Î.XXXV
lettre'
AU PRÉSIDENT F A V R E , Relative à dinéreuics atlaires particulières. :
5 décembre 1610.
Monsieur mon frère,
Avec mille actions de grâces des deux dernières lettres que vous avés pris Fincommodité de m'escrire emmi ce grand tracas qui vous accal)le , je vous supplie de ne jamais faire aucune sorte d'effort pour me donner ce contentement; car encor que je confesse qu'il soit grand, si est-ce t[ue celuy de vostre conservation et repos m'est incomparablement plus grand. Je me resjouis de la bonne volonté du sieur chevalier Buccio ; je doute pourtant que son Altesse n'apporte quelque escuse à la nomination, à cause de la prétention * que messieurs de Saint Lazare * ont employé le nom de la sainte Mayson * pour accroistre la leur de ce benetice. Mais les essays ne peuvent point nuire, et peuvent réussir. 0 Dieu ! j'ay le cœur à demi gtisté des alarmes qu'on me donne d'inie rude guerre pour M. le Prince, bien (jue j'espère en cette souveraine Providence qu'elle réduira le tout à nostre profit. -
Les bons Pères Feuillens escrivent aux leurs de Turin
* Tirée de la maison royale de^; Dames de Saint-Cyr. C'est la 218^ de la collection-Biaise.
- C'est-à-dire, parce qu'il prétend que messieurs de Saint-Lazare ont employé, etc.
* l>'s chovaliers de Saint-Lazare.
* Ce^i de la Sainte-J!aisun de Thonon qu'il s'agit.
pour l'affaire de Talloyres, et moy encor avec eux. Je voof supplie de commander à Dupont de les remettre au premier qui passera en Piedmont. Ces Pères sont revenus tres-pleins de respect et d'amour cordial pour vous et toute vostrc mayson. La fille * se porte bien, et est tous-jours bonne fille, je veux dire tous-jours meilleure. Madame du Fond , ma tante, et comme je croy, vostre hostesse de Tonon , me prie, par une lettre, que je vous recommande l'affaire qu'elL* a au Sénat; je ne sçai quelle elle est : mais elle, elle est certes digne de faveur pour mille raysons, entre lesquelles celle-cy me presse, qu'elle a esté notre Rahab * en Chablaix: horsmis que toute sa vie elle a esté de bonne réputation, la comparayson en est bonne. Je prie nostre Seigneur qui! vous renforce de plus en plus pour porter le faix qu'il a imposé sur vos espaules, et que ce soit par après très longuement, car ce sera très heureusement ensemble. Je suis, Monsieur mon frère, vostre très humble frère et serviteur.
* La mère Favre.
« Rahab est appelée dans la fulgate meretrix, c'est-à-dire courtisane; mais dans le texte hébreu le mot correspondant signifie aussi aubergiste. Ainsi le passage de cette lettre doit s'entendre ainsi : « Elle a été notre Rahab en Ch»biais, » c'est-à-dire elle nous a reçus et cachés chez elle comme Rahab avoit » ©aché les espions de Josué; et elle ressemble en tout à Rahab, excev*S » qu'elle a été toute sa vie en bonne réputation. »
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LFTTRE*
A M. DE SAINTE CATHEniNE, CHANOINE DE SAINT-P[EI\RE DE GENÈVE.
l\ lui promet d'obliger, autant qu'il le pourra, deux personnes qu'il lui avoit
recommandées.
Décembre ICIO.
Monsieur,
Voyla vostre presire, que nous vous renvoyons despeché. Je serviray M. d'Avully en tout ce qu'il me sera possible, notamment en Tun et en l'autre des articles que vous me marqués.
Et, quant au premier, bien que je n'aye pas accoustumé d'estre pour personne es appointemens , attendu que ma qualité m'invite tous-jours à la neutralité, pour penser la paix ; si est-ce que , si elle le veut ainsy , je me dispenseray de lettres pour ce coup, et M. de la Roche, qui est dehors, estant venu, je luy parleray à mesme effet.
Quant au second, je pense qu'il faudra attendre qu'elle vienne icy pour voir le train de cette Congrégation, affin que, selon le jour qu'elle prendra, on regarde de luy donner satisfaction, s'il se peut.
Néanmoins je veux bien dire que malaisément pour roi t-on luy permettre d'avoir une fille de chambre qui ne fut pas de la mayson, mais ouy bien qu'elle fut spécialement servie, par une de celles qui seront en la mayson. C'est affin que tout là-dedans aille d'un train.
Certes, pour moy, je souhaitterois fort de la voir bien consolée en cette vocation-là,
» Communiquée par M, l'abbé Bonvallet, confesseur des Dames de la Yisi'talion, rue St.-Antoine. C'est la 220* de la collée lion-Biaise,
'Ne me faites point d'excuses à m'escrire bien ou mal ; car ne me faut nulle sorte d'autre cérémonie que de m'aymer en nostre Seigneur, selon lequel je suis vostre, etc.
LtiTTRE^
A M. DESHAYES
Le Saint est demandé par M. de Pcrrochel, cur6 de Saint-Cervais. pour prêcher le Carême suivant en sa paroisse; il marque qu'il n'y a ^««itit d'appartiM«:e qu'il le puisse, à cause des différends des prifices; il eu témoigne cependan une grande envie. Eloignement de M. de Charmoisy pour l'esprit de la Cour, d'où il se relire avec madame son épouse, et où il avoit deb ennemis. Saint François jtromrl dallfr k la Sainte-Baume, si M. Deshaves y va. Secondo édition de son Introduction à la Vie dévote. Il fait présent à deux dames d'un exemplaire.
Vers le mois de décembre 16101 Monsieur,
Puis que je sçai que vous croyés la vérité que je vous ay si souvent jurée, d'estre très absolument et invariablement vostre par inclination, par eslection et par un extrême amour, je ne vous feray point d'excuse du long tems que j'ay mis à vous escrire; car je suis asseuré que vous ne l'interpreterés nullement en mauvaise part. Laissant donc en arrière toute sorte de préfaces, je vous remercie humblement du soin que vous avés d'acheminer le dessein de me faire jouyr encore une bonne fois de vostre présence en vostre Paris. Je dis de vostre présence, qui m'est désirable sans fin , et en vostre Paris , où elle me sei^it concédée plus à souhait qu'ailleur-<?. Mais, Monsieur, dites-moydonc la vérité, je vi.,as supplie: ces obédiences et morlilîcations de n'oser pas estre libre,
» Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Rouen. C'est la 221« de ia collection-Biaise,^ .0.1.,,'
quand on n'est pas serf, ne sont-elles pas comparables à celles de ceux qui ne sont pas libres, parce qu'ilz sont serfs? Il faut néanmoins s'y accommoder, et tout doucement, qui est l'importance.
Que j'estois aise en cette petite ombre d'espérance que j'avois conceûe de me trouver à Paris auprès de vous, comme je faysois souvent par l'imagination, avec laquelle je prevenois le tems de cette jouyssance désirée î Et puis que je suis sur ce sujet, je diray encore qu'il y a troys jours que je receus une lettre de M. de Santeuil , qui , de la part de M. Perrochel , me semond à la chaire de saint Gervais pour l'an 1611, et me dit que l'on en a parlé avec M. Deshayes, mon arch'intime. Voyés-vous, Monsieur, ce mot d'arch'intime ne m'avoit point encore esté devant les yeux : mais sur une si grande vérité, il a esté receu de mon cœur très intimement, et le bon M. de Santeuil ne me dit iamais un mot plus à mon gré.
Or je reviens à ce que je disois : c'est que je n'ose encor dire que non , tandis que j'espère que l'accommodement de^ Princes accommodera peut-estre ces affaires ; ni aussi je ne veux dire qu'ouy, ne pouvant avoir nulle asseurance. M. de Santeuil dit que, si je veux, le Roy en escrira à son Altesse; mais , comme sçavés , ce seroit un petit trop chaud et pesant pour moy : c'est pourquoy j'attendray encore un peu avant que d'en donner la dernière resolution audit sieur de Santeuil, et cependant luy diray chose pour laquelle il devra conseiller à ce Seigneur de ne point s'attendre à moy; comme aussi bien en tout esvenement, si j'avois ma liberté pour ce tems-là, il ne manqueroit pas de chaire en une ville où il y en a tant.
Au demeurant, voyant que Dieu le veut, je m'arreste de très bon cœur icy, et prens , en eschange de la satisfaction que j'aurois de vous voir, l'aise que j'ay à penser en vous, à parler de vous avec ceux qui vous honnorent , et sur tout à
i^ OPUSCULES
VOUS chérir d un amour tendre et respectueux autant qu'homme du monde.
Encor faut-il que je vous die que nous avons depuis peu nostre M. de Charmoisy, avec lequel je me suis entretenu ce matin trois grosses heures sur son départ de la maison de 3fonsieur, et ay trouvé que certes il a eu plusieurs bonnes raysons de le faire , qui seroient trop longues à déduire ; néanmoins il m'a dit que tous-jours il s'accommoderoit à ce que ses amis, et sur tout vous et moy luy conseilleriom;. Certes, Monsieur a perdu un très bon, très utile et très digne serviteur ; et Mademoiselle sa maistresse eust eu en madame de Charmoisy une fort vertueuse servante.
Je vay pensant comme je pourrois faire pour servir d'instrument à la réparation de tout cela, mais je vois la chose mal-aisée; car les oreilles de Monsieur se remplissent tous les jours à^ plus en plus de persuasions contraires, que <îeux qui n'ayment pas M. de Charmoisy ont tout loysir et avantage de faire ; et après une séparation si entière , il sera mal-aisé d'oster un peu'd'aversion des cœurs de l'un à l'autre : ^t côluy de Monsieur , comme vous sçavés , ayme d'avoir ses coudées franches , et celuy de M. de Charmoisy est courageux , qui ne peut souffrir le desdain au passage de Monsieur.
Je me fourreray le plus avant que je pourray en cette entreprise, et auray bien loysir d'y penser, puisqu'on ne l'attend que sur la fin du mois auquel nous sommes. Je ne crains sinon d'offenser ma conscience en cela : car je n'ay pas si bonne opinion de la Cour ^ que ja ne pense que Dieu soit mieux servy hors d'icelle qu'en icelle; et S. Augustin avoit cette solennelle resolution de ne jamais conseiller à personne la suite des Cours. Toutesfois la vertu de M. de Charmoisy est des-ja ferme pour n'estre pas esbranlée à ce vent là.
5 Mais, si vous continués de vouloir faire le voyage à la
sainte Baume, ne doutés pas que vous ne m'ayés pour associé à vostre pèlerinage ; car ce n'est pas sortir de Savoye d'aller à Marseille , pourveu que ce soit sur le Rhône, auquel nous contribuons tant d'eaux et tant de sables; et nostre cher petit Evesque \ mais grand Prélat, sera bien aise de nous faire l'hospitalité en passant, moyennant un sermon que je feray à son peuple, qui, oyant parler de Genève , y viendra tout entier , huguenots et catholiques pesle mesle. Je m'en donne des-ja au cœur joye.
Madame vostre chère partie me fait trop d'honneur de me vouloir du bien et se ressouvenir de moy; mais en particulier estant avec Madame la Marquise de Menelay, une des Dames du monde de laquelle j'honnore le plus la vertu et constance en la pieté.
Et puisqu'elles favorisent ce chetif livret de l'Introduction à la vie dévote, je vous supplieray dans trois semaines de leur faire à chacune un présent de ceux que je vous envoyeray de la. seconde édition, autant que ma commodité me permettra, à laquelle j'ay adjousté beaucoup de petites chosettes, selon les désirs que plusieurs dignes juges m'ont tesmoigné d'en avoir, et tous-jours regardant les gens qui vivent en la presse du monde.
J'escris cette lettre sans loysir et sans esprit, mais non pas tans cœur ; car mon cœur est tous-jours où il peut regarder, Nostre Seigneur vous conserve, prospère et bénisse, Monsieur : c'est le souhait de vostre, etc.
» M. l'évêque de Montpellier.
Lxxxvm.
LliTTRE'