‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 43 sur 183 · A MM. LES CHANOINES COMTES DE LYON · texte numérisé non relu

A MM. LES CHANOINES COMTES DE LYON

n s'excuse auprès d'eux de ne pouvoir prêcher TAvent et le Carême dans leur cathédrale, sur la difficulté d'en obtenir la permission du duc de Savoie.

Annecy, 25 juin 1612.

Messieurs,

Je prens à tant d'honneur la recherche qu'il vous a pieu de faire de mes prédications pour l'Advent et le Caresme prochain, que si vostre rang en l'Eglise, et le mérite de tant de personnes signalées desquelles vostre compaignie est composée, ne m'avoyent des-ja obligé avons honnorer ei respecter, je ne laisserois pas de l'estre extrêmement par cette favorable semonce , que de vostre grâce vous m'avés faite, à laquelle je vous supplie de croire que j'ay fidèlement correspondu par un sincère désir d'y satisfaire.

Et à cet effet , ne pouvant bonnement partir de cette province où ma charge me tient lié , sans Faggreement de son Altesse, non seulement j'ay fait supplication pour l'obtenir, mais j'ay conjuré un de ceux que je croyois estreplus propres, afhn d'en solliciter l'entérinement.

Or, voyant que j;^sques à présent je n*ay aucune response, et que si par adventure je la recevois négative dans quelque tems, la faveur que vous m'avés faite de me souhaiter seroit suy vie du desplaysir de n'avoir ni mes sermons, ni peut-estre ceux des autres prédicateurs sur lesquelz, à mon défaut, vous pourriez avoir jette les yeux , d'autant que cependant

» Tirée des lettres du Saint; Paris, J. Dessin, 1637, tome I, p. 8^ C'est k 269« de la coUectioQ-Blaisdr

ilz se pourroient engager ailleurs ; cela, Messieurs, fait que je vous supplie de ne plus continuer envers moy Tlionneur de» vostre attente, et de colloquer celuy de vostre choix en quelque autre qui ait plus de liberté que moy pour Taccepte Vous ne pourrés que beaucoup gagner au change, si l'on esgard à la suffisance, puis qu'en cette partie-là je suis inférieur à tous les prédicateurs qui hantent les bonnes villes j et montent es grandes chaires, comme la vostre. Mais quant à l'affection de vous rendre du service et du contentement, je pense que mal-aisément eviteriés-vous de la perte, puis qu'en vérité j'ay le cœur tout plein d'amour et de révérence pour vous, et d'ardeur et de zèle pour l'advancement de la vraye pieté en vostre ville.

Que si, après ces longueurs, qui sont ordinaires es Cours, la response de son Altesse m'arrivoit selon vostre désir et le mien, et qu'il vous pleut me conserver l'eslection que vous aviés faite de moy pour une autre année, je vous asseure, Messieurs , que je vous conserveray de mon costé la volonté que j'avois prise de suivre la vostre; volonté que je vous offre dés maintenant avec bien humble remerciment, pour demeurer toute ma vie , Messieurs, vostre, etc.

LETTRE

A MONSEIGNEUR l' ARCHIDUC DE FLANDRE.

Il le supplie d'interposer son autorité pour faire cesser l'empêchement que l'on mettoit à un établissement de Religieuses Annonciades dans le bour^ de Saint-Claude au comté de Bourgogne.

Gex, 29 juin 1612.

Monseigneur,

Pendant cette saison , lorsque j'étois au pays de Gex , pour y régler les affaires ecclésiastiques, quelques filles de la ville de Saint-Claude, qui, semblables à des vignes en fleur, répandent partout la douce odeur de la piété, sont venues m'exposer la douleur amère de leur âme.

Elles ont un ardent désir d'être Religieuses; mais, voyant qu'elles sont si éloignées de tous les monastères de filles ,. qu'elles désespèrent de pouvoir jamais contracter la sainte

» C'est la 270e de la collection-Biaise, et la 21* du livre I^r des anciennes, éditions.

Rogat ut protectione suâ pias quasdam virgines, religiosum vitae genus méditantes, ab obviantibus impedimentis defendat.

Cùm hoc tempus sestivum , augustissime Princeps , in recensendi» rébus eccît^^iasticis hujus regîoilis Gaïanse impenderera^ ecce à linitimo oppiao Saneti Claudii, vineas quaedam parvulîB, ut anteà suavissimum pietatis odorem , Hà nune amarum mentis suae dolorem dederunt.

Aliquot enim illius loci virgines devotissimas, cùm summoperè cuperent religiosum vitae genus aggredi , viderentque se tam longe à monasteriis mulierum abesse^ ut vix possent sperare se expetiti»

alliance qu'elles souhaitent avec le saint époux de leurs âmes, elles ont dessein de faire bâtir un monastère en ce îieu. La maison même est déjà commencée avec l'approbation de tous les gens de bien. Cependant on s'avise de les troubler ; car il est ordinaire à ceux qui cherchent le royaume €t la gloire de Dieu, d'avoir des traverses sur mer et sur terre, et d'être persécutés par les faux frères, je veux dire ^ar ces renardeaux qui détruisent les vignes de l'Eglise K

Oui, Monseigneur, quoique cette congrégation désira', •choisir un institut approuvé par l'Eglise, et depuis longtemps établi en Bourgogne, néanmoins , à cause des oppositions que forment les enfants du siècle , qui souvent , par une ruse diabolique, détruisent la piété sous prétexte de la piété même , cette œuvre si sainte n'a encore pu réussir selon l'intention de ces pieuses filles.

Dans un si grand embarras, plusieurs, abusant de leur simplicité, ont tenté de les jeter dans le désespoir; mais elles, considérant la grande piété de votre Altesse, en ont

« Caiit., II, 15.

sponsi cœlestis riuptiis aliqiinndo potitiiras, de monasterio ibi constnieiido cugilare cœperiinl; cùmque res bonis omnibus grala jamjam iniliuni habilura videretur, repente ab huminibus vcnit tiirbatio. Solemne namque est omnibus regnuin el uloriam Dei paulô [)ressiùs C[uaTentil)us, pericula in mari, pericula in terra, sed maxime k falsis Iratribus, hoc est, à vulî>ibus parvulis qua) demoliuntur vineas, cxperiri.

Ergo , serenissime Prince; s, cougregatio illa virginum, quamvis '•nstitulum tcclesiae judiciu i^r batuin, et in Burgundiâ jampridem incdpliiMi, colère vellet, muiiis tamen contradicentibus hujus socjculi liliis, qui etinterdùm, per horrendam astutiam, pietatem pietais prii texîu eveliunt, nuilà ratione hucusque negotium illud sacrum conf'n ère valuit.

Verùm in tantâ difficultate, elsi plerique simplicissimis virginibu» desperaliunem injicerent, non potuerunt nihilominùs illœ non rectè speraie, diim \idelicet in celsitudinis vestrai summam pietatem ocu-

luguré qu'elle pourroit leur procurer un libre accès auprès le vous, et elles se sont persuadé en même temps qu'elles m obtiendroient sans peine la protection nécessaire pour vaiucre les obstacles que Ton met à leur établissement.

Or, comme Ja pudeur qui est naturelle au sexe est inséparable aussi de la virginité, elles n'ont pas eu la bardiesse d'aller vous faire la révérence sans avoir à leur tèle un prêtre pour les introduire ; et , comme }e suis l'évèque le plus voisin des enwons, elles m'ont prié d'écrire en leur faveur, et d'appuyer leur requête de ma recommandation auprès de votre Altesse.

Mais, quoique je me sois chargé de cette commission, et qtie je m'en acquitte sur leurs plus instantes prières, l'on ne doit pas s'imaginer que je présume assez de moi-même pour croire que ma sollicitation auprès de vous soit suffisante; car ce qui fait mon assurance, c'est que je marche avec simplicité, et que mes prières seront soutenues de celles de plusieurs persomies qui peuvent beaucoup sur l'esprit de votre Altesse; mais je compte encore plus sur sa bonté naturelle, sur la reli£rion dont Dieu Ta gratifiée, et sur sa dévotion signalée par tant d'actions de piété. Enfin votre propre in-

los mentis conjiciunt , arbitratae sanê meritô se ab eâ facile praesidium impetrare posse, quo omnia impedimenta dispellantur.

Et quia seiui et virginitati pudor naturà indi?iduus cornes est , non sunt ausœ ad pedes celsitudinis vestr*;, niii aliquo sacerdote duce, accédera : undè me, tanquam e\ antistibus viciniorem, roga- Terunt, ut eas earumque sanctura desiderium eidera piissimaî celsitudini Yestrœ per litteras commendarem.

. Qnod dùm impensissimis precibus facio, non certè proptereà me Telle ambulare in magnis* existimare quisquam débet : ideô namque ambulo conlidenter -, quia ambulo simpliciter, conlisus nimirùra preces meas à plerisque magnae apud vestram celsitudinem auctoritatis intercessoiibus auxilium accepturas. Postulaliit enim mecum

» P&. CXLX, 8. — « Frosèih.j ^ S.

térêt , -qui -se irouve attaché à cette œuvre de charité, me répond de la protection de votre Altesse; car la malheureuse condition des temps où elle se trouve exige bien des prières, et par conséquent elle a besoin d'un grand nombre d'intercesseurs auprès de la majesté divine.

C'est pourquoi, Monseigneur, j'ai pensé que ce nouvel essaim d'abeilles spirituelles, qui s'exercent à composer le miel de l'oraison, vous seroit d'autant plus agréable, qu'elles ont résolu de travailler plus utilement et plus fortement, eu égard aux nécessités présentes. Grand et sérénissime Prince, je vous souhaite une longue , heureuse et saint.-^ vie , et je vous supplie de regarder favorablement, d'accepter et de combler les souhaits de ces très-humbles et très-dévotes filles, que vous a asposés, Monseigneur, votre, etc.

id Ipsum quod expeto innata vestrse celsitudinis benignitas , infnsa religio, parla devotio, acdenique horum temporura raiseranda conditio, quaB ea est, ut preces plurimas, ac proiudè precatores multos requirat.

Quare novum hoc mysticum examen apum, orationis mellificium meditantium , eô gratius celsitudini vestrae futurura duxi, quô locupletiorem et utiliorem huic aetati operam navare constituit. Vive porrô^ celsissime et serenissime Princeps : vive quàm diutissimè, quàm felicissimè ac sanctissimè, et sacrarum harum virginum hamillimarura faventibus oculis aspice, excipe, perfice votum, quod humillimè eiposuit sereoissimss celsitudini vestrœ^ etc.

2 i 0 OPUSCULES

LETTRE

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