A SA NIÈCE
Sur la maladie de sa mère, et sur le départ du docteur Grandis pouf
la soigner.
Ma chère fille , ma nièce ,
Votre lettre m'a certes un peu estonné. Mays j'ay, grâces à Dieu , les yeux sur cette infinie Providence de laquelle les décrets seront à jamais les loix de mon cœur. Helas î vous pouvés penser ce que mon ame est à ma mère, et ce que Famé de ma mère est à la mienne. Et j'espère que la divine bonté, en considération de nostre pauvre petite congregn^ion faite en son nom , et pour sa gloire, nous laissera cette inere tant utile. M. Grandis a eu peine à se résoudre d'aller, parce qu'il tenoit d'un costé la maladie n'estre pas dangereuse, puis qu'elle est intermittente , et de l'autre , que les médecins de delà auroyent des-ja fait tous les remèdes quand il arrivera. Néanmoins, en un' occasion de si grande conséquence, en, fin il s'est résolu. 0! Dieu soit nostre secours, ma très chère nièce. Prions bien Dieu : il nous avdera.
L'homme qui accompaigne M. Grandis reviendra soudain avec advis nouveau, et que ce soit bien distinct. Tout ce que Dieu ordonnera sera receu moyennant sa grâce avec résignation; l'unité de mon ame avec celle de cette mère n'est pas pour cette vie seulement, mais principalement pour l'autre. Dieu vous bénisse, ma très chère nièce. M. Grandis ne fera point semblant d'aller exprés.
* L'original en est conservé au monastère de la Visitation de la ville d'Arona, diocèse de Novare. C'est la 120» inédite de la collection-Biaise.
LETTRE