‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 1 sur 65 · BÉFINITION ET ORIGINE DU MOT ROMAN · texte numérisé non relu

BÉFINITION ET ORIGINE DU MOT ROMAN

ÎjE docteur Jobtisou a donné la définition soi- -vante du mot romance , pris dans sou acception première : Une fiction guerrière du moyen âge ; ^~un récit d étranges aventurée de chevalerie et d^'amour. Quoique cette définition exprime d^uue manière correcte le sens ordinaire du mot^. elle n'est pas assez générale pour le sujet que nous voulons traiter ici* Une composition peut être un roman , sans avoir riea qui appartienne soit à Famour ou à là chevalerie > soit à la guerre ou au moyen âge* La définition^ de Johnson ne prén sente réellement qu-une seule partie essentielle , les aventures étranges. Nous serions plutôt disposés à dire- d'un romance , que c'est ut» récit fictif soit en vers,, soit en prose , qui intéresse

par des aventures étranges et merueillêuses^ Ce mot de romance contrasterait alors ayec le mot analogue i» novel, {roman), lequel, suivant Johnson , est un récit agréable , généralement ^ amour j et que nous aimerions mieux définir une narration fictive , gui diffère du romance en ce qu'elle ne s'éloigne pas du train ordinaire des choses humaines et de l'état nwdeme de la so^ ciété. Si Von adopte ces définitions, il est clair, d'après leur nature même , qu'il sera souvent difficile de déterminer si certaines compositions appartiennent exclusivement à Tune ou à l'autre des deux classes. Il y en aura qui participeront évidemment de la nature de^ deux ; mais la distinc* tion que nous admettons est assez générale pour convenir dans la grande majorité àes cas.

Le mot romance , dans son acception primitive , fut très^loin d'être entendu comme nous l'entendons aujourd'hui. Il signifiait, au contraire, un des dialectes populaires de l'Europe , qui prit naissance , comme la plupart des autres oialectes , de la langue romaine, c'est-à-dire du latin. Le nom de langue romance a été donné indistinctement à l'italien, à l'espagnol, et même (au moins dans une occasion remarquable) (i), à Tanglais. Mais on le donnait plus spécialement à la langue d'origine très-complexe de la France , dont le dialecte gothique des Francs, le celte des anciens Gau-

- (i) La 4écoiw«rt« de «e pnuga «wienx e«t ime axi scÉn» de RitsOB» qui Va ftV0»v< dau GinUdut Cambrieiuis : a Ah ilU a^â optimâ, qu8B scottice vocaU est, Tnth ; britannlce , WeiHd; romane vere y SeoUe^WaUte, » On voit ici que les divers noms dn Fritli ofForU» sont rappot lés en langue gothique e» erse^en bwion ou gaHais» et qae la déstgaation romam s*appliqae au langage wxkl anglais. G^est peut-être le seul exemple qn*on puisse citer OÙ la langue anglaise est appelt^e lan^e romane , ou romance.

SUR LE ROMAN. n

loiS; et le latin classique, formaient les ëlëmens. Ainsi y sulyant Robert de Bronne :

AU \% caled^tteloglis »

That en tliis language «poken it ^>

Frankis speefc is caled rmmajiee ,

So tàgi* clerkis aod men of Franct (i).

« On 9ppelle anglais toiit ce gui , d^ns ce langaM , est parle ; mais la lakîgae française s^appelle romance t ainki le disent les dercs et les hommes de la f'ninee. «

A unç ^{ipque a^^ rçculée que Van ii5o, il parait cer^in q^e dçjà la lang^e r(>i9aoce se distinguait d^ la langi^ç latine, puisqueu faisait des traductions de l'unç dans l'autre ; la preuve , c'est q^'ttn yieu^ roman s\ur }e sujet à^jil^jçandre, cite' par Fauchet, nous appr.çnd que l'au^ur était un savant clerc.

Qni de latin lu trest et en rontan la mit.

Cependant les plus célèbres romaits du moyen ^e furent ordinairenient cofuposés dans la langue romance ou française y qui étant celle qu'on parlait à la cour de Paris et à celle de Ldndres y sons les rois normands, derint la langue de l'amour et de la cheyalerie. Aussi da^ns les romans composés en Ters anglais le poète affecte toujours d'avoir pris son sujet dans quelque roman français^ qui, dans la plupart des cas, sinon dans tbus^ doit avoir réellement existé. Se la vient la répétition fréquente de cette phrase^

A4 in romance we read OU

Bigbt as the romaunl os tells-

(^) Hou» donnons le texte même de ce.' cK^lions en langue romance, ^i s'éloig.nc qucl^ruefois beaucoup de l'arglais moderne.

Tr.

Comme on lit dans le roman , OU

Juste comme le roman le dit»

et de beaucoup d'expressions équivalentes^ qui sont bien familières à tous ceux qui connaissent ce genre de composition. C^est ainsi que naturellement f et sans doute peu à peu y le nom même de roman ou de romance , passa insensiblement ^ du langage même qu'il désignait , à cette espèce particulière d'ouvrages , pour lesquels on remployait si souvent et qui en paraissait inséparable. Nous ne saurions fixer maintenant ^ avec quelque exactitude , l'époque reculée oii s'opéra cette transmission de nom. Mais on peut croire , d'après les meilleures autorités ^ que le mot de roman se prenait déjà au sens moderne du temps du roi Edouard III d'Angleterre; car Chaucer rapporte que I privé de sommeil pendant la nuit ^ pour s'aider à passer le temps, il

« Se tint le«^ droit sur son lit , et envoya clierclier un roman pour le lire et cliasler la longueur de la nuit.

Vpon my bed I ttiêe iipright ,.

And badeone rechin a bake A BOMAVHCE , and itme took To read , and drive the mght awaj.

Ce livre que Ghaucer appelle un roman, contenait, suivant ce qu'il nous apprend lui-même ,

« Des fables que des clercs , dans le vieux temps , et encore d'autres poètes , avaient mises en rimes, s

FaVes ,

Tliat clerkis. liad in old time

And other poets put in to rhymc.

£t ce même auteur nous dit un peu plus bas,

SUR LE ROMAN. iS

« Que ce livre ne parlait guère d'aatrt chose ^pie 4tt histoires des reines , ûnsi que de* roi». »

Tbis hock «e spoke but of sncli things , Of queen's lires and of kings.

G e livre , sur lequel GKaucer s'exprime ainsi , n'est autre que les Métamorphoses d'Ovide^ et en lui appliquant le terme de roman , ce vieux poète démontre assez que le mot était employé, locsqa'il ccriyait^ dans le sens moderne.

Après avoir ainsi examiné et expliqué l'origine du mot roman, notre tâche se divise naturellement en trois branches d'inégale étendue. Dans la première, nous nous proposons d'examiner en général l'histoire de l'origine de ce genre particulier de composition y et spécialement les romans qui se rapportent aux mœurs de la chevalerie en. Europe , et c'est là évidemment la partie la plus intéressante de notre sujet; dans la seconde division ^ nous donnerons quelques courts détails sur l'histoire des romans de chevalerie dans les difierens pays de l'Europe , et enfin nous nous proposons d'indiquer- rapi4ement les diverses espèces de compositions romanesques qui ont suivi et remplacé les romans de chevalerie.

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