‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 13 sur 183 · A M. DE CREPY^, PRÉSIDENT AU PARLEMENT DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

A M. DE CREPY^, PRÉSIDENT AU PARLEMENT DE BOURGOGNE

Témoignage d'amitié et de bienveillance.

Mai 1004-

Monsieur mon tres-honoré Père ^, Que vous m'obliges à vous rendre une vraye et entière obéissance filiale, par la faveur qu'il vous plaist me faire, en m'escrivant si souvent et de vostre santé , et de Testât des affaires de madame F Abbesse, ma très chère seur ! Rien sans doute ne me peut donner plus de consolation, que de me voir vivre en vostre souvenance et bonne grâce, et de vous estre aggreable au désir que j'ay de servir cette seur en tous ses vertueux desseins, pour la poursuite desquelz j'appreuve bien qu'elle ne change pas le chemin que je luy ay proposé, qu'avec beaucoup de considération ; mais je ne voudrois pas aussi c{u'elle laissast pour cela de se prévaloir des bons advis et conseils qu'elle peut recevoir d'ailleurs, et particiilierement du bon Père de Saint-Benigne, duquel vous m'escrivés, et moy à elle, pour luy en declairer mon opinion telle que je vous dis. Mais comment me pourrois-je jamai" hisser de souhaitter des grâces et des bénédictions abondantes à cette chère seur et à toute sa Mavson, la voyant si désireuse de mon bien, que, pour seulement sçavoirde ma santé, elle m'a

* Tirée du monastère de la ville de Langres. C'est la 54^ de la collection- Biaise.

2 Bourgeois de Crepy, père de M"" l'abbesse du Puits-d'Orbe, et d'une autre 'fille nommée Marguerite Bourgeois de Crepy d'Origny, qui avoit épousé II. Nicolas Bru lard, premier président au Parlement de Bourgogne.

* En Jésus-Christ.

^envoyé un exprés? i\.vec cette occasion je luy ay escrit le plus amplement que j'ay peu pour la consoler, sachant bien que le bon portement de son corps despend beaucoup de celuy de son ame, et celuy de son ame des consolations spirituelles. Je vis en perpétuelle appréhension de son mal qu'il n'empire, et en recommande à Dieu les remèdes autant qu'il m'est possible. Ce n'est pas de mon escole qu'elle a jeusné ce Caresme, contre l'opinion des Médecins, à ^ 'obéissance desquelz je l'exhorte bien fort, sachant bien que Dieu seul veut estre servi comme cela. Au demeurant , Monsieur mon treshonoré Père, j'ay une jeune seur * que je desirerois mettre auprès de cette aisnée et plus chère , en son Monastère , non pour estre Religieuse, si Dieu ne luy en donne l'inspiration, mais seulement pour avoir cet honneur d'estre auprès d'elle, et d'apprendre la vertu en une si bonne compaignie : c'est là une de mes ambitions, mais de laquelle je sousmets l'exécution à vostre commandement, n'en voulant que ce qu'il vous plaira de m'en permettre. Que s'il vous plaist m'en donner la permission, ce sera. Dieu aydant, sans que la Mayson en reçoive aucune charge ; madame l'Abbesse seule en sera importunée de seulement supporter l'incommodité de voir auprès de soy une inutile et maussade fille et servante. Vous voyés, Monsieur mon Père, avec quelle liberté je me pousse envers vous. Croyés, je vous supplie, que c'est pour la totale confiance que j'ay d'estre en vostre ame ce que je suis en la mienne; c'est, Monsieur mon Père, vostre, etc.

Monsieur mon Père, permettes- moy de présenter icy mon Ires-humble service et obéissance à madame ma mère, que je supplie de me continuer en l'honneur de sa maternelle bien* veillance.

* Jeanne de Sales.

LETTRE

A s. A. CHARLES EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Sur la triste sitiisîïon du prieuré de Bellevaux, et pour engager S. A. h.

décharger le Prieur des dimes.

A Ncci, le 29 mai 1604.

Monseigneur,

J'ay receu commandement de V. A. de luy donner adviscertain de Testât du Prieuré et Monastère de Bellevaux, par ce que s'il est si misérable que l'on luy a fait entendre, elle veut relascher les décimes au Prieur; j'obeys donques à la volonté de V. A., et sur une particulière connoissance que j'ay de la vérité, je la puis asseurer que ce Monastère qui fut jadis assez célèbre, est quelque peu ruiné quant aux bastimens, et tellement appauvri quant au revenu, qu'il ne sçauroit de longtems rendre cent ducatons annuels à son Prieur, et pour la présente année ayant receu un grand degast par la tempeste , il n'y a pas à beaucoup près dequoy supporter les charges, à quoy adioustant l'indigence du nouveau Prieur et le désir qu'il a de résider et bien faire son devoir, la conclusion ne peut estre si non que V. A. fera une sainte aumosne* d'exercer sa libéralité en ce sujet.

Je fais très humblement la révérence àV. A., priant nostre Seigneur qu'il multiplie ses faveurs sur elle et sur ses désirs^ et demeurant, comme je dois,

Monseigneur, Très humble et très obéissant serviteur et orateur de V. k^^

Fbançois , Evesque de Genève.

i L'autographe en appartenoit au comte Prosper Oliviero di Vernier, Turiik C'est la 85» parmi les lettres inédites de la coUeclion-Blaise.

xxxvni.

LETTRE

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