A M. DE VILLARS, ARCHEVÊQUE DE VIENNE
Le Saint lui démontre qu'il a eu raison de se servir, dans les lettres qu'il lui écrivoit , du titre de Monseigneur, que M. l'Archevêque refusoit dans ses relations avec saint François.
Novembre 1606, Monseigneur,
Permettés-moy , je vous supplie très humblement, cette petite opiniastreté : car vrayement tout aussitost que vous avés voulu que je bannisse des lettres que je vous envoyé, le tiltre de monseigneur, mon opinion s'est soudainement deslogée de ma volonté, laquelle est irrévocablement soumise à la vostre ; mais elle s'est sauvée dans mon entendement , où elle s'est tellement retranchée, que je suis en peine d'entreprendre sa sortie. Ce n'est pourtant pas que mon entendement ne veuille céder à vostre jugement, duquel il révère extrêmement l'authorité , et la reconnoist pour souveraine en son endroict ; mais c'est qu'il luy est ad vis que vous n'avés pas bien conçeu la bonté et sincérité de ses intentions pour ce regard. Oseray-je bien disputer avec vous, Monseigneur? Vostre douceur, je pense, m'excusera; c'est simplement pour m' expliquer. Je dis donc, avec vosti e congé premièrement, que je puis vous appeler morisei^newr, et que ce tiltre n'est pas trop grand pour vous, ni de moy, ni d'aucun autre evesque : cela est clair par l'authorité de tous les plus dignes evesques de l'Eglise de Dieu, qui ont appelle de tilties
1 Tirée de la Vie de madame de la Fleclière, fondatrice du monastère de Rumilly. C'est la llle de la collection-Biaise, et la S^e du livre 1" des ailciennes éditions.
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bien plus relevés non seulement les patriarches et archevesqiaes, mais les uwtf es evesques mesme. Et à cet argument ne satisfait pas la response , que tous les prestres estoient censés saints, heureux, pères, et que par conséquent il falloit qualifier les evesques sur iceux : non, Monseigneur; car tous ces tiltres regardoient leur estât , leur ordre. Je dis secondement, que nou seulement je puis vous appeller monseigneur, mais il est expédient que je le fasse, et seroit bon que cela se fîst par tous les evesques. Car quelle raison y ail que j'appelle les princes du siècle messeigneurs , et non pas ceux quos constituit Dominiis principes populi sid *? Et ne sert à rien de dire : Non dominantes in cleris^ ; car comme non debctis dominari, sic nostrum est suhjici. ^ Je vous supplie , pesés bien , Monseigneur, cette raison d'estat. Puisque nous ne pouvons refuser aux princes mondains ce tiltre d'honneur, ne ferions-nous pas bien de nous esgaler, tant qu'en nous est, à eux pour ce regard, desquels on prSat à\ve:\ Dérident nos junior es (hoc) tempore, quorum non ait'debant patres cum sacerdotibus junioribus incedere^. Je dis troisièmement, qu'il est bien séant; car encor que l'Italie et la France M,nt sepaiées, et qu'il ne faut pas porter le langage de l'Italie en France , si est-ce que Fr^glise n'est pas séparée, et le langage , non pas de la cour, mais de l'Fglise de Rome, est bon partout en la bouche des Ecclésiastiques.. C'est pourquoy, puis que Je Pape mesme vous appelleroit. monseigneur, il est seanl que j'en face de mesme. Il ne reste à résoudre que l'argument fondamental de vostre volonté : mais il ne se peut résoudre ; car ce n'est que vostre humilité,
* Que le Seignonr a étalilis princes de son peuple. Ps. IV, 17.
* Les évéfiues tk; doivent pas dominer avec empire sur l'héritage du Sci-, gneur. l. Petr., V, 3.
' Quoique vous ne deviez pas dominer sur nous avec empire, cela ne nous dispense pas de vous être soumis.
* f>îs jeunes gens d'aujourd'iiui n'ont que du m-^pris pour les évèqnos, taiV: dis que leurs pères n'osoient pas même se comparer aux simples prèlreô. .,
ut gui major est dignitate sit potior humilîtate ^ . J'y respons néanmoins , et dis que j'appelle ainsi tous les evesques à qui j'escrisen esprit de liberté, et les rends esgaux, quant à cet honneur extérieur, laissant à mon intérieur de donner diverses mesures de respect, sous un mesme mot, selon la diversité de mes devoirs; comme à vous, Monseigneur, c'est, je vous asseure , avec une révérence toute cordiale , toute particulière. Voyla ce que je vous puis dire, allant comme je vay dans une heure, monter en chaire. J'attendray vos commandemens pour y obeyr : car en somme je suis prest à déposer toutes sortes d'opinions que vous n'appreuverés pas, et suivre en tout et par tout vos volontés; mais je vous demande pardon pour ce coup. Vostre dilection , qui souffre tout, et qui est non seulement patiente, mais débonnaire, me rendra excusable, vous asseujant que je suis Yostre , etc.
LETTRE
A H. DE SAUZÉA, OFFICUL DE l'ÉYÊCHÉ DE GENÈVE, DE SALE-BHONE, A SEYSSEU
Il lui annonce un jubilé de deux mois entiers pour Thonon.
Annecy, \.% mars 1607»
Monsieur,
Je vous renvoyé les patentes signées; mais, pour l'honneur de Dieu , si c'est M. de Pinché , qu'il n'aille pas sur les galoches et frisures , ni galantant comme il a fait jadis.
Pour le voyage du Puy dorbe, je vay méditant comment et
* Que plus on est élevé en dignité , plus on doit être humble.
• Communiquée par M. le comte de Sobiratz. C'est la 121e de la collection de Biaise.
quant; et, pour le faire plus à propos, je ne ferois pas difficulté de le différer de quelques mois. Le Père Chérubin nous apporte un jubilé pour Thonon, de deux mois entiers; voyla un autre encombrier. Croyés que j'en suis bien en peyne , desideriiûn habens dissolvi et esse cum illis, manere autem propter olia * ; mais comme que ce soit, je remueray tant de pierres, que je treuveray quelque Onesime; un peu plus tost , un peu plus tard , il n'importe.
Si, vous escriray de cela. Faites je vous prie une lettre à madame Gragnette, l'animant tous-jours à ce dessein ; et de se joindre fort à son abbesse en cœur et esprit , avec le support qui sera nécessaire.
Si je ne vous respons pas si exactement aux lettres que vous m'envoyés , accusez-en ma mauvaise coustume, qui est de ne point mettre la main à la plume que sur le départ des messagers, dont il arrive que souvent en ce point-là je suis embarrassé d'autres occupations.
Je me resjouis du bien que vous faites à ceux de Seyssel : Et benè patientes erunt ut anmmtient * /
J'ay receu les lettres de madame de Chantai , c^ue vous m'avez envoyées, en eschange desquelles je vouj envoyé les cy-jointes. Conservés-moy eii vostre souvenance, particulièrement quand vous estes à l'autel; et je suis, Monsieur, vostre confrère plus humble , etc.
» Philipp.j i, 23, • Pi, ICI, lô.
LETTRE