‹ Œuvres Completes Volume 6Chapitre 95 sur 145 · AU CARDINAL BELLARMIN · texte numérisé non relu

AU CARDINAL BELLARMIN

Même sujet que la précédente.

Annecy, 17 septembre 1617.

Monseigneur,

Nous avons ici ( à iVnnecy ) un monastère de Religieuses de Sainte-Glaire, et un autre à Evian, dont les sœurs servent Dieu par leurs jeunes et leurs veilles, en marchant nu-pieds, et pratiquant plusieurs autres mortifications. Elles ont jusqu'à présent traîné une vie languissante , et ont été affligées par de fréquentes maladies; ce qui n'est pas surprenant, n'ayant d'autre moyen pour vivre que des aumônes mendiées de tous côtés , qu'elles n'arrachent qu'avec peine. Mais à présent la misère est si grande, qu'elles sont réduites à mourir de faim , à moins que le Saint-Siège ne veuille bien

^ C'esl la 408* de la collection Biaise, et la 15* du livre I^' des anciennes éditions.

Habemus hîc monasterium urium sanctae Clarœ, et alterum Aquiani, in quibus sorores jejuniis^ vigiliis, pedum nuditate, ac multis aliis corporis macerationibus Deo optimo maximo servire conantur : cùmque mendicatis hînc iiidè eleemosynis hactenùs quamvis œgcrrimè, inter multas cl froquentissimas œgritudines utcumquè vixerint ; nunc demùm res ad eum statum redacta est, ut nuUâ prorsùs ratione earum Yictui provider! possit, nisi sedes apostolica cum eis dispensart

leur permettre d'avoir des fonds et des biens immeubles en commun.

Le fléau d'une gut^re de trente ans, et les violentes incursions des hérétiques, sont cause que ce pauvre diocèse ne peut plus suffire à sustenter et nourrir les Religieuses de ces monastèr.i'i?^.

Je ne parle point de ce que l'expérience nous apprend de la mendicité des femmes : on sait qu'elle est toujours remplie de sollicitudes continuelles, de gt)ins immodérés, de chagrins aigus , et de pensées mélancoliques ; on n'ignore pas les moyens fâcheux qu'il faut employer pour se procurer ses besoins , et le trouble qui en résulte pour la conscience.

Voyant donc combien cette pauvreté extrême est nuisible à la vie intérieure, et que ces ileligieuses ne peuvent persévérer long-temps dans la sainteté de leur profession, à moins ^ue le Saint-Siège n'y pourvoie d'une manière convenable ; quoique ces tilles ne soient point sous ma juridiction , mais qu'elles soient dirigées par les Frères Mineurs , je n'ai pas voulu manquer d'ajouter mes très-humbles prières à celles

dignetur^ ut in commuoi prœdia et alia bona immobilia possidere possint.

Nam triginta annorum bellum diirissimum, ac crebrae infestissimœque hœrcticorum nicursiones olleceruut, ut in hîic Gebenncnsi diœcesi deinccps inveniri non possiat '^Jecmosynét, quœ monasteriis istis sustentaiidis et alendis suriicere /'ueant.

Mitto mendicitatem l'eminarum, utexperimento certissimo constat, acenimis soliicitudinibus, continuis, immoderatis ac melancholicis cogitalionibus , importunis de modo quœrendi et habendi inventionibus^ et inquietissiniis arixietatibus, plenissimam esse.

Quare videns paupertatem hanc extremam interiori vitaî plurimùia obesse, neque posse moniales istas diutiùs in proposito perseverare, nisi de remédie opportune ilUs àsede apostoUcâ provideatur, quamvià lion mihi, sed ordini fratrura minarum^ cura, illarum incumbat, nolui tamen committere qiiin earum super liâc re supphcationem et

qu'elles présentent à sa Sainteté , et de recommander cette affaire à votre Eminence, que je supplie instamment de leur être favorable.

Je me sers de la mêri.9 occasion , Monseigneur, pour vous faire savoir qu'en ces monastères de cette province on n ob- ^ferve point les décrets du saint concile de Trente touchant le confesseur extraordinaire que Ton doit accorder deux ou trois fois Tannée aux Religieuses , et touchant l'examen des filles par l'évêque , avant qu'elles fassent profession. A l'égard du premier point , quoique dans le temps du jubilé il soit permis à toutes sortes de personnes de se choisir un confesseur tel qu'elles le jugent à propos , on a la méchanceté de priver ces chères filles de cette consolation , pour l'acquit de leur conscience.

Je pense qu'il suffit d'avoir découvert ces abus à votre Eminence , pour qu'elle y apporte le remède convenable. Je prie Dieu qu'il vous conserve long-temps dans une parfaite santé ; et , vous baisant les mains , je demeure avec un profond respect , Monseigneur, de votre Eminence , etc.

preces, quas sanctissimo domino noslro offerre intendunt, meis etiam humillimis votis adjuvarem apud dominationis vestrae illustrissime clementiam, quam illis summoperè cupio propitiam.

Eamdem intérim obiter admonens, in istis monasteriis mulierum hujus provinciœ nullo modo observari concihi tridentini saluberrima décréta de confessario extraordinario bis terve in anno moniaUbus dando , et de puellis feminisve anfe professionem ab episcopo probandis. Quin etiam, quando per jubilaeum cuicumque licet quem maluerint, ab ordinario approbatum, confessarium eligere, per summum nefas istis hœc via solandi conscientias suas intercluditur.

Atque hoc illustrissimce dominationi vestrse aperuisse satis sit. Deus autem ipsam quàm diutissimo servet incolumem, cujus sacras inanus humillimè exosculor.

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