A M. DESHAIES, GENTILHOMME DE LA MAISON DU ROI
Le saint Prélat prend part à une peine qu'avoit éprouvée son ami, et le loue de ce qu'il a pardonné à celui qui en étoit l'auteur. Il le remercie d'un service qu'il lui avoit rendu dans une affaire qu'il avoit avec M. l'archevêque de Bourges, avec lequel il dit qu'il s'abouchera lorsqu'il sera à Dijon pour y prêcher le Carême. Il ne veut point plaider, parce que les procès sont scandaleux entre gens d'Eglise. En se rabaissant lui-même, il témoigne toute son estime pour les Jésuites. Il demande à son ami un secours d'argent pour faire un paiement à M"^^ de Mercœur. Il [>arle d'un livre envoyé par M. de BéruUe, qu'il n'avoit pas reçu. Il témoigne une grande joie du bon tour que prenoient les affaires des révérends Pères Jésuites en France, et fait un grand éloge de ces Pères. Il est fâché qu'on ait mis de l'argent entre les mains dea. ministres protestants, parce qu'il pressent qu'ils ne le rendront point.
16 janvier 1604.
Monsieur,
J'ay depuis peu receu deux de vos lettres. La prr.miere m'advertit de Tennuy que vous a fait un secrétaire au traité' des offices de Montargis. Je participeray tousjours à tous les evenemeus aggreables et desaggreables qui vous toucheront ;
4 Tirée de la Bibliothèque des Jésuites du collège Louis-le-Grand, à Paris. Cest la 50* de la collection-Biaise.
,inais je me resjouis de cettuy-ci , qui vous a donné sujet de pratiquer la charité clirestienne , au pardon que vous avés fait à celuy qui sans sujet avoit pratiqué la desloyauté mondaine en vostre endroit. C'est en cette action en laquelle gisj le plus grand effort de la force et constance d'un généreux esprit, et qui attire le plus la faveur du Ciel. Vives tousjours comme cela, Monsieur ; et , parmi l'orage de la mer où vous estes, regardés perpétuellement vostre mort. Il m'a fallu dire ce mot pour vcr*^ tesmoigner l'ayse que je reçois de vostre vray bien parmi les phantosmes de vostre mal apparent; mais le bon est qu'après tout cela la victoire vous demeure comme indubitablement elle sera tousjours; et cela me donne encor du contentement selon le monde et selon Dieu.
Vostre seconde lettre me donne advis de quelques bons offices que vous avés pris la peine de faire pour les affaires de Gex * en mon nom, lesquelz ont esté faits si à propos que non plus sur les difficultés que M. Fremiot^, archevesque de Bourges , me fait au relaschement des biens ecclésiastiques * qu'il avoit obtenus du Roy par surprise, au préjudice de la concession que sa Majesté en avoit faite précédemment à l'Eglise et aux Curés. Car si je ne puis par autre voye chevir de ce saint dessein sur le souvenir que sa Majesté a de cette affaire et de sa promesse par vostre moyen, je recourray à elle pour faire faire un commandement absolu audit arche» vesque, plustost que de plaider à Dijon, comme j'ay fait cydevant; considérant bien que les procès entre gens de la qualité de laqudle luy et moy sommes, ne peuvent estre
* Ces affaires du pays de Gex conaistoient dans le j^établissement de la reli» gion catholique.
2 M. Frémiot, archevêque de Bourges^ étoit le frère de M«»e la baronne de Chantai. Il en est parlé ailleuK.
8 S. François demandoit que les biens ecclésiastiques dont les ministres pro» testants s'étoient emparés et jouissoient., fussent rendus aux curés et autres -Bcclésiastiquesqpi dévoient être employés dans le bailliage de Gex, seloa rintention du roi.
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que scandaleux. Je ne puis encor rien dire pertinemment de la volonté dudit seigneur archevesque, que je ne me sois abouché avec luy, comme j'espère faire restant à Dijon ce Caresme*, où j'ay accordé d'aller plus pour cette seule affaire que pour nu/le autre; estimant que j'y seray d'ailleurs assés inutile, principalement maintenant que la présence des Pères Jésuites ^ ne laisse cette ville-là en auciuie nécessité d'assistance spirituelle. Néanmoins, la parole ayant esté donnée avant leur retour, et les nécessités de mon Diocèse le requérant, je m'essayeray de coopérer avec eux à l'œuvre de nostre Seigneur, estudiant tousjours en Théologie, comme il a pieu au Roy de me faire ressouvenir, comme n'ayant nul autre désir que celuy-là, ny aucune autre occupation qui me soit aggreable. J'espère que sa Majesté n'aura jamais sujet de penser autrement de moy ny de mes desportemens.
M. de la Porte est en ces quartiers, qui prendra quelque argent de nous, ainsy qu'il m'escrit, et que madame de Mercœur * m'a commandé de luy donner en déduction de nostre dette envers elle. Je ne laisseray pas de presser le plus que je pourray pour en envoyer de delà. Mais il faut que je vous confesse la vérité : c'est icy un pauvre pays, et auquel il est mal-aysé de treuver des sommes après tant de remuemens et troubles. J'ay appris que M. de Berulle * m'a fait l'honneur de m-'envoyer le livre que je desirois ; mais je ne doute point qu'il l'aura confié à mon frère, qui
* C'est pendant ce Carême que le saint Prélat fit connoissance avec la baronne de Chantai.
* Les Jésuites, qui avoient été bannis de France par arrêt du parlement, 8'étoient retirés en partie à Dijon, qui n'étoit pas alors du royaume.
» C'est la veuve de M. le duc de Mercœur, qui avoit joué un si grand rôle pendant le temps de la ligue, et qui s'étoit enfin soumis au roi Henri IV. Le saint Prélat avoit fait son Oraison funèbre à Notre-Dame de Paris. Elle est dans le tome V des Œuvren, ou II des Sermons, p. 465. On peut y avoir recours pour connoître à fond la noblesse du sang et les belles qualités de ce prince.
* C'est celui qui a été depuis cardinal, et le fondateur <^e la Congr.'^gatioa ée rOratoire de France. Il en est parlé ailleurs.
n'en aura pas eu le soin proportionné au prix que je fais de tout ce qui part dudit seigneur de Berulle , de la bienveuillance duquel je suis autant jaloux que nul autre. Pescris sur ce sujet à mon frère, affin que, s'il ne Va. perdu, je le puisse avoir par la première commodité.
Je me suis extrêmement resjoui du bon succès des affaires des Pères Jésuites * en France, à laquelle société, comme vous sçavés, je désire et souhaitte toute ^^onne et sainte prospérité, qui ne luy peut jamais arriver que par la renaissance de son ancienne vertu et pieté , à laquelle cette excellente compagnie peut infiniment contribuer, estant favorisée du zèle de sa Majesté , comme elle va estre , à ce qu'on me dit. Je ne sçay comme je dois vous remercier de tant de faveurs que vous me faites ; l'amas des obligations en est si grand, que j'en ay l'esprit et le cœur tout saisis. Je prie continuellement nostre Seigneur pour vostre santé et contentement, et suis inviolablement, Monsieur, vostre, etc.
L'aigent de bon * qui doit estre à Gex, les pensions des Ministres payées, est entre les mains des Ministres mesmes, qui opiniastrent autant pour ne le rendre pas, que pour aucun article de leurfoy. Maisjeverray siàDijonjepourray y mettre du remède.
1 Le roi Henri IV, bien informé de leur mérite et de ce qui les regardoit, les rappela Cela s'accorde fort bien avec l'estime que leur marque en toute occnsion, et surtout en celle-ci, le saint Evèque de Genève. Ce grand monarque se connozssoit en. vrai mérite, et savoit lui rendre justice, ausâ bien que outre S»iiit
« C'est-à-dire l'argent qu'il y a de surplus.
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LETTRE