‹ Œuvres complètes, Volume 6Chapitre 66 sur 99 · U.SO · texte numérisé non relu

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Fi^. 10. — Gonpf géologique de la partie inférieure dn pnits artésien de l'Abattoir de Gi'eiiolle.

428 LES PDITS FORÉS.

visser sur les tubes de fer de 0".17, à la profondeur de 408"'.83. On rie voulait pas, à cette époque, mettre des tubes dans toute la longueur du percement, c'est-à-dire les descendre au travers de la colonne de O"",!? dans la crainte de diminuer le diamètre du trou, et par conséquent la quantité d'eau fournie.

Les deux premières grosseurs furent ajustées, comme les tubes ordinaires, avec des fils de cuivre taraudés, puis soudés à l'étain , pour empêcher toute fuite. Le dernier diamètre, celui de 0".25, fut assemblé avec des viroles filetées; l'autre moyen était devenu impraticable, attendu la grande hauteur à laquelle l'eau s'élevait.

Ces tubes , destinés à empêcher l'absorption par les couches perméables, étant de diamètres sensiblement plus petits que ceux des colonnes provisoires, descendirent très-librement jusqu'à 358 mètres. A cette place l'eau qui coulait à 8 mètres au-dessus du sol s'arrêta , et presque instantanément descendit de 20 à 25 mètres, puis remonta lentement.

Cet effet fut probablement occasionné par l'accumulation à l'orifice inférieur du trou, d'une grande quantité de sable et d'argile qui intercepta en partie le passage de l'eau. Il parut d'abord très-fâcheux , mais il eut l'avantage de rendre l'opération du tubage plus facile. En effet les tubes, à "cette profondeur, ne descendaient que trèsdifficilement. Les énormes masses de sable et d'argile que l'eau apportait, à chaque changement de niveau, s'interposaient en partie dans l'espace annulaire existant entre les parois du puits et les parois extérieures des tubes.

L'eau ne coulant plus, l'obstacle disparaissait ; en

LES PUITS FORÉS. m

outre, on peut se figurer aisément qu'il était difficile et très-pénible de faire les assemblages sous Teau et sous une grêle de Stable tombant de 9 mètres de hauteur.

Uintroduction des tubes fut donc continuée, et le lendemain ils étaient descendus à ft08'".8â. Arrivés à cette profondeur, ils ne purent cependant pas être fixés convenablement. On voulut profiter de nouveau de l'absence de l'eau pour essayer de les retirer, afin de les mieux placer.

Il y en avait à peine 50 mètres de sortis quand l'eau, qui avait cessé de couler pendant trois jours, rejetant les matières qui s'opposaient à son passage, reprit son cours habituel ; dès ce moment, âl fut impossible de relever les tubes. Pendant plusieurs jours, il ne coulait pour ainsi dire que du sable ; l'eau ne sortait plus à l'extérieur, l'espace annulaire étant rempli des matières qu'elle apportait. On suspendit les travaux. L'eau coulant presque toujours trouble, il fut décidé qu'on prolongerait la colonne de cuivre jusqu'à la couche d'eau, pour empêcher l'argile non tubée de s'ébouler. On fit des tubes qui devaient passer dans ceux de fer de 0"*.17 de diamètre, s'ajuster dans la partie supérieure de ceux-ci, et atteindre la profondeur de 5ft7 mètres.

Pendant le temps que demanda leur confection , on fit couler l'eau à la hauteur de 26 mètres; à cette hauteur, elle était aussi souvent trouble que claire.

Le 16 septembre, on était prêt à introduire les nouveaux tubes. On fit préalablement descendre un outil, à l'effet de savoir l'exacte longueur qu'il fallait donner au tuyau pour atteindre la nappe d'eau et pour s'assurer

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aussi de la parfaite conservation du trou. On fut extrêmement surpris de voir que cet instrument, qui n'avait que 0'".15 de diamètre, s'arrêtait à 145". 83. Un instrument semblable, mais d'un diamètre plus petit (0'".09 de diamètre), ne descendit que quelques centimètres plus avant. II était certain que le tube s'était aplati en cet endroit

Pour le redresser, on fit des cylindres en fer de différentes grandeurs, terminés par des cônes qu'on introduisit successivement en frappant à petits coups; on parvint ainsi à passer au diamètre de O^.IO dans l'endroit même où auparavant on ne pouvait entrer à 0"'.09. Un deuxième aplatissement fut trouvé de i85".03 à 190". 15, c'est-à-dire sur une longueur de 5". 12; un troisième, de 198". 10 à'205".94, c'est-à-dire sur une autre longueur de 7". 84. Les mêmes moyens furent employés pour réparer ces accidents successifs; ils réussirent parfaitement On n'avait plus à passer que le dernier cylindre pour que la colonne fût rétablie dans son état primitif, lorsque, le 2 octobre, il s'arrêta à 104"*.29, et il était descendu la veille jusqu'à 200 mètres. Le volume de l'eau était diminué de moitié ; un cylindre de 0".09 fut descendu et s'arrêta à 104^40.

Il y avait donc là une cause d'aplatissement agissant encore : les tubes étaient trop faibles pour lui résister. Placés- pour supporter une force expansive du dedans vers le dehors, ils avaient été essayés à 35 atmosphères; mais ils subissaient une pression contraire du dehors vers le dedans , pression à laquelle on était loin de s'attendre.

C'est cet excès de pression extérieure qui a dû causer Taplatissement ; il a dû provenir de ce que le niveau de Peau s'est abaissé intérieurement fort au-dessous du sol; les eaux qui avaient pénétré entre le tube de cuivre et le tube de fer, n'ayant pas une communication libre avec la nappe aquifère , n'ont plus été équilibrées et ont produit l'accident. 11 faut aussi tenir compte de la violence des chocs déterminés par des changements très-grands dans le régime des eaux , changements qui s'opéraient brusquement par suite des travaux de tubage.

Pour remplacer les tubes, il fallait d'abord retirer les 560 mètres restés dans le trou , qui étaient garnis extérieurement de sable. On commença par couper une lon-r gueur de 1H".50, qu'on remonta facilement. Les 104 premiers mètres de cette longueur étaient intacts, tandis que les 7 derniers avaient pris dans certains endroits la

Fig. 11. — Coupe dn tnbe da puits de Grenelle après son apUtissemeut.

forme que représente la figure 11 et dans certains autres celle que montre la figure 12.

Fig. li. — Autre coupe du tube dn puits de Grenelle après son apUtissement.

Plusieurs cônes taraudés, de différentes grosseurs, furent descendus. Ce n'est qu'après bien des essais qu'on sortit encore un autre bout de ft"*.20 de longueur seule-

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ment. La partie coupée était alors à 11 5™. 75. On essaya de la redresser pour en couper encore d'autres fragments, mais la partie supérieure était tellement aplatie, qu'on ne put y pénétrer, et le sablé qui sans cesse se déposait à l'extérieur, empêchait les instruments de tarauder. On décida de détruire le tube dans toute la partie déprimée, dont on ne connaissait pas encore la longueur, mais qu'on jugeait considérable, attendu la petite quantité d'eau qui jaillissait. On fit des outils de diverses formes; les uns, composés de frettes d'acier taillées à la partie inférieure, montées sur des tubes de fer qui prenaient l'exact diamètre du trou , détruisaient tout au fur et à mesure, mais avançaient très-lentement et s'usaient en très-peu de temps sur le sable ; les autres, de forme circulaire et creux en dedans, ne coupaient le cuivre que sur deux côtés; les morceaux restant au milieu étaient ensuite arrachés avec des cônes filetés. Ces instru-^ ments nécessitèrent de fréquentes réparations. Le sable apporté par l'eau, s'interposanl continuellement entre le tube et l'outil , occasionnait un frottement considérable , qui s'opposait à la rotation, et l'on va voir par l'accident que nous allons rapporter, combien il était dangereux d'arrêter le mouvement de rotation seulement pendant quelques secondes.

Une virole d'assemblage s'étant rompue pendant le temps employé à remonter la sonde et à descendre un outil nécessaire pour retirer la partie cassée, le sable se déposa tout autour du tube de 4 mètres de longueur seulement sur lequel était montée la douille filetée, et le scella tellement que tous les efforts de traction dont on

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pouvait disposer furent employés inutilement pour l'arracher. On rompait les barres de fer carré de 0".05i de côté en tirant, et le tube ne reniuait pas; on se servit d'une sonde dont les barres avaient O'^.OTO de côté pour essayer de tourner à gauche, mais ce fut encore une manœuvre inutile.

Par un moyen plus simple et plus facile on dégagea Foutil; l'ayant taraudé fortement, un homme seul tirait au cabestan, tandis que les autres, armés de marteaux, frappaient à petits coups et sans interruption sur la sonde ; ces petits chocs, répétés pendant toute la journée, finirent par Tébranler, et on le sortit sans autre effort.

Comme on espérait à chaque nouveau morceau du tube sorti, de pouvoir rentrer dans la colonne, on essayait les cylindres terminés en cônes, montés tantôt sur la sonde, tantôt sur un tube remplissant exactement le trour mais on ne put y parvenir.

L'instrument qui réussit le mieux fut une frette d'acier mince, taillée à très-grosses dents et montée sur un tube de 0"*.20 de diamètre percé de trous; il ne coupait qu'une certaine portion de cuivre, il est vrai, mais le tube étant plus large en haut que la frettç n'était large en bas, il s'ensuivait que chaque fois il remontait des débris de cuivre.

On était parvenu à la profondeur de 132"*. 82; depuis quelques jours le travail n'avançait que très- lentement; en un jour on n'avait pu déchirer que quelques centimètres avec beaucoup de peine; le tube était toujours aplati. Assurément il pouvait y avoir des morceaux de cuivre qui entravaient la marche de l'outil.

VL— ni. 28

Pour retirer ces débris, on descendit une cuillère de 0".22 de dianiètre et de 1 mètre de longueur ; au-dessus de la soupape de cette cuillère on perça quatre trous de 0"*.01 de diamètre, pour faciliter Técoulement. Ces quatre trous étaient indispensables, parce que, sans eux, le courant n'existant plus dans l'intérieur de la cuillère, elle se serait remplie de sable. Les morceaux de cuivre qui étaient en suspension dans Teau, se trouvant dans un courant moins rapide, se déposaient en vertu de leur pesanteur spécifique et le sable était emporté. C'est ainsi qu'on remonta 265 kilogrammes de débris.

A la profondeur dje 186". 49 on reconnut que le tube n'était plus aplati ; un cylindre descendit seul , et sans rien toucher, jusque au-delà de 208"'.

Comme il était évident qu'on ne pouvait retirer cette partie de la colonne tubée par des efforts de traction, on en refit d'abord l'entrée avec un alésoir conique à six lames; puis, au moyen d'un cylindre taillé extérieurement, guidé par un ciseau pointu, on pratiqua des trous à diverses distances, c'est-à-dire aux endroits où le tube était aplati.

Ces trous avaient pour but de faciliter le passage de l'eau et par conséquent l'enlèvement des sables, qui seuls s'opposaient à l'extraction des tubes.

Cette opération terminée, on descendit un cône taraudé, et après l'avoir fait mordre dans le tube, on se servit du moyen qu'on avait employé précédemment avec succès pour l'extraction de la douille filetée, moyen qui consiste à tirer doucement pendant qu'on frappe à petits coups et très-vite sur la sonde.

En résumé, il y a eu quatre aplatissements :

Le i" de 104".29 à 136"./i9, c-à-cL sur une longueur de 32".20

Le 2* de 165 .83 à 152 .0/i, — — 6 .21

Le 3* de 185 .03 à 190 .15, — — 6 .10

Le li' de 198 .10 à 205 M, — — 7 .8/i

Ainsi , les tubes de cuivre de 358 mètres de longueur, renfermés dans un tube de fer resté intact, ont été aplatis seulementsur une longueur de 101°*. 65, et cela de 104"*.29 à 205". 94, en quatre places distinctes et à des époques différentes. Tout ce qui était au-dessus et au-dessous deces nombres, n*a pas subi la moindre altération.

Les cuillères à soupape descendues ensuite s'arrêtèrent immédiatement au-dessous du dernier tube de fer, et parvinrent difficilement à 543 mètres. Plusieurs manœuvres, faites avec ces cuillères, remontèrent une grande quantité de pyrites avec nodules de chaux phosphatée, et à chaque fois on ne put dépasser la profondeur que nous venons de citer; l'instrument était toujours rempli d'argile et de débris dé cuivre : l'eau s'était donc créé un autre passage.

M. le préfet de la Seine avait nommé une commission pour s'entendre avec M. Mulot sur les précautions à prendre pour le tubage définitif. Cette commission, que j'eus l'honneur de présider, était composée de MM. Alexandre Brongniart, Poncelet, Élie de Beaumont, membres de l'Académie des Sciences; Galis, Lanquetin, Sanson-Davillers, membres du conseil municipal; Mary, Lefort, ingénieurs de la ville; Tremisot, chef de bureau de la préfecture. Elle décida que le tubage serait fait en tôle galvanisé de 0".005 d'épais-

seur. Des essais sur la résistance des métaux furent ordonnés et exécutés; ils vinrent constater que les tubes de cuivre de 0",003 s'aplatissaient sous une pression de 8 atmosphères, tandis qu'à diamètre égal les tubes de tôle de 0".005 résistaient à 70 atmosphères.

Lorsque les tuyaux furent préparés, on descendit les barres pour reconnaître l'état du trou ; on fut très-surpris que la sonde, qui auparavant était descendue librement dans le trou jusqu'à 54â mètres , s'arrêtât maintenant à 525 mètres, c'est-à-dire dans le tube et à 8 mètres de sa partie inférieure. On fit des efforts pour la faire passer, mais elle n'alla pas au delà de 535 mètres. On la remonta courbée, ce qui donna à penser que le tube l'était lui-même et que cette cause seule s'était opposée à la descente de l'outil. Pour s'en convaincre de nouveau, après l'avoir redressée on la redescendit; cette fois encore elle forma un arc de cercle assez prononcé.

Il y avait donc impossibilité manifeste à introduire le tube galvanisé jusqu'au fond, parce que, d'une part, il n'était pas prudent d'extraire le tube provisoire descendu jusqu'à 537 mètres, et retenant une couche d'argile de 50 mètres d'épaisseur, et que, d'un autre côté, sa courbure s'opposait au passage du nouveau tube.

On se décida alors à ne descendre la colonne galvanisée que jusque sur la partie supérieure du trou foré ayant 0".17 de diamètre à la profondeur de 408"*. 83; on s'arrêta d'autant plus volontiers à ce dernier parti, que l'eau commençait à s'éclaircir.

L'assemblage des tubes galvanisés qui ont trois diamètres différents et qui pèsent 12,000 kilogrammes, se

fit comme celui des tabès de cuivre. Ils sont fixés à leur partie inférieure au moyen d'un manchon conique en étain, qui entre à frottement dans une virole tournée, placée dans Tautre tube. Aussitôt qu'ils furent joints ensemble, Teau baissa à l'extérieur et bientôt elle descendit dans l'espace annulaire à 8". 05 au-dessous du sol. L'opération était donc bien faite. On fit couler l'eau jaillissante du puits à 13". 50 au-dessus du ^ol, sans que le niveau extérieur changeât; cependant, quand on fit monter l'eau à â2".50, on s'aperçut que le niveau s'élevait et de l'eau sortit de l'espace annulaire.

Un tel état de choses était de nature à faire concevoir les craintes les plus vives, puisqu'on était menacé de voir s'échapper une grande partie des eaux à fleur de sol , ou bien se perdre dans les couches perméables. Après avoir recherché la cause de cet écoulement, on reconnut qu'il provenait des fuites du tube de 0™.17 de diamètre, qui n'avait été placé que pour maintenir les argiles sur lesquelles reposent les tubes galvanisés.

Tqmt que l'eau avait coulé trouble , le sable et l'argile avaient bouché hermétiquement toutes les issues ; mais ces matières n'avaient pas tardé à être enlevées lorsque l'eau était devenue limpide.

Pour parer à ce nouvel inconvénient, on intercepta d'abord toute communication avec les terrains d'atterrissement, en remplissant de chaux hydraulique l'espace annulaire compris entre le tube de 0". 33 et celui de 0". 50 ; puis les espaces annulaires compris entre les autres tubes et la colonne galvanisée, furent entièrement comblés avec 20 mètres cubes de sable quartzeux très-fin.

Le parti auquel on s'est arrêté a été critiqué devant l'Académie des Sciences. M, Galy-Cazalat en a pris occasion pour indiquer un autre moyen de prévenir le dégorgement des corps solides entraînés par le courant ascendant. Voici dans quels termes il s'est exprimé :

t Le transport des terres et du sable étant produit par la rapidité du courant, le dégagement des corps solides cessera dès que la vitesse d'écoulement sera convenablement diminuée.

tA cet effet, il suffira d'élever convenablement audessus du sol les tuyaux par l'orifice desquels l'écoulement s'opère* Par cette élévation, la masse d'eau fournie deviendra moindre, mais elle sera débarrassée des solides plus pesants, et portée à une hauteur proportionnellement plus grande. »

Je ferai seulement remarquer que les ingénieurs chargés de la construction des puits forés avaient constaté de tout temps que le sable entraîné par les eaux souterraines, dans leur mouvement ascensionnel, était d'autant plus fin que le dégorgement s'opérait plus haut Cela était devenu particulièrement remarquable au puits de Grenelle. Si ce moyen d'obtenir des eaux limpides n'avait pas été jusqu'ici rais en pratique à Paris, c'est qu'on voulait tenter une méthode qui aurait conduit au même résultat d'une manière certaine et sans diminuer le volume de l'eau; c'est que d'ailleurs, comme l'expérience l'avait montré, avant que les eaux se fussent creusé dans la masse d'argile un canal dirigé vers l'extrémité inférieure du trou foré, une hauteur de tubes de 26 mètres au-dessus de la surface du sol ne suffisait pas pour produire et assurer la

limpidité du liquide. L'expédient employé doit donc être considéré comme un pis- aller, commandé par les circonstances.

Les travaux ont été terminés entièrement le 30 novembre 1842; depuis cette époque, Teau a été constamment claire. Le puits fournit par minute,

à 32".50 au-deasus du sol 1,100 litres.

à la surface du soL 2,200 —

Voici le tableau des dépenses qui ont été faites pour les travaux si nombreux que le forage a exigés :

fr. c i* Pour le percement jusqu'à la profondeur de

AOO mètres, et pour la fourniture des tubes proyi-

ioires 80,023.00

2* Pour le percement de 400 à 500 mètres, pour l'agrandissement du trou dans les premiers 400 mètres et pour la fourniture des nouveaux tubes provisoires. 105,020.6&

3* Pour le percement de 500 à 548 mètres, pour rélargissement du trou de 400 à 500 mètres, et pour la fourniture de nouveaux tubes provisoires 77,331.96

Le Jour que Peau a jailli, le 26 février 1841, le total était de. 262,375.60

Pour la fourniture et la pose des tubes de cuivre, pour leur extraction après leur aplatissement, il a Mu dépenser 58,000 flr.

Sur lesquels il a été repris du cuivre

pour. • 21,000

Reste 37,000.00

Pour la fourniture d'un tube en fer galvanisé, pour le prolongement de ce tube en tuyaux de cuivre à vis, pour son placement, pour son échafaudage à 34 mètres de hauteur, et pour tous les autres travaux accessoires, on a dépensé 63,057.05

Total général 362,432. 65

Tel est le résumé des faits, le procès - verbal des

diverses phases du forage du puits de Grenelle , qui a duré neuf années entières.

Cette grande entreprise a été vivement attaquée; et, membre de la commission nommée par le préfet de la Seine pour surveiller et suivre toutes les opérations, j'ai dû prendre la parole au nom de cette commission, pour rétablir la vérité.

Une partie du public s'était laissé tromper par des articles vraiment incroyables insérés dans certains journaux en 1841 et 1842; il manifestait des préoccupations sur de prétendues catastrophes dont le puits de Grenelle menacerait divers quartiers de la capitale. Il n'a fallu rien moins que cela pour décider la commission à m'imposer le devoir de réduire au néant des allégations sans base réelle, quelquefois burlesques, et qui, en vérité, ne semblaient pas mériter une réfutation sérieuse.

On a écrit, on a imprimé : « La question se complique de plus en plus ; elle s'embrouille. — On est dans un ordre de phénomènes ignorés et il est difficile de prévoir comment on en sortira. — En dépit de toutes les prévisions et de tous les calculs scientifiques, on ne sait pas d'où vient l'eau. — Le puits de Grenelle paraît destiné à déjouer toutes les combinaisons de la science et à résister aux procédés les plus ingénieux de l'art. — Il ne s'agit de rien moins, entre autres suppositions plus ou moins probables, plus ou moins absurdes que l'on pourrait faire, que de savoir s'il y a réellement danger qu'un vaste et profond éboulement ne s'opère par suite du creusement des eaux dans les sables, ou de voir un beau matin les eaux de la Seine s'infiltrer par quelque fissure et dispa-

raître dans ce gouffre; et s'il arrivait que la prudence exigeât que l'on mît obstacle à Fécoulement des eaux, que Ton fermât le puits de Grenelle, comme il en a été sérieusement question, quel serait le meilleur moyen d'arrêter cette colonne d'eau, dont le courant est capable de surmonter de puissants obstacles? »

Rien de plus facile que de répondre à cette inqualifiable série d'assertions. J'en suis vraiment peiné, mais je serai forcé, même sur les points de fait , de procéder par des dénégations formelles, catégoriques,

La question, loin d'être obscure, est d'une telle clarté, que les divagations répétées de certains écrivains ne sont pas parvenues à l'embrouiller. Mais ces divagations , il faut les réfuter, parce qu'il y a un véritable intérêt public à ce que d'autres puits artésiens soient creusés dans le bassin de Paris pour donner de l'eau à plusieurs quartiers qui manquent de cet élément essentiel, non pas seulement de bien-être pour les populations, mais surtout d'une bonne hygiène. Selon nous, le succès du forage exécuté à l'Abattoir de Grenelle par des moyens qui n'ont pas la perfection de ceux que d'habiles ingénieurs ont imaginés depuis le commencement de cette grande entreprise , doit encourager la ville de Paris à reprendre ses premiers projets d'établissements de plusieurs fontaines jaillissantes.

Les prévisions de la science, quant à l'ordre de superposition des couches de diverse nature dont le terrain se compose, quant à la température du liquide, à la force ascensionnelle du courant, se sont admirablement vérifiées.

142 LES PUITS PORfiS.

On sait parfaitement d'où vient Teau. Pour le découvrir il fallait simplement se livrer à une étude géologique des régions qui entourent le bassin de Paris; il fallait chercher sur quels points la couche de sable perméable, inférieure à la craie, se présente à la surface du sol par sa tranche, sur quels points elle peut recevoir les eaux pluviales et leur ouvrir en quelque sorte la voie pour pénétrer dans les entrailles de la terre. Il n'y avait là ni matière à prévision , ni surtout matière à calculs scientifiques; à ce sujet, aucune science, aucun géomètre n'ont eu à éprouver le plus léger dépit

Jamais les personnes appelées à donner un avis sur les travaux du puits de Grenelle n'ont conçu , ni de loin , ni de près, la pensée de le fermer. En supposant qu'une idée si absurde leur fût venue, on va voir que le moyen d'arrêtjsr l'eau les aurait peu embarrassés ; qu'ils n'auraient pas eu besoin pour cela de recourir aux combinaisons de la science et aux procédés les plus ingénieux de l'art. Leur méthode eût simplement consisté à faire placer sur le trou une pierre pesant 1000 kilogrammes ou 10 quintaux métriques; une pierre du poids d'un mètre cube d'eau aurait amplement suffi.

Qu'on nous montre donc les combinaisons de la science que les travaux de Grenelle ont déjouées. Partout où le sondeur a percé la craie, les eaux jaillissantes sont d'abord venues au jour, troubles, chargées de sable et de glaise. Il a toujours fallu un certain temps pour qu'elles s'éclaircissent. A Paris ce temps a dû être plus long, à cause de l'extrême abondance de la source. Lorsque M. Mulot commença à faire descendre dans le trou une grande

colonne de tuyaux en cuivre, Teau n'était pas encore linopide. On pouvait cependant espérer que son écoulement continuerait à s'effectuer librement, aussi bien par rintérieur de la colonne de tuyaux en question, que par Tespace annulaire compris entre les parois extérieures de cette colonne et les tubes de retenue. En cela , et en cela seulement, on a commis une erreur : l'espace annulaire, comme nous l'avons vu plus haut, s'est engorgé ; les pressions intérieures et extérieures ne se sont plus trouvées dans des conditions nécessaires d'égalité, ou de presque égalité ; il est arrivé un moment où la pression de dehors en dedans a surpassé la pression en sens inverse, et le tuyaU s'est écrasé.

On sait aujourd'hui, d'après une expérience directe faite à la presse hydraulique, quel a dû être l'excès de la pression extérieure sur la pression intérieure pour produire les déformations que les tuyaux de cuivre ont éprouvées. Cet excès est de dix atmosphères seulement Les tuyaux en tôle de fer qu'on a substitués aux anciens tuyaux en cuivre, ont parfaitement résisté, de dehors en dedans et de dedans en dehors, à des pressions de soixante-dix atmosphères.

Venons à l'éboulement dont on a menacé la ville de Paris tout entière, et au premier rang l'Hôtel des Invalides, l'École militaire, le faubourg Saint-Germain.

Les eaux entraînent, dit-on, des quantités prodigieuses de sable et de glaise. Le mot prodigieux est trop vague pour qu'il soit opportun de s'y arrêter : on en restreindrait évidemment la portée suivant le besoin. Je dirai seulement que le cube total des matières déposées par les

eaux jaillissantes, dans les égouts de Tabattoir, depuis Touverture du puits, n'a pas été aussi considérable qu'on se rimagine ; que le trouble de ces eaux s'est constamment accru, pendant le travail des sondeurs, à toutes les époques de changement de régime; qu'enfin, lorsque le travail était interrompu, l'eau sortait parfaitement limpide durant des semaines entières.

Suivant toute probabilité, les eaux se dirigent vers l'ouverture inférieure du trou foré, par des rigoles nombreuses et étroites, par de véritables galeries ( comme celles des mines), creusées dans la couche de glaise interposée entre l'épaisse masse de craie supérieure et les sables aquifères inférieurs. Les parois de ces galeries sont plus ou moins attaquées par les eaux qui les parcourent ; tout ce que le liquide tient en suspension vient au jour; les parties plus massives restent au fond, sont roulées et s'arrêtent dans les environs du trou. C'est ainsi qu'il s'y est déjà formé une sorte de monticule, un enrochement, composé en grande partie de rognons de pyrite. La sonde a montré que l'enrochement s'élève jusqu'à l'extrémité inférieure du tube de retenue le plus profond. Il y a loin de là, comme chacun voit, au gouffre énorme, menaçant, qu'on présente comme un épOuvantail à l'imagination des personnes timides.

Poussons les concessions à l'extrême. Admettons qu'il existe un gouffre sous l'abattoir de Grenelle; qu'ep résultera-t-il?

Dira-t-on que la masse de craie y tombera? Je ferai remarquer alors que le ciel crayeux de la caverne foisonnerait beaucoup en se précipitant, en se brisant, comme

le font toutes les roches dans les circonstances analogues* Or la hauteur de la caverne ne saurait surpasser l'épaisseur très-bornée de la couche de glaise, la distance comprise entre la surface inférieure de la craie et le sable ; ainsi cette caverne serait bientôt totalement remplie par les fragments de craie amoncelés, et le mouvement souterrain deviendrait insensible à la surface.

J'ajoute maintenant que la craie ne tomberait pas.

La manière dont s'engendrent des décharges dans les matières amoncelées, a été l'objet de savants calculs et d'expériences ingénieuses. Tout le monde a vu dans les cours de physique une coquille d'œuf , placée au fond d'un tube, rester intacte sous la pression apparente d'une longue colonne de sable. Les mots pression apparente expliquent le phénomène. La pression effective n'est pas mesurée ici par la colonne entière, comme s'il s'agissait d'un liquide : les grains de sable s'arc-boutent et portent leur principal effort sur les parois du tube.

L'expérience en miniature que je viens de rappeler, a été suivie des épreuves très en grand de MM. les oflBciers du génie Moreau et Niel. Ces officiers distingués ont trouvé que la pression exercée à la surface supérieure d'une forte masse de sable renfermée dans une caisse prismatique, ne se transmet presque pas au fond. M. Poncelet, enfin, attaquant la question avec son bonheur ordinaire, à l'aide de l'analyse, a constaté qu'une colonne de sable coulant, de 4 mètres de côté, ne descend pas le long des quatre faces immobiles qui la contiennent, de» que son épaisseur est de 20 à 24 mètres, et que tout accroissement de cette épaisseur rendrait Ja stabilité plus

grande. Si dans ces calculs on substituait 400 mètres de craie conjpacte à quelques mètres de sable coulant , on trouverait, pour les dimensions de la caverne susceptible de s'ébouler, des nombres tellement énormes que les esprits les plus timides en seraient complètement rassurés.

Ce que nous venons de dire explique comment se soutiennent les ciels de tant de grottes décrites par les voyageurs, et qui, en apparence, supportent le poids de montagnes immenses. Les canaux souterrains par lesquels arrivent au jour les eaux si abondantes de la fontaine de Vaucluse, du lac de Zircknitz, de plusieurs fleuves de la Camiole, etc., se trouvent dans les mêmes conditions (Voir précédemment, p. 290 à â02).

Au surplus, sans recourir à l'analogie, on peut prouver que la craie, au-dessous de Paris, se soutient comme nous venons de le dire, et qu'elle ne presse pas de tout son poids sur les eaux inférieures qui alimentent le puits.

En effet, le poids d'une colonne de 600 mètres de craie est équivalent à la pression d'une colonne d'eau de plus de 1000 mètres. Si la craie reposait sur la nappe liquide inférieure, la colonne ascensionnelle contenue dans un tube vertical monterait, par cette seule cause, à une hauteur de 1000 mètres au-dessus du niveau de la nappe, c'est-à-dire à environ 500 mètres au-dessus du sol. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce résultat est de beaucoup supérieur à la puissance ascensionnelle de l'eau que fournit notre puits foré.

Dans l'hypothèse que nous venons de discuter, la nappe inférieure serait refoulée par la pression de la

craie, vers la région où les couches de sables aquifères se présentent par la tranche à la surface du sol ; or, comme ces régions sont loin d'être à 500 mètres au-dessus du niveau de Paris, elles deviendraient inévitablement des lacs. Les alarmistes avaient donc en ce point montré de la réserve. Il faut les remercier de s'être bornés dans leurs rêveries à ne menacer que les habitants de la capitale.

En finissant, je ne sais vraiment comment relever la plus incroyable de toutes les suppositions qu'on ait faites : celle que les eaux de la Seine pourraient un beau matin s'infiltrer par quelque fissure et disparaître dans le gouffre. Nous étions accoutumés jusqu'ici à regarder comme un principe incontestable de mécanique, que le plus fort l'emportait sur le plus faible ; et voilà cependant que l'eau venant du fond du puits de Grenelle, dont la force ascensionnelle, quand elle arrive à la surface, est au moins de 26 mètres, se laisserait vaincre et refouler par une faible colonne de & à 5 mètres. Il serait malheureux qu'à une époque tant célébrée pour la diffusion des lumières , la crainte de perdre ainsi la Seine eût tenu, même là plus petite place , dans les préoccupations qui ont rendu ces explications indispensables.

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