‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 15 sur 99 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

EXAMEN DES DIVERSES OBJECTIONS QU'ON A FAITES CONTRE l'eN- GEINTE CONTINUE. — LES ADVERSAIRES DE CETTE ENCEINTE INVOQUENT A TORT L'OPINION DE NAPOLÉON, l'OPINION DE LA COMMISSION DE DEFENSE DU ROTAUMB ET CELLE DU COMITÉ DES . FORTIFICATIONS.

Une cause doit paraître excellente lorsque des avocats habiles ne trouvent pour la combattre que de mauvais arguments. Plaçons-nous à ce point de vue : examinons avec soin les discours, les nombreux écrits des adversaires de la fortification continue, fet nous n*y verrons guère que des erreurs de fait matérielles, que Toubli des premiers principes de Tart, que le parti pris de réduire au néant les inventions récentes lès plus incontestables, que d'injurieux soupçons à l'égard d'une population dont le dévouement, le courage, le patriotisme se sont montrés avec éclat à toutes les époques de notre histoire. Voilà, dira-t-on, des assertions bien tranchantes; je vai5 en montrer la justesse, la vérité.

On sait que Vauban voulait une enceinte fernoée. " Napoléon aussi, dans ses Mémoires, se prononce positivement pour une fortification continue. A cela on a opposé qu^en 1815 l'Empereur ordonna de construire des forts détachés, que les emplacements furent choisis, que ces emplacements sont précisément ceux qu'avait adoptés le général Bernard,

Admettons tous ces faits comme incontestables; qu'en doit-on conclure?

Pouvait-il être question en 1815, à la veille d'une

invasion, de s* occuper d'une enceinte continue en maçonnerie, d'un travail dont l'exécution eût exigé plusieurs années?

Tout ce qu'il était possible d'entreprendre alors, c'était , non des forts, mais de simples redoutes. Celles de Belleville, par exemple, devaient servir dans le cas où la ligne continue d'ouvrages de campagne du général Haxo , serait forcée.

J'ai beaucoup entendu soutenir que les grands hommes doivent être jugés sur leurs actes et non d'après leurs paroles. Eh bien, en 1815, ce que Napoléon voulut à Paris , ce dont le général Haxo commença l'exécution , c'était une enceinte continue.

On a cité avec beaucoup d'insistance l'avis de la commission de défense du royaume, créée en 1818 par le maréchal Gouvîon Saint -Cyr. Cette commission , en effet, déclara, en 1820, que t Paris devait être couvert par des ouvrages détachés établis sur quelques-uns des points dominants qui l'environnent. •

Hâtons-nous de le remarquer, il faudrait pousser hors de toute limite légitime l'esprit d'interprétation, pour voir dans ce peu de mots le système que le général Schneider a proposé. Les ouvrages seraient des citadelles en règle, pouvant agir tout aussi bien contre la ville que dans la direction de la campagne; quelques-uns des points dominants, ce serait la presque totalité de ces points ; quelques points deviendraient une ceinture continue, etc., etc. Personne en y réfléchissant ne se prêtera, j'en suis sûr, à de pareils commentaires d'un texte parfaitement clair.

Il est tellement vrai que le système de la commission de défense du royaume différait totalement du dispositif du général Bernard ou de celui de M. le général Schneider, qu'un des membres les plus distingués de cette commission, qu'un des signataires du rapport, a figuré depuis parmi les adversaires les plus décidés des fqrts détachés.

Venons enfm aux décisions successives, et tant de fois invoquées, du comité des fortificatiQus.

Je remarquerai d'abord, relativement à la décision du 30 novembre 1830, que le ministre de la guerre demandait alors des fortifications pour la seule rive droite de la Seine ; qu'aucune face des forts adoptés par le comité n'aurait été tournée du côté de Paris; qu'il n'était question que de travaux d'urgence, d'ouvrages de campagne d'un profil un peu considérable; qu'une adhésion à de tels travaux n'entraînait pas la conséquence qu'on se déclarât partisan du système de forts détachés, en tant que ces forts auraient fait partie d'une fortification permanente établie à grands frais. En effet, le général Treussart, un des signataires de l'avis du 30 novembre 1830, se montra plus tard le partisan non équivoque de l'enceinte continue, pour laquelle il présenta un système complet fort ingénieux , et comparativement très-économique.

Reste donc l'avis du 25 octobre 1832, émis, a-t-on dit, à runanimité moins une voix.

Je dirai, à l'égard de cette presque unanimité, que des quatorze généraux dont se composait le comité, sept étaient absents; que les généraux Dode, Ilaxo, et

Treussart, par exemple, y manquaient. Lorsqu'il s'agissait d'un travail qui, suivant toute probabilité, devait coûter une centaine de millions, n'eût-il pas été convenable d'attendre que le comité fût au complet? Au lieu de cela, l'administration voulut faire délibérer, comme représentant un corps de quatorze généraux, trois et ensuite cinq de ces officiers que le hasard avait retenus à Paris. Ce n'est pas ainsi que l'empereur opérait en matière de fortifications. Si on le dénie, je citerai des faits que j'ai recueillis de la bouche de mon ancien con* frère à l'Institut, le respectable M. Daru. On verra alors que Napoléon savait subordonner son avis, même sur des questions militaires, à celui des hommes spéciaux.

Cette déférence pour les hommes de l'art d'un mérite incontestable et incontesté, existait aussi dans le siècle de Louis XIY. Catinat veut fortifier Cassel ; il fait son projet. Voici en quels termes il l'adresse à Vauban : € S'il entre un peu de sens réprouvé dans mes plans, faite&-moi une correction en maître, et, par charité pour votre disciple, supprimez tout ce papier barbouillé, i

Je placerai ici une observation qui sera le complément de tout ce que je viens de rapporter.

Le général Hàxo était, parmi nos généraux du génie, celui à qui le Gouvernement de Juillet accordait le plus de confiance, puisqu'il lui donna la direction du siège d'Anvers. Eh bien , je déclare que jamais le général Haxo n'a été consulté sur les fortifications de Paris, ni officiellement, ni mênie par voie de simple conversation.

7g LES FORTIFICATIONS.

Ce fait incroyable je Taffirrae en toute assurance , car mon illustre ami me l'a vingt fois répété.

Page 1