A. M. LE PRÉSIDENT FAVRE
Saint François s'entretient avec lui de plusieurs affaires de son diocèse, et des différentes personnes de leur connoissance mutuelle.
Le 21 novembre 1620.
J'ay receu tout à coup cinq de vos lettres ou billets , mon très cher Frère, à mon retour dans cette ville du voyage que j ay fait à Sixt, à Yin, à Melan, pour diverses affaires. Toutes les nouvelles que vous me donnés sont bonnes; Dieu îious face jouir des effetz entiers de tant de bonne volonté
^ ' Ces noms propres, aussi bien que ceux de Merville et de Chatelu meationnés plus haut, avoient été omis dans toutes les éditions précédentes.
' L'autographe en appartient au monastère d» la Visitation de Chambéry. C'est la 263« inédite de l'édition-Blaise.
jii'il inspire à iiostre bon Prince. 0 que l'establissementrles ?P. de l'Oratoire reiiscira heureusement à Thonon et à Rutiilly, et comme Dieu le favorisera! car voyla Monsieur le Prieur dudit lieu qui, ce soir, m'est venu dire qu'en la reeompensation il donnera son prieuré pour les intentions de S. A. et il ne sera nullement mal aisé de le récompenser sur Cliindrieu, alFin que d'abord les PP. de l'Oratoire soyeKl logés et dans l'église et dans le prieuré à Rumilly. Or il ne sçayt pas pourtant le projet, sinon par conjecture , qu'il tire de l'entrée que fit il y a deux jours M. de Saunaz en l'Oratoire de Lyon , dont il m'a escrit avec beaucoup de tesmoignages de consolation. Pour Ripaille, je ne pense pas que S. A. y puisse loger plus à propos aucuns religieux que les Chartreux, en se reservant ce qu'il luy plaira pour y bastir «on palais. Au reste , en fin M. de Cliatelard est doyen avec mille contradictions, et avec autant de promisses d'y faire des merveilles, et à moy de faire tout ce que je luy conseilleray. Le bon M. Buccio m'a prié de le vous recommander en son aflaire , que son frère vous dira ; ce qu'est , ce me semble , grandement favorable. Madame de la Flechere de Fossigny m'a aussi prié de vous recommander son filz, à qui elle dit que vous avés des-ja fait bien des faveurs. Certes, tandis que sa prétention durera et qu'il y aura apparence qu'elle doive reûscir, non seulement je ne voudrois luy nuire, mais je le voudrois servir de mon sang propre : car ■comme sa mère est ma très chère Fille , je le chéris aussf comme mon filz.
Yoyla la responce de monsieur l'Abbé qui a maintenant dit sa messe avec beaucoup de dévotion. Mon frère et ma seur de Cornillon vous saluent chèrement, et vous prient de les excuser s'ilz ne vous escrivent si souvent. Nostre seur Marie est toute guérie , et reprend grandement son bon visage. Je ne sçai plus que vous dire, mon très cher Frère, pour cette fois, ayant le cœur si oppressé de la douleur de la VII. 28
perte de ce misérable qui vous (a) escrit, que je confesse de n'avoir jamais eu tant de sensible desplaysir, que j'en ay eu : mais parce que je sens encor un peu d'espérance en Dieu pour son retour, je vous escris la lettre cy jointe affin que vous la luy envoyiés. Qui sçayt si, conservant un peu de crédit sur son esprit par cette voye, Dieu s'en servira pour le retirer? Mais je ne sçai pourtant que vous dire là dessus, sinon que bienheureux sont les humbles, car à eux appartient le rotjaume des cieux K Ce misérable ne fut jamais que vanité. Or sus , Dieu soit à jamais vostre tout, mon très cher Frère.
LETTRIi'