‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 45 sur 183 · DE PAR · texte numérisé non relu

DE PAR

Il lui mande qu'il vient d'écrire à la Supérieure de l'Institut de Sainte-Marie de la Visitation , à l'effet de la prier de ne point exclure de son monastère la fille de ce Seigneur, sous prétexte qu'elle n'étoit point propre à l'exercice de la méditation.

Annecy, 22 août 1612.

Monsieur,

J'estois malade en Piedmont quand je receus vostre lettre du 27 may ; maintenant de retour au lieu de ma résidence , Je vous* remercie très humblement de la souvenance que vous avés de moy, qui réciproquement ay gravé en mon ame le respect que je doy à vostre vertu et pieté, tesmoignée de vray par l'assistance que vous listes à Madame de Goulller pour la réception des filles de sainte Marie de la Visitation, en suite dequoy je voudrois bien , je vous asseure, Monsieur, vous rendre quelque utile service en toutes occasions,, mays en -^rticulier pour la consolation de madamoyselle vostre fille, et mesme ayant receu une si grande recommandation et si puissante, comme est celle de Monseigneur le Duc de NemourSj, qui m'escrit ardemment pour vostre intention. Néanmoins, Monsieur, scientibus legem loquor *, je doys limiter mon vouloir par mon pouvoir qui ne s'estend pas hors de mon diocèse, sinon par manière d'intrusion. Et partant , j'escris à la Supérieure de laquelle vous vous

» Communiquée par M* V. Pigeau, avocat. C'est la 148« inédite de la collection-Biaise.

* C'est-à-dire : Celui à qui j'ai l'honneur de parler connoît cette loi. Cesti «ne heureuse application des paroles de saint Paul, Rom., VII, 1,

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plaignes, qu'autant qu'il se pourra bonnement faire selon Dieu, elle contente vostre désir en considération de celuy que j'ay très ardent de vous rendre service ; que si après cela , il se treuve quelqiie difficulté , ce sera à l'authorité de Monseigneur le Cardinal-Evesqne de Paris, ou à ceux qui ont charge de luy, de la résoudre. Au reste, Monsieur, il n'y a aucun article secret es Constitutions de l'institut de Sainte Marie , sinon qu'il ayt esté dressé si secrettement que, je n'en aye jamays eu connoissance. Car, quant à moy, je puis dire quant à cela, à l'imitation de nostre Seigneur et Maistre , in occidto locutus sum nihil * . Il n'y a rien de cabalistique en tout ce que j'ay jamais dit ni escrit. Que si * quelqu'un vous a dit le contraire, il a eu tort, de moy qui sçai dés le temps mesme que vous me marqués et duquel la mémoire m'est si douce, quand j'avois le bonheur d'estre avec vous au collège , que veritos non cpxeror angidos -, et qu'il n'y a nulle hnesse au vray service de la pieté. Et de plus. Monsieur, bien que l'exercice de la méditation soit grandement desiral)le es monastères, si est-ce que, quand toutes les autres qualités se treuvent en un esprit , tous-jours j'ay jugé que celle de n'estre pas propre à former les méditations n'estoit pas suffisante pour forclorre une ame du Cloistie. Peut-estre donq y aura-il en madamoiselle vostre fille quelqu'autre manquement, non es choses essentielles de la pieté simplement, mays à l'adventure en ce qui est requis au genre de vie des Seurs de la Visitation qui provoque la Supérieure à la désirer ailleurs. Car 4e ne puis m'imaginer que sans rayson, de gayeté de cœur, ni mesme de fierté de courage, elle voulust fascher un personnage de vosti'e condition et refuser le séjour au Monastère à. une fille si bien née comme est la vostre. Monsieur ; et quant aux frais que vous a v es faits pour l'essay, qui n'auront pas esté

* Cosl-à-dire : Je n'ai rien dit en secret. Jean, XVIU, 20.

* Peut-être fiudroit-il lire non reor angelos.

eniployés pour la personne propre de celle qui Va fait, je crois que vous n'en aurés pas de refus. En somme, puisque vous m'avés fait l'honneur de m'aymer dés il y a si longtems, je vous supplie très humblement de continuer tousjours,

Monsieur,

Et de croire que de iont mon cœur je seray toute ma vie, Vostre plus humble et affectionné serviteur,

François, Evesque de Genève.

av.

LETTRE

Il le prie d'appuyer une requête qu'il lui envoie pour les affaires de son chapitre; il lui parle d'un phénomène qui avoit paru sur la ville de Genève.

31 août 1612.

Monsieur, Il faut que l'asseurance que j'ay de vostre bienveuillance soit infiniment asseurée, puis qu'à tout propos, et avec tant de liberté, je prens la confiance de vous supplier pour les affaires ecclésiastiques que maintenant il me faut avoir de delà; car certes, de mon humeur, j'ayme la modestie. Or voyla une requeste pour obtenir une revision en faveur du Chapitre de mon Eglise. C'est une affaire, comme je pense, ordinaire, » t que je ne vous voudrois pas donner la peyne de faire ; mais vostre amitié en mon endroict est si universelle, que volontier elle me favorise en toutes occurrences grandes et petites. Aussi puis-je jurer que mon affection pour vous

« Tirée du premier monastère de la Visitation de la ville de Rouen. C'est la 276e de la collection-Biaise.

est si absolue, générale et invariable, que vous n'en aurés jamais de plus entière de personne du monde.

Je vous escris sans loysir , à cause du soudain départ de ceux qui portent ce paquet à Lyon; aussi n'ay-je rien de nouveau dés la dernière lettre que je vous escrivis, sinon que nous avons veu en cette ville plusieurs colomnes enflammées sur Genève, et la veille de l'Assomption entre midy et une heure, en un jour très clair, uue estoille assés proche du soleil aussi brillante et resplendissante qu'est la plus belle estoille en une nuict bien sereine. Je suis, Monsieur, etc.

GV.

LETTRE

A M. 1^ BARON DE VILLETTE , CONSEILLER B'ÉTAT ET MAITRE d'HÔTEL DE S. A. Ro

Saint François lui témoigne le désir de le voir jouir des effets de raffection du prince. Il lui parle de la vocation de sa fille.

Annecy, 21 septembre 1612.

Monsieur mon oncle.

Je vous remercie très humblement, quoy que plus tard que je ne devois, de la faveur de vostre lettre que M. de Gie, mon cousin, m'apporta, entre cette infinie multitude d'occupations que nos grands pardons me donnèrent. Je ne doutois point que S. A. ne vous regardast comme les grands princes ont accoustumé de voir leurs grands fidèles serviteurs ; Dieu veuille que ses mains vous soyent aussi libérales que ses

* L'autographe s'en conserve dans les Archives de la Visitation d'Annecy. C'est la 149« inédite de la collection-Biaise.

DE S. FRANÇOIS nE SALES. 223

yeux. Il seroit bien raysonnable que comme les princes s'estiment les soleils de ce bas monde, ilz rendissent les rayons de leurs regards effectifs, ainsi que ceux du soleil le sont sur la terre.

Nous avons eu la bonne Madame de Beaume, que mon cousin salua et luy fît une petite harangue sur le sujet de sa maistresse qu'elle aggrea extrêmement, et me dit que si elle luy pouvoit rendre quelque sorte de bon office en ses amours , elle le feroit de tout son cœur, m'asseurant que cette damoiselle, dont il est question, estoit une perle en bon naturel , en bonne humeur et en vertu , qui me fait d'autant plus louer le choix que vous en avés fait pour la consolation de vostre vieillesse future, et voudrois bien pouvoir contribuer quelque service à ce dessein, comme aussi à tous les autres qui regarderont vostre contentement.

Et à ce propos , hier ma chère petite cousine me vint voir, qui m'expliqua son intention pour le regard de la vocation religieuse, et me dit son petit cas si honnestement et gentillement, que j'en demeuray fort édifié et consolé. Ce fut qu'elle desireroit bien d'avoir la volonté d'estre Religieuse à la Visitation, mais qu'elle ne pouvoit s'y résoudre, parce qu'elle ne pouvoit se ranger à une si grande perfection, et ne luy estoit pas advis qu'elle la puisse entreprendre. Mais parce qu'elle me dit qu'elle vous en avoit escrit fort amplement, je ne vous diray point le reste de nos discours, desquelz la conclusion fut qu'elle me prioit de vous faire aggreer de la supporter en son imperfection. Je crois bien que la pauvre petite ne pense nullement au mariage, et qu'elle s'accommoderoit à une autre sorte de vie, pourveu qu'on n'observast pas une règle si absolue comme on fait à la Visitation. Certes, je la treuve si bonne fille, que je ne puis m'empescher d'espérer que de quel costé qu'elle se tourne, elle ne vous donne de la satisfaction.

Pour moy, priant N. S. qu'il vous conserve à longues

années pour les vostres et pour moy qui suis le plus humble,

je demeure,

Monsieur mon oncle,

"Vostre très affectionné, fidèle serviteur et neveu,

FfiAm OIS , Evesque de Genève.

LETTRE

A M. DESHAYES

Il est invité à prêcher le carême à Saint -Benoît, à Far'S. ''année suivante, et répond qu'il ne peut l'assurer, vu les circonstances où il se trouve avec son souverain.

Annecy, 5 octobre 1612.

Monsieur,

Je pense que vous ne douterés jamais de mon affection à l'accomplissement de vos volontés et désirs ; car l'excellente amitié de laquelle vous m'honnorés est arrivée jusques à ce point de perfection , qu'elle est exempte de toute défiance et de tout doute.

Mais en l'occasion d'aller en nostre chaire de Saint- Benoist, ce n'est pas vous, Monsieur, seulement qui n'en devés pas douter, c'est tous ceux qui s'entendent tant soit peu en mes inclinations. Dieu sçait bien que je preparois un cœur tout nouveau , plus grand , ce me semble, que le mien ordinaire, pour aller là prononcer ces saintes et divines paroles ; premièrement pour, en une si belle et digne occasion, rendre de la gloire à sa divine majesté, puis pour donner du contentement à celuy qui m'y appelloit avec tant

1 Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Uouen. C'est la 278^ de la collection-Biaise.

de cœur et de courage. Et si , je me promettois, par un certain excès d'amour à ce dessein, que, preschant maintenant un peu plus meurement, solidement, et pour le dire tout en un mot entre ^ous, un peu plus apostoliquement que je ne faysois il y a dix ans, vous eussiés aymé mes prédications^ non seulement pour ma considération, mais pour ellesmesmes.

Or, voicy à quoy je me treuve à présent : son Altesse ^ esconduit la Reyne , ainsi que M. de Roiscieu vous aura dit, et un amy que j'ay en Cour m'advertit que rien ne profitera en ce sujet , auquel son Altesse est résolue de ne se laisser point plier. J'avois presque résolu de passer jusques à Turin , pour voir si je pourrois , par déclaration de mes intentions bonnes et franches, esbranler son esprit; mais voyci que de toutes parts on m'asseure qu'elle vient dans peu de jours avec Monseigneur le Prince à Chamberi , et Qosti>^ Monsieur le premier président Favre estime que sadite Altesse me retient de deçà pour m'y treuver à sa venue : de sorte que me voyla en perplexité ; car, si le Pape mesme me commandoit d'aller, et son Altesse estant de deçà me retenoit, avec promesse que le Pape n'auroit pas des- :aggreable, je serois bien en peine, comme vous pouvés penser.

Et quant à l'expédient du procès que j'ay au Conseil privé, il m'est advis, sauf le vostre meilleur, qu'il seroit extrêmement pressant, et sujet à estre soupçonné d'affectation de mon costé, et à donner de rav^r^tage à mes parties. M. de Charmoysi, qui après moy desiroit le plus mon voyage , est en peine comme treuver une bonne sortie de ces considéralions. Certes, si son Altesse ne venoit point, l'authorité du Pape seroit toute-puissante; car j'employerois son commandement, sans prendre congé que par lettre; mais son Altesse estant ici, j'aurois peine à me demesler des répliques qui me «eroient faites, et ne croy pas que je le puisse.

Cependant le tems court , et nous va mettre dans peu desemaines à la veille de Caresme , si que il sera mestiuy malaysé de treuver un prédicateur sortable à vostre chaire. Il faut confesser la vérité ; j'ay une extrême passion en cette occurrence, et ne sçay bonnement me résoudre, sinon à ce point que tout ce que vous me dires, je le feray de très bon cœur, quoy qu'il en doive arriver : et de plus, que si jamais je vay à Paris faire le Caresme , ce ne sera que pour vostre seule considération, soit que vous ayés la charge de l'Eglise, ou que vous ne l'ayés pas.

Je vous asseure. Monsieur, que je vous escris sans sçavoir presque ce que je fay ; tant il me fasche de ne pouvoir pas avec entière liberté vous dire : Je vay.

Vous m'excuserés donc , s'il vous plait , et mon style; et croyés qu'avec un cœur invariable et immortel je suis ef, seray, Monsieur, vostre, etc.

LETTRE

BE 9. FRANÇOIS DE SALES A M"** l'aBBESSE DU PUITS-d'oRBE.

U la félicite du bon ordre qu'elle avoit mis dans son inanastère par le moyeu'

d'un bon prstxe.

23 février 1613.

Je suis , certes , bien marry, ma très chère Seur , ma fîlle^ que vous n'ayés receu mes lettres, que souvent je vous ày t.6crittes et adressées à Dijon, non point tant pour autre sujet,, que pour la consolation que vostre bon naturel vous fait re-

* Tirép. du monastère de la Visitation de la ville de Langres. C'est la 287e d« la coUectioû-Blaise. <

DE S. FRANÇOIS DE SALES. 22l

cevoîr quand vous voyés de mes esciits. Or sus, Dieu soit loué. Meshuy quand nostre mère de Chantai escrira à Bourbilly, je me serviray de l'occasion, puis qu'elle est plus asseurée. Mais dites-moy, je vous prie, ma chère fille, eussiés-vous bien x^eu croire qu'une affection plantée de la main de Dieu, arrousée par tant d'obligations que je vous ay et à vostre Mayson, fut sujette à diminulion ou esbranlement? Non, certes, ma très chère Sejir, ma fille, il n'est pas possible qu'une amitié vraye et solide puisse jamais cesser.

' Quelle joye'dequoy vostre' Monastère va si bien, et qu'il fait honneur devant Dieu et ses Anges à M. de Sauzea! Certes, je ne suis pas Ange, mais je l'en honnore davantage, et prie Dieu qu'il restablisse de plus en plus cette sainte faaiille en son amour. J'escrivis il y a quelque tems audit sieur de Sauzea une response assez ample aux siennes : je ne sçay s'il l'a receuë. Au reste, pour vostre particulier, faites souvent renaistre toutes les saintes resolutions qu'au commencement de nos* ferveurs Diuu nous departoit si abondamment : que si elles ne sont plus si sensibles, il n'importe, pourveu qii'elles soyent fermes et fortes. J'ay bien entendu tout ee que vous m'escrivés, et, ma suffît. Dieu par sa bonté vous tienne tous les jours de sa très sainte main; c'est une prière quotidienne que je luy fais.

Je vous remercie de la toile ; si vous venés l'esté prochain, vous nous commuhiquerés bien de la recette; et cependant on employera ce que j'en ay.

Je dis, si vous venés; parce que, encor que ce me seroit un contentement extreme'de vous voir à souhait en nos pauvres petites contrée^, si est-ce que je ne voudrois pas tirer sur moy le coîitregré de Messieurs vos proches, s'ilz en avoyent, en ne vous le conseillant pas , ni aussi prëjudicier à ma consolation en vous conseillant. Dieu vous inspirera ce qui sera pour sa gloire et la vostre.

Cepenrlant il faudra donc escrire dans le livre quelque chose, à mesure que, parmi les fréquentes pensées quej'ay sur vous, il plaira à nostre Seigneur jetter dans mon cœur des advis propres pojir le vostre. Je salue infiniment toute vostre chère troupe, et spécialement nostre seur. Je salue encor M. de Sauzea , si par fortune il est là. Mes frères sont fous vos s(^rviteurs tres-humhles , sur tout mon frère de lioisy, qui n'est pas présent maintenant que j'escris, et si, je ne l'ay point adverty. Aymés-moy tousjours cordialement, ma très chère Seur, ma fille, puis que de tout mon cœur je suis vostre. Dieu vous bénisse. Amen.

Vostre, etc.

/^/^/^/v^A/^/v^/v^/^/v^/^J'^/v^^urv/^y^-A^^

cvin.

LETTRE

tbE S, FRANÇOIS A M. LE COMTE DE TORNON, €ar Taccusation portée contre un de ses parents.

Annecy, 11 avril 1613

Monsieur,

J'escris à part ce billet , pour laisser l'autre lettre en estât de pouvoir estre monstrée à M. le marquis de Lans. Et si je ne l'avois escritte si précipitamment, j'eusse voulu qu'il l'eut envoyée ou à M. le Chancelier ou à quelqu'un qui eut entrepris de bien représenter à S. A. la malice et le venin des ennemis de nostre pauvre parent qui est là musse comme un lièvre dans marila avec une fort exacte obéissance. Chacun est scandalizé du grand pouvoir que les accusations

* L'autographe en étoit conservé che?. madame la marquise Camerana, née 4e Tornon, à Turia. C'est la 153^ des lettres inédites de la collectioa- Biaise*

DE S. FRANÇOIS l^E SALES. 229

seules ont ; s'il suffit d'accuser, qui sera innocent? Ceux qui connoissent M. de Servetti, et je crois que S. E. le connoist, sçauront bien discerner de Faction d'hier. Certes, Berthelot n'avoyt que faii^; de s'opposer à lui en la conduite des dames ; car, comme vous sçavés, c'est un gentilhomme de si bon lieu que comme ce soit, encor le faut-il respecter, or il suffit si l'on peut faire l'office au pauvre parent des-ja banni du Genevois et serré dans une maison seule. Pour moy, je voy tant de malice et de ruse en ses caloii^ !iiateurs et la voy si clairement, que je me sens obligé dn jvxrler. Et me semble que le silence seroit péché. L'importana^ est que l'office se

face car je m'asseure que ce matin Berthelot un

homme comme sachant bien que la plus grande force de sa ruse consiste en la diligence. Si la C( mtesse nous envoyé des bouteilles , on les emplira tant qu'il y aura un piqu'ardent. F* si nous eussions eu des ampolons à suffisance, nous '^ eussions pas oublié de vous envoyer vostre part.

Je feray tenir seurement la lettre au cousin lundy ou mardy au plus tard. J'espère avoir le bien de vous saluer et redire que je suis,

Monsieur,

Vostre plus humble, très affectionné serviteur,

François, Evesque de Genève.

LETTRE

DE s. FRANÇOIS DE SALES A M. DESHAYES.

n témoigne le désir qu'il a et l'impuissance où il se trouve de prêcher Î8 Carême à Parisien la paroisse de M. Deshayes; et il fait entendre que cet em{)êchemem, .^/loit du soupçon qu'on avoit donné au prince que cida étoit suggéré par messieurs de Charmoisy et Deshayes. Il dit que M. de Nemours Ya en France, et se plaint de l'incivilité d'un libraire qui, ayant fait imprimer son ouvrage de TÉtendard de la Croix sans sa participation , avoit changé le titre et supprimé l'Âvant-propos. Il desline son livre de ['Amour de Dieu à Kigaud de Lyon, et un autre pour Paris. Enfui, il espère voir. dans peu M. de Charmoisy en liberté.

• 20 mai 1G13.

Monsieur,

Je receus à Turin vostre lettre du 30 mat^s avec une v^xh^eme confusion d'y voir le remerciment que vous me faites de ma persévérance au désir de servir vostre paroisse le Caresme prochain, puis que ma volonté, ma persévérance, mon espérance, demeurent frustrées et inutiles, son Altesse ne m'ayant pas voulu accorder que je sorte d'icy pour les prédications, avec des paroles tant honnorables que rien de plus, mais nullement favorables à mon intention ; de sorte, Monsieur, que je vous supplie de ne plus vous amuser à moy en façon quelconque, puis que je suis si impuissant à vous rendre le service que je vous dois.

J'ay bien néanmoins encor un ressort en main, k^id je vay faire jouer clés demain, mais je ne m'en ose rieia promettre. Si vous sçaviés, Monsieur, d'où vient l'empesche- «nent, vous admireriés l'industrie du démon qui s'oppose à

* Tirée du monastère de la Visitation de la ville de Rouen, C'est la 290^ de )a collection-Biaise.

lias désirs. Pour Dieu , Monsieur, croyés bien , je vous supplie, que mon cœur est totalement dédié au vostre, et mes désirs à vos affections , et que si je sçavois faire mieux pour faire réussir vos intentions, je le ferois.

,Je vous diray ce mot en la confiance que j'ay de vostre prudence : M. Trouillons, qui sert son Altesse es affaires de France, dit à Turin, sur le propos de la recherche qui a esté faite ci devant de me faire aller à Paris : C'est Charmoysi et le sieur Deshayes qui ont ce dessein, nul autre n'y eut pensé qu'eux. De là on passe à d'autres pensées. Jusques à quand sera-ce que l'on vivra ainsy ? Hors cette particularité, que vostre seule considération me faisoit avoir plus à cœur q^u'autre chose quelconque de celles que j'avois à traitter, son ÂJtesse m'a comblé de tesmoignages d'estime et de faveur, autant que l'action de la guerre, en laquelle je le trouvay, le pouvoit permettre.

. M. de Nemours va en France dans huict jours.

Je Ireixve très mauvaise la procédure du libraire qui a •osé, sans rime ni rayson, mettre un tiltre si impudent au livret de la Croix '. Hors le tiltre et l'omission de l'avantpiopos, sans lequel ce livre semble un songe, je n'en serois pas si fasché , bien que tous-jours ce seroit une incivilité commise en mon endroit ; et , s'il m'eut averti, je luy eusse rendu ce livret mille fois plus vendable, par la correction et amendement que j'y eusse faits. Mais pour tout cela je ne vous supplieray point de prendre la peine de faire faire les défenses qui seroient requises pour en empescher la débite ; ■car ce vous seroit une trop grande importunité. Je me contenteray bien q^u'il vous playse luy faire dire qis'il me

* Il s'agit ici de l'ouvrage de saint François de Sales intitulé : L'Etendard de la Croix , qui en celle année même 1613, comme on le voit encore aujourd'hui par un exemplaire (n» 24866) de la Bibliothèque Mazarine, avoit «été imprimé sous le titre fastueux de Panthologie ou Thresor précieux de la saincte Croix par Fr. de S. Ev, de Genève, à Pms, chez Claude Rigaud.

donne cette satisfaction de remettre le titre. Rien ne m'est plus à contre-cœur que l'ambition des tiltres.

Je hais l'archi-relieur qui , privé de raison , Fait le portail plus grand que toute la mayson.

J'ay promis le livre de l' Amour de Dieu à Rigaud de Lyon , et certaine petite besoigne pour ce Diocèse à un autre. Passé cela, si jamais je metz la main à la plume, ce sera pour Paris à vostre gré, mais certes, je ne sçai ce que je pourray jamais faire. J'espère dans cinq ou six jours voir M. de Charmoysi en liberté. J'escris à Madame de Charmoysi, qui vous fera sçavoir ce qui en est, et l'advis que je luy donne, puis que je suis pressé de iînir. Monsieur, je suis plus qu'homme qui vive, vostre, etc., qui vous souhaitte, et à Madame vostre moitié, tout le bonheur du ciel et de la terre.

GX.

LETTRE

A MONSIEUR LE COMTE DE TORNON

Saint François lui envoie des prémices du vin grec de Montpellier.

Aneci, 14 juin 1613.

Monsieur,

Je vous remercie de la part qu'il vous plait de me faire de vos nouvelles, que je mesnageray tous-jours le plus discrettement que je pourray. Vous aurés les prémices du via grec de Montpelier , lesquelles puisque j'avois destinées à M. le marquis de Lans nostre gouverneur gênerai, se ren»

1 L'autographe en appartenoit à madame la comtesse Camerana, née à» Tornon , à Turin. C'est la 154^ inédite de Biaise.

contreront à propos entre vos mains pour luy estre données , bien que je ne veuille pas pour cela m'exempter de luy envoyer le^ secondes traittes , des quelles aussi peut-estre réciproquement vous fera- il part. Mes frères sont tous vos serviteurs, et se rendront tous-jours pour vous suivre partout, mays voyla Bernadet qui me dit qu'il n'est plus tems pour ce coup, puisque S. E. part s( udain après disné, estant arrivée dés ce soir passé.

Je suis sans nouvelles de M. de Charmoisy nostre cousin, et ce sont bonnes nouvelles, car s'il y en avoit d'autres, je serois adverti; or j'attens tous les jours l'ordre de sa liberté que monseigneur de Nemours m'a promis, c'est pourquoy je ne luy envoyé point jusques à ce que je Paye.

A ce propos on m'a dit que le sieur Berthelot avoit fait faire des grandes plaintes contre mon frère le chevalier à S. E., mays il se treuvera que c'est à tort, et pour des frivoleries, comme de ne le saluer pas, non plus qu'il n'est pas salué de luy, et semblables choses indifférentes et dont les plaintes peuvent estre réciproques , quoy que non égales en l'inégalité des personnes. Nous sommes ici en occupation pour telles petites observations, ot cela me tient lieu de mortifications, car en vérité j'aurois bie^: d'autres choses à faire, qui seroyent plus utiles.

Je prie Dieu qu'il vous comble de bénédictions, et suis

«ans iin,

Monsieur,

Vostre très humble serviteur,

François, Ev. de Genève.

CXÏ.

LETTRE

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