‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 23 sur 99 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LK$ FORTS ISOL^, A RAISON DE LEDR PETITESSE, RE PEU VERT PAS ftTRE SCSCEPTIRLES D'URE LORGVE ftiSISTARCE

Cormontaigne disait : • Petite phce, mauvaise place. »

La théorie et l'expérience ont fait de ces paroles un axiome de la fortification moderne.

Les forts détachés ne résisteraient pas à un siège régulier pendant plus de sept à huit jours. La plupart des forts ne sauraient retarder l'arrivée de l'ennemi devant l'enceinte de Paris, que d'environ une semaine. Celte limite n'est pas prise au hasard; je l'ai déterminée d'après la durée des sièges les plus modernes : ceux de la Péninsule. Le courage, l'opiniâtreté des Espagnols dans la défense des places sont, en effet, choses bien reconnues.

1693. Ciladelle de Rosas, en Catalogne. Pentagone avec escarpe et contr' escarpe revêtues; quatre demi-lunes et trois contre-gardes^

Prise en neuf jours de siège.; du 1'' au 9 juin.

1810. Château de Méquinenza, avec ouvrages à cornes. Pris en six jours ; du 3 au 8 juin.

1811. Fort Olivo. C'est un des forts détachés de Tarragone : il est à 800 mètres de la place. Sa forme est carrée. Nos troupes montèrent à l'assaut

Pris en quatre jours; de la nuit du 25 à celle du 29 mai.

1811. Fort Prancoli. Autre fort détaché de Tarragone, à 200 mètres de la place.

Pris eh huit jours ; du 31 mai au 7 juin.

Ces divers sièges n'offrirent d'inusité que Facharnenient, que l'ardeur qu'on montra des deux côtés. Je puis doflc remarquer que des accidents assez ordinaires auraient pu encore abréger notablement la durée de la résistance, car dans une petite place tout accident acquiert beaucoup de gravité.

Voyez par exemple Almeïda. On le regarde comme la plus forte place du Portugal. C'est un hexagone bastionné, avec demi-lunes et chemins couverts. Le 26 août, jour où nos artilleurs ouvrirent le feu contre la ville, un magasin à poudre fit explosion, et le lendemain, c'est-àdire après un seul jour de siège, Almeïda se rendit.

Ces divers exemples feront apprécier à leur juste valeur les avantages qu'on se promet des forts détachés. Si l'ennemi s'arrêtait à en faire le siège , ces bastilles retarderaient son arrivée devant l'enceinte de Paris, de neuf jours au plus , durée du siège de la citadelle de Bosas.

Les causes de cette faiblesse des petites places, je les ai déjà fait connaître en expliquant (chap. vi, p. 80) de quelle manière le grand développement de l'enceinte continue de Paris serait, pour la défense, un immense avantage. Dans une petite citadelle les faces peuvent être aisément ricochées; la garnison et là population y sont trop faibles pour suffire, pendant le siège, à la construction de retranchements intérieurs; les défenseurs ne savent où aller reposer leur tête. A ces causes générales

il faut ajouter que les forts détacliés de Paris ne sauraient être pourvus de manœuvres d'eau.

Pour se soustraire à la puissance du ricochet, on a parlé de placer toute Tartillerie des forts projetés sous clés casemates. Mais on n'a pas à cet égard surmonté certaines difficultés extrêmement graves, JEst-on biçp certain, par exemple» de $e débarrasser de la fumée qui, dans les casemates anciennes, étouffait les canonniers ou les empêchait, au moins, de rien voir au dehors?

C'est un principe de toute évidence qu'on ne peut pas voir directement sans être vu. Les clefs des voûtes formant les (Casemates, ne sauraient donc être dérobées aux coups de l'ennemi. Ces voûtes battues de plein fouet ne manqueraient pas, en peu de temps, de s'ébouler et d'ensevelir sous leurs décombres les canons et les canonni^s. La difficulté est tellement grava, tellement directe, qu'un général d'artillerie chaud partisan des casemates, a prqposé de les revêtir en fer. Or, voici des avertissements très-sérieux que j'extrais d'un ouvrage classique :

€ Lé fer, forgé en plaques de 8 centimètres d'épaisseur, est percé et brisé par les boulets lancés avec de fortes charges.

t La fonte de fer ne se laisse pas sensiblement pénétrer, mais elle se brise en éclsJis, lors même qu'elle est en blocs des plus fortes dimensions. »

Dans une question si grave il faut dire la vérité tout entière. Les casemates n'auront une grande utilité que pour mettre les gamfeons des forts détachés à l'abri des bombes. Elles joueraient aussi un grand rôle si dans la défense on se proposait de remplacer entièrement par

des feux courbes les feux directs, comme le voulait Carnot. Mais cette substitution radicale, qui oserait dans rétat présent de Tart en accepter la terrible responsabilité? Aujourd'hui donc encore, les paroles de Connontaigne : «Petite place, mauvaise place», conservent leur ancienne vérité. Les forts détachés sont de petites, de mauvaises places; le$ forts détachés, militairement parlant, ne sauraient être approuvés.

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