AU CARDINAL BELLARMIN
Il sollicite le nom de religion et quelques autres grâces pour les Dames de la Visitation , et entre, à cet etfet, dans le détail des principaux exercices de cet institut.
Annecy, 10 juillet 1616.
Quoique je ne sois pas connu dans le monde ni dans la Tille de Rome, et que pour cette raison, je n'aie aucun crédit, ee qui me console , c'est que celui à qui j'ai l'honneur d'adresser mes présentes supplications , est bien connu et singulièrement aimé, non -seulement dans cette capitale du monde chrétien, mais encore par toute la terre ; et malgré le respect que m'inspire la dignité de votre illustrissime et révérendissime seigneurie , je fais cette démarche avec d'autant plus de confîanee, que j'agis par le motif de charité qui est en notre Seigneur.
Nous avons , tant ici qu'à Lyon , deux Communautés de filles et de veuves , lesquelles , sans être Religieuses , ou , pour mieux m'expliqu^,r , étant simplement oblates, ne
1' C'est la 13e du livre I^' dans les anciennes éditions, et la 375* de la collection Biaise.
Urbi et orbi ignotus, orbi et urbi notissimum et amantissimum cardinalem, secuiîdùm eam quae in Christo est charitatem, precibus confidenter aggredior.
Habemus hîc et Lugduni unam et alteram virginum et viduarum congregationem , quaî, licet veriùs oblatae quàm veri nomiriis religiosœ aut moniales censendai sint^ lumen castitatem ac sacram pu
laissent pas d'observer très-religieusement et très-saintement la chasteté, la pauvreté et l'ohéissance. Elles ne sont pas non plus obligées à la clôture, et cependant on peut dire qu'elles la gardent perpétuellement avec une grande ferveur, vu qu'elles ne sortent jamais que pour des causes très-graves, très-saintes et très-nécessaires. Elles ont des heures assignées chaque jour pour réciter ensemble, d^ns le chœur, le petit oirice de la bienheureuse Yierge. Gela se fait avec une si nnlile décence , et d'un ton qui respire tant la piété , que Ton seroit en peine de dire laquelle des deux, de là douceur du chant ou de la gravité, l'emporte sur l'autre. Elles emploient à l'exercice angélique de l'oraison mentale deux heures par jour, une le matin et l'autre le soir, et en retirent un fruit merveilleux. En un mot , elles me remettent dans la mémoire ces saintes femmes dont S. Grégoire de Nazianze , écrivant à Hellénius, ne lit point de difficulté de aire, dans des termes magnifiques, qu'elles étoient des astres du firmament et de très-brillantes étoiles de Jésus-Ghrist. Il n'y a pas long-temps qu'étant allé saluer M. le révé-
dicitiam sanctissimè colunt, obedientiam simplicissimè amplec tuiitur, paupertatem religiosissimè sequuntur; et quamvis ex eariim ritu clausurœ non sint addictœ, eam nihilominùs ex animi fervore propemodùm servant perpetuam, quandoquidem nunquàm, nisi grayissimis et piissimis causis impelientibus^ extra domum pedem eiïerunt; sed slatutis hovis, iisque apte per totum diem dispositiS;, officium parvum beatissimrc Yirginis simul in choro recitant, cantii ad pictalis regiiius tam féliciter formato, ut vix dici qiieat - num gra- \itatem siiavitas, vel suavitatem gravitas siiperet. Orationi verô illt angelicLC, quam inentalem vocant, duabus item horis, arià matulinà, ahà vespcrtinàj maximo cum fructu operam navant, ac, ut uno verÎDO coDcliidam, iilas mihi roferre videntur foeminaS;, de quibus sanctus Gregorius Nazianzenus ad Ilellenium tam magnificè loquitur, ut eas cœlestia et pulcherrima Christi sidéra nominare non vcreatur.
Yerùni cùm non ità pridem reverendissimum dominum archiepiscopum Lugdunensem s:îlutaKdi gratiâ adiissem, verbaque simul de
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dissime archeTeqae de L s discours qoe
nons tînmes sur nos affa.- .- . ^ ^.— , . js tombâmes SUT ces deux Gommnnaatés de femmes, qui sont en si bonne odeur ai l'un et l'autre diocèse , à cause de leur piété , que l'on juge qu 'il est de la dernière importance qu'elles soient gouvemées sagement.
n me fit entendre qu'il seroit à propos qu'elles prissent quelqu'une des r^les qui sont approuvées par l'Église, qu'elles gardassent la clôture , et qu'elles fissent des vœux solennels. Je consentis volontiers à ses propositions , tant à cause de l'autorité que ce grand bomme a sur mon esprit, de sa science et de sa piélé , qui le font admirer de tout le monde , qu'à cause de la gloire attachée au titre de religion, que j^ai toujours estimé très-honorable à ces dévotes congrégations.
Ce fut dcMic là notre conclusion ; et quand ce vint à Texécntion de ce dessein , et que nous eûmes conunencé à j iTari^aiHer, nous trouvâmes en elles une très-grande promptitude et une admirable facilité à obéir.
£ntre leurs exercices de piété , il y en a trois qui leur
reroffl nostramm ecelesiasticamm stata miscêremas , incidît inter alîa senno de istîs duabos congregationibus molienim , qnaram odor suaTÎssîiDiis est in otràque dicEcesi^ ot proindè earom recta gubernatio maximi omnlDÔ Tideatur esse momenti.
Cùmqae ille saggereret operx pi?tiam fore, ut imprimis eas ad fegiilam aliqaam religiosam, ei iis qu« ab Ecclesiâ approbats sont, et ad clansoram^ ac vota solemnia amplectenda, iDdaceremns; ega quoqae in eam s^tentiam facile descendi, tom ob Tin singolarem in me anctoritatem , alqae perspectam omnîbns peritiam et pietatem, tnm ob nominis religiosi sploidorem, qoem magno omamento Mtis, alioqoîn pii^mis, congregationibus futurum eiistimabam.
Ità ergp inter nos statutum est : atque ubi id aggredi cœpimns^ mîram in eis et suaTÎsamam ad obediradum animorum ^omptitu* dÉMm et facilititem inrenimus.
Tdatantùm habent in usa peculiaria pietatis ofi&âa, qos sammo»
tiennent fort au cœur. Si le Saint-Siège daigne les leur permettre , il n'y aura rien de dur ni de désagréable dans ce changement d'état : ils sont tels qu'ils ne répugnent nullement, à mon avis, à la clôture et la à vie reliiiieuse des femmes; et tous ceux qui savent comment on se gouverne en France, jugeront que la piété en recevra un irrand accroissement, bien loin qu'elle en reçoive la moindre diminution.
Le premier de ces exercices est la récitation du petit oiEce de ?sotre-Dame; car elles ne sont pas obligées au grand office. La raison de cela est qu'elles reçoivent souvent des femmes âgées qui ne peuvent apprendre le grand bréviaire avec toutes ses rubriques , ni le réciter distinctement avec les pauses et les accents convenables , au lieu qu'elles pratiquent tout cela facilement en récitant le petit office. Cette raison est sans doute digne de ccmsidération , parce que , parmi le grand nombre de monastères de femmes qui sont répandus par tout le monde , il n'y en a pas qui prononcent plus mal le latin que les Françoises. Il seroit donc impossible
perè illis cordi sunt ; et quae si ab apostolicà sede concedantur, nihil in hàc status mutatioDe durum ^ nibil insuave futunim est. £a autem sunt ejusmodi, quae, quantum e\istimo, cum clausurà, aut statu religioso mulierum, minime pugnent; quaeque peritis rerum nostrarun^ Gallicarum sestimatoribus non solùm non inmiinuere, sed etiam plurimùm promovere pietatem Tideantur.
Prinium est, ut ad ofûcium cléricale, quod magnum vocant,noa obligentur, sed tanlùm ad ofticium parvum beatissimaB Yirginis- Hujus autem barum desideri» ratio est, quia in illis congregationibus plerumquè recipiuutur mulieres jam adultae, qu* ofticium magnum, cum illius rubricis, vix ac ne vii quidem addiscere possent; deindè quia brève illud officium beat<e Tirginis, magnà vocum , accentuuin^ pausaruraque distinctione célébrant, quod nequaquam, si longius' officium recitandum foret, pnestarepoKent. Quod ideô maximà consideratione dignum est, quia inter omnes totius orbis mulieres, nulls sunt quie inepîiore latini sermonis pronuntiatione utantur quàm Gallicae ; quas proindè impossibile esset accentuum , quantitatum , et
qu'elles observassent les l'ègles de la prononciation dans une si grande variété d'olFices, de leçons et de psaumes. En effet, c'est une grande pitié que l'ignorance de la prononciation latine dans la plupart des couvents de femmes : car elle va si loin que les plus dévots même ont de la peine à s'empêcher de rire , et que les impies et les demi-savants s'en moquent et s'en scandalisent.
La seconde espèce d'obligation consiste à permettre aux v.'nves de demeurer quelquefois des années entières avec elles, et do faire les offices de la congrégation en habit séculier, mais très-modeste. Au reste , elles ne font point cette faveur à toutes sortes de veuves, mais seulement à celles qui, désirant entrer en religion, pondant qu'elles songent se' ieusement à mettre ordre à leurs affaires temporelles , à renoncer au monde , à éviter la poursuite de ceux qui les voudroient faire passer à de secondes noces , tâchent de cacher avec prudence le trésor de leur chasteté , qu'elles gardent dans des vases d'argile, de peur qu'en les portant dans leurs mains à la vue des enfants des hommes , elles ne l'exposent à devenir la proie des voleurs.
rectse pronuntiationis loges, in tan ta officiorum, lectionum et psalmorum varietate, observare. Undè dolendum est, tantam in pierisque monastenis mulierum pronuntiationis imperitiam audiri, ut etiam alioquin cordatis auditoribus interdùm risum, scioJis verè et hœresi infectis cachinnum moveant et scandalum.
Secundum est, quod viduas interdùm etiam aii (uot aim^s, in habitu sœculari, sed tamen modestissimo, secum ad congregationis pia officia exercenda habitare permittant : verùm non «anè quidera om.nes viduas, sed eas tantùm quaî, cùm religionem ingredi cupiant, intérim dùm de nuntio sœculo ac nuptiarum interpellatoribus remittendo scriô cogitant, thesaurum castitatis, quem in vasis fictilibus portant, abscondere prudenter quœrunt , ne in manibus illuni portantes ii: conspectu filiorum hominum, latronum deprœdaticni objiciant.
Le fondement de cette pratique est que , dans ces pays-ci, les hommes tendent des pièges aux veuves, et même aux plus dévotes, avec une telle liberté et dissolution, par les cajoleries et les amorces ordinaires aux gens du monde , que , bien qu'elles soient résolues à demeurer dans l'état d'une parfaite viduité, à grande peine peuvent-elles en exécuter le dessein. C'est pour remédier à ces inconvénients qu'on leur procure un moyen si sak taire; et comme elles observent l'obéissance et une exacte clôture ( car à peine sortent-elles une ou deux fois l'année pour régler leurs affaires domestiques ) , il n'en peut arriver de dommage , mais , au contraire , il résulte un grand bien de cette conduite. On peut même avancer qu'il y a moins de péril en cela qu'en ce qui se pratique dans un grand nombre des plus saints monastères, où les sœurs converses sortent et rentrent, vont et viennent pour les affaires de leurs maisons. Il y a aussi moins d'inconvénients que de recevoir déjeunes tilles pouf les instruire, ce qui est néanmoins très-commun. Au reste, il est assez indifférent à une Communauté , qu'une jeune enfant y soit admise pour y être instruite , ou qu'une veuve y demeure pour mettre à couvert sa chasteté : ceux qui con-
Hujus autem desiderii ratio est, quia in istis regionibus tantàlibertate viri viduas, quaravis piissimas, colloquiiset irritamentis ssecularibiis infestant^ ut qate veram viduitatem colère volunt, vix id tutô prœstare possint; qiiibus bac via optimè corisulilur. Gùmque hujusmodi viduae obedientiam et exactani propemodùm clausuram observent (vix enim seniel bisque quotannis^ ad domestica n(>gotia componenda ^ illis egredi contingit), nibil onininô dispendii, pltrimum vero compendii huic consuetudiu". ina^sy existimandutn est. Iir.mo verô multo minus ea periculum habet, quàni qua^ in plerisque piissimis monastcriis viget, ut sorores conversLC , negotiorum gerendorum gratià, egredi etregredi possint; neque multo plus dit- Licultalis quàm illa, qua) tam^n satis Irita est^ ut puclhc educationis gratia in monasteriis recipiantur. Quid enim interest nùm pueila «ducationis^ vel vidua castiUitis ^ïiliâ, in monasterio degatVQa.e
noissent les mœurs et le génie des François, confesseront que tout ceci est dans l'exacte verilë.
La troisième espèce de devoirs se rapporte non-seulement aux veuves qui ont un vrai dessein de renoncer au siècle , mais encore aux femmes mariées , qui , voulant mener une nouvelle vie en Jésus-Christ , et faire des confessions générales après quelques jours d'exercices spirituels , ont besoin de se retirer pendant ce peu de temps dans un lieu éloigné des embarras des choses séculières. Et , certes , on ne peut exprimer dignement les fruits abondants que produit cette sainte hospitalité ; car, par ce moyen , on pourvoit non-seulement au repos de ces personnes , mais aussi à la honte qu'elles ont de se faire connoître , honte assez ordinaire aux personnes du sexe ; et on met à couvert l'honneur et la pudeur. Pour cet effet on les envoie à une petite fenêtre munie d'un treillis de fer, qui a été pratiquée tout exprès pour la confession des Sœurs , et où ces étrangères peuvent se confesser sans voir, n'y être vues de personne ; et après y avoir reçu les instructions salutaires qui leur conviennent, elles vont les méditer à loisir avec quelqu'une des Sœurs.
omnia maxime vera existimabit , quisquis harum regionum gallicarum mores et ingénia rectè perspexerit.
Tertium est, quôd non solùm vidiias hujusmodi, quœ serio sœculo renuntiare intendant, sed interdùm alias etiam conjugalas admittunt, cas scilicet, quœ cùm velint novam in Cliristo vitam instituera, atque adeo confessiones , quas vocant générales, praniis aliquot exercitiis spiritualibus, facere, opus habent in remotum ù saecularibus locum tantisper iiquot diebus secedere. Et sanè, quàm uberes fructus hœc sacra pauuorum dierum hospilalitas aiïerat, ncmo satis pro merito dixerit. Per eam enim non quieti tantùm, sed et pudori, verecundioî ac honestali muiierum consulitur, dùm ad fencstellam craticulis ferrei? munitam, pro confessionibus sororum audiendis efl'ormatam contessarios acceisunt, ibique documenta saliitis audiunt, quse posteà per quietem cum aliquù ex sororibusanimorevolvunt.
Or, s'il y a quelques pieux motifs pour lesquels les femmes puissent entrer dans les monastères, tes deux -ci doivent être du nombre ; bien entendu qu'on doit demander et obtenir par écrit l'approbation de l'Ordinaire , ou de son vicaire général , et que cela ne peut avoir lieu qu'au cas qu'il n'en arrive aucun préjudice à la discipline régulière.
Que si on peut tirer du passé une conje'^ture pour le présent et l'avenir, il n'y a rien de plus saintement établi ni de plus utile que cette pratique; car, comme jusqu'à cette heure elle a eu un très-heureux succès, on doit espérer qu'elle l'aura encore par la suite.
Au reste, monseigneur le révérendissime archevêque de Lyon a un très-puissant intercesseur auprès de sa Sainteté , savoir l'ambassadeur du roi très-chrétien ; les Sœurs de cette ville, qui on gagné l'affection de la sérénissime duchesse de Mantoue, sont soutenues de ses prières, qui sont d'un grand poids ; et moi , très-illustre cardinal , je ne veux que vous poTjr intercesseur, tant parce qu'il n'y a que vous du sacré collège que j'aie l'honneur de connoître, que parce que vous
Porrô si aliqua causa piasubsit, propter quam mulieres monialium claustra ingredi possint ( sunt autem aliquot), hse duse intei prœcipuas numerand.Te sunt ; quas tamen ita obtinere œquum est, si ab ordinario ejusve \icario generali scripto probentur, et quamdiù ex hujusmodi praxi nihil detrimenti disciplinse regulari accedet.
Quôd si ex prseterito de prœseiitibus et futuris conjectura sumenda sit, nihil omninô sanctius, nihil utiHus; quin immô, quia res felicissimum hactenùs habuit successum , in posterum eumdem habituram sperandum est.
Cseterùm habet reverendissimus dominus archiepiscopus Lugdu- Tiensis interressorem potentissimum, christianissimi scilicet régis oratorem. Hùbent etiam sorores hujus civitatis validissimas [Meces serenissimse ducisssB Mantuaî viduœ, quœ eas plurimùm diligit. Ego verô, cardinalis amplissime, te unico intercessore utor, tum quia te solum ex augustissimo illo apostolico coUegio novi, tum quia de rébus istis nostris cis-montanis optimè judicare potes, et plerisque
êtes instruit et en état de juger parfaitement des affaires de C£s contrées qui sont en deçà des monts , et de faire sentir au plus grand nombre de nos seigneurs vos confrères, qu'on doit traiter les affaires de la religion diversement , suivant la diversité des mœurs et la différence des régions. De plus, Totre livre des .controverses me répond de votre charité compatissante pour ce pauvre diocèse , et cet aimable Benjaî3ain que vous venez de mettre au jour ne me permet. pas de douter de votre bienveillance envers les âmes dévotes.
C'est pourquoi, m'appuyant sur cette forte inclination de votre illustrissime et révérendissime Seigneurie à favoriser les pieuses entreprises, je la supplie très-humblement, et je la conjure d'employer toute sa prudence et toute son autorité pour faire réussir celle-ci , pour laquelle je m'intéresse. Je TOUS prie de m'excuser et de m'aimer pour l'amour de Jésus- Christ , très -grand, très -illustre et très -excellent prélat, Totre, etc.
îîïud suggérera, aliter hîc, aliter ibi rem divinam esse promovendam, jrro morum ac regioimm varietate; tum quia de tuâ erga hanc diœ- «esim miserabilem commiseratione; libri tui Controversiarum , de tuâ \erô erg(à pias animas benevolentià novissimus ille et amabilis nimis tuus Benjamin, dubitore non sinunt.
Quare de eximiâ illâ illustrissimœ dominationis vestrse in bonos tonorumque conatus confisus, eam enixè rogo et obtestor^ ut pro suâ prudenliâ, negotium, sua, qua pollet, auctoritate proiEOveat et conficiàt. Vale, clarissime, amplissime et illustrissime praesulj et me Jesu Christi amore excusatum et amatum velis, rogo supplex et ©blestor.
LETTRE
A s. A. VICTiQSl AMÉDÉE, PRLNCE DU PIÉMONT,
Sur l'introduction des Pères de l'Oratoire dans la sainte maison de N.-D-«îe Compassion pour eu empêcher la décadence , et sur leur établissement à. Rumilly.
Annecy, 31 août 1616.
Monseigneur,
Puis que M. le président de Lescheraine aura l'honneur de vous faire la révérence et qu'il fut l'autre jour à Tonom pour voir de la part de S. A. Testât de la sainte maysoii<ie N.-D. de Compassion , je m'asseure que V. A. désirera de sçavoir toutes les particularités des defautz qu'il y aura remarquez. Et je ne doute point qu'il ne représente à V. A. qu'entre tous les remèdes par lesquelz on peut le mieux empescher la décadence de ce lieu de pieté , l'introduction des PP. de l'Oratoire seroit le plus propre, ainsy qu'estant à Tonon ensemblement, nous l'avions jugé ; dont j'ay desja donné advis à V. A. S., laquelle je supplie très humblement de protéger tousjours cette sainte mayson, comme un œuvre de grande qualité pour la gloire de Dieu, et le lustre du nom de la serenissime mayson de S.A. de la main de laquelle est sortie cette pièce de dévotion, afin qu'elle ne périsse pas, ou du moins qu'elle ne perde pas , faute de bon ordre , la grande réputation sous laquelle elP a esté fondée contre Ph©resie et pour l'accroissement de la sainte religion catholique. Je supplie encor V. A. S. de se ressouvenir de l'establisse-
■ L'original en est conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est la isap inidite de la collection Biaise.
mont des prestres de TOratoire en l'église de Rumilly , en
l'occasion qui se présente maintenant , que le sieur de Sau-
naz , sujet de S. A., un jeune gentilhomme des plus savans
îheologiens de son aage , y désire contribuei sa personne
desja vouée à cette congrégation et son prieuré de Chindrieu,
et que le curé de Rumilly descrepité et extrêmement malade
est jugé à mort par les médecins qui asseurent que dans bien
peu de jours il décédera; je supplie encor Y. A. dejetter les
yeux de sa bonté et de son zèle sur les monastères des moines
de Cisteaux de Saint-Benoist et de Saint- Augustin, de deçà
les Montz , où la Règle n'est point observée , et où elle ne
peut estre restablie , ni mesme es Religions des filles où elle
s3st si nécessaire , sans l'exécution des projets que V. A. fit
ici en cette ville dont je luy envoyay le Mémoire l'année
passée : et faysant, en toute humilité , la révérence à V. A.,
je demeure ,
Monseigneur,
Vostre très humble, très obeyssant et très fidèle serviteur et orateur,
François, Ey. de Genève.
' »/vy\y\yw«»'
LETTRE
5aint François supplie S.A. de s'informer du président de Le?cheraine des abui qui se sont introduits dans la sainte maison de Thonon.
Anneci, 31 août 1616.
Monseigneur,
Entre toutes les œuvres de pieté par lesquelles V. A. a signalé sa dévotion envers la très sainte Vierge , mère de nostre Sauveur, il n'y en a peut-estre point de plus illustre que celle de la fondation de la sainte mayson de Thonon, Mais pour l'affermir, il faut remédier à quelques defautz qui y sont , et parce que monsieur le président de Lescheraine qui vint sur le lieu aux f estes de Pentecoste de la part de V. A., en sçait toutes les particularités, je la supplie très humblement de l'ouïr ou faire ouïr sur cela , et de seconder de sa protection une si digne fondation , qui suis invariablement ,
Monseigneur,
Vostre ti.^ humble , très obeyssant et très tidele orateur et serviteur,
François, Ev. de Genève -
î l'autographe en existe aux Archives de la Cour de Turin. C'est la 193« inédite de la collection Biaise.
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cm.
LETTRE
AM0N5IEURLEC0MTEVIE0.
Saint François l'entreti'^nt d'une affaire qui a été portée en cour de Rome, et pour laquelle il demanue la protection de S. A.^ et Tassistance de M. Boschi.
1" octobre 1G16.
Monsieur,
Yous sçaurés par ce porteur que toute TafFaire ici avance : il nous faut changer de méthode et recourir à Rome , où il va luy mesme en qualité de député du Collège. Or il y aura besoin donc peut-estre de la faveur de S. A. à laquelle aussi je la demande très humblement par une lettre , et croy cpie selon sa bonté , et la Providence par laquelle elle veut et peut, elle Taccordera très volontiers. Reste que monsieur Boschi nous gratifie aussi de son assistance, laquelle je requiers par vostre entremise , le saluant humblement de tout mon cœur ; car quant à vous , Monsieur, je ne veux pas en cett' occasion employer mes prières pour impetrer vostre courtoysie , sçachant que Tamour du bien de la patrie vous donnera assez d'affection. Mais je vous supplie de continuer envers moy vostre bienveuillance, qui suys
Yostre humble, très affectionné serviteur,
François , Evesque de Genève.
* Copiée sur 2'autographe par M. Pierre Joseph Gervetti, juge au tribunal de préfecture, séant à Acqui. C'est la lOS* inédite de la collection Biaise.