A UN CURÉ
n l'encourage à continuer les fonctions de son ministère dans la place qu'i\ occupoit, et à demeurer constant dans sa vocation.
A Sales, le 15 septembre 1607.
Monsieur mon très cher confrère, pardonnés-moy, je vous prie , si j'ay tant tardé à respondre sur la première lettre que vous m'avés jamais escrite : il n'en sera pas ainsi des autres , si j'ay la consolation d'en recevoir; mais je fus si occupé à mon départ, que je n'eus nulle sorte de loysir pour vous rendre ce devoir; et avec cela je me promis bien de vostre dilection que vous inferpreteriés ce retardement en bonne part.
Je persiste tous-jours à vous dire que vous devés servir Dieu où vous estes, et facere quod facis *. Non pas, mon cher confrère , que je veuille forclorre l'accroissement de vos bons exercices , ni la purification continuelle de vostre cœur : mais/(<zc quod facis, et melius quam facis'^ ; car je scay bien que Dieu commande en la personne d'Abraham à tous les fidèles : Ambula coram me , et esto 'perfectus*' ; et que Beati qui ambulant in viis DominP; et que nos pères
* C'cct la 137» de la collection-Biaise, et la 90* du livre V des anciennes éditions,
* Et faire ce que vous faites.
* Faites ce que vous faites, et mieux encore que vous ne le faites actuellement.
* Marchez en ma présence, et soyez parfait. Gen., XVII, 1.
5 Bienheureux sont ceux qui marchent dans les voies du Seigneur, Psalna. CXXVIII, i.
j[42 OPUSCULES
euntes ibant , et in corde suo ascensiones disponehant , ui irent de virtute in virtutem *
Ayez doncques bon courage de cultiver cette vigne, contribuant vostre petit travail aii bien spirituel des âmes , quas servavit sibi Dominus , ne flecterent geiiua ante Baal\ in medio popuii polluta labia habentis^. Ne vous estonnés pas si les fruits ne ();iioissent pas encor : Quia si patienter opus Bominifecerts, labor tnus non erit inanis in Domino K
Hélas ! Monsieur, Dieu nous a nourris du doux lait de pbisienrs consolations, affin que, devenus grands, nous tascliions d'ayder à la reedification des murs de Jérusalem, ou en portant des pierres , ou en brassant le mortier, ou en martelant. Croyés-moy, demeurés-là; faites fîdellement tout à la bonne foy ce que moralement vous pourrés faire ; et vous verres 411e si credideris , videbis gloriam Dei^,
El si vous voulés bien faire , tenés pour tentation tout ce qui vous sera suggéré pour changer de place; car, tandis que vostre esprit regardera ailleurs que là où vous estes ; jamais il ne s'appliquera bien à profiter où vous estes.
Or sus, tout cecy soit dit en la confiance que vous me donnés par vostre lettre , et en la sincère amitié que je vous porte in visceribus ejus cujus viscera pro amore nostro tranS" fixa suîit^. Je le supplie qu'il alFermisse de plus en plus le zèle de son honneur en vous , et suis d'un cœur tout entier, etc.
* Nos pères marchoient avec une sainte ferveur, et ils disposoient dans lear cœur des degrés pour s'avancer de vertu en vertu. Ps. LXXXIII, 6.
* Que le Seigneur s'est réservées, de peur qu'elles ne fléchissent le genou devant Baal.
» Au milifiu d'un peuple qui a les lèvres souillées. III. Reg., XIX, 18, et ïs., VI , 5.
* Parce que si vous faites l'œuvre du Seignerr avec patience, votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur. I. Cor., XV, 58.
8 Si vous avez de la foi et de la confiance en Dieu , vous serez témoin qu'il sera glorifié. Joan., XI, 40. .
« Dans les entrailles de celui dont les entrailles ont été transpercées poof notre amour.
A UN AMI
T^moijit.c^^a d'amitié. Il est ficcnp(5 ;\ !a visite de Kon diocèse. Il aimoit sa petite ville d'Annecy. Il se plaint de certaines altercations entre les officiera de M. de Nemours, et de la peine qn'cn recevoit un d'entre eux. II parle de la nomination de M. Fenouillet à l'évèchéde Montpellier, et de l'Oraison funèbre de madame la duchesse de Nemours, que M. le duc l'avoit prié de faire imprimer.
12 octobre 1607.
Monsieur,
J'ay fort prié ce porteur, qui est des vieux serviteurs de la maison de Monsieur -, et de mes bons amis et voysins , de vous saluer de ma part avec le plus d'efficace qu'il pourra. J'adjouste seulement sur ce papier que nul signe, nulle démonstration ne pourroit jamais esgaler ni le devoir que j'ay à vos bienveuillances , ni l'affection inviolable de laquelle je suis voué et dédié à vostre service. C'est la vérité, Monsieur; je ne me puis assouvir du playsir que je reçois de l'assenrance de vostre amitié. Mon frère de Croisy * et moy en faisons feste à nos esprits, toutes les fois que nous nous voyons : mon cœur est tout plein de ce bonheur. Permettesmoy, Monsieur, que sans nécessité, par la seule abondance de mes désirs, je vous supplie de me continuer ce bien que j'estime tant, et qui m'honnore et console si fort. Je suis en visite bien avant parmi nos montagnes, en espérance de me retirer pour Thyver dans mon petit Annessy , où j'ay appris à me plaire , puisque c'est la barque dans laquelle il
* Communiquée par M. Lemarduel, curé de Saint-Roch. C'est la 139« de la collection-Rlaise. — * Le duc de Nemours.
* Ne scroit-ce pas Boisy qu'il faudroit lire?
faut que je vogue pour passer de cette vie à l'autre ; et je m'y plairois bien davantage, si ce n'estoit ces petites riottes* qui pullulent tous les jours entre les officiers de .Monsieur, desquelz quelques-uns se rendent plus aigres qu'ilz ne devroient contre le bon monsieur Favre, duquel ilz épuisent les belles humeurs et l'aage. La faute vient de ce que Monsieur leur permet indifféremment d'accuser ce bon personnage , et il faudroit leur faire connoistre qu'on est bien asseuré de luy , de sa suffisance et fidélité , comme à la vérité on le doit estre : cela arresteroit toutes ces brouilleries , qui ne servent qu'à divertir ces esprits des meilleures pensées qu'ils pourroient faire au service de J.-G. et du public. On m'a dit que nostre Monsieur Fenoillet avoit esté esleu pour Montpellier, présentement privé d'Evesque; mais je n'en croiray rien que vous, Monsieur, ou luy, ne m'en escriviés. Je voudrois avoir envoyé l'Oraison tunebre de Madame * ; mais j'attens des mémoires de la grandeur de la maison d'Est, qui me doivent venir d'Italie, n'ayant jamais rien peu apprendre qui fust esclatant comme je désire , par les livres que j'ay peu avoir en ce pays , ni aucun récit qu'on m'ait fait. J'appréhende bien qu'elle se voye ; car, à la vérité , je n'ayrien sceu des actions particulières de cette princesse, qui sont néanmoins celles qui pourroient relever ma petite besoigne. Je la vous veux addresser premièrement , affin que vous la voyés et revoyés pour y corriger, avant que Monsieur la voye ; car j'ay crainte qu'il ne m'eschappe quelques accens de nostr" r-amage de deçà. Nous sommes icy hors de nouvelles , et moy particulièrement parmi ces replis de nos montagnes; mais je ne passe point de jour que je n'invoque la bénédiction de Dieu sur vous et sur toute votre Mayson. Qu'à jamais vous soit-il propice et favorable, Monsieur, selon que le désire vostre serviteur , etc.
ï Petites querelles, diffîcultéS; altercations, railleries piquantes. * Madame la duchesse de Nemours, qui étoit de la maison d'Est.
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LETTRE
 M. LE CURÉ d'hEYRIER^
A Rumilly, 6 mars 1608.
Monsieur le Curé,
Les paroissiens de vostre église sont venus aux plaintes vers moy pour le manquement du service, et monsieur Ezestier est venu s'en escuser, à raison de certaines dixmes , desquelles il dit que vous le frustrés , et pour les despends desquelles je désire vous voir icy jeudy prochain, alFin que, s'il se peut , nous accommodions ces difFerens à la gloire de Dieu que je supplie vous assister, et suis
Yostre confrère très affectionné.
Franc., Evesq. de Genève.
* Tirée des Vies des personnages célèbres qui ont illustré le christianisme Paris, Picard-Dubois, 1828, in-12. C'est la 887« de la collection-Biaise.
LXn.
LETTRE
A MADAME l'aBBESSE DU PUITS -d'oHBE.
Il l'exhorte à persévérer c instamment dans la réforme de son monastère, malgré sa mauvaise santé. Il veut qu'elle travaille à cette œuvre doucement, courageusement et avec confiance en Dieu, sans altérer sa santé.
Décembre 1608.
Ma très chère Fille,
J'attends impatiemment des nouvelles plus grandes de vostre santé, que celles que j'en ay receuës jusques à présent : ce sera quand il plaira à nostre Seigneur, auquel je la demande aifectionnement , estimant qu'elle sera employée à sa gloire et à Facheminement et perfection de l'œuvre encommencée en vostre monastère.
Je suis tous-jours en peyne de sçavoir si vous aurés encor point rencontré de personnage propre pour la conduite de cette troupe d'ames , qui sans doute ne peut autrement estre qu'avec beaucoup de troublement et d'inquiétudes, qui sont ces herbes qui croissent volontiers dans les monastères mal cultivés, et principalement en ceux des filles.
Mais sur tout je voudroisfort entendre quels progrés vous espérés pour la clausure ; s'il sera pas possible de tenir la porte fermée aux hommes, au moins avec la modération que je vous avois escritte, laquelle n'estoit que trop facile, ce me semble, et telle que M. vostre père ne pouvoit trouver mauvaise. Certes, il faut travailler tout doucement, ma chère Fille, mais bien soigneusement ; car de là despend le bon ordre de tout le reste.
* C'est la 167* de la collection-Biaise, et la 50^ du liv. V des anc. édiùoas.
LE S. FRANÇOIS DE SALES. i47
Courage, ma chère Fille : je sçai combien d'ennuys, corn- Lien de contradictions il y a en semblables besoignes ; mais c'est parce qu'elles sont grandes et pleines de fruit. Mesnagés Tostre santé, alïîn qu'elle vous serve à servir Dieu. Soyés soigneuse , mais gardés-vous des empressemens. Présentés à Dieu vostre petite coopération, et soyés certaine qu'il l'aggreera et bénira de sa sainte main. Adieu , ma chère fille, je supplie sa sainte bonté qu'elle vous assiste à jamais, et je suis extrêmement, et de tout mgn cœur, tout vostre, et plus que vostre.
LETTRE'
A MADAME DE CHANTAL
Il In! fait part de l'acquisition de mademoisene de Blonay pour sa
future Congrégation.
Vers le 25 décembre 1608.
Courage, ma Fille, Dieu nous veut ayder en nostre dessein ; il nous prépare des âmes d'eslite. Mademoiselle de Blonay, de laquelle autrcsfois je vous ay parlé, m'a déclaré son désir d'estre Religieuse. Dieu l'a marquée pour estre de la Congrégation. Je luy ay dit de me laisser gouverner son secret, et je veux me rendre bien soigneux de servir cette ame en son inspiration; car Dieu m'a donné quelque mouvement particulier là dessus. Je tiens des-ja cette fille pour vostre et pour mienne.
1 Tirée de la Vie de la mère Bkaa'ji par Ch.-Ang. de Sales. C'est la 170e ^e ia coUectioa'filaJseb
■j 48 OPUSCULES