TOME IX. II
^4^ HELDING.
avoir ses conseils et sou assistance pour l^exé* cation d'un projet qui remédiât ou mil fin aux ▼ois secrets , et qui donnât à la police de Londres une action plus puissante. Pour la faible sofnme de 600 \ir, que lui paja le gouvernement , FieN ding s'engagea k dëtniire plusieurs bandes de fripons audaeieux qui infestaient alors là capiuie et ses environs : quoique sa santé fût dans le dernier délabrement , il conttmia à surveiller loimême la conduite de $es agens , à recevoir les dépositions et à signer les mandats d'arrêts jusqa'è l'entier accomplissement de ce grand projet.
Ces derniers efibrts furent ftinestes à son corps épuisé, qui souffrait alors de l'hydropisie , de la jaunisse et d'un asthme; il essaya en vain lés eaux de Batb, et on eut recours â différens moyens pour le soulager et non poâr le guérir ; mais les ventouses seuleft réussiretit jusqu'à un certain point ; ses médecins lui donnèrent le dernier et triste conseil de cbercher un clirisat plus doux. Ea se conformant à leur avis, il a laissé sur son dé^ part pour Lisbonne les pénibles détails qu'on Va lire, et qui peignent l'homme et sa situation mille fois mieux qu'une autre plume né pourrait le faire : « Aujourd'hui, mercredi ^4 i^^^ '7^4, dit-il, le soleil le plus triste qiie f aie jamais vu s^esi levé et m'a trouvé éveillé dans ma maison à Fordhook; â la clané de oe êùUil j'allais voir, pensais-je , ^our là détliicf e foie ^ en leur disant un dernier adieu, ces objets ehéris ^our lesquels je me sentais une teiidresie totile maternelle ; car la doctrine de Pécole philosophique, qai m'avait appris k supporter la douleur et à mépriser la mort, n'avait pu m'endurcir contre ces sentimens de la nature : dans cette situation, ne
pouyant la Taîncre, je m'abandonnai entièrement à elle, et elle me rendit aussi complètement sa dupe, qu'a jamais pu l'être la femme la plus faible; sous le prétexte de me permettre de jouir encore une fois , elle m'amena à chercher pendant huit heures la société de mes petits-enfans ; et, sans aucun doute, j'ai plus souffert dans ce court intervalle que dans toute ma maladie. A midi précis je fus averti que la voiture m'attendait 3 aussitôt j'embrassai mes enfans l'un après l'autre^ et je montai dans le carrosse avec un peu de résolution 3 ma femme, qui se conduisit véritablement comme une héroïne et comme un ^ilosophe, quoiqu'elle soit en même temps la mère la plus tendre, me suivît ainsi que sa fille aînée; quelques amis m'accompagnèrent, d'autres prirent congé de moi , et j'entendis faire sur ma fermeté un coucert d'éloges auxquels je savais bien n'avoir aucun droit. »
Ce morceau touchant fait partie de son voyage à Lisbonne, ouvrage qu'il commença avec une main tremblante , pour ainsi dire , du froid de la mort; exemple singulier de la vigueur natU' relie de Fielding. Aux prises avec le triste regret de quitter tout ce qu'il aimait , luttant contre les tourmens d'un mal sans remède, il lui échappait encore de temps à autre des éclairs du brillant génie qui avait naguère charmé le monde. Son habileté à saisir les caractères et à Içs retracer ne l'avait pas abandonné dans ces tristes momens; le capitaine du navire sur lequel il était passager, l'hôtesse toujours grondeuse de l'île de Wight , l'officier petit-maitre qui visite le vaisseau , sont des portraits tracés de cette main de maître qui a peint le curé Adams et le Squîre Western.
Le ciel abrégea le Voyage à Lisbonne. Fielding arriva dans cette ville y et y resta trois mois; mais il ne put, comme il se le proposait, y continuer ses travaux littéraires. La faux de la mort planait sur lui , et frappa sa victime au commencement d'octobre 1754* Il expira dans sa quarante-buitième année , laissant une veuve et quatre enfans , dont l'un mourut peu de temps après. Avec l'assistance de M. Allen, sir Jobri Fielding, son frère, bien connu comme magistrat, pourvut d'une manière convenable au bien-être de sa famille; mais nous ne savons rien de certain sur son sort ultérieur.
Ainsi vécut, ainsi fut enlevé à un âge où le monde aurait pu attendre de la maturité dé ses talens une nouvelle série d'agréables cbefs-d'œuvre le célèbre Henri Fielding , créateur du roman anglais.
Aucun de ses plus beureux imitateurs n'a encore égalé la force comique de son humour toute nationale, ni st$ portraits si vigoureux et si naturels.
ÂLbotsford , 25 octobre 1820.