DISCOURS
De saint François DE SALES au duc de Savoie, en conséquence de la requête et des réponses précédentes. (Tiré de la Vie du Saint, tome Ie% page 273.)
(Au commencement du mois de mal 1599.
Monseigneur, V. A. avoit donné main levée , par manière de provision, attendant la déclaration du sainct Siège, de tous les bénéfices de Chablais et Ternier,pouî 'rentretenement des ecclésiastiques nécessaires pour l'exercice de la religion catholique , r'establie depuis peu en ces pays-là par le bon zèle de V. A. Son sénat, et sa Chambre des Comptes n'ont point voulu encore interiner les patentes expédiées pour cet ejffect. Sa Saincteté, suyvant la saincte intention de V. A., a donné plein pouvoir au reverendissime Evesque de Genève de desunir et desmembrer les bénéfices unis à la Milice des saincts Maurice et Lazare (laquelle tient la pluspart de ceux de Chablais et Ternier), autant qu'il jugera expédient pour l'intruction de ces peuples convertis, réparations des églises, autels, et autres nécessitez. V. A. commande par un décret du vingt neufviesme avril de ceste année qu'on sursoye à toute exécution : si que ces pauvres convertis demeurent desprouveuz et privez de tous les moyens requis à la continuation de la saincte religion qu'ils ont embrassée par la saincte conduite de V. A. avec tant de bon exemple pour tous ceux qui en ont eu le:, advis. Dont moy, auquel V, A. a commandé d'attendre et demander sa bonne volonté sur cela , supplie tres-humblement que, faisant considération sur la qualité de l'affaire, qui ne peut astre retardée sans estre
DE S. FRANÇOTSDE SALES. 4S
raynée , îl luy plaise , ou de commander absolument et efficacement que le bref de S. S. soit mis en exécution sans aucun delay (sauf à la Milice de recourir en cas d'abus, et se prouvoir comme et vers qui elle verra affaire), ou de commander expressément à l'un des sieurs de son Sénat, ou Chambre des Comptes de Savoye , d'assister à Fexecutiou qui se fera par le reverendissime Evesque de Genève , à laquelle pourra aussi entrevenir un député par le conseil de la Milice , h Un que toute accusation d'abus soit évitée. Or j'asseure V. A., Monseigneur, qu'en l'exécution de ce bref, le reverendissime Evesque de Genève observera tres-estroictement ces conditions : de n'outrepasser pas le nombre juste et competant des gens nécessaires à l'œuvre , lequel neantmoins ne peut pas estre précisément déterminé sans une particulière cognoissance des circonstances des lieux, d'assembler en un srros tous les bénéfices des baillia2:es convertis, tant affectez cy- devant à la Milice qu'autres quelconques (ceux-là exceptez desquels V. A. auroit autrement^ prouveu depuis la conversion de ces peuples), afin que de ce tout soyent levées les parties nécessaires pour le service de Dieu , de faire une juste estimation de chaque bénéfice, et de n'outrepasser l'usage requis et juste employ d'iceux, tant en l'assignation des portions congrues qu'autres œuvres nécessaires à la manutention de la foy. Et quoy que tout le revenu du Chablais qui est en estre malaisément puisse suffire à ce qu'il seroit besoin^ de faire en ce commencement, auquel on ne sçauroit faire. que trop peu , si est-ce que le mesme Evesque, quant à ce qui touche à son devoir, se contentera de ce qui est nécessairement nécessaire; laissant au surplus à la piété deV. A. de prouvoir au collège des Jésuites desja conclu et destiné par elle avec le Père General de l'Ordre, et autres amplifications du service de Dieu, qui sont dételle importance que son zèle sçaura bien luy représenter. Je supplie donc tres-humblement V. A. qu'il luy plaise de
me r'envover au pliistost despesches sur ce subject; et elle attirera sur soy et sur ses desseins la l)enediction divine, que luy souhaitteront perpétuellement tant d'ames faictes et maintenues Catholiques par son soing et prouvoyance Chrestienne.