MÉMOIRE
Pour la Réformation des Religieux et Religieuses, présenté par saint François DE SALES A M. LE piiiNCE DE PIÉMONT, à Annecy *. (Tiré de la Vie du Saint par Auguste de Sales, tom. II, liv. VIII, pag. 130.)
(Vers le mois d'avril 1616.)
La dépendance que les Religieux ont de leurs Abbez et Prieurs commendataires engendre continuellement des proeez, noises et riottes scandaleuses entr'eux. Il seroit donc peut estre à propos de séparer le lot et la portion des biens lequis à l'entretenement des Religieux, Monastère et Eglise, â'avec le lot et la portion qui pourroit rester à l'Abbé ou Prieur commendataire ; en sorte que les religieux n'eussent aien à faire avec F Abbé, n'y l'Abbé avec eux, puis que char.un é'eux auroit son faict à part , comme l'on a faict tres-utiîelaent à Paris , des abbayes de sainct Victor et de sainct Germain. Et par ce moyen les Supérieurs cioistriers auroyent ioute l'authorité convenable pour bien reformer les Monastères, réduisant la portion des Religieux en communauté.
Et pourroit-on aussi changer les Supérieurs , par élection, ée trois ans en trois ans.
Et à fin que la reformation se fîst plus aisément, il seroit Tequis que cet ordre se mist premièrement à Talloires, où il j a des-ja un bon c'ommencement de reformation , et par
* La guerre étant allumée dans le Genevois par le duc de Nemours, qui, après ifHie retiré mécontent d'auprès de Son Altesse le duc de Savoie , avoit résolu. ées'eu rendre maître souverain, et la ville d'Annecy étant en danger d'être |iîse, le prince de Piémont, Victor Amédée, vint à son secours, et descendit fMt droit à la maison du saint évêque, lequel profita de l'occasion, et lui jBésenta ce Mémoire pour la Réformation des Religieux et Religieuses.
après il faudroit sousmetlre à Talloires tous les monastères de rOrdre de saiiict Benoist, à fin qu'on y instalast la mesmç reformation. Mais quant aux monastères de l'Ordre àb Cisteaux , je ne vois pas qu'aucune reformation s'y puisse faire, sinon en y mettant des Religieux Feuillens, comme on a faict à la Consolate de Turin , à Pignerol et en Abondance.
Il y a de plus des monastères de chanoines réguliers de sainct Augustin qui n'ont pas moins besoing d'estre reformez ; ce qui malaisément se pourra faire , sinon par changement d'Ordre. Et semble qu'il seroit expédient d'en retirer quelques uns dans les villes, comme pour exemple, le monastère d'Entremont à la Roche, pour accroistre là le nombre des chanoines , et y establir un notable service, avec un théologal et un pénitencier, ayant esgard au voisinage et continuel commerce de ceux de Genève avec ceux de la Roche. On pourroit aussi en convertir d'autres en des congrégations de prestres de l'Oratoire , comme , pour exemple , le monastère du saint Sépulcre de la ville d'Anicy ; et les autres, les annexer au collège de la mesme ville , comme le prieuré de Pellionex.
Or ce qui est dict de retirer quelques monarsteres dans les villes pour accroistre le nombre des chanoines regarde le bien de la noblesse de tout le païs de Savoye , laquelle est nombreuse en quantité , mais la pluspart pauvre , et laquelle n'a aucun moyen da loger honorablement ses enfans qui veulent estre d'Eglise, sinon es bénéfices qui se distribuent dans le paîs, comme sont les cures et les canonicaux, lesquels on pourroit introduire sainctement de ne devoir estre distribuez que par le concours aux gentilshommes ou docteurs. Son Altesse donc, pour ce regard, pourroit faire uneinstruc-. tion à son ambassadeur pour obtenir de sa Saincteté une commission à FArchevesque de Tarentaise , [à TEvesque] de Maurienne et àceluy de Genève, pour procéder aux establis- VI. 24
semenssiisdicts, en sorte neantmoins que, l'un de ces prélats se treuvant absent, les deux autres puissent procéder; et les procureurs gênerai et patrimonial chargez de tenir main en toutes occurrences à Texecution, avr^ expresse recommandation au sénat d'assister en toutes les occasions qui le requerroyPBt.
Quant aux Religieuses, il seroit aussi requis qu'on retirast les trois monastères de Cisteaux dans les villes, à lin que leurs deportemens fussent veuz journellement, qu'elles fussent mieux assistées spirituellement, et qu'elles ne demeurassent pas exposées aux courses des ennemis de la foy ou de TEstat, à l'insolence des voleurs, et au desordre de tant de visites vaines et dangereuses des parens et amis; joinct que de les enfermer aux champs esloignez d'assistance , c'est les faire prisonnières misérables, mais non pas Religieuses, ainsi que l'on prétend de faire par les bonnes exhortations qu'elles recevront dans les villes : et aussi le sainct concile de Trente ordonne qu'on les y réduise pour ces mesmes causes. On pourroit donc réduire celles de saincte Catherine en la ville d'Anicy, celles de Ron-lieuà Rumilly, et celles du Betton à sainct Jean de Maurienne, ou à Mont-meillan ; et quant à celles de saincte Claire hors ville de Chambery, on pourroyt aussi les réduire dans la ville mesme de Chambery.
Mais à fin qu'à mesme temps qu'on les reduiroit toutes es villes la reformation se fist, il seroit requis que sa Saincteté commist quelque prélat qui establist es monastères tous les reiglemens ordonnez par le concile de Trente , et leur donnast des Supérieurs ausquels on peust avoir recours facilement. Son Altesse donc, pour ce subject , pourroit faire dresser une instruction à son ambassadeur, à fin qu'il obtinst ^ux commandemens de sa Saincteté, l'un à l'abbé de Cisteaux , gênerai de FOrdre , à ce que promptement il fist retirer les Religieuses des monastères de Savoye dans les vilj^ voisines, en îieru propre à leur demeure, en attendant
qu'elles eussent faict un nouveau monastère; l'autre à FEvesque de Maurienne et à TEvesque de Genève , à ce qu'ils tinssent main que tous les reiglemens ordonnez par le Concile fussent establis , non seulement es monastères de Cisteaux, mais en tous les autres monastères de femmes qui sont eu Savoye; et le procureur gênerai chargé de tenir giain à Fexe» cution de l'intention de son Altesse,
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