DE S. FRANÇOIS A M°" LA PRÉSIDENTE BRULART
Sur l'enirée dans un monastère où il n'y a pas encore de clôture, et sur des inquiétudes spirituelles.
3 avril 1606.
Madame ma très chère Seur,
Je vous ay des-ja escrit mon advis sur le sujet de vostre dernière lettre, mais voyant que vous le désirés fort et craignant que si mes paquets s'estoyent esgarés, vous en demeurassiés en peine , je vous rediray qu'il n'y a nul danger que vous entriés au Monastère de vostre seur *, jusques à ce que la clausure y soit exactement establie. Les âmes qui vous en font scrupule sont bonnes et dévotes comme elles tesmoignent par leur scrupule, lequel néanmoins n'a nul fondement. C'est pourquoy il ne s'y faut pas arrester. Pleust à Dieu que les hommes qui n'entrent en cette mayson-là que par curiosité et indiscrétion en fissent bien scrupule : car ilz auroyent bon fondement pour cela ; mais non pas vous , jusques à ce que, comme je dis , la clausure y soit establie , qui ae sera jamais si tost que je le désire.
J'ay sceu ce que vous me dites des inquiétudes de toutes les Religieuses , et en suis marry. Elles arriVent faute d'une bonne conduite etmesnage de leurs esprits : c'est le mal des maux entre ceux qui ont des bonnes volontés, qu'ilz veulent tous-jours estre ce qu'ilz ne peuvent pas estre , et ne veulent
' L'original en est conservé chez madame la comtesse de Pampara, née Demarin, à Turin. C'est la 99e inédite de la collection-Biaise, la 96« du corps de la même collection, et la 43e (q/. 40e) du livre III des anciennes éditions.
» L'abbesse du Puits-d'Orbe, sœur de madame Brulart.
pas estre ct^ 411 ilz (ne) pouvent n'estre pas. On me dit que ces bonnes filles sont toutes esprises de l'odeur sainte que respandent les saintes Carmélites , et qu'elles desi'reroyent toutes d'en estre. Mais je ne pense pas que cela se puisse aysément, qui me fait diiv, qu'elles n*employent pas bien ce bon exemple qui leur devroit servir ponr les animer à bien embrasser la perfection de leur estât, H non pas à le^ troubler, et faire désirer celuy auquel elles ne peuvent arriver. La nature a mis une loy entre les abeilles, que chacune d'icelles face le miel dedans sa ruche et des fleurs qui luy sont autour. Adieu, Madame ma tres-chere fille, tenés bien serré le sacré Crucifix sur vostre cœur. Je suis vostre serviteur tres-asseuré.
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