‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 120 sur 183 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

A S. A. CHARLES EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Saint François remercie S. A. de l'avoir conservé au service de Madame, et d'avoir choisi, pour page de Madame, un des enfants de sui. frère.

Anneci, 21 octobre 1G21.

Monseigneur,

C'est la pb.:s grande ambition , mays la plus juste que je puysse avoir, que celle d'estre conservé au service de Madame. Puisque V. A. par sa seule bonté m'y a appelle , et parce que ma charge ne me permet pas d'y rendre mon devoir par sa présence non plus que mon insuffisance d'y esli^e utile , je remercie en toute humilité V. A. de qnoy elle ;iggrée que l'un des enfans de feu mon frère entre au nombre des pages de Madame pour apprendre en son enfance les premiers elemens de ce service, auquel sa naissance l'oblige de faire l'employ de toute sa vie , tenant lieu d'une marque visible, que V. A. me fait l'honneur de m'ad vouer,

Monseigneur,

Son très humble , très lidele et obéissant orateur et

serviteur,

François, Evesque de Genève.

1 L'origina' en existe aux Archives de la Cour de Turin. C'est la 281» iaédite de la coUection-Biaise.

GCXXXVIII.

LETTRE

A MADAME DE CHANTAL

Saint François la rassure contre les craintes d'une gueri'e entre la Savoie et Genève; il lui parle de plusieurs affaires.

En fin , ma très chère Mère, M. Crichant est donc arrivé, puisque, comme je vois par vostre dernière lettre, vous avés receu celle que je vous envoyois par luy ; mais je suis marry de l'alarme que vous avés prise pour Testât de nos affaires de deçà, qui grâce à Dieu, jusques à présent, n^a rien d'extraordinaire, si non que ceux de Genève s'estant mis en extrême défiance , font contenance de se préparer à la guerre ; mais on ne croit pas pourtant qu'ilz veuillent commencer , puisque s'ilz l'entreprennent sans le commandement du Roy, ilz seroient lout à fait ruinés, et Ton ne peut se persuader que Sa Majesté les veuille porter à ce dessein , de sorte que nous dormons les nuitz entières et fort doucement sous la protection de Dieu.

Nous avons veu Madame de Royssieu, qui n'eut loysir de demeurer icy que deux jours : elle nous a dit tout ce qui s'est passé à Dijon, oii il sera à propos que vous arrestiés deux ou troys mois pour apaiser ces Messieurs du party contraire qu'il faut combattre et abbatre par la douceur et humilité, encor, qu'à mon advis nous ayons l'advantage, puis que M. -le duc et Madame la duchesse de Bellegarde ^ Ma-

^ L'original en est conservé dans les Archives de la Visitation d'Annecy. C'est la 284« inédite de la collection-Biaise.

dame de Termes et la plus part du parlement est pour nous, et particulièrement M. l'Evesque de Langres, qui a ie zèle , la prudence et rauthorité apostolique en ce pays-là, et qu'outre cela nous aurons l'assistance de Monseigneur nostre

bon Archevesque.

Madame de Royssieu m'a dit q:ie M. le premier Président avoit quelque amertum;^ contre moy, à rayson de ce qui s'est passé de la part de M. de Sauzea , en quoy, s'il est vray, il a un tort très grand , car non seulement je n'envoyois pas M. de Sauzea au Puys d'Orbe, mais avec toute la dextérité qui me iui possible , je m'essayai de divertir la poursuitte que l'on faysoit pour l'y attirer, comme sachant bien que son courage estoit trop fort et trop verd pour la conduite d'une telle mayson, que je voyois devoir estre conduite doucement et avec respect; mais , ma très chère Mère , je vous supplie de ne point parler de ceci , si vous ne voyés tout à fait qu'il en soit tems, et je crois que son cœur se laissera gaigner par la vérité, puisque mesme, comme m'asseure Madame de Royssieu , Madame la première Présidente est toute portée à nous favoriser, comme aussi elle me l'a tesmoigné par une sienne lettre , et que la bonté et sincérité de son cœur me le fait croire fermement.

Nos Seurs de Grenoble avec leur père spirituel , M. d'Aoste, qui est un grand serviteur de Dieu, désirent que l'oa face imprimer le formulaire de la réception des prétendantes au noviciat, et des novices à la profession, avec les Règles et les Constitutions; mais je crois pourtant que cela doit estre en leux petitz volumes , et que le formulaire des réceptions soit en lettres assez grosses pour estre lues aysément.

J'ay grandement regretté la mort du bon M. le comte de Fiesque, que j'honnorois certes avec amour, dés il y a tantost vingt ans que j'eus le bien de le voir à Paris, à quoy il m'avo^* niesme obligé à ce dernier voyage qu'il me fit la

faveur de me voir de si bon cœur chez les PP. de l'Oratoire; mais je me resjouis dequoy ayant vescu si dévotement, on ne peut douter qu'il ne soit trespassé saintement entre les bras de la miséricorde de Dieu, ni mesme qu'il a exposé sa vie pour une si juste et digne cause. Je me suis imaginé en cette occasictn là les douleurs du cœur de Madame la Comtesse, sa chère femme, et n'ay pu contenir le mien d'en recevoir de la tendreté, bien que j'ay eu confiance en Dieu à qui elle est qu'il la tiendroit de sa main paternelle , en la tranquillité et résignation qu'il a accoustumé de donner à ses enfans bien aymés quand ilz sont affligés. Je ne me resouviens pas d'avoir jamais veu cette dame qu'une fois chez Madame de Guise, où je ne luy parlay presque point, et une autre fois chez M. de Monthelon , où je l'entretins environ une heure ; mais je conl'^jsse la vérité que je trouvay son ame tellement à mon gré, que je ne puis ne la chérir pas et ne l'estimer pas autant qu'il m'est possible, et je luy escrirois fort volontier pour le luy tesmoigner, si ce n'estoit la pensée que j'ay que vous ferés aussi bien cet office pour moy comme moy-mesme, puisque vous connoissés mon cœur comme le vostre, lequel j'^ vous prie de luy offrir avec mon très humble service.

Je suis extrêmement consolé que cette bonne dame ayt esté soulagée en ses douleurs parmi nos Seurs de Bourges, qui, je m'asseure, auront réciproquement receu grand contentement de sa présence ; et à ce propos , ma très chère Mère, je ne fais nulle difficulté que les Evesques, et en leur absence les Pères spirituels des Maysons de la Visitation, ne puissent, ains ne doivent charitablement faire entrer les dames en telles occurrences , sans qu'il soit besoin quelconque qu** cela soit déclaré dans les Constitutions , par la douce et légitime interprétation de l'article du Concile de Trente qui est mis en la constitution de la clausure : car on le pratique bien aiiisy en Italie et par tout le monde, mesme pour des moindres occasions ; car je vaus laisse à penser, si l'on fait bien entrer

des jarrlinipvs, des jardinières, non seulement pour rap:ence* ment nécessaire des jardins , mais aussi pour les embeHissivmens non nécessaires , ains seulement utiles à la récréation, comme sont les herci^anx, les pallissades, les parterres, les entrées de telles gens estant jugées *, non parce que ce (ju'ilz font soit uecess ire, mais seulement parce que ces gens là sont necessairem<'nt requis ponr faire telle hesoigne, si nons ne pouvons pas justr-iiient estimer Tentrée des dames désolées par quelcpie événement inopiné estre nécessaire, quand elles ne peuvent pas ayséiiicnt tien ver hors dn monastère les soiilagemens et consolations si convenables. En Italie tout communément on fait entier les filles des (pielles on craint en quelque soiie le peiil <lt^ N'iir piidicité; les mal mariées, quand ell s sont en donte d'estre grandement maltraitées de leurs maris ; les filles qii'on v(n]t instruire non seulement en la dévotion, mais i\u:<A à lire, escrire, chanter : de sorte qu'à mon advis M. de Langres pourra prendre resolution sur cela, qui suffit es occasions di; grande pieté qui tiennent lieu de nécessité morale, et qui à mon advis n'a pas deu estre exprimé, pour éviter la censun» de tant de gens qui ont tant de complaysance à controoller semblables choses, selon ie^ zèle qu'ilz se forment en leur rigueur.

Je vous ay des-ja esc rit que vous preniés la peine de voir si rien n'aura esté oublié es Constitutions, affin que vous le fassiés adjouster ; car je ne puis jamais gaigner tant de loysir,; que tout ce que je fais ne se ressente de mon tracas, et m«semble qu'il va tous les jours croissant.

Yous pourrés bien, ma très chère Mère, complaire à M"" la princesse de Montpensier, en ce qui regarde l'addition des cnmmemoraisons des Saints qui occurrent, et de Paris porter cet usage es monastères dans les quels vous passerés venant à Dijon, et de Dijon icy, m'estant advis que la grande jaeté et vertu de cette grande Princesse mérite que Toa • U fdu^roitipeut-être lire ici agjréées au lieu déjugées.

reçoive ses désirs , comme quelque sorte d'inspiration .

M. Duret qui vous présenta sa petite nièce, tandis que nous estions là , m'avoit , il y a quelques mois , prié de vous remercier avec luy de la réception de cette lîlle; mais maintenant il me fait prier de vous ramentevoir le désir que j»vous avois tesmoigné pour la consolation de cette fille et de ses parens, qui me fait croire qu'il y a eu quelque changement en cette affaire, ou bien qu'à la façon de la Cour il désire mon remerciment pour engager davantage celle à qui il sera fait; mais comme que ce soit, en tout ce qui se pourra bien et îegitimen.ent passer, je vous le recommande comme mon bon et ancien amy.

M. Crichant m'a dit que nostre très chère et très bonne M"^ Villesavin avoil une de mes lettres qu'elle aymoit bien fort, et parce que je ciois que ce soit celle par la quelle je luy envoyai VExerclcc du Matin et de la Rcûnion à Dieu, que j'escrivis avec une grande affection , je vous prie de luy en demander une copie dextrement comme de vous-mesme> m'esîant advis que rafÎL'clion que je porte à cette ame nie liL exprimer mieux (|u'à mon ordinaire.

J'avois escrit jusqucs icy (juaiid j'ay receu vostre lettre du iO octobre, la quelle me donne sujet de vous supplier^ comme je fais de tout mon cœur, de ne vous metti^ nullement en peyne de ce qui se passe en ce pays icy, puisque, comme vous dira M. de La Pesse , présent porteur, grâces à Dieu, il n'y a rien à craindre.

M. Crichant m'a véritablement escrit du brusiement des deux ponts , mais il ne me donne point advis comme se sera passé cet accident pour le regard de M"*^ Bondeau , marchande gantière, qui demeurait sur le Pont aux Oyseaux, de la quelle je ne puis pourtant m'empescher d'estre en soucy, et à la quelle j'avois escrit par luy-mesme.

Je fay response au Rev. P. Binet. Apres que vous Taures veuë, je vous prie de la luy faire recevoir cachetée. Quant

au bon M. Du val , je croy que s'il eust esté à ma place , il eust fait comme moy, qui encor à présent ne me puis résoudre que comme j'ay fait, estimant de ne pouvoir nommer un meilleur arbitre en l'affaire dont il s'agit que le Pape, le quel accordant la demande de ' Port-Royal , tesmoignera suffisamment de la volonté de Dieu et spéciale, puisqu'il s'agit d'un point où il y a beaucoup de difficultés.

M"' de Villeneuve ne m'escrit nullement de l'affaire de nostre chère seur Hélène Angélique, ni de rien qui en approche ; m^ais M. Crichant m'escrit bien que M. et M"^ d'Interville desireroient extrêmement que vous fussiés présente à la profession de cette très chère tille, à la consolation de la quelle je ne sçai ce que je ne voudrois pas contribuer ; or pour toutes telles affaires, il me semble que vous pouvés vous résoudre plus aysément que je ne sçaurois faire icy, puisque ce que vous voyés sur les lieux mesmes vous donne meilleure instruction que je n'en sçaurois prendre; c'est po\.' luoy je vous supplie de vous servir en cette occasion de vostre propre jugement ; car, comme vous dites, il se pourroit bien faire que les affaires de Dijon vous donneroient assés de loysir pour estre encor à Paris au mois de février; attendu mesme qu'aussitost que j'auray l'asseurance de cette affaire, et que je sçaui-ay comme elle se devra conduire, j'escriray à nostre grande fille de Montferrant, affin qu'elle aille vous attendre là, et parmi tout cela, il se passera fort aysément deux ou troys mois.

Certes et moy aussi je desirerois bien fort de revoir la bonne M""* la présidente Amelot, mais je ne le désire pas pourtant, puisque je ne voy rien qui me puisse faire espérer ce contentement en ce monde. Il faudra donc attendre après cette vie ; cependant je vous prie de la saluer 1res chèrement et très cordialement de ma part.

Je recommande à Dieu le cœur du bon M. de Marillac,

qui, je m'asseure, a hien sceu treuver une sainte et véritable consolation au desplaisir de sa perte.

Je nie resouviens fort bien d'avoir veu M. Guichard à Paris et à Belley.

CCXXXÏX.

LETTRE

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