceste affaire autre interest que le gênerai de l'advancement du royaume de Dieu.

Troisiesmement. Que neantmoins , s'il plaist à S. A. qu'i» celuy prevost, comme serviteur, rende raison de la volonté du Pape, porté par le bref ol>'*>nu , il dira :

Quatriesmement. Que le bref de nostre sainct Père Clément huictiesme est en conformité de celuy de Grégoire treiziesme, allégué par les supplians, auquel le mesme Pape, prévoyant au cas heureusement advenu en nos jours sou» l'authorité de S. A., baille les bénéfices des bailliages à la Milice (comme inutiles alors à leur naturel usage, qui estoit. indubitablement le maintie;: iss gens d'Eglise) avec ceste^

condition : De sorte toutesfois qu'aussi tost que les habitans de ces lieux viendroyent à recevoir la lumière de la foy , par la miséricorde du Seigneur, en quelle part que cela arrivast, les Ordinaires des lieux ausquels ils estoyent subjects instituassent des églises parroissiales , et autres lieux ecclésiastiques propres pour IV^ercice de la charge des âmes, avec une dote non moindre, des proprietez des mesmes biens, en nombre juste etcompetant, et leur fust yrouveu par les mesmes Ordinaires de recteurs et pasteurs capables, ensuite de la dispense du concile de Trente , et autres décrets canoniques. Lesquelles conditions sont apposées en faveur de nostre cause.

Cinquiesmement. Et quand telle condition ne seroit point apposée au bref de Grégoire treiziesme , le Pape d'aujourd'huy, qui peut disposer absolument en cet endroict, dispose en faveur des peuples et de l'advancement de la religion cbrestienne , comme il appert par son bref;

Sixiesmement. Auquel neantmoins il n'y a aucun poinct préjudiciable à la Milice plus qu'en la condition insérée en celuy de Grégoire, de laquelle il n'est qu'une déclaration pour lever toutes les occasions de douter;

Septiesmement. Car ce qu'il semble que la Milice treuve de dur en ce bref postérieur est, en premier lieu, que la Religion est spoliée de toutes sortes de bénéfices. Mais la condition ^^ dict indistinctement : « des proprietez des mesmes biens, » et le Concile de Trente , par le droict mesme , donne le pouvoir des portions congrues sur tous les bénéfices. En second lieu , que cela se fasse sous prétexte de l'entretenement. Mais cela n'est en aucune façon pr texte ; car c'est une pure et saincte réalité , à laquelle non seulement Clément , mais Grégoire prouvoit par la condition. En troisicsme lieu, qu<» la détermination de l'entretenement soit remise à l'Evesque. Mais et le Concile de Trente exprés , et la condition de Grégoire, remet tout cela à la cognoissance des evesques. Ea

quatriesme lieu , du nombre des gens nécessaires , voulant que cela se fasse selon le nombre qui fut estably lors que S. A. estoit à Tonon. Mais on ne le surpasse pas, et à peine y aura-il qui suffise. Et si l'expérience avoit apprins qu'il en fallust davantage, faudroit-il Tempescher? Mesmement qu'on avoit réduit au moindre nombre pour laisser quelque moyen , s'il estoit possible, pour rebastir, faire des paremens, et autres choses nécessaires ; lesquelles faictes, et le peuple estant accreu, on pensoit aussi de multiplier les curez ou vicaires. En cinquiesme lieu , que le bref ayt esté accordé sans que leur Milice ayt esté ouye. Mais la condition apposée par Grégoire, à laquelle ils ont consenty, les relevoit de ceste peine. Et quelle raison pouvoyent-iîs apporter pour empescher ce bref? Certes , elle ne pouvoit estre qu'en faict ou en droict. En droict, c'est la production du bref de Grégoire : mais le Pape Clément l'insère presque tout au sien, er. n'ignoroit rien de ce qu'il contient, ayant procédé avec certaine science. En faict, niant la réduction de ces peuples : mais cela ne se pouvoit pas; et de plus, quand il n'y en eust que dix de chaque paroisse avec liberté, It Pape eust tousjours disposé (comme il a faict) en leur faveur.

Iluictiesmement. Mais la Milice allègue deux raisons : l'une, crainte d'abus eu l'exécution. Mais on respond à cela qu'il luy demeurera toujours lieu de s'en plaindre, sans qu'il soit nécessaire dt retarder le cours d'une si nécessaire exécution. En second n'a, elle craint le droict de nomination. Mais ce seront* des serviteurs et subjects de S. A. La moindre ame ou messe vaut plus que toutes les nominations pour la conservation de S. A. Au reste, c'est un ordre du Concile de prendre les portions congrues sur tous les bénéfices.

Neufviesmement. Quant aux revenus, il n'y en a pas assez cour faire ce qu'il faudroii.

* C'cit'U-dire , les curés.

Dixiesmement. Il eus* anieux vallu de ne rien faire que <îe faire froidement.

Onziesmement. La Religion ne sçauroit pas mieux faire pour sa profession.

Douziesmement. En fin le bien du peuple doit estre souveraine loy. Pas un particulier n'en prend pour soy, ny Monsieur de Genève, ny moy. On fera exactement le calcul de tout le revenu, en l'assistance d'un officier de S. A., ou de plusieurs. Partant le Prévost de Sales, comme tres-humble serviteur, subject et orateur de V. A., supplie pour l'amour de Dieu que l'exécution ne soit aucunement retardée , mais plustost avancée , maintenue et soustenue par les grâces nécessaires d'icelle ; et, comme humble serviteur et orateur de la Milice , la supplie de se contenter avec l'œil ouvert pour voir s'il se fera aucun abus, et de ne prendre point pour estre fait contre son service ce qu'il a faict pour servir la cause de la religion , sans aucune mauvaise affection contre l'honneur et service quHl doit à tous les chevalliers.

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