‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 35 sur 99 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

SUR LA POSSIBILITÉ DE TOURNER l'eNCEINTE CONTINUA CONTRE LA VILLE

Les inquiétudes très-naturelles que les forts détachés inspirent ont réagi sur les opinions du public à l'égard de l'enceinte continue. On s'est demanda si quelques

parties de cette enceinte ne pourraient pas être transformées rapidement, et à peu de frais, en forts détachés; si les nombreux bastions, une fois fermés à la gorge par des palissades, par des parapets en terre, ne seraient pas, comme les citadelles, entièrement maîtres de la population parisienne, etc.

Je n'ai pas affaibli la difficulté; voici ma réponse.

Nul doute que des soldats déterminés, réunis en. nombre suffisant dans un bastio»de l'enceinte, et garantis à la gorge par une coupure et un parapet en terre, ne fussent difficilement délogeables de vive force , mais Tenceiiite d'un bastion ne renferme, en générer;*"'** ni abris, ni magasins, ni eau. La garnison d'unj[>âreil bastion n'aurait pas besoin d'être attaquée; la faiin, la soif, l'obligeraient à se rendrç après un très- court blocus.

II n'y a évidemment aucune parité entre un bastion fermé à la gorge par un revêtement en terre , pjar une barricade, par une palissade, faits à la hâte, et les forts détachés, où tout serait préparé de longue main.

H n'en est pas naoins très-utile que l'attention des citoyens soit éveillée sur les travaux qui pourraient faciliter la fermeture des bastions à la ^orge, et sur les magasins qu'on pourrait construire dans ces espaces saillants de la fortification.- 11 faudra toujours se rappeler que Fenceinte continue ne doit avoir de force que contre Textérieur.

Les faces d'un bastion tournées vers la .campagne n'auraient d'autre effet, en cas d'attaque venant de l'intérieur, que d'assurer les derrières et les flancs de la

garnison ; mais il n'y a pas d'encoignure sur une de nos places publiques , qui ne procurât aux soldats le noêtne avantage. En général, si Ton voulait pousser les soupçons et les prévisions à l'extrême, ce n'est pas seulement sur les remparts proprement dits qu'ail faudrait jeter un regard inquiet. Est-ce que i par hasard, l'hôtel de ville, le Louvre, le jardin des Tuileries, etc., ne sont pas Vf aiment des forteresses? N'affaiblissons pas de très-justes griefs en les accolant à des puérilités.

Les garnisons des forts détachés, malgré leur faiblesse, seraient surtout fedoutables, comme je l'ai expliqué (chap. XV, p. 120), par la facilité dont elles jouiraient, à l'aide de leurs feux croisés, d'arrêter les approvisionnements. '

Les soldats renfermés dans les bastions, une fois retranchés vers la gorge, ne posséderaient-ils pas, dit-on, les mêmes avantages que les garniso03 des citadelles? Les garnisons de tous les bastions^ mais non les garnisons de quelques-uns, auraient les facilités qu'on leur attribue. Or, si l'on suppose qu^ dans un conflit semblable à celui de juillet 1850, le gouvernement pourrait compter sur cinq cents hommes dévoués par bastion , ce qui ferait environ cinquante mille honnnes, ce ne serait certainement pas autour de l'enceinte continue qu'il les disposerait. Il ne faut pas se le dissimuler, cinquante mille hommes exercés, bien approvisionïiés et dévoués quand même, seraient maîtres de la ville, avec ou sans fortifications.

LES FORTIFICATIONS. 45ÎV

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