‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 105 sur 183 · VICAIRE-GÉNÉHAL DU DIOCÈSE · texte numérisé non relu

VICAIRE-GÉNÉHAL DU DIOCÈSE

Cette lettre traite d'un grand nombre d'aflaires domestiques et autres. ,, ^ , ^ 10 décembre 1619.

Mon très cher frère,

Le bon poissonnier qui m'a nppoité vos lettres de Rivole nous asseiira de venir dans la liui faine prendre les nostres et vos haHis, mais la cpjinzaine passe, et il ne vient point : c'est pourquoy je vous envoyé tout à coup mes vieilles lettres, et celle-cy par laquelle je respons à celles que j'ay recettes depuis par le sieur Trulard, et par autre voye.

M. le Doyen ne veut point aller à la Cour, sa dévotion le tirant ailleurs, où il prétend se rendre dans six semaines ou deux mois; mais il désire qu'on ne le sache pas, ne s'en estant descouvert qu'à moy et an supérieur claustral du lieu où il aspire , sur le rivage de ce lac.

Je verray à Lesorches M. l'abbé de Seyserieux , et sçauray en quelle disposition il se treuve : et quant à M. Duchatelard , il me dit l'autre jour qu'en l'ad sertissant un mois auparavant, il se tiendra pipst.

Reste M. Favre, qui désire d'attendre M. ce Ghamessay. Si quelqu'un de \cAve connoissance vouloit eatrer au premier quartier, en m'advertissant dans quinze ou dix-huif jours, atfin que je n'en fisse pas tenir prest l'un des susnom-

» Tirée du monastère de la Visitation de la rue Saint-Antoine. C'est ]a500« de la collection-Biaise,

mes, cela seroit bon , comme je pense. Je pense aussi que la division de l'aumosne sera à propos, ainsy que vous faves

projette.

M. de Drum aura responce par les cy jointes, que M. de la Salle aura cent mille francs de son père, et trente mille de sa mère , ainsy que M. de Medio m'assure.

M. Favre m'es^/it que M. de Forax n'est pas encor hors de prison, par l'opiniastreté de ses parens qui font le pis qu'ilz peuvent. J'escris à M. de Montelon, pour voir si on le pourra destourner de la fausse créance qu'il a de mon procédé, dont je ne me repens point, ni n'ay sujet aussi de me repentir.

Je ne sçavois pas aussi que les livres de visites fussent à Paris, car on me l'a celé : mais il y a apparence que Monsieur le Président en aura soin. Je les luy demanday l'autre jour, et il m'escrivit qu'il en avoit un peu affaire pour encor, et qu'il me les envoyeroit par après.

Je vous envoyé le projet que Monseigneur le Prince me commande de faire pour la reformation des Monastères de deçà, m'ayant semblé à propos qu'il luy fust remis parmi les festes, en tems auquel telles pensées sont de sayson. Tous luy pourrés dire que j'ay esté après avoir conféré avec M. de Montoux et M. l'abbé d'Abondance, et qu'il sera expédient que les mémoires soyent dressés en italien ou en latin , mais plustost en italien de quelque bonne main.

Vous verres que nous n'avons pas oublié postre Eglise, pour laquelle il se présente encor une occasion, dont le Chapitre m'a prié devons donner advis, affin que dextrement vous sa^hiés si on en pourroit reuscir. C'est que Monsieur le rev( rendissime du Mont- Denis a, ce dit-on, un prieuré près de Piolée, qui s'appelle Consier, duquel s'il vouloit se desfaire en faveur de nostre Eglise , on luy asseureroit une bonne pension , pourveu qu'elle n'excedast pap tous les fruits; et après on pourroit traitter avec le Chapitre

de Bellay, du doyenné de Seyserieux. Or, je vois en cela une extrême difficulté, à cause du placet du Roy, qui très mal volontier ordonnera pour unir à un corps qui* est hors du Royaume, rseanmoins parce que le Chapitre a cela en désir, vous pourrés avec dextérité sçavoir ce qui se pourra faire par delà avec M ^seigneur du Mont-Denis.

M. le Prévost gousta merveilleusement la bonne pensée que vous avés faite , de voir si on pourroit loger mon neveu de la Fouge chez Monseigneur le Prince Cardinal ; et s'il se peut, se sera une très grande charité.

Mon frère ledit sieur vous escrit de la lettre que les gens de bien font voir par cy par la à la desrobée. Il y a apparence qu'ilz feront ce qu'ilz pourront pour ravaler le peu -de faveur qu'ilz voyent naistre pour nous; mais il ne faut pas que vous vous en remuiés, ains que vous respondiés seulement par bienfaitz à leur mesdire : c'est le vray moyen de les fascher et combattre, mesprisant leurs efforts par l'asseurance que nous tesmoignerons d'avoir dans nostre innocence et inviolable affection aux services de nos princes.

M. le Marquis de Saint-Damian s'en rêva, qui m'est venu voir avec beaucoup de démonstration de nous aymer; il faut donc correspondre, alRn que de toutes parts nous facions paroistre que nous sommes nous-mesmes.

M. de Cormans a fiancé la bonne Madamoiselle de la Croix, et crois que l'on est après de poursuivre la dispense. M. de Leaval s'estoit chargé de retirer la depesche du sieur Menyer. S'il ne va pas bientost en Piedmont, Madame de •Charmoysi vous prie de procurer qu'on le fasse, et de donner advis de l'argent qu'il faut pour la retirer, affin qu'on l'envoyé soudain. Je crois bien que pour celuy de naturalité de M. de Benmeres, il. faudroit donner quelque chose en chancellerie; mais il n'y a remède : si c'est peu de fait, il faudra avancer.

Les Seurs de Sainte-Claire de Demun me conjurent fort

/^Oî OPUSCULES

de vous recommander leur affaire , en laquelle M. le Mar» quis de Salins les aydera fort : ce porteur est Tun de leurs Beligieux.

Je suis grandement ayse de sçavoir que Madame de saint George demeurera, sachant combien elle a de pouvoir et de vouloir pour le bien de l'esprit de nostre Maistresse, et par conséquent pour le contentement plus désirable de son :\1tesse et de Monseigneur nostre Prince, et le bonheur de cet Estât. La connoissancequej'ay des qualités de cette Dame, m'a tous-jours fait souhaiter qu'elle demeurast, et loue Dieu de tout mon cœur que cela soit. Salués-la chèrement de ma part , et l'asseurés de mon service très humble , et de mesme toutes les Dames qui me font l'honneur de m'aymer : mais, comme vous sçaurés bien faire, mettes à part la signora Dona Genovefa ma très chère fille ; je ne sçaurois luy escrire, ni quasi plus à personne : ce sera au premier jour, et à nostre très cher frère le Père dom Juste, duquel j'ay receu la boiste et la lettre du Père Justin.

Les deux Dames qui vous ont escrit de France sont mesdamoiselles de Crevant , qui s'appelle Anne de Bragelonne, et de Verson, qui s'appelle Marie de Bragelonne.

Nous avons achevé l'annuel de M. de Charmoysi ce matin ; et la bonne Madame de Charmoysi se sent grandement obligée à vostre amitié , et pour le soin que vous avés de son Henri.

Monseigneur de Turin me recommande le père Sommier pour la prébende de l'abbaye d'Aulps; mais c'est la , et non icy où il faut faire l'office : vous le ferés, s'il vous plait, envers Monseigneur le Prince Cardinal , et puis en rendrés conte à Monseigneur l'Archevesque.

Las et recreu de tant escrire, je prie Dieu qu'il vous comble de contentement, et suis vostre, etc.

DE S. rnANC.OlS PE SALES. 40o

CCXVÏI.

LETTIÎR*

A UNE SUPÉniEURE ^E LA VISITATION.

Le Saint essaie de raccommnder un din/ron ' -irrivé à l'occasion d'une vêture, par rapport aux ecclésiastiques qui Hfvnjtnt faire l'ollice de la ct^rémonie et la pr(''dication. Quand les parents a'niip fille donnent une dot raisonnable, il ne faut pas en tirer davantage. Les pénitences faites contre robéissanca sont une tentation, et ne servent qu'à nourrir l'amour-propre.

11 janvier 1620.

Ma très chère Fille,

Je confesse que je n'entens rien à toutes ces considérations cerenioniales , parce que je n'y ay jamais pensé. Quatre bonnes fois pour le moins j'ay piesché à Paris pour la réception des Religieuses, qu'un simple Prestre a fait TOffice : une fois j'ny fait la réception, qu'un Père Jésuite ^ presché ; et en Tune et l'autre façon je ne laissois pas d'estre ce que je suis. Quicon<[ue presche, il tient le lieu et fait la fonction de l'Evestjue : c'est pourquoy si le bon Monsieur N. faitTOlfice, je ne voy pas qu'un autre ne puisse prescher, (juel qu'il soit. Ni Monsieur l'Evesque de Nantes, ni Monseigneur l'Archevesque de Bourges n'en font nulle difficulté à Paris, ni je nv, l'ay jamais faite icy à sainte Claire et à sainte Catherine.

Mais avec cela je confesse aussi que c'est une vraye humanité au bon Monsieur N. de croire ([u'il importe à sa réputation qu'il face ou ne face pas l'Office , et mesme n'ayant pas le talent de la prédication, et croy, quant à moy, que ce soit au cont aire : mais après cela, quel remède? Car, de

» C'est la 51 0« de la colIection-Blaise , et la 36<= {al. 31e) du liv. VI dîs ai»- «lennes éditions.

le divertir, c'est renverser son esprit. Il sera donc à propos que , si nostre bon Monsieur N. peut faire que Messieurs ses parens ne le treuvent pas mauvais, ce soii Juy qui face l'exhortation ; et je ne puis deviner quelle rayson ilz peuvent avoir de le treuver mauvais , estant une chose si bonne et si honnorable; et tous-jours l'action sera plus authorisée par ce moyen que par aucun autre.

Que si cela n^. se peut , il faudra prier quelque Père Religieux : car, qu( faire parmi ces imaginations? Le jour est court, et de disp ^ser McTiseigneur à autre chose , il n'y a pas de l'apparence, là vous asseure, ma Fille, qu'une fille de considération se faisant Carmélite, je fis l'exhortation, et M. du Val, Docteur en Théologie, fit l'Office, qui eust mieux presché que moy, et moy mieux fait l'Office que luy. 0 Dieu 1 à quoy demeurons-nous accrochés?

Or bien, voyla mon advis. Que s'il ne se peut encor, il faudra faire l'Office de la réception devant disné , et l'exhortation après disné. Au reste, ma très chère Fille, il est vray^ qui a son cœur et sa prétention en Dieu , il ne se sent pomt y au moins en la partie supérieure, des agitations des créatures ; et qui l'a au ciel, comme dit S. Grégoire à deux Evesques, il n'est point tourmenté des vens de la terre.

Non seulement je consens, mais j'appreuve, ains j'exhorte de tout mon cœur, que quand les parens riches donnent raysonnablement , selon leur condition et moyens , qu'on ne tracasse point pour tirer d'avantage. Comme, par exemple, en la fille qui fait son essay, j'aymerois cent fois mieux doucement avoir mille escuz, que douze cens avec amer^ tume, long et fascheux tracas. L'esprit de Dieu est généreux, suave et humble : on gaigneroit peut-estre deux cens escus en disputant , mais on perdroit de réputation à quatre cens; et on oste encor le courage aux riches de laisser venir leurs filles , quand on exige si chichement tout ce qu'on peut. 'Yoyla mon sentiment, voyla ce que je fay pratiquer icy.

Elle a rayson , certes , la bonne fille , de croire que son humeur jeusneuse est une vraye tentation : ce Ta es lé, ce Test, et ce le sera, tandis qu'elle continuera de faire ces îtstinences , par lesquelles il est vray qu'elle uffoihlit son corps et la volupté d'iceluy ; mais par un pauvre escbange elle renforce son amour propre avec sa propre volonté : elle amaigrit son corps, et surcharge son cœur de la vénéneuse graisse de sa propre estime et de ses propres appétits.

L'abstinence qui se fait contre l'obéissance , oste le péché du corps pour le mettre dans le cœur- Qu'elle mette son attention à retrancher ses propres volontés, et bientost elle quittera ces fantosmes de sainteté ausquelz elle se repose si superstitieusement. Elle a consacré ses forces corporelles à Dieu : ce n'est plus à elle à les ruiner, sinon quand Dieu l'ordonnera; et elle n'apprendra jamais l'ordonnance de Dieu que par Fobeissance aux créatures que le Créateur luy a données pour sa direction. Si faut , ma très chère Fille : il la faut faire ayder contre cette tentation par les advis de quelque vray sg/viteur de Dieu : car il faut plus d'une personne pour desraciner ces persuasions de sainteté extérieure, et chèrement choisies par la prudence de l'amour propre. Faites donq ainsy, priés Monsieur M* de l'instruire et fortifier contre cette tentation ; et s'il est par luy treuvé bon, que ce soit mesme en vostre présence.

Est-ce tout de bon, ma très chère Fille, quand vous dites : Nous sommes prou pauvres, Dieu mercy? 0 que, s'il estoit vray, je dirois volontiers : Que vous estes donq heureuses, Dieu mercy ! Mais je n'ose guère parler J'une vertu que }e ne connois que par le récit infaillible du Roi des pauvres, nostre Seigneur ; car (p.'mX à moy, je n'ay jamais veu la pauvreté de près.

Tenés-vous dans le train de la Communion que nous vous dismes, et dressés vostre intention à l'union de vostre cœur à celuy duquel vous recevés le corps et le cœur tout eu-

semble. Puis ne vous amusés pas à penser quelles sont les pensées de vostre esprit pour cela , puisque de toutes ces pensées il n\y en a point qui soit vostre pensée, que celle que delibereaient et volontairement vous aurés acceptée, qui est de faire la Communion pour Tunion-, et comme une union de vostre cœur à celuy de l'Espoux. Yostre très affectionné serviteur, etc.

CGXVIIL

LETTRE

A M. LE COMTE DE VIRY, Au sujet de la revalidalion d'un mariage nul.

Monsieur,

Je croy fort asseurément que nul homme du monde ne vous honnorera jamais plus franchement que je fay , et d'autant plus suis-je marry de ce qui s'est passé ces derniers jours en vostre mayson, puis que Dieu y a esté offencé et le publiq scandalisé , et que le mariage est tout à fait nul et invalide , la commission de dispenser, obtenue à Rome, n'ayant point este exécutée, de sorte qu'il sera requis de célébrer de rechef le contrat du consentement nuptial , affin de rendre cette conjonction et la postérité légitime. A quoy je contribueray tout ce qui sera en mon pouvoir sous la conduite des loix et constitutions ecclésiastiques , pourveu qu'il vous playse et aux parties, prendre créance que je ne recher-

* Cette lettre , munie du sceau armorié du saint évêque de Genève , étoit restée inédite jusqu'à ce jour; l'autographe en appartient à S. G. Mgr. Dominique Dufêtre, évêque de Nevers, qui nous a fait rhouneur de nous en céder eue copie.

cheray en cela nulle condition que celle qui sera entièrement nécessaire et inévitable, puisque ec^erilé jesuis,

Monsieur,

Y" serv' très liuuihle et très alF"*,

François, Ev. de Genève.

XXVIII jan' 1620.

CGXIX.

LETTRE

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