‹ Œuvres Completes Volume 7Chapitre 65 sur 183 · A LA MÈRE MA RÏE- JACQUELINE FAVRE · texte numérisé non relu

A LA MÈRE MA RÏE- JACQUELINE FAVRE

SUPÉRIELnE DE LA VIMTATION A LYON.

L'amonr de la vocation est un excellent moyen de se sanctifier. Remèdes aux tentations d'iino-ireté, auxquelles les personnes les plus saintes sont exposées comme d'autres, pour lenr swvrr d'épreuves. Les Supérieur i^ doivent vfiiier à robservati»>n des Uègl^s, î.u bon ordre et à la bienséance en toutes choscs, et taiue porter respect aux choses saintes.

Annecy, 13 décembre 161S.

Il est vray, ma très chère Fille, nous avons bien tardé à vous esciii e : il y a aussi trois semaines que pour moy je vay trai^nant entre la santé et la maladie; mais ce n'est pas cela qui m'a empesclié d'escrire : c'est que nulle commodité ne s'en est présentée , ni petite ni grande. Doresenavant, quand iious n'en aurons point icy, nous enverrons à Cliam^ fceri, car là elles ne manquent jamais. Mais vous, ma très chère. Fille, n'escrivés pas tant de lettres à chaque fois : il sulïira, quand vous aurés tout escrit à la chère mère, de faire un seul petit billet au pauvre père qui ne dit rien sinon qu'il est tout vostre.

Je suis consolé plus qu'il ne se peut dire de voir que vous .berissés ardemment vostre vocation ; cela seul vous peut sanctifier, et rien, sans cela. Grâces à Dieu, nous voyons que

1 Tirée du monastère de la Visitation de Grenoble. C'est la 358* de la col lecli i.-Blaise, et la 45^ du livre YI des anciennes éditions.

yn. t^

3a divine providence s'en veut servir pour le bien de plusieurs dmes en divers endroits où Ton désire cette Congrégation, laquelle, par miracle, est féconde, ce semble, au propre instant de sa naissance.

* (Je pense bien que de ces filles qui veulent voir la prat- *jque et la forme des règles, il en faudra faire venir une partie ici, afBn que vous ne soyés surchargée d'un soin excessif, et avec nostre chère seur Marie- Aymée *, que je voy des-ja, ce me semble, un peu tremblante sous le faix : or, Dieu aggrandira son courage, et luy donnera la force d'un zèle généreux sur le fondement d'une humilité profonde.)

J'ay veu la tentation. Helas, ma très chère Fille, il en faut avoir; celle-là embarrasse quelquefois le cœur, mais jamais elle ne le terrasse, s'il est un peu sur ses gardes et hardy. Humiliés^vous grandement, et ne vous estonnés point. Les lis qui croissent entre les espines sont plus blancs, et les roses auprès des eaux sont plus odorantes, et deviennent musquées. Celuy qui n est point tenté, que sçait-iPt

(Si vostre peine vous tient au sentiment, comme il me semble que vous le signifiés, changés d'exercices corporels, quand vous en serés pressée : si vous ne pouvés bonnement changer d'exercices , changés de place et de posture. Cela se dissipe par ces diversités.

Si elle vous tient en l'imagination , chanter, se tenir avec les autres, changer d'exercice spirituel, c'est à dire passer de l'un à l'autre , et les changemens de place vous ayderoD^ encor.

Sur tout ne vous estonnés point, mais renouvelles souvent vos vœux, et humiliés-vous devant Dieu. Promettes à vostro cœur la victoire de la part de la sainte Vierge.)

* Les passages mis ici entre parenthèses avoient 6té supprimés daxM les pre« mières éditions.

2 La mère Marie-Airaée de Blonay.

» Qui non est tentatus, quid scit ? Eccles., XXXIV, 9.

DE S» FRANÇOIS DE SALEi. 291

Si quelque chose vous lient en scrupule, dites-le hardiment 'et courageusement, sans faire aucune reflexion, Ihorsque vous allés à la pénitence. Mais j'espère en Dieu qu'avec ud esprit noble vous vous tiendrés exempte de tout ce qui neut donner scrupule.

Je veux bien que vous portiés une fois la semaine la haire , sinon que vous connoissiés que cela vous rendist trop paresseuse es autres exercices plus importans , comme i] arrive quelquefois.

Tenés bon, ma très chère Fille, pour l'estroitte observance des règles, pour la bienséance de vostre personne et de toute la May son. Faites observer un grand respect aux lieux et aux choses sacrées. Le soin que vous aurés en tout cela sera -grandement aggreable à nostre Seigneur, surtout si vous le prenés avec humilité, douceur et tranquillité.

Nos seurs vous diront toutes les nouvelles de deçà, et de la réception de la bonne madame de Chatelar, et de mademoiselle d'Avisé. Cela fait un peu de mal au cœur des mondains, mais il n'y a remède ; il faut que nostre Seigneur soit iservy.

Je dis à nostre seur de Gouffié, que je voulois meshuy m'essayer de donner de la générosité à la dévotion de nos seurs, et en oster la tendreté que l'on a souvent sur soymesme. Cette petite douilletterie qui oste le repos (et nous fait désirer des particularités spirituelles et intérieures) nous fait excuser nos humeurs et flatter nos inclinations : mais, ma très chère Fille, ce n'est pas besoigne faite, bien ({u'en vérité toutes s'y acheminent. Or, je ne doute point que Dieu ne vous donne les mesmes sentimens, puisque vous estes un mesme esprit avec tous nous,

J'appreuve que vous continuiés d'appeler nostre merej mère, puisque c'est vostre consolation, et que vous m'ap pelliés père, puisque j'ay pour vous un cœur extraordinaire* ment plus que paternel. Saches, ma chère Fille, que depuis

que vous estes en charge, vous m'estes tous-jours si présente^ que je suis, ce me semble, perpétuellement avec vous, non sans faire mille et mille souhaits sur vostre chère ame.

Pour Dieu, salués un peu Monseigneur FArchevesque * quelquefois de ma part. Vous ne sçauriés croire ^e que jeluy sois, et comme Dieu benit sa petite visite qu'il fit icy. Je salue M. de Saint Nixier, duquel vous vous loués tant : Dieu aggrandisse ses bénédictions sur luy et sur nostre M. l'Aumosnier. Item je salue Madame la présidente Le Blanc, quand vous la verres, et M. Colin et M. Vulliat, laissant à part ma chère seur Marie-Peronne *, à qui je suis tout, et à toutes nos bonnes Seurs. Je'salue en fin vostre cœur, que le? mien chérit de toutes ses forces, et luv souhaitte la benediclion de celuy de nostre Seigneur, auquel soi! gloire eteriiellement, Amen, et à celuy de sa très sainte Mère nostre Dame.

Vostre renouvellement n'ayant pas esté fait le jour de la Présentation, vous le pourrés faire le jour de l'an, ou les Rois, ou comme Monseigneur FArchevesque voudra : car je croy bien que vous voudrés que ce soit luy qui le reçoive. Nos Seurs d'icy dirent avant la messe, pendant que je m'habillois, le Veni^ €reator; et après le renouvellement, le Laudate Dominum , omnes gentes, et prononcèrent biea gravement leur renouvellement.

Ma chère Fille, helas 1 je suis tout, vostre.

* L'Archevêque dé Lyon.

• La mère Marie^Péronne de Gha^l.

LETTRE

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