‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 26 sur 183 · ORDRE DE SAINT-BENOIT · texte numérisé non relu

ORDRE DE SAINT-BENOIT

Annecy, 10 juillet 1609.

Monsieur,

Puisque Dieu a choisi un nombre de personnes fort petite et encor des moindres de la mayson en aage et en crédit^ il faut que le tout s'entreprenne avec une très grande hurni-

» Tirée de la Vie du Saint, par Ch.-Aug. de Sales, liv. VII, t. II, p. 44-46. C'est la 184^ de la collection-Biaise.

« Saint François ayant résolu de réduire les religieux de l'abbaye de Talloires, ordre de Saint-Benoît, à la discipline régulièro. et ayant obtenu pour cela une commission du pape Paul V, il se transporta a ladite abbaye, et proposa la réforme.

Le père Claude-Louis-Nicolas de Coëx, prieur claustral, homme de bien, et qui désiroit beaucoup cette réforme, le seconda de tout son pouvoir; mais, malgré tout son zèle, notre Saint se vit contraint d'abandonner le monastère; et ces moines poussèrent leur rage jusqu'à attenter à sa vie en lui tirant deux coups de pistolet.

Cependant, considérant les suites fâcheuses que cet attentat pourroit avoir. Ils vinrent presque aussitôt implorer la miséricorde de leur évêque et de leur prieur, et n'eurent pas grand'peine d'obtenir leur pardon ; mais on se hâta d'ajouter à l'autorité du Pape celle du Sénat, qui fit mettre à exécution les ordres de sa Sainteté.

Les religieux fureut sommés d'embrasser la réforme, ou de vider le monas-^

PE S. riîANTOIS DE SALES. 149

]ité <'t siîTipIioifé, sans que ce potit nombre face semblant de vouloir ropL'(3ndie ou censurer les autres par paroles, ni par gestes extérieures; mais que simplement il les édifie par bon exemple et conversation.

Le commencement estant si petit, il faut avoir une grande longanimité à la poursuitte, et se ressouvenir que nostre Seigneur, après trente trois ans ne laissa que six vingts dis- <^:ples bien assemblez, entre lesquels il y en eust encor beaucoiîp de discoles. La palme, reyne des arbres, ne produict son fruict que cent ans après qu'elle est plantée. Il convient <lonc estre doiié d'un cœur généreux et de longue haleine en lin œuvre de si grande importance. Dieu a fait des reformations par de moindres commencemens; et il ne faut rien moins prétendre qu'à la perfection.

Et pour venir au particulier, mon advis est que vostre saincte brigade soit soigneuse de communier dévotement , à tout le moins une fois chaque semaine. Qu'on luy apprenne de bien c-t deuëment examiner t^a conscience tous les soirs; qu'on ]u\ [Monstre à faire convenablement l'orayson mentale, selon la di>[)Osition des sujets; sur tout qu'on luy enseigne à obeyr au directeur très volontairement, très fermement et très continuellement.

Quant à l'habit, je ne pense [as qu'il soit à propos de le changer qu'apiés que l'année, sera expirée ; bien desirerois-je qu'il fust en tous le plus uniforme ^u^il se pourra faire, tant en la fa^.on qu'en la matière, et que le froc fust large à la façon àet Bénédictins reformez. Il me semble qu'on doit garder la chemise pour l'honnesleté, pourveu toutesfois que le collet ne soit pas immodérément estendu, ains fort sobrement et d'une mesme manière. Chacun aussi portera la

tère dans trois mois. Il y en eut qui se retirèrent, et d'autres qui acceptèrent. ï^ prieur conjura saint François de lui envoyer par écrit les avis qui lui étoient nécessaires pour la direction de ses religieux. Cette lettre est la réponse du saint évéque.

ceincture et le bonnet de mesme façon , et le tout bien pro*

prement.

Pour le regard des licts, plus ils seront simples, plus aussi seront-ils à propos. Que chacun ayt le sien, et qu'ils soyent tellement disposez qu'en se couchant ou levant on ne se voye point les uns les autres, affin que les yeux mesmes soyent mondes et nets. J'appreuverois fort que ceux qui ont de la barbe fussent bien rasez à la teste et au menton , selon les anciennes coustumes des Bénédictins; et que tant qu'il sera possible on n'allast pins seul à seul , mais tous-jours avec un compagnon.

Il sera expédient qu'aux divins Offices le petit troupeau entre, demeure et sorte ensemblement avec mesme contenance et cérémonie , d'autant que la composition extérieure, soit aux Offices, soit à table, soit en public, est un puissant motif pour beaucoup de bien.

A ce commencement il n'est pas nécessaire d'adjouster aucune abstinence à celle des vendredis et des samedis, sinon celle des mecredys , selon la vieille coustume et mitigation. observée au monastère.

Voyla mon petit advis pour ce commencement. La fin prétendue sera bien autre chose. Dieu aydant : car, comme vous sçavez, la première chose en intention est la dernière en exécution. Mais pour bien servir en cette besoigne, il faut avoir un courage inexpugnable , et attendre le fruict en patience. Je sçay et vois vostre reigle qui dit merveilles;, il n'est pas pourtant expédient de passer d'une extrémité à l'autre sans milieu.

Plantés bien avant , Monsieur , cette affection dans vostre cœur, de restablir les murs de Hierusalem : Dieu vous assistera de sa main. Sur-tout prenez garde d'user de laict et de miel, parce que les viandes ne pourroient pas encore estre machéea parles faibles dents des invités. A Dieu, ayez bon courage d'eslre Tun de ceux par lesquels le salut sera faict en IsraeL

LETTRE

il s. A. CHARLES-EMMANUEL l", DUC DE SAVOIE.

Saint François offre à S. A, un de ses ouvrages; il lui envoie l'attestation de Tétat de deux images du B. Amé le Glorieux ; il lui annonce que , dans la ville de Seurre (duché de Bourgogne ), il y a une chapelle à lui dédiée; il supplie en faveur du fils du président Favre.

Anneci , le 16 septembre 1609.

Monseigneur,

Je supplie V. A. de regarder de son œil de faveur ce petit " livret que je luy offre en toute humilité. La dévotion est son sujet, la gloire de Dieu est sa fin, et son escrivain est par toute sorte de devoirs voué à Tobeyssance de V. A . Il fut des-ja publié l'année passée , mais si imparfait que je p'osay pas l'exposer à la veuë d'un si grand Prince; maintenantr" qu'il est un peu moins mal accommodé, j'en prends la hardiesse , porté par la seule considération de cette douce bonté qui a tous-jours aggreablement receu les foibles tesmoignages * de mon invariable fidélité. L'infinie variété des occupations que ma charge me pousse incessamment sur le bras, adjouste beaucoup à mon insuffisance pour m'empescher de bien faire ; de telz ouvrages; mais s'il plaist à Dieu de se servir de moy en cet exercice d^escrire, il m'en donnera des commodités.

J'envoye h Y. A. l'attestation de Testât de deux images et > de quelques autres particularités qui regardent l'estime que l'on a ici de la sainteté du serenissinie et glorieux Amé. Dans peu de jours, j'en envoyeray un, autre de l'image que ►

* L'original en est conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est la lt6^ inédite de la collection-Biaise.

jg2 OPUSCULES

j'ay treuvée à Sessel, revenant de Gex où j'estois allé pour ^ establir l'exercice catholique en quelques paroisses. J'ay aussi sceu qu'au duché de Bourgoigne, en la ville de Seurre, il y a une église de Sainte Clere, où il se treuve une chapelle sous Finvocation de ce B. Prince avec son image et l'abbregé de toute sa vie escritte en un placard afïigé. C'est pourquoy devant aller bien tost en ce païs-là pour le mariage de l'un de mes frères avec la fille du baron de Chantai , selon la déclaration que V. A. a faite de l'avoir aggreable, j'envoyerai exprès sur le lieu pour avoir de tout cela une attestation authentique, laquelle, s'il est vray ce qu'on m'a dit, sera une des plus belles marques de la sainteté de ce glorieux Prince que l'on ait recouvrée jusques à présent \

Oseray-je bien, Monseigneur, présenter encor ce mien souhait à Y. A.? le sieur président Favre a mis sur le front des beaux livres qu'il a composés et que les nations estrangeres admirent, les marques de sa fidélité envers Y. A. et de l'honneur qu'il a receu d'elle. Or , maintenant il désire laisser les mesmes marques à son filz aysné , affîn que l'une et l'autre production tesmoigne à la postérité le bonheur qu'il a eu d'avoir esté serviteur aggreable d'un si grand prince. Il supplie donq Y. A. de faire grâce à son dit filz de la survivance en Testât de sénateur, ce qu'obtenant il en aura une consolation nompareille, prévoyant qu'en la personne de son filz il revivra après sa mort au mesme genre de vie qu'il a suivy en vivant. Pour cela. Monseigneur, sachant que les affections et services héréditaires sont les plus fermes, je souhaiterois qu'il pleust à Y. A. s'incliner à cette requeste de l'entérinement de la quelle se respandra une bonn' odeur qui fera conuoistre à chacun que sa providence s'estend jus-

* Saint François pressoit do tout son pouvoir la canonisation d'Ame IX , duc de Savoie. Voyez ses lettres à S. A. Charies-Emnnanuel, tome VI, nag. 279 el 3G3 , ainsi que sa supplique au Souveram Pontife Paul V, pag. 285 et suir. Au même volume.

qties à prendre soin des enfaus de ceux qui Tont fîdellement

servie, pourveu qu'imitateurs de leurs pères, ilz s'en rendent

dignes. Je joindray donq ma très humble supplicalion avec

celle dudit sieur Presideut, et faysant très huml)lement ia

révérence à V. A., je prie Dieu qu'il la prospère en toutes

bénédictions.

Monseigneur j

De Y. A., le très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et orateur,

François, Evesque de Genève.

LETTRE

A MONSEIGNEUR l'aRCHEVÊQUE DE BOURGES. Saint François lui envoie le Règlement pour la maison épiscopale.

Le 16 décemljre 1609.

Monseigneur,

C'est pour vous obeyr que je vous envoyé ce pauvre escrit le quel pour la plus grande partie de ses points , vous sera inutile; ce n'est pas certes qn'il ne fîist désirable que nos maysons episcopales fussent dans le règlement, nous sçavons €8 que saint Paul en dit; mais je scai par mon expeiience qu'il faut s'accomojier à la nécessité du tems, des lieux, de l'occasion et de nos occupations. Je vous confesse que je n'ay point de scrupule de me dérégler de mon règlement, quand «'est le service de mes brebis qui m'occupe, car alors il faut que la charité soit plus forte que nos propres inclinations,

^ Tirée du Registre des lettres de saint François de Sales, conservé an mojoaslèr'i de la Visitation de Pignerol. OV<;r. l;i 1I7« inéd. de la colleciioii-ijl.dâc.

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pour honnes que nostre amour propre nous les face voir; et en faysant cet escrit que je vous envoyé , mon dessein a esté non de me gesner, mais de me régler sans m'obliger à aucun scrupule de conscience, car Dieu me fait la grâce d'aymer autant la sainte liberté d'esprit, que de hayr la dissolution et le libertinage; en somme, Monseigneur, nous devons dire avec le grand Evesque d'Hippone : Amor meus , pondus meum.

LETTRE

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