‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 111 sur 183 · SUPÉRIEURE DE LA VISITATION A MOULINS · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE DE LA VISITATION A MOULINS

Le saint Prélat demie à la mère de Brechard , qui étoit Supérieure du monastère de Sainte-Marie à Moulms, étant choisie pour fonder un autre monastère de son ordre à Nevers, avis de quelques mesures qu'il y avoit à prendri» pour les obédiences et le transport des Sœurs.

Annecy, 9 juin 1620.

Ainsy que ces bons Pères me venoient dire adieu, j'ay receu vostre lettre, ma très chère Fille, du 22 may, à laquelle je respons vistement.

L'obédience de Monseigneur de Lyon suffira pour toutes, puisque vous estes sous sa direction et autorité maintenant : car, quant à mon consentement, vous l'avés des-ja. Nous ferons partir, nos seurs au plustost, mais non pas à l'adven-

* Tirée du monastère de la Visitation de la ville du Mans. C'est la 538» de ia GoUection-Blaise.

ture, sitost que vous desireriés ; car, nous n'en voudrions pa*. faire deux troupes, et il en faut pour Paris et Orléans encor; mais vous serés si proches, que quand vous sériés contraintes de partir avant l'arrivée de celle qu'on y envoyera pour Moulins, vous la pouvés bien instruire, outre que ma Seur du Chatelut soutiendra bien pour un peu.

J'escriray pour Monsieur, le General, sitost que je pourray, et au moins parla Seur qui ira là, laquelle nous voudrions estre grandement excellente : mais il est malaysé d'en treuver de telles. Je seray bien en peine si Monsieur le Mareschal de Saint-Geran m'escrit , ce qu'il n'a pas fait jusques à présent. Dieu me donnera la responce, s'il luy plait.

Les Règles sont imprimées à Lyon, et crois que nos Seurs de Lyon en ont quantité de copies. Il y a mille fautes, et sur tout celles de la fin, oii en lieu d'Approbation, on a mis Epilogue. Encor qu'es Règles de S. Augustin il y en ayt qui ne sont pas pour ce tems, il n'y a point de danger de les lire^ tant pour la révérence du Saint , que pour les bonnes conséquences qu'on en peut tirer.

S'il est possible , faites-vous porter en carrosse jusques à la porte de vostre monastère à Nevers; et quoy qu'on vous aille au rencontre , ne descendes pas , et vous excusés sur ce que la barque sur l'eau , ou le carrosse sur terre, sont vos Monastères portatifs. Je ne crois pas qu'on vous y veuille faire de cérémonies; mais si on le veut, vous ferés la guerre à l'ceil , et l'esprit de conseil vous enseignera ce qui sera requis.

Je vous envoyeray le formulaire de la réception au Noviciat , par la première commodité.

0 ma Fille ! il n'y a pas moyen d'escrire davantage , non pas mesme à ma chère grande fille de Paris *; à laquelle néanmoins je dis icy qu'il faut qu'elle ne désire plus la pro-

* C'est-à-dire qui étoit venue de Paris demeurer avec la mère de Brecbard* Voyei la lettre datée vers le 8 août i6«.

fpssion avani Tannée, parce que cela est impossible. Elle sera assés professe, puisqu'elle sera si dévote et resignée, connue jVspere, et que par son entremise tant de filles parviendront à la véritable dévotion.

LETTRE

A MADAME DE CHANTAL , A PARIS

Le Saint lui parle de diverses affaires temporelles et spirituelles.

7 août 1620.

Si celuy qui doit j)orter ces lettres , part , comme il dit, demain de grand matin, certes, ma pauvre très chère Mère, il n'y a pas moyen de vous envoyer les Constitutions, jusques à la semaine suivante : car il faut que je les revoye , ayant des-ja dés le commencement trouvé des fautes en Tescriture. Or, je vous les envoyeray , ou par cette commodité, si le porteur retarde un jour de plus, ou par la fine première qui se présentera, laquelle sera bientost. Or , ce sera à vous de voir si on les fera imprimer à Paris ou à Lyon.

De Rome je n'ay encor nulles nouvelles : dés le départ de M. Michel , j'en attens tous les jours; mais les choses iront avec tant de tardiveté , que si je me croyois moy-mesme , je ferois ce que ceux qui y sont , et qui entendent les affaires, disent de nous, et particulièrement de moi : Nous importunons à force de demander des choses que nous pouvons faire sans les demander; et néanmoins, puisque nous les de-

* Tirée du monastère de la ville de Salins. C'est la 546* de la coilection"» Biaise.

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mandons, il faut souffrir de ne les point avoir, que sous les: conditions ordinaires de ceux qui les expédient. Or sus, puisque toutesfois nous sommes en ce train, nous ne devons rien oublier pour obtenir , et nous n'oublierons rien , Dieu aydant.

Je suis bien marry dequoy nostre fille a perdu son fîlz, et ne laisse pas d'espérer qu'elle portera plus heureusement ceux que Dieu luy donnera ci après.

Quand il sera tems de vous envoyer un ecclésiastique pour vous accompagner au retour , vous m'advertirés , et je vous envoyeray ou M. Michel, ou M. Rolland, qui a une affaire par delà , laquelle il pourra peut-estre bien faire en ce temslà, et vous servira bien au voyage pour tout le tems que vous desireriés, puisqu'il n'est plus Chanoine de nostre Dame, ayant quitté cette place pour avoir plus de commodité de faire ce que je desirerois de luy : mais il ne faut point encor faire bruit de cecy.

Nous attendons le révérend père Juste * pour saint Laurent , et nous sçaurons ce que l'on devra attendre du Monastère de Turin , et en cas qu'on n'y aille , ou du moins sitost, on pourra laisser nostre grande fille* à Montferrand, ou l'employer ailleurs , s'il se treuve expédient.

Ces deux grandes filles de Montferrand et d'Orléans sont un peu de l'humeur de leur père ; elles sont un peu penchantes à la condescendance , et complaysantes au parloir ; mais il sera aisé de les modérer en bonne partie, car du tout xl n'y a pas moyen. M. de Chalcedoine ' m'a corrigé de ce costé-là, et nous vivons avec plus de règle. Mais il m'eschappe tous-jours de faire quelque faute ; et, bien que ce soit peu , néanmoins mes vieilles habitudes m'estant imputées , on me compte une faute pour troys.

* Le père Juste Guérin , baruabite. — « La mère Favre.

» Jean-François de Sales, évêqae de Chalcedoine, qui fut ensuite successeur du Saint.

Ma très chère Mère, si vous connoissiés qu'il fust plus utile que vous demeurassiés là encor quelque tems, quoyque»? mes sens y répugnent, ne laissés pas d'y demeurer doucement. Car je me plais à gourmander cet homme extérieur^ et j'appelle homme extérieur mon esprit mesme en tant qu'il ^ suit ses inclinations naturelles. Or , je dis cecy , pour ce que vous me dites dans vostre dernière lettre.

Sitost que nous aurons des nouvelles de Dijon, je vous ea advertiray , et je me doute que ce sera pour une Mayson ,. parce que le père Arviset , Jésuite , me dit à Lyon que cela se traitoit encore.

J'ay receu vostre lettre, et je treuve que nostre Monseigneur TArchevesque est fort bien recompensé ; Dieu veuille que les habitans de Bourges le soyent aussi, et je Tespere, puisque celuy qui succède est si ca[)able, et homme de bien j mais je ne sçai si c'est le Pénitencier de Bourges ou celuy de Paris. Je vous supplie, ma chère Mère, de bien chèrement saluer ce cher Archevesque, qui sera tous-jours mon Archevesque, nonobstant qu'il quitte son Archevesché, et que j'en aye un autre avenir. Je suis, ma très chère Mère, et suis tous-jours plus entièrement, plus invariablement, et plus parfaitement vostre, et tous-jours plus incomparablement.

Je suis de l'advis du P. Binet pour nostre Seur de Gouffier,. et néanmoins je voudrois bien regaigner son cœur; car il me semble qu'elle n'en treuvera pas un qui soit plus pour elle que le mien, et il n'est pas bon d'abandonner les amitiés que Dieuseul nous avoit données ; etje me souviens tous-jours que cette fille couroit un jour si justement à la dilection de Dieu et despouillement de soy-mesme, que je suis tout estonné de voir qu'elle se soit revestue derechef d'elle-mesme , et si fortement. Oh 1 pleust à Dieu que jamais elle ne fust partie d'icy ! Dieu eust bien treuvé d'autres moyens pour ériger la maison de Moulins et de Paris. Toutesfoisje me reprens, et dis que Dieu a tout bien fait et ' tout bien permis, et j'espère*-

que comme sans nous il nous avoit donné cette fille , sans nous aussi il nous la redonnera , si tel est son bon playsir ; mais de l'inviter à revenir , il ne le faut pas faire , si Dieu ne nous fait expressément connoistre qu'il le veuille ; il luj faut laisser faire ce coup purement à luy, selon sa divine providence.

Helasî je pourrois escrire à ma tous-jours plus chère fîlk M. de Port-Royal , et il n'y a pas moyen , non plus que de vous envoyer les Constitutions : ce sera au premier jour. Oh ! que j'ay le coeur affligé sur la nouvelle du trespas de M. de Termes 1

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LETTRE

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