‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 30 sur 183 · A M. DESHAYES, GOUVERNEUR DE MONTARGIS · texte numérisé non relu

A M. DESHAYES, GOUVERNEUR DE MONTARGIS

n lui mande qu'il déçoit prêcher le Carême à Salins, et comment il en a été empêché, et lui donne avis de l'heureuse mort de madame sa mère.

Annecy, le 4 mars 1610.

Monsieur,

Je ne sçaurois laisser partir le bon M. Benard sans luy donnei quelque marque de la continuelle souvenance que j'ay de vostre douce bienveuillance, en laquelle, certes, mon esprit s'esjouit grandement et plus que je n'en sçaurois dire.

Je pensois estre ce Caresme à Salins au comté de Bourgogne , puis que ceux de cette ville-là , m'en ayant fort conjuré, m'avoient obtenu de son Altesse; mais à mesme que je voulois partir, ils m'envoyèrent deux des leurs , qui m'annoncèrent que M. leur Archevesque leur avoit absolument refusé permission de me donner leur chaire.

Je ne sçai pas le pourquoy selon les hommes ; mais je croy que Dieu en a ainsi disposé pour une douloureuse satisfaction que j'ay eue ces jours passés de donner l'extrême bénédiction , et de fermer les yeux à ma bonne rnere mourante. Car puis qu'ainsy il plaisoit à Dieu de la retirer, ce m'est du contentement de l'avrir servie et assistée en ses derniers travaux , et mesme d'autant que c'estoi^ une des plus douces et innocentes âmes qu'il estoit possible de Ireuver, et à laquelle la providence de Dieu a esté fort pro-

' Tirée du premier monastère de la Visitation de la ville de Rouen. C'est ia 201 e de la collection-Biaise.

DE S. ^RA^'çoIs de sales. i59

pice en ce trespas, l'ayant fort heureusement disposée à cela.

Voyés-vous, Monsieur, je m'allège à vous dire cecy; car c'est grand cas, comme c'est une heureuse et souefve rencontre à un cœur aucunement blessé de pouvoir se communiquer, quoy que par lettres seulement , à un cœur si doux, si gracieux, si cher, si précieux* et tant amy, comme le vostre m'est par vostre bonté, en laquelle je vous conjure tous-jours de me continuer feraiement, avec asseurance que je suis sans fin ni reserve , Monsieur, vostre, etc.

Nous attendons tous-jours que Monsieur vienne , et n'en avons néanmoins point de particulières nouvelles. Il est vray que je ne les sçaurois apprendre de mon bréviaire , duquel seul je me mesle , et de prier nostre Seigneur. J'excepte M. de Charmoisy , que je voy fort souvent.

LETTRE

A s. A. CHARLES EMMANUEL I*', DUC DE SAVOIE.

Saint François recommande à S. A. M. le marquis de Blonay.

6 mars 1610.

Monspîp-neur,

Je supplie ires humblement V. A. de prester vostre oreille iavorable au sieur de Flonnay présent porteur, qui ne désire luy parler que des choses qui luy sont aggreablcb, puisqu'elle prend tous-jours.playsir à l'advancement de la gloire de Dieu, de l'exaltation de la foy et du salut des âmes.

Ce mesme Dieu tout puissant face de plus en plus abonder

* Tirée de l'autographe conservé aux Archives de la Cour de Turin. C'est la U^e inédite de la coUection-Blaisd*

V. A. en bénédictions et consolations célestes , qui sont les continu elz et ardens désirs que fait pour elle,

Son très humble, très obéissant , très fidèle orateur et serviteur,

François , Evesque de Genève.

LXXtII.

LETTRE

 MADAME DE CHANTAL

n lui parle de la mort de sa mère et lui envoie le détail de ses dernier»

instans.

11 mars 1610.

Mais, ô Dieu, ma très chère Fille, ne faut-il pas en tout et par tout adorer cette suprême Providence , de laquelle les conseils sont saintz, bons et très aymables? Et voylà qu'il luy a pieu retirer de ce misérable monde nostre très bonne et très chère mère, pour l'avoir, comme j'espère fort asseurément, auprès de soy et en sa mam droicte. Confessons, ma Fille bien aymée, confessons que Dieu est bon et que sa miséricorde est à l'éternité. Toutes ses volontés sont justes , et tous ses decretz équitables , son bon playsir est tous-jourg saint, et ses ordonnances très aymables. Et pourmoyje confesse , ma Fille , que j'ay eu un grand ressentiment de cette séparation; car c'est îa confession que je doy faire de ma faiblesse après celle que j'ay faite de la bonté Divine. Mais

1 Tirée de l'original conservé au monastère de la Visitation de Turin. C'est la 12i« inédite, et tout à la fois la 202« de la collection-Biaise, en même temp* que la aje du livre II des anciennes éditions.

néanmoins , ma Fille , c'a esté un ressentiment tranquille quoy que vif, car j'ay dit comme David : Je me tais , ô Sei^ gneur , et n'ouvre point ma bouche , parce que c'est vouè (qui) Favés fait. Sans doute , si ce n'eust esté cela, j'eusse crié , hola , sous ce coup. Mais il ne m'est pas advis que j'osasse crier ni lesmoignerdu mescontentement sous les coups de cette main paternelle qu'en vérité, grâces à sa bonté, j'ay appris d'aymer tendrement dés ma jeunesse. Mais vous voudriés peut-estre sçavoir comme cette bonne femme a fini ses jours. En voyci une petite histoire, car c'est à vous à qui je parle, à vous, dis-je , à qui j'ay donné la place de cette mère en mon mémorial de la Messe sans vous oster celle que vous aviés, car je n'ay sçeu le faire, tant vous tenés ferme ce que vous tenés en mon cœur, et par ainsy vous y estes la première et la dernière. Cette mère donq vint icy cet hiver, et en un moys qu'elle y demeura, elle fit la reveùe générale de son ame et renouvela ses désirs de bien faire avec certes beaucoup d'affection , et s'en alla la plus contente du monde d'avec moy, duquel, comme elle disoit, elle avoit retiré plus de consolation que jamais elle n'avoit fait. Elle continua en cette bonne joye jusques au jour des Cendres, qu'ell' alla à la paroisse de Torens où elle se confessa et communia avec très grande dévotion , ouyt trois Messes, et Vespres, et le soir estant au lit et ne pouvant ^rmir se fit lire à sa fille de chambre trois chapitres ^Introduction pour s'entretenir en de bonnes pensées et fit marquer la protestation pour la faire au matin suivant. Mais Dieu se contentant de sa bonne volonté, disposa d'autre sorte, car, le matin estant venu, cette bonne femme se levant, et peignant, elle tombe soudainement d'un catharre, comme toute morte. Mon pauvre frère vostre filz qui dormoit encor estant adverti accourt en chemise , et la fait relever et promener et ayder par des essences, eaux impériales «t autres chûses qu'on juge propres en ces accidens, en sorte

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