CHAPITRE IV
Ei que ce qui est requis pour la nourriture et les vestemens , soit distribué à une chacune d'entre vous par vostre Supérieure, non pas également à toutes, parce que vous n'estes pas toutes de mesme complexion , mais à une cha-
Cime, selon qu'il sera Î3esoin : car ainsi lisez- vous es Actes des Apostres ( ch. 2. et 4. ) que toutes choses leur estoient communes , et qu'on distribu oit à un chacun en particulier selon sa nécessité. Que celles qui avoient quelque chose au siècle , lors de leur entrée au Monastère, vueillent librement que cela soit commun ; mais celles qui n' avoient rien, qu'elles ne recherchent ^as au Monastère , ce que mesmes elles n'ont pas peu avoir hors d'iceluy. Et toutefois qu'on baille ce qui est nécessaire pour leur infirmité, quoy que leur pauvreté n'eust pas peu mesme treuver les choses qui leur estoient nécessaires, tandis qu'elles estoient au siècle, et que pour cela, elles ne pensent pas d'estre heureuses, si elles ont treuvé la nourriture et les vestemens tels, qu'elles ne les eussent peu treuver dehors.
CHAPrrRE V.
Et qu'elles ne lèvent point la teste pour estre associées à celles qu'elles n'osoient pas approcher au siècle; mais qu'elles lèvent leur cœur en haut, et ne cherchent point les biens terriens, affin que les Monastères ne deviennent utiles aux riches et non aux pauvres , si les riches y sont humiliées , et les pauvres y sont enflées. Mais de rechef que celles-mesmes qui sembloient estre quelque chose au monde, ne dédaignent point leurs Sœurs , qui sont venues de la pauvreté à cette sainte Société; mais que plustost elles s'estudient de se glorifier , non de la dignité de leurs riches parens , ains de la Société de leurs pauvres Sœurs , et qu'elles ne s'eslevent point si elles ont contribué de leurs facultez à la Communauté, et ne deviennent point plus superbes de leurs richesses , pour les avoir départies au Monastère, que si elles en jouissoient au siècle : car toute autre iniquité est exercée es mauvaises œuvres, afin qu'elles se fassent; mais l'orgueil fait des ambusches aux bonnes œuvres mesmes, affîn qu'estant faites elles périssent. Dequoy sert-il de distribuer en don- VII. 32
nanl aux pauvres, et se rendre pauvre soy-mesme , si la misérable ame est rendue plus superbe en mesprisant les richesses , qu'elle n'estoit en les possédant ? Vivez donc toutes unanimement et de bon accord , et honorez Dieu , duquel vous avez esté rendues le temple , les unes en la personne des autres réciproquement,
CHAPriRE VI.
Soyez soigneuses des Oraisons , es heures et temps establis. Que personne ne fasse chose quelconque en l'Oratoire , sinon ce pourquoy il est fait, et d'où il prend son nom, âffin que si outl'e les heures déterminées, quelques-unes, si elles en ont le loisir , vouloient prier , celles qui veulent y faire quelque autre chose ne leur donnent empeschement.
Quand voi3s priez Dieu par Psalmes et Cantiques, que ce que vous prononcez de voix soit pareillement en vostre cœur, et ne chantez sinon ce que vous lisez devoir estre chanté; mais ce qui n'est pas escrit pour estre chanté , ne le chantez pas.