CHAPITRE VII
DB L*EFFET IfES MARÉES SUR QDBLQTJBS FOHTAIRBS ARTÉSIEldlES
M. Baillet a reconnu que le niveau de la fontaine jaillissante de Noyelle-sur-Mer, département de la Somme, monte et baisse avec la marée. Il en est, je crois, de inéme de toutes les fontaines analogues qui ont été forées dans les environs d'Abbeville.
Lorsqu'on n'a pas de rtioyen direct d'apprécier les changements de niveau , on constaté d'une manière non moins évidente l'influence du flux et du reflux, en mesurant, aux époques convenables, la quantité d'eau que les fontaines artésiennes fournissent.
Ainsi , à Fulbam , près de la Tamise, dans une pro-priété de l'évéque de Londres ^ une fontaine, forée à 97 mètres de profondeur, donne 363 ou 273 litres d'eau par minute, suivant que la marée est haute ou basse.
Voyons si cet effet de la marée est aussi difficile à expliquer qu'on paraît le croire.
Si l'on pratique dans la paroi d'un vase de fonne quelconque rempli de liquide, une ouverture dont les dunensions, comparées à celles du vase, soient très-petites , récoulen)ent qui s'opérera par cette ouverture , n'altérera pas sensiblement l'état initial des pressions. Deux , trois, dix ouvertures, pourvu qu'en somme elles satisfassent toujours à la condition d'être très-petites, laisseront, de même, les pressions exercées en chaque point du vase
un peu éloigné de ces ouvertures, ce qu'elles étaient dans rétat d'équillibre, ce qu'elles étaient quand te liquide n'avait aucun mouvement. Suppose:^ maintenant l'ouverture ou les ouvertures un peu grandes, et tout sera changé; et les dimensions qu'on leur donnera régleront les pressions en chaque point; et si l'une des ouvertures diminue de grandeur^ la vitesse d'écoulement augmentera aussitôt dans les autres.
Ces, principes parfaitement démontrés de Thydrodynami^ue s'appliqueront sans effort au phénomène qui nous occupe.
Adniettons que la rivière souterraine où va s'alimenter une fontaine artésienne, se décharge aussi, partiellement, dans la mer ou dans un fleuve sujet au flux et au reflux, et cela par une ouverture un peu grande, comparée à ses propres dimensions. D'après ce que nous venons de dire , si cette ouverture diminuait, la pression s'accroîtrait aussitôt dans tous les points deé canaux naturels ou artificiels que les eaux de la rivière remplissent; l'écoulement par le trou de sonde deviendrait donc plus rapide; ou bien le niveau de l'eau s'élèverait dans les buses. Or, tout le monde comprendra, qu'amener la haute mèr sur l'ouverture par laquelle une rivière souterraine se décharge, c'est diminuer, par une augmentation de la pression extérieure, la quantité d'eau de cette rivière qui pourra s'écouler en un temps donné. Ueffet est précisément celui qu'une diminution d'ouverture eût produit; ainsi la conséquence doit êVe là même : le flux et le refluîc de la mer détermineront donc un flux et un reflux correspondants dans la source artésienne. Tel est , en
réalité , le phénomène observé à Noyelle et à Fulhap.
Une application très -décisive de ces principes, émis dans la première édition de cette Notice ^n 1835 , a été faite à un puits foré, creusé postérieurement.
Une fontaine artésienne, forée en 1840, dans l'enceinte de la citadelle (Je Lille, éprouve toutes les vingtquatre heures, des variations d'écoulement qui sont manifestement liées au cours des marées. Sur ma demande, ce phénomène a été étudié avec soin. Les observateurs ont particulièrement porté leur attention sur les /^ heures des maxima et des minima d'écoulement, com-i ' parées aux heures des marées sur les points de la côte la plus voisine. M. le capitaine du génie Bailly, a constaté que le débit maximum du puits artérien est de 64 litres par minute, et son débit minimum de 33 litres. La hauteur la plus grande à laquelle l'eau s'élève, est de S*". 39, et la hauteur la plus petite de 1".96. Les plus grandes variations dans l'écoulement et dans la hauteur "de l'eau correspondent aux sizygies; les plus faibles coïncident d'une manière constante avec les quadratures. Il semble donc bien qu'on peut conclure de là que les différences dans l'écoulement de l'eau sont dues aux marées. En comparant l'heure de la pleine mer entre Dunkerque et Calais, et l'heure à laquelle a lieu le maximum du débit du puits foré, on trouve un intervalle d'environ 8 heures, d'où on peut conjecturer que si la nappe d'eau souterraine, qui alimente le puits, se rend à la mer entre Dunkerque et Calais, l'effet produit met 8 heures \ se propager jusqu'à Lille.
M. E. Robert a observé en Islande des phénomènea
du même ordre. Ainsi, près de Buden, sur la côte occidentale, il existe des sources d'eau doucB qui montent et descendent suivant le flux et le reflux de la mer. Il y a même, d'après Olafsen et Paulsen, dans le district de Skogïi-Fiôrdur, des sources thermales dont les orifices sont toujours à sec aux époques des plus basses marées. Enfin plusieurs voyageurs ont pensé que le grand Geyser, quoique éloigné d'une quinzaine de lieues environ de la mer, serait en communication avec elle. C'est un point dont il y aurait lieu d'indiquer une étude attentive aux expéditions scientifiques qui se rendront encore dans le nord de l'Europe.