‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 116 sur 183 · A LA. MÈRE FAVRE · texte numérisé non relu

A LA. MÈRE FAVRE

h". Saint lui envoie une lettre de recommandation pour l'évêque de Clermont» et 'ui apprend quelques nouvelles de sa Congrégation, de sa famille, et de quelques autres personnes.

Ma très chère Fille ,

Yoyla une lettre pour Monseigneur de Clermont, puisque vous l'avés voulu, et je dis ainsy, parce que n'ayant pas l'honneur d'estre connu de ce prélat, je ne pense pas que ma lettre puisse adjouster aucun degré de chaleur à son saint zèle.

Je crois que vous pourrés rester encor là quelques mois, ae voyant .mcor rien de prest à Turin , qu©y que Monseigneur le Prince persévère à dire que tout se fera. A.u conr

» Matth., V, 3.

* Tirée du monastère de la ville de Grenoble, C'est la 713e dâ Biaise.

traire, la sip^nora doua Geiievra, lassée de tant de remises, viendra peut-estre icy commencer son novi<iiat.

Vous sçavés la bonne troupe qui est proche d'icy, où nous avons encor la Seur Peronne Marie , qui est en vérité une très excellente fille. Elle partira demain pour retourner à Grenoble, d'où elle avoit amené une rare fille pour faire le nombre nécessaire pour Nevere, Orléans et Paris.

Je loue Dieu que vostre arrivée en ce pays-la a esté accueillie avec tant de joye , et j'espère que la suite sera tousjours correspondante ; car les amis de Dieu sont trop plus honnorés *.

Vous avé& en ce pays-la le bon Père Theodose , Capucin , mon grand amy, à qui j'escriray au premier jour; et le bon Père Anselme de Rome , qui m'ayme incomparablement, et qui demeure à Riom , et je m'asseure qu'il vous ira voir.

Nostre bon Monsieur le Premier ■ est presque tout à fait remis, et attendons qu'il nous assigne le tems pour venir icy à la recreation, et faire le bàptesme du petit Charles Chrestien. Madame nostre présidente ma nièce est une vraye Seur de la Visitation du dehors.

J'attens la consécration de mon frëre pour me préparer au voyage ; mais avant mon départ vous aurés une fois de mes nouvelles.

Tout à vous, etc.

1 Nimis honorificati sunt amici tui, Deus. Ps. GXXXVIU, !?♦ « fl veut parler du sénateur Fâvre, père de la religieuse et premier pré» Rdent du. âéiiat«:.%

CGXXXII.

LETTRE

A MADAME DE CHANTAL

Madame de Chantai eut à Paris plusieurs déplaisirs, dont l'un fut la sortie de certaines filles qui formèrent des plaintes contre la Maison et sa Supérieure : cette lettre regarde une de ces filles qui étoit sortie, et à qui ses sœurs refusoient sa dot. Le Saint marque un souverain désintéressement et une charité parfaite envers cette fille ] il ne veut point qu'on en vienne à des procès pour avoir sa dot, ni qu'on fasse aucune avance pour l'engager à revenir. Enfin il fait voir que la prudence humaine est une véritable sottise.

Voyla que j'escris a ma très chère Fille * selon mon véritable sentiment. C'est la vérité ; on parle perpétuellement d'estre enTant de l'Evangile , et personne presque n'en a les maximes entièrement en l'estime qu'il faut. Nous avons trop de prétentions et de desseins : nous voulons avoir les mérites du Calvaire et les consolations du Thabor tout ensemble, avoir les faveurs de Dieu et les faveurs du monde. Plaider, oh! vrayement, je ne le veux nullement. A celuy qui te veut oster ta robe, donne-luy encor ta tunique '. Que pense-elle? Quatre vies des siennes ne suffiroient pas pour terminer son affaire par voye de justice. Qu'elle meure de

* C'est la 560» de Biaise, et la 55^ {aliàs 51^) du livre 111 des anciennes éditions. Nous avons cru devoir en supprimer le premiev et la plus grande partie du quatrième alinéa, qui évidemment ont été empruntés à la lettre du 7 août 1620, sans doute parce que sainte Chantai n'avait pas trouvé qu'il fût à propos de publier celle-ci en entier.

* Il s'agit ici de la Sœur Elisabeth de Gouffier. Voyez la Lettre du 7 août 1620, celle du 27 janvier 1614, et le Mémoire sur la Sœur Elisabeth de Gouffier.

» Qui aufert libi vestimeûtum, etiam tunicam noli prohibera Luc, VI, 20,

DE S. FRAMOTS PF FAT-FS. 437

faim et de soif de justice; car bienhoineiisf sera-elle *. Est-il pcj^sible que ses seurs ne liiy vpuillent rien donner? Mais si cela est, est-il possible que l(>s enfans de Dieu veuillent avoir tout ce qui leur a] ['avli( Tit , leur père Jesus-Christ n'ayant rien voulu avoir di ce monde qui luy appartient?

0 mon Dieu! que je luy scnliaitte de bien! mais sur tout la suavité de la paix du saint F.sprit, et le repos qu'elle doit avoir en mes sentimens pour elle : car je puis dire que je sçai qu'ilz sont selon Dieu , et non seulement cela, mais qu'ilz sont de Dieu. Qii'est-il besoin de tant d'affaires pour une vie si passagère, et de faire des corniches dorées pour une image de papiei? Je luy dis paternellement mon sentiment; car je l'ayme, certes, incroyablement : mais je le ilis devant nostre Seigneur, qui sçayt que je ne mens point.

0 ma Mère! je crains souveiainement la prudence naturelle au discernement des choses de la grâce; et si la prudence du serpent n'est destrempé'^ en la simplicité de la colombe du saint Esprit % elle est tout à fait vénéneuse.

Que vous diiay-je plus? Rien autre, ma très chère Mère, sinon (jue je chéris incomparablement vostre cœur, et comme le mien propre, si mien et tien se doit dire entre nous, où Dieu a establi une très invariable et indissoluble unité, dont il soit éternellement bénit. Amen.

» Beati qui esuriunt n sitiunt justitiam. Matth., V, 6.

• Estote prudentes sicut serpentes, et siraplices sicut columbse. Marc, Xyii.

CGXXXUI.

LEiraE

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