KCOLE VÉTÉRINAIRE DE LYON
L'École vétérinaire de Lyon date de 1762* Lorsque le vrai créateur de la médecine des animaux, Claude Bourgelat, la fonda, il n'existait encore en Europe aucun établi$sement de ce genre. A son début, elle n'était en quelque sorte qu'une école privée recevant une faible subvention du gouvernement ; mais les nombreux élèves
1. Tai fait quatre rapports sur TÉcole vétérinaire de Lyon, le Conservatoire des Arts et iMétiers, TÉcole des Arts et Métiers de Ch&lons, robservatoire de Paris, à la Chambre des députés, le 10 juin 18iï4, au nom d*une Commission composée de MM. Bert, Arago, Mathieu (Saône-et-Loire), Dozon, Cayx, Tavemier, Boulay (Var), RJchond des Brus, Dubois-Fresney. H s^agissait d*un projet de loi portant allocation d'un crédit de 500,000 fr. pour ces quatre établissements ; ce projet renfermait quatre articles entièrement distincts, qui ont été examinés successivement
nationaux et étrangers qu'elle forma en peu de mois » ayant été appelés à combattre des épizooties meurtrières, Louis XV, pour récompenser leur dévouement, leur courage, leurs succès, accorda à Tinstitution naissante le titre d'École royale vétérinaire.
En 1766, Touverture de Técole d'Alfort porta un coup fatal à son atnée. Les faveurs du gouvernement s'épanchèrent presque exclusivement sur rétablissement voisin de la capitale ; celui de Lyon ne fit plus que végéter. L'ardeur, le dévouement, le mérite distingué. de quelcpies-uns des professeurs placés successivement à sa tête, semblèrent, de temps en temps le ranimer; mais ce ne furent là que des lueurs passagères.
L'École de Lyon allait périr faute de ressources pécu^ niaires, et aussi faute d'un local convenable, lorsque la Convention rendit le 29 germinal an m , un décret qui plaçait les deux établissements nationaux sur le même pied, et leur donnait le titre d'Écoles d'économie rurale et vétérinaire. Aucune décision formelle ne déterminait l'emplacement que l'École de Lyon devait occuper. La ruine des anciens bâtiments la mit dans un grand péril. £nfin, après bien des incertitudes, elle fut transportée provisoirement, en l'an v, à l'Observance, dans le cloître dit des Deuœ-Aniants, occupé avant la révolution par des religieuses de l'Ordre de Sainte-Elisabeth. On ajouta à ce cloître une partie du couvent contigu des Cordeliers.
Nous emprunterons à un mémoire intéressant de M. Lecoq, professeur à l'École de Lyon, quelques lignes destinées à faire connaître comment s'opéra ce qu'aujourd'hui, en style de devis, on appelle V appropriation.
1^8 SUR DIVERS ËTÂBLISSEMENTâ PUBLICS.
€ L'habitation des religieux devint celle des professeurs et des élèves; le cellier des Cordeliers fut transformé en écuries; leur cuisine forma la pharmacie; les cabanons où ils renfermaient les enfants de famille, pour les ramener à une conduite régulière, devinrent les chenils de l'école, et l'église elle-même, ce beau reste d'architecture, fut cédée à l'établissement pour servir de magasin à fourrage. »
Le local provisoirement concédé en l'an v, ayant été après beaucoup d'hésitations affecté définitivement à l'école, on commença en 1818 à construire de nouveaux bâtiments devenus indispensables, mais ils ne furent pas terminés. L'administra^tion fit rédiger dans le courant de 1837, un projet complet de restauration de tout l'édifice. La Chambre des députés ne le trouva pas suffisamment étudié et le rejeta»
Cette détermination de la Chambre aura d'heureux résultats, quoiqu'elle doive amener une dépense triple de celle qu'on s'était d'abord proposé de faire. Le projet de 1838, réduit aux proportions restreintes que commandait impérieusement l'emplacement dont on pouvait disposer alors^ aurait laissé en souffrance plusieurs services essentiels, et diverses branches de l'économie rurale qu'il importe d'encourager. Depuis lors, l'administration municipale de Lyon a consenti à céder un espace étendu çontigu à l'école. L'extension de superficie résultant du projet de transaction, permettrait de donner à l'établissement agricole et vétérinaire de la seconde ville du royaume, tout le développement désirable.
Suivant le devis dressé par les soins de Parchitecte^
M. Chabrol, avec le concours de M, Yvart, inspecteur général des Écoles vétérinaires, la somme à dépenser pour la réparation des anciens bâtiments et la construction des bâtiments nouveaux, monterait à 766,000 francs.
La ville de Lyon demande, en compensation des sacrifices qu'elle sMmpose, la restauration d'uije partie de l'église de l'Observance, qui serait convertie en chapelle à l'usage des habitants du quartier et des élèves vétérinaires, et la construction d'un bâtiment où pourrait s'installer une école primaire. La somme afférente à ces U*avaux serait de 53,000 francs.
Vous le voyez. Messieurs, la dépense qu'entraînera, suivant le, devis, la construction complète de l'École vétérinaire de Lyon est, en nombre rond, de 820,000 francs. Le gouvernement ne demande pas aujourd'hui la totalité de cette somme. Il a choisi, dans Je devis général, les objets les plus urgents, les constructions qui ne pourraient être ajournées sans paralyser l'enseignement, savoir :
La construction des grandes écuries des hôpitaux. . 63,319.74
La construction des petites écuries ^ ... . 22,758.07
La construction des étables à vaches 2d,70/i.72
La construcUon des bergeries 3,521.80
La construction du chenil 5,676.54
La construction des grilles et murs de clôture 14,111.00
La restauration de Téglise de TObservance ( une des
conditions du contrat conclu avec la ville de Lyon). . 34,000.00
153,091.87 Frais d^agence et ouvrages imprévus 16,908.13
Lob dépenses proposées ne prêtent qu'à un seul genre
d'objection : elles semblent impliquer, pour la Chambre, l'obligation d'adopter dans Tavenir le projet complétée reconstruction où elles figurent, projet qui n'est point soumis aujourd'hui à notre examen, et à l'égard duquel il ne sera rien statué. N'aurait-on pas à regretter le vote approbatif de cette année, si, plus tard , après une étude approfondie de la question , la Chambre reconnaissait, par exemple, l'inutilité des écoles vétérinaires, ou môme seulement l'inutilité de celle de Lyon? N'eût -il pas été préférable de tout décider par un vote d'ensemble, sauf à répartir ensuite là dépense centre divers exercices?
Nous n'avons pas voilé les objections; voici les réflexions qui n'ont pas permis à la Commission de s'y arrêter.
11 n'est pas supposable que jamais un grand pays tel que la France, renonce à entretenir une ou plusieurs écoles vétérinaires. L'étude des maladies dont les animaux sont atteints intéresse, au plus haut degré, la richesse agricole , la richesse commerciale et notre puissance militaire. Cette seule considération lui méritera un appui constant. Ajoutons que toute découverte, dans le champ de la médecine vétérinaire , réagit heureulsement sur les progrès de la médecine de l'homme. Au besoin, des citations nombreuses mettraient cette vérité dans une complète évidence.
L'art vétérinaire est-il tellement simple, comme quelques personnes Hmaginent, ses progrès, ont- ils été si rapides qu'on n'ait guère à espérer des résultats importants et entièrement neufs?
Nous opposerons sans hésiter à de tels doutes, cette
SUR DIVERS ÉTABLISSEMENTS PUBLICS. 54f
assertion catégorique : • L'art vétérinaire ne fait que de ' naître; cet art, savamment envisagé, promet des découvertes brillantes qui, pour la plupart, exerceront une grande influence sur le développement de la richesse nationale. »
Que ne nous est-il permis pour justifier notre opinion touchant rétat actuel de nos connaissances sur la médecine des animaux, touchant leur état futur, de citer ici les récentes et très- belles recherches à l'aide desquelles M« Rayer, de l'Académie des sciences , paraît avoir mis hors de toute contestation, que la morve et le farcin sont des maladies contagieuses ; que ces hideuses maladies ne se communiquent pas seulement du cheval au cheval, mais aussi du cheval à l'homme, et de l'homme à l'homme ; qu'elles peuvent enfin remonter de l'homme au cheval ou à l'toe. Dans un autre ordre d'idées, nous trouverions, avec une date plus récente encore, les travaux non moins admirables^ de M. Boussingault sur les qualités nutritives des fourrages, sur l'engraissement des bestiaux, sur l'actio0 des fumiers de toute nature, etc. /
Qu'on se détrompe donc : les écoles vétérinaires ont devant elles un bel avenir de gloire et d'utilité ; mais il ne suffira pas d'y élever des murs, d'y bâtir des amphithéâtres, d'y aligner des dortoirs, etc. Il faudra aussi y organiser plus fortement l'instruction ; il faudra fournir aux professeurs, aux élèves, des moyens de recherche efficaces; il faudra enfin réunir^ dans les écoles éloignées, des ressources analogues, à celles qu'on trouve à Alfort, près de Paris.
En prononçant le nom de l'établissement où le gou*
verneraent a concentré tant d'éléments de succès, noos éveillerons une pensée qui se produira peut-être à la tribune, la pensée que Téçole d*Alfort suffirait aux besoins de la France.
Voici, d'avance et en quelques mots, comment nous la combattrons.
La centralisation des ressorts administratifs destinés à mettre en mouvement les forces du pays, celles surtout qui doivent concourir directement à la défense du territoire, est une des plus précieuses conquêtes de la Révolution de 1789. Mais la centralisation dégénérerait en abus intolérable, si on rétendait à tout, si on allait jusqu'à deshériter les départements des écoles spéciales qu'ils possèdent, si on s'attachait à réunir tous les foyers de lumières autour de la capitale. La suppression de l'École vétérinaire de Lyon amènerait, par une conséquence logique, celle des écoles de médecine de Montpellier et de Strasbourg; or, qui ne sait combien une sage émulation entre des établièsements rivaux, est favorable aux saines doctrines et fait surgir de découvertes. Accordez toutes vos faveurs à une corporation,, investissez-la du droit exclusif de conférer des grades officiels, et vous verrez des erreurs déplorables s'enraciner dans les esprits , des pratiques funestes porter leurs ravages dans là société. Les écoles vétérinaires elles-mêmes fournissent des faits à l'appui de cette triste vérité.
Pour le gouvernement, l'École vétérinaire de Lyon sembla pendant longtemps n'exister que de nom; ce qiri en émanait n'avait aucun retentissement officiel ; le public, imitant en cela l'administration, tint, à tort, très-peu de
compte des expériences à l'aide desquelles M. Gobier, célèbre professeur lyonnais, établissait, en 1816, que la morve est contagieuse.
De rÉcole d' Alfort, justement célèbre et devenue toutepuissante par ses rapports journaliers avec le gouvernement, par les faveurs dont elle était l'objet, sortait en même temps la doctrine erronée de^ la non-contagion de rincurable maladie.
Cette doctrine de l'École privilégiée a fait négliger les précautions sanitaires; il en est résulté dans l'armée des pertes considérables de chevaux; ce qui est plus fâcheux encore, la maladie s'est communiquée à des cavaliers, à des élèves vétérinaires, à des palefreniers qu'elle a frappés de mort Or, il faut bien le remarquer, le nombre de ces événements déplorables que la science a pu caractériser, n'est évidemment qu'une très-petite partie de ceux qui ont eu la même cause, sans que les hommes de l'art aient pu s'en douter.
Supposons l'École vétérinaire de Lyon moins abandonnée de l'autorité, plus en mesure de défendre ses doctrines et de proclamer hautement les résultats des expériences de M. Gohier ; supposons qu'elle compte dans son sein un certain nombre d'élèves militaires boursiers ^ gouvernement^ Terreur propagée par un enseignement public aura moins de durée, beaucoup moins de conséquences douloureuses.
Il est une dernière considération très-propre, ce nous semble» à frapper les esprits : c'est que les écoles vétérinaires sont des hôpitaux où l'on traite, les animaux malades, où l'on donne journellement des consultations
gratuites. Les services que rend, sous ce rapport, l'École de Lyon, même dans son état actuel de délaissement, méritent d'être mis sous les yeux de la Chambre :
Anoée scolaire
iUiimaux traités [ Chevaux 557 680 600
dans I Ruminants. ..... • 10 Z9 75
les hôpitaux. ( Carnivores û51 517 320
Consultations i Chevaux <.....'... 4,250 i|^598 &,726
gratuites | Ruminants....... 20 35 Uli
de chaque Jour. ( Carnivores 1,150 1,120 1,000
Ainsi, pendant ces trois dernières années, l'École a reçu dans ses hôpitaux &j%9 animaux malades; on en a présenté à la visite gratuite 16,951, pour lesquels on a donné 25,850 consultations.
Cette activité a même pris un accroissement notable dans les premiers mois de l'année que nous parcourons.
L'École de Lyon esl placée au milieu d'une grande ville, dans le voisinage de quatre départements riches en bestiaux ; elle offre à ses élèves de nombreuses occasions d'étudier toutes les maladies des animaux.
Jusqu'à ces dernières années , les Écoles vétérinaires s'étaient peu occupées des grands ruminants. M. le Ministre de l'agriculture a insisté sur la nécessité de combler cette lacune; il a décidé cpie les bœufs et les vaches malades seraient traités et nourris gratuitement.
De son côté, l'autorité municipale de la ville de Lyon a voulu aussi faciliter ce genre d'étude. Le maire, notre
honorable collègue M. Terme, a déjà donné des ordres pour qu'à Tavenir les bestiaux malades conduits à réèole vétérinaire, puissent arriver, sans consignation de droits d'octroi sur une simple déclaration de M. le Directeur de rétablissement.
Ces mesures favorables ont porté leurs fruits; l'École de Lyon reçoit maintenant dans ses hôpitaux les bœufs et les vaches des pauvres.
Outre les services rendus chaque jour aux propriétaires d'animaux qui sont présentés à la clinique, l'École envoie des élèves dans les campagnes pour traiter gratis les maladies des bêtes à cornes.
Tel est. Messieurs, l'ensemble de considérations sur lequel vos commissaires se fondent, pour vous proposer, à l'unanimité ; d'accorder la totalité du crédit demandé en faveur de l'École vétériijaire de Lyon.
CO.^SERYATOIRE DES ABTS ET MÉTIERS
Lorsque la Convention décrétait la fondation d'un Conservatoire des arts et métiers, en 1794 (19 vendémiaire an m), elle comprenait sous cette dénomination un musée de machines, une bibliothèque spéciale et un enseignement industriel.
Ce vaste plan n'a été réalisé que peu à peu. Vandermonde. Le Roy, Conté, Molard, Montgolfier, ces hommes d'un mérite si émincnt, furent tour à tour conservateurs ou administrateurs du musée industriel, mais sans remplir de fonctions professorales, sans même se