‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 121 sur 183 · SDPÉRIEURE DU MONASTÈRE DE LA VISITATION, A MONTFERRAND · texte numérisé non relu

SDPÉRIEURE DU MONASTÈRE DE LA VISITATION, A MONTFERRAND

Les Religieuses qui commencent une fondation ne peuvent sortir du monastère où elles ont fait profession , sans la permission des Supérieures. Elles sont toujours membres de la Maison d'où elles sortent ; on peut les y rappeler quand on veut , comme elles peuvent demander à y retourner. Il ea est de même des filles que l'on fait passer d'une Maison dans une autre pour être Supérieures. Désintéressement du saint Instituteur de la Visitation de Sainte-Marie dans les fondations des couvents de cet ordre. Il désire qu'on retarde l'établissement du monastère de Riom, et que les sujets qui se présentent pour le composer fassent leur noviciat à Montferrand, pendant qu'on bâtira leur maison, parce qu'il veut que les filles soient bien formées dans la vertu avant qu'on les envoie former de nouvelles colonies religieuses. Il souhaite que la mère Favre, à qui il écrit, puisse venir bientôt, pour la consolation de M. son père, demeurer à Chambéry dans un monastère de son ordre qu'on songeoit à y établir ; mais ils ne purent ni l'un ni l'autre avoir cette joie, étant morts avant que cette mère pût y aller.

Au commencement de 1622. Ma très chère Fille,

n faut que je vous die naïfvement, comme à vous, que je n'ay nulle authorité es Maysons qui ne sont pas en mon Diocèse, ai sur les personnes, ni sur les dépendances, hormis sur les Seurs qui sont sorties d'icy, qui, selon leurs vœux et la réciproque obligation qu'elles ont à ce Monastère, duquel elles sont tous-jours, et le Monastère envers elles, pour les

ft C'est la 602e de Biaise, et la IS» {al, 13e) du Uvre YI des anc. édit.

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recevoir à toutes bonnes occurrences , demeurent tous-jours membres inséparables de cette Mayson, de laquelle elles ne sont nullement privées, puisqu'elles n'en sont point dehors, sinon par obéissance et selon Tlnstitut.

C'est pourquoy, ma très chère Fille, en toutes occasions de fondations, il faut que les Supérieures des lieux où Ton a recours pour avoir des Seurs, prennent advis et conseil avec les pères spirituels et autres sages amis et amies , et qu'avec le consentement du Chapitre et l'obéissance de l'Evesque, ou, en son absence , du père spirituel *, elles disposent des personnes convenables à la fondation , et quand c'est hors du Diocèse qu'il faut aller fonder, et que l'obéissance est donnée par le père spirituel, il faut que le vicaire gênerai de l'Evesché atteste que le père spirituel est député pour la direction du Monastère.

Et faut observer encor cela , quand , selon que le Concile de Trente l'ordonne , un Monastère eslit et désire une Supérieure d'un autre monastère hors du Diocèse où se fait l'eslection : de sorte, ma très chère Fille, que pour les deux fondations que vous me marqués, vous n'aviés nul besoin de m'advertir, sinon en ce qui regarde la disposition de vostre chère personne , pour laquelle je ne voy nul lieu de me dispenser, contre les promesses faites à tant de personnes, mais sur tout à Monsieur vostre père *, qui ne peut quasi plus rien espérer, pour l'accomplissement de ses consolations en ce monde, que de vous voir au Monastère de Chamberi que l'on va entreprendre, affin de vous avoir auprès de luy % d'où il a esloigné tous Messieurs vos frères, par les charges konnorables dontilz sont tous prouveus maintenant; puisque, comme vous sçavés, M. de Felicia * est Sénateur et Juge-

* C'est-à-dire du Supérieur.

' Le président Favre.

* Cela n'a pu s'exécuter qu'après la mort du Saint et de son ami M. le Pré- «dent. — * Quatrième fils da M. Favre.

maje de la province de Chablais; M. des Çharmettes * esta la cour auprès de Madame ; Monsieur nostre Président de Genevois * icy, dont il ne peut s'absenter, non plus que M. de Yaugelas ^ de la cour de France ; de sorte qu'il ne reste que Monsieur le Doyen de la sainte Chapelle *. Mais, tiomme que ce soit, il est malaysé de répliquer au désir d'un père si juste comme est celuy de voir sa fille, puisque cela se peut bonnement faire et selon la gloire de Dieu ; et bien que ce très bon père, comme tout dédié à Dieu luy-mesme, se remet très volontiers à tout ce qui sera jugé plus à propos pour l'employ de sa fille au service de la plus grande gloire de cette céleste Majesté, si est-ce que cela mesme nous oblige tant plus à le consoler en ce qui se pourra. Voyés la lettre qu'il m'escrit, ma très chère Fille, et vous connoistrés ce que vous et moy devons vouloir en cette occasion. Yoyla donq quant à ce point.

Et quant à la fondation de Madame de Chaseron, je vous

"* Cinquième fils du même magistrat; il étoit chevalier d'honneur au Sénat de Savoie, et gentilhomme ordinaire de la maison de Madame Royale.

* Le fils aîné du même Président ; il s'appeloit René de La Valbonne , et étoit sénateur de Ghambéry et président au conseil de Genevois.

3 Claude Favre , baron de Péroges, et membre de TAcadémie Françoise, ^étoit de Chambéry, et le fils du président Favre. Il n'eut en partage que cette haronie de Péroges en Bresse, qui ne rapportoit pas un grand revenu, et une pension mal payée de deux mille francs , que Henri IV avoit accordée au président Favre et à ses enfants, pour les services que ce magistrat avoit rendus 1. l'état. Vaugelas vint à la cour fort jeune, et fut gentilhomme ordinaire, puis Chambellan de Gaston, duc d'Orléans, qu'il suivit en toutes ses retraites hors du royaume. Il fut aussi, sur la fm de seb jours, gouverneur des enfants du prince Thomas, fils de Charles, duc de Savoie; maiî>,--quoiqu'il ne négligeât rien de ce qui pouvoit servir à sa fortune, il mourut si pauvre, que tout son bien ne fut pas sufiisant pour payer ses créanciers. Il cessa de vivre au mois de février 1650, âgé d'environ 65 ans.

C'étoit un homm'î de beaucoup d'esprit. Il n'a laissé que deux ouvrages considérables, qui sont les Remarques sur la langue française , et la traduction de Quinte-Curce , sur laquelle il avoit été trente ans, en la changeant et la corrigeant sans cesse.

* Troisième fils du président Favre; il étoit abbé d'Entremonts et d'Al« ioudes^ et doyeu cie la Saiute-Chapelle de Savoie.

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diray mon advis, qui est que l'on la contente en tout ce que Ton pourra, et sur tout quant à la qualité, et quant aux autres privilèges de fondatrice dont elle prétend jouyr dés maintenant ; mais j'appreuverois merveilleusement que l'on ne se hasf^^t pas tant de faire le monastère de Rion , non seulement pour donner dutems aux autres Instituts des filles Carmélites, Ursulines, et autr'«s qui y sont, mais principalement pour en donner à vostre monastère de la ville de Montferrand , de se bien estahlir, surtout en personnes : car c'est cela que j'appréhende en toutes les fondations, qu'elles ne se fassent sans filles bien formées et solides en cette vertu religieuse que l'Institut requiert autant ou plus qu'aucun autre Institut qui soit en l'Eglise, puisque d'autant plus qu'il y a moins d'austérité extérieure, il faut qu'il y ayt de l'esprit intérieur.

Je voudrois donc que l'on prist du tems pour ce monastère de Rion, et que , s'il se pouvoit , on retirast les filles qui en veulent estre , en vostre Monastère de Montferrand , avec leurs pensions annuelles ; puis, la nouvelle Mayson estant faite à Rion , comme une nouvelle ruche , on y envoyast des filles toutes faites, comme un essain d'abeilles prest à faire le miel.

J'entens de mesme de la proposition que l'on fait pour Aurillac, où j'aurois grande inclination, en voyant tant en ce bon père Recteur qui vous escrit. Je croy que noslre Mère ira là ; et avec ces Dames du pays et elle , vous pourrés prendre meilleur advis, par l'opinion de vos bons pères spirituels que vous avés là et vos amis , que non pas la mienne, qui ne voys pas dés icy ce qui pourroit estre plus à propos. A cela donc je vous renvoyé, m'estant advis que je le dois. L'inconvénient que vous apportés pour Aurillac seroit dissipé par celuy que je propose , que les filles viennent faire leur noviciat à Montferrand.

Je ue voys pas (ju'il y ait aucun iuconYenientquQ madame

Dalft * entre es Monastères de cette province-là; au contraire, il me semble que la gratitude et bienséance requièrent qu'elle y entre.

Vi\ «\s tout<' à Dieu, ma très chère Fille , et ne bougés ce reste de tems d'auprès du petit enfant, qui vous dira, au commencement de ses ans, que Tefernité de laquelle il vient, à hi quelle il est, à laquelle il va, est seule désirable. Bon jour, ma très ebere Fille, et à toutes nos Seurs.

LETTRE

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