‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 21 sur 65 · TOME IX · texte numérisé non relu

TOME IX

2i8 FIELDING.

drame parle aux yeux et aux oreilles ; lorsqu^A cesse de s'adresser à ces organes , il manque entièrement son but en exigeant d'un auditoire F effort d'imagination nécessaire pour suivre et donner la vie k des objets invisibles, et cette erreur peut être ceUe d'un homme de génie.

Il résulte de ce que nous venons de dire que^ bien que Ton puisse composer une pièce fort agréable h la représentât ionien choisissant dans un roman l'intrigue et les caractères (i), les plus grands efforts de génie suffiront à peine pour faire un roman d'une composition dramatique. Dans le premier cas , un auteur, n'a plus qu'j^ resserrer les événemens dans le cadre convenable pour la représentation , choisir les caractères les plus saillanSy écarter toutes les redites comme toutes les longueurs, et donner ainsi à l'ensemble de son ouvrage une contexture dramatique. Mais nous ne saurions concevoir comment on pourrait introduire heureusement dans une bonne pièce ces accessoires de description qui furent nécessaires au romancier pour donner à son récit les dimensions convenables. C'est ainsi que celui dont le plus grand mérite consiste k s'adresser seulement à l'imagination, et dont le style, par ce motif, doit admettre une foule de détails circonstanciés , peut aisément se tromper dans un genre de composition où il faut encore laisser tant à faire

(i) Un critique dout le» oliservations sont aussi ingénieuses que profondes , M. C... (Duviquet) prétend même qu*on ne pourrait cré^r avec un roman une pièce satisfaisanle. Cette difficulté est moindre , il faut en convenir , sur la scène anglaise , où l'absence des unités rapproche davantage la comédie du roman. Golman a emprunté au roman de Tom Jones sa Femme Jalouse; et clies nous Desforges a trouvé un heureux sujet dans le même ouvrage. 3Vous avons enfin vu, en i8aa, Gil Blat entier joué 4 Londres en

cinq acUs ! ! — Ed.

FIELDING. :ii9

A l'acteur^ sans compta ^es alliés naturels^ le knachi* niste, le peintre et le costumier^ et où toute excursion dans le diépartemcnt spécial de ces auxiliaires est une faute fatale. D'ailleurs dans les récits d'in*» Tention l'auteur fait son ouvrage à lui tout seul et pour son propre compte, au lieu qu'en écrî»- Tant pour le théâtre il s'associe avec les acteurs; et c'est par les efforts réciproques des uns et des autres ipi'une pièce doit réussir. Toute associa-f tion , disent les légistes , est mère de di$porde ; et l'on peut se convaincre, en lisant l'admirablt dialogue entre le comédien et le poète , dans Joseph AndretPB , chap. x , liv. m , combien il est difficile à la concorde, de s'établir. Le poète doit s'attendre à voir tomber sa pièce, s'il ne veut, pas faire les concessions les plus larges à l'expérience et aux talens de chaque acteur qui y }oue un rôle. Celui qui, en écrivant un roman > prêtait un langage et des sentimens à ^% caractères d'invention, se voit forcé de prendre le soin bien autiement grave de ks adapter à des per* sonnages réels ; et ceux-ci , à moins que leurs rôles ne se trouvent exactement en harmonie avec leur goût et leiurs talens particuliers , ont indi-^ viduellement le pouvoir de faire tomber la pièce, et assez souvent c'est leur caprice. Voilà entre autres difficultés de l'art dramatique celles qui lui appartiennent plus essentiellement; et c'est justement par ces obstacles qu*est arrêté le ro« mancier qui aspire à étendre *ses triomphes dans les domaines du théâtre.

Nous avons déjà remarqué que jusqu'en i^S»;, Fîelding mena k Londres la vie d'un homme d'esprit et de plaisir, cherchant tontes ses jouissances dans une succession d^amusemeos et d^

aao FIELDING.

dissipations , et trouvant dans les ressources précaires du tkëàtre l'argent nécessaire pour continuer une pareille conduite* Il devint même, pendant une saison (i), directeur d'une compagnie de comédiens. Ayant rassemblé à cet effet un certain nombre d'acteurs sans emploi , il se proposait de leur faire jouer ses propres pièces dans le petit théâtre d'Haymarket. Ce projet ne réussit point ; et sa troupe , qui était tombée du ciel , comme il le disait , fut obligée de se . séparer*

Pendant sa carrière dramatique^ Fielding , comme la plupart des auteurs de son temps, reconnut l'impossibilité de capter la faveur du public sans condescendre à flatter ses animosités politiques. Deux de ces comédies , Pasquin et le Registre historique ^ contiennent de violentes attaques contie sir Robert Walpole, dont il avait vainement recherché la protection en 1780. La liberté de ces satires contribua beaucoup , diton ,* à l'établissement d'une mesure jugée nécessaire pour réprimer la licence du théâtre, et qui mit fin à ce goût de satire personnelle et politique qui avait été excité et entretenu par le succès de l'opéra du Gueux , de Gay. Cette mesure ne fut autre chose que le pouvoir discrétionnaire, confié au lord trésorier , de refuser le droit de représentation à tout écrit dramatique qu'il désapprouverait. Cette ordonnance donna lieu à beaucoup de clameqrs dans le temps j mais la satire dans toute sa licence a depuis trouvé, pour se répandre en public , tant de voies plus faciles et plus

(i) La saison du grand tbc&tre , comme celle desbaL à Londres, se termine généralement avec la session du parlemenl| au moisde juillet f pour recommencer en novembre. — Eo.

directes^ que son exclusion de la scène n'excite plus ni intérêt ni regret. On ne regarde même plus conTme une attaque yiolente contre la liberté, d'empêcher que les partis politiques se trouvent en présence dans les théâtres , • destinés aux plaisirs du public, et non aux luttes des factions (i).

En 1736, Fieldiug parait avoir voulu faire nn établissement. Il épousa une jeune personne de Salisbury , nommée miss Graddock , belle , aimable, et possédant une fortune de i5oo livres sterling. A peu près dans le même temps , il hérita y par la mort de sa mère, d'une terre de 300 livres sterling de revenu, «tuée à Stower , dans le comté de Derb j ; il se trouvait ainsi possesseur d'une fortune qui lui donnait les moyens, à cette époque, de vivre d'nae manière honorable. Il quitta Londres pour s'établir dans son nouvel héritage; mais malheureusement il ne s'était pas corrigé de son penchant à jouir sans prévoyance du présent aux dépens de l'avenir. Il se donna un équipage avec des livrées brillantes ; et ses biographes ne négligent pas de nous faire remarquer que la cbuîeur , étant d'un jaune vif, nécessitait de fréquens renouvellemens. A l'exemple de nos prédécesseurs, que nous copions ici humblement ,' nous aurions cru impardonnable de supprimer une circonstance aussi importante. Les chevaux, les meutes, et une hospitalité sans bornes, aidèrent puissamment les gens de la livrée jaune k dévorer la fortune d'un maître aussi prodigue; et au bout de trois ans, Fleldîng se trouva sans terre, sans rentes et sans demeure.

(i) Le caprice tyranaîque du cen-sear actuel , G. Goloian^ tienl àû donner lien cependant i de vires réclamations. — £d*

sn FIBLDING.

Rederemi ëtudiant en droit au Temple , il s'ap*

Îli<{ua à la jurisprudence ; et après le terme 'épreuve ordinaire ^ il fut admb au barreau. Il est probable qu'il ne rapporta rien de son s^our dans le comté de I)erby, si ce nest cette expérience d'une vie campagnarde et de ses plaisirs^ . qui lui a permis dans la suite de tracer le portrait inimitable du Squiro Western.

Fielding eut donc alors une profession y et comme il avait employë à l'étude toutes les facultés d'un esprit supérieur y on pourrait s'attendre à lui voir obtenir dans cette nouvelle carrière des succès dignes de ses talens^ mais les personnes qui par leur état peuvent avancer ou retarder la fortune d'un jeune avocat ne voulurent pas croire qu'un homme d'esprit et de plaisir comme Fiel- * diug consentit jaunis à consacrer l'application convenable aux affaires qu'elles lui aurairat confiées^ Des maladies y résultat d'une conduite irrégulière > vinrent excuser cette négligence. De violentes attaques de goutte forcèrent Fielding à interrompre l'exercice de sa profession , et minèrent graduel lement sa santé. Il fut donc obligé d'avoir de nouveau recours au tbé&tre. Nous voyons en effet qu'il essaya de faire représenter la suite de sa comédie intitulée la Vierge démasquée (i); mais un des rôles paraissant avoir été écrit dans l'intention de ri(Hculiser un homme de qualité, le tord trésorier refusa son autorisation. Fielding chercha alors des moyens d'existence dans des écrits d'un autre genre , tels que des pamphlets politiques^ des traités éphémères , des essais^ etc.. Sa plume ) toujours prête, les lui fournissait à chaque nouveau besoin^ et il parvint ainsi à sou-

HELDING. aa3

tenir sa famille, à laqudle il était tendrement attaché.

^ Au milieu de cette TÎe précaire, de ces expédieus et de ce travail continuel , Fielding eut le mal* heur de perdre sa femme. Le chagrin que lui causa cette perte domestique fut poussé si loin que ses amis craignirent pour sa raison. La violence de son chagrin se calma cependant, quoique sts regrets aient été durables ; et la nécessité de lutter centre le besoin le força k reprendre le cours de ses travaux littéraires. Enfin, en 1741 ou 174^, des circonstances particulières rengagèrent à se livrer à un genre de composition tombé alors dans le mépris, et qui est devenu, gràcé à lui, une des richesses classiques de la littérature anglaise. Le roman de Pamêla , publié en 174^^ avait fait la réputation de Richardson; Fielding, soit qu'il fût fatigué de l'entendre louer sans mesure ( car cet ouvrage , dans lequel on trouve des passages qui de nos jours seraient ji^és très-inconvenans , était alors prôné même dans la chaire ) , «—soit que, écrivant pour ses besoins quotidiens, il recherchât ce qui intéressait momentanément le public, soit enfin qu'il fût entraîné par ce penchant naturel de malice qui nous pointe à rire aur dépens de V idole du jour , il résolut de parodier le style, les principes et les personnages de cet ouvrage si heureux. De même que Gay , pour se moquer de Philips, fit paraître la Semaine du Berger ; de même chez Fielding le désir de tourner Paméla en ridicule donna naissance k Joseph Andrei4>8 ; dans l'un et l'autre cas, mais surtout dans le dernier , l'ouvrage fut infiniment meilleur qu'on ne pouvait l'attendre du motif qui avait présidé à son exécution; cl le lecteur y

aî4 FIELDING.

tr^Miya un intërêt bien au-dessus de celai qne l'auteur avait eu dessein de lui procurer. Il y a en effet une ironie extrêmemeat fine et piquante dans le roman de ^ieiding , et Ton peut s'en convaincre en le comparant avec Pamêla ; mais l'ouvrage contre lequel est dirigée toute cette plaisanterie est pour ainsi dire oublié, tandis que Joseph Andreu^a est toujours lu avec le même plaisir k cause des excellentes peintures de mœurs qu'il renferme ; c'est surtout l'inimitable caractère de M. Abraham-Adams qui sui&rait seul pour établir la supériorité de Fielding sur tous sts rivaux; son savoir, sa simplicité, sa pureté évangélique, sa bonté constante sont si heureusement alliés à son pédantisme , à sa distraction habituelle et à cette science gymnastique et athlétique que les étudians de toutes les classes de la société rapportaient des universités, qu'on peut le nommer sans crainte une àes meilleures productions de la Miise du roman. Gomme Don Quichotte, le curé Adams est battu un peu trop et trop souvent; mais le bâton descend sur ses épaules comme sur celles de l'honorable chevalier de la Manche, sans que sa réputation en souffre le moins du monde, et il est bâtonné sans être avili. Le style de cet ouvrage, est-il dit dans la préface, est une imitation de celui de Cervantes ; mais dans Joseph jtndrei4>s et dans Tom Jones , Tautcur parait avoir aussi étudié le Roman comique de Scarron , fadis si fameux. C'est à cette production originale qu'il a emprunté ce style tragi-comique qui décrit des événemens risibles dans le langage de l'épopée classique. Mais ce genre de plaisanterie est bientôt épuisé, et Fidding l'a employé assea souvent pour s'exposer à être taxé de pédantisme.

FIELDING. aa5

Joseph Andrewa eut un véritable succès; si bien que Ricbardson , qui aimait la louange jusqu'à l'adulation , fut extrêmement offensé d'un aussi brillant triomphe; le cortège de ht& admirateurs des deux se%ts eut soin de répéter ses sentimens, et d'accabler Fielding de reproches. Cette animosité continua après la mort de ce dernier , et nous trouTons dans la correspondance de Richardson les réflexions les plus injustes et les moins généreuses sur la mémoire de Fielding. Richardson , qui connaissait beaucoup les sœurs de Fielding, se plaignit à elles, non de la manière dont notre auteur l'avait traité^ il était trop glorieux pour en faire mention, mais de sa malheureuse prédilection pour tout ce qui était bas et trivial»

Les expressions suivantes sont remarquables quand on considère l'extrême modestie de l'écrivain qui se constituait le juge eu dernier ressort du mérite de Fielding, et la délicatesse de l'homme qui ne craignait pas d'adresser à la soeur de son rival {^% observations suivantes :

« Pauvre Fielding , je ne pus m'empêcher de « dire à sa sœur à quel point j'étais étonné et (( affligé de voir combien il aimait et recherchait u tout ce qui est bas et vil. Si votie frère, lui « dis- je , était né dans une écurie , ou eût été un « coureur de mauvais lieux , on l'aurait pris pour « un génie, et l'on eût désiré qu'il eût reçu le M bienfait d'une éducation soignée et l'entrée de « la bonne compagnie. »

Après de telles plaintes ^ nous ne sommes plus surpris que Ri chardson avançât que Fielding était dépourvu d'inyention et de ta] eus \ que

%i6 FtELDING,

)e succès de ses meilleurs ouvrages ne durerait

pas^ et que; comme auteur^ il serait bientôt

oid>lié*

U ne parak pas que Fielding ait cherché à se Tenger de ces dispositions peu bienveillantes^ de sorte que s^il avait commis le premier acte d'hostilité sans provocation , au moins fut^il le premier à abandonner le combat^ et à accorder k Ri« chardson les éloges que son génie avait droit d'attendre de la justice de ses contemporains.

Dans le cinquième numéro du Journal Jacohite, Fielding fait hautement l'éloge de Clarisse, roman qui est sans contredit le meilleur de Richardson^ et quî^ avec l'histoire de Clémentine dans Charles Grandison , renferme des scènes

Pathétiques sur lesquelles se fondent les droits de auteur à l'immortalité : c'est donc ici une de ces occasions^ où l'on prendrait plutôt parti pour celui qui a offensé par légèreté , que pour le rival dont l'esprit peu. généreux, conserve un si long ](essentiment.

Après, la publication de Joseph Andrews ^ Fielding eut de nouveau recours au théâtre, et fît* Saraître le Jour de Noces , qui , malgi*é son peu e succès, lui donna cependant quelques avantages pécuniaires. Cet ouvrage fut la dernière tentative qu'il fit pour le théâtre. Le manuscrit de sa comédie des Pères fut perdu par sir Charles Hanbury Williams , et ce ne fut qu'après la moft de l'auteur que- la pièce fut retrouvée , et jouée au bénéfice de sa famille.

Une anecdote qui montre le peu: de soin que Fielding avait d)* sa réputation dramatique est ^nsi racontée par ses premiers biographes : a Un. des jours de répétition de son JQun de

Noces j Garrîck, qui remplissait un rôle principal y et qui déjà était en faveur auprès du public^ dit à Fielding qu'il craignait que l'auditoire ne l'accueillit mal dans un certain passage; il lui fit observer qu'un semblable accident pouvant le troubler pour le reste de la soirée , il convenait de le supprimer. « Non ^ parbleu^ répliquas « Fielding ^ s'il y a une mauvaise scène y laissez- « la-leur trouver. »

D'après celte réponse y la pièce fut jpnéc sans aucune correction; et^ comme la chose avait étépré vue y des marques de désapprobation ne tardèrent pas à se faire entendre \ Garrick , effrayé des hu'ées qui l'avaient accueilll|, se retira dans la chambre verte (i), où l'auteur était occupé à vider une bouteille de Champagne; il était à se» dernières libations y et jetant ses regards sur l'acteur au travers des nuages de fumée de tabac qui sortaient de sa bouche: « Hé bien! Garrick, s'ccria-t-il , qu'est-ce qu'il y a? que siffle-t-on dans ce moment ? — Ce que l'on siffle ? répliqua*, l'acteur y la scène que je vous ai dit de supprimer. Je vous Tavais bien dit que cela n'irait pas ; et ils m'ont tellement bouleversé y que je ne serai pas capable de me remettre de toute la soirée. — Ah diable! répliqua Fielding avec un grand sang-froid , il l'ont donc trouuée ? »

Outie diverses pièces fugitive», Fielding publia, vers l'année 1 733 , un volume de Mélanges y rcn-^ fermant le Voyage de ce monde dans l'aube y ouvrage où l'on trouve abondamment la gaieté particulière de Fielding , maïs dont il est difficile de deviner le plan et le but, UMistoire dfi-

(x) Le foyer des aclettr«.

a^S FIELDING.

Jonathan Wild-le-Grand vint ensmte. Il n^ett pas facile de savoir ee que FieldÎDg se proposait dans une peinture où l'histoire du vice n'est relevée par aucun sentiment qui puisse tourner au profit de la vertu j d'ailleurs , dans cette suite d'aventures imaginaires attribuées à un caractère réel ^ il y a quelque chose de grossier et un manque d'art qui fait en même temps soupçonner l'auteur d'avoir employé le titre ào Jonathan Wild dans l'intention seule de faire participer son livre à la renommée populaire qu'avait ce fameux brigand. Toutefois il est peu de passages dans les ouvrages les .plus estimés de Fielding qui soient plus marqués de l'empreinte de son génie particulier^ que la scène entre son héros et l'aumônier^ le révérend docteur de la prison de Newgate (i). Outre ces preuves de son industrie littéraire, la plume de Fielding était activement employée aux controverses politiques de son temps. Il fut le directeur d'un journal intitulé le Journal Jacohiie, dont le but était d'achever de détruire ces opinions et ce^ sentîmens qui avaient déjà été réfutés d'une manière sï effîeaeo aux champs de Culloden (2). Le vrai patriote et ie Champion furent des ouvrages du' même genre, qu'il composa entièrement , ou auxquels du moins il eut la plus grande part. Dans ces divers écrits il soutint avec chaleur ce qu'on appelait la cause des whigs, étant attaché alix principes de la révolution et à la famille de Brunswick, ou, en d'autres termes, étant un homme affectionné aux intérêts de l'Église ■ et de l'État* Son zèle resta long- temps ignoré,

(i) liivro IV , cliapitr&'Xiii-.

(3) Culloden fut le toia]>eau de^ opânions jacohltes. Yoyes dani U 3e volume de XHitioire éP Ecosse par sir "Walter Scott, le «up* ylëmeoLt consacre k rexpëdition de Cbai!les>£douai:d> — ^ Eo*.

FIELDING. ai9

tandis que des ëcrivains d'an rang bien inférieur étaient enriclib par les fonds des dépenses secrètes ayec une prodigalité sans exemple. A la fin^ en 1749) il reçut une petite pension ayec la place , peu honorable alors , de juge de paix pour Westminster et Middlesex , et la liberté d'en tirer le plus de profit possible , par les moyens les plus odieux. Il dut cette place telle quelle aux bons offices de M. Lyttelton^ qui depuis reçut le titre de lord*

A cette époque, les juges de paix de Westminster, nommés juges-commerçans , ne recevaient d'autre salaire des services qu'ils rendaient au public que leurs épices : système vil et misérable, qui engageait ces fonctionnaires publics à envenimer toutes les petites disputes qu'on venait leur soumettre , à trafiquer avec le crime et le malheur, et à tirer des voleurs et des filous leur subsistance précaire. Les mœurs de Fielding , qui ne fut jamais difficile dans le choix de sa société , ne dureut point s'améliorer par celle à laquelle sa place le condamnait. Horace Walpolc^ avec son insensibilité et sa bonne humeur, nous a laissé la description qu'on va lire d'une visite rendue à Fielding en sa capacité de juge de paix, et dans laquelle on voit qu'il avait complètement abaissé son esprit au niveau de sa place.

« Rigby m'a fait un tableau frappant de naturel. Fielding à toutes sts autres occupations a joint, grâce à M. Lyltellon, celles de juge de paix de Middlesex; Peter Bathui'st et Rigby conduisirent l'autre soir chez lui un domestique qui avait voulu ^er ce dernier. Fielding leur fit dire qu'il était \ souper , et qu'il fallait revenir le lendemain iaatin% Us ne se rendirent pas à celte excuse assez.

a3o FIELDING,

libre ^ et montèrent chez loi. Us le trouvèrent à table avec un ayeugle^ une fille publique et trois Irlandais. Devant eux était un morceau de mouton froid avec un os de jambon dans le même plat^ et sur une nappe des moins propres. Il ne se dérangea nullement, et ne les invita même pas à s'asseoir. Rigby , qui Savait vu venir si souvent chez sir G. Williams emprunter une guince, et fiathurst, chez le père duquel il avait été trop heureux d'avoir son couvert, ne respectèrent pas davantage cette fière indifiercnce , et prirent eux-mêmes des sièges. Alors il s'occupa des fonctions de sa charge (i). »

Il y a quelque chose d'humiliant dans cette anecdote, même en faisant la part de l'exagé^ ration aristocratique d* Horace Walpole, qui , tout en reiidant justice ailleurs aux talens de Fielding, n'a pas manqué de blâmer sévèrement ses mœurs, et la mauvaise société qu'il hantait (2). Il est cependant consolant d'avoir à remarquer que les principes de Fielding restèrent inébranlables , quoique les occasions que lui offrait sa charge ne pussent qu'augmenter la négligence peu honorable de sa conduite privée. Le compte qu'il rend luimême de sa manière d'agir relativement aux honoraires de sa magistrature, dont dépendait son existence , n'a jamais été contredit ni même soupçonné de fausseté»

u Je dois avouer , dit-il, que mes affaires pri-

(l) Lettres tt Horace Walpote iS Georgfs UoMagiie, Londres, 1818, p* 58

(a) Dans sa description poétique de Twickenham , WalpoU n^oublie pas de mentionner le voisinage de Fielding,

C'était là que Fielding isa muse en goguette Donnait quelquefois rendez-vous

^Lm pannste d* Twiclenham . )

FIELDING. îi3i

fées an eommeucement de ThiTer ne tt'offiraient pas une perspective bien gaie. Je n'ayais pas arraché du public ni des pauvres les sommes que des gens toujours prêts à piller les uns et les autres ont eu la bonté de me soupçonner d'avoir exigées* Au contraîie, en tàcbaut d'apaiser ao lieu d'exciter les querelles des commissionnaires et des mendiant ( ce qui , je rougis en le disant y n'a pas été fait par tout le monde ), et en refusant de recevoir un shilling de l'homme qui à coup sûr n'en avait pas un ' second dans l'univers, j'ai réduit un revenu d'environ cinq cents^ livres sterling de l'argent le plus sale de la terre à un peu moins de trois cents livres ; encore le plus clair de cette somme reste à mon clerc. »

Outre le désintéressement, si rare alors, dont Fielding donna l'exemple , il chercha , par diverses voies , à arrêter les progrès de la dépravation , et à réduire le nombre des crimes que sa charge lui mettait sans cesse sous les yeux. Sts recherches sur l'accroissement des filous et des voleurs renferment plusieurs idées qui ont été depuis adoptées par des hommes d'état , et des instructions dignes de plus d'attention qu'elles n'en ont encore reçu. Gomme magistrat) il désirait remettre sa charge en honneur en lui rendant son indépendance^ et le zèle qui l'enflammait à cet égard l'entraîna plus loin que ne voudront le suivre les amis d'une liberté réfléchie. Mais nous ne pouvons pas passer sous silence qu'il fut le pre* miar à faire remarquer que la multiplication des condamnations capitales nécessitait un nombre proportionné de grâces. — « Fielding mit le doigt m cette plaie publique chaque jour plus afflis-

23a FIEtDING.

géante, la taxe des pauvres , qui a dëjk causé tant de maux, et qui en prépare vraisemblablement de plus grands encore. Il publia aussi une recommandation au grand jury de Middlesex , quelques essais importans sur les procès criminels , et il laissa après sa mort un manuscrit sur les lois de la couronne. Dans nn onvrage relatif à la taxe des pauvres , Fielding expose le projet de retenir les indigens dans leurs paroisses respectives , et de les secourir à domicile. Ce plan^ comme une infinité d'autres qui ont depuis été publiés, nous apprend seulement que Fielding sentait toute la gravité du mal sans pouvoir indiquer un remède efficace ou susceptible d'application. Sir Frédéric Morton Eden^ qui a écrit après lui sur ce sujet épineux, observe que le traité de Fielding montre k la fois la science du magistrat et l'énergie du romancier. Cependant, avant dé mettre au jour son plan sur les secours des pauvres, il avait déjà acquis ses droits à Fimmortalité en composant Tom Jones^ Tom Jones , ou V Histoire d^un enfant trouvé , fut écrit avec tout le. désavantage inséparable de la position embarrassée de son auteur. Pressé continuellement par les devoirs désagréables de sa charge, il fallait en outre produire sur-le-champ àts essais éphémères, àts pamphlets politiques, pour subvenir aux besoins de chaque jour. L'ouvrage est dédié à l'honorable M. Lyttelton, depuis lord Lyttelton. La dédicace donne à entendre que , sans son assistance et celle du duc de Bedford , l'ouvrage n'eût point été terminé, puisque l'auteur, pendant qu'il était occupé à ce travail, leur avait dû ses moyens d'^cxistenre. Ralph Alfèn y Vami de Pope, fut aussi un de ses bienfaiteurs f;

FIELDING. îi33

mais il dësira n'être pas nommé ^ confirmant ainsi ces beaux vers du poète :

« Que rhumBIe AUea, avec ane modestie timide , fasse le bie« i la dtSrobëe , et rougisse de se voir découvert* •

On dit que ce protecteur généreux et modeste envoya à Fielding deux cents livres sterling en un seul don , et cela avant de le connaître personnellement.

Ce fut dans des circonstances aussi fâcheuses que le premier roman de l'Angleterre ^t livré an public ; qui n'avait point encore vu d'ouvrage d'imagination fondé sur l'imitation fidèle de la nature. Les fictions de Richardson lui-même tiennent encore k l'ancienne école da roman. Elles se rapprochent plus il est vrai , du cours ordinaire de la vie , mais elles offrent cependant une foule d'incidcns invraisemblables > et des caractères dont l'exagération passe les bornes ordinaires de l'humanité. Tom Jones est la vérité même, et la nature prise sur le fait; c'est en cela que consiste la supériorité immense qui le distingue de tous les ouvrages de ce genre qui l'ont précédé. Ce roman obtint du public des suffrages unanimes , et procura àMillar^ l'éditeur, des bîénéfices si grands, qu'il ajouta généreusement cent livres sterling aux six cents qu'il avait payées à l'auteur pour l'acquisition de son ouvrage» Le mérite de cette composition délicieuse et populaire a été si souvent célébré, ses imperfections ont été relevées si souvent , qu'il ne nous reste plus qu'à effleurer un sujet si rebattu. L'ingénieuse idée du plan , l'heureux développement de l'intrigue , à laquelle chaque incident se lie jusqu'à la catastrophe en même temps qu'il

234 FÏBLDIÎfG.

jette un nouveau jour sur le caractère de tous les personnages , Toilk ce qui ne pourra jamais être assez souvent et assez dignement loué. L'attention du lecteur n'est jamais détournée ni fatiguée par des digressions inutiles ou des transitions forcées. Il avance dans sa lecture comme un voyageur voguant sur la surface d'une rivière large et profonde, gui ne se détourne dans son cours qu'autant qu'il le faut pour lui montrer les beautés variées de ses rivages. L'histoire du vieillard de la colline (i) fait cependant exception k cet éloge si bien mérité d'ailleurs. Fielding , pour se conformer à un usage introduit par Cervantes et imité par Lesage , a Jeté cet épisode au milieu de son récit y comme il avait déjà intercalé celui de Leonora dans Joseph Andrews , avec aussi peu d'art que d'utilité. On s'est étonné aussi c(tte Fielding ait laissé peser sur son héros la tache d'une naissance illégitime , et l'on a présumé qu'il Favait fait à dessein , en mémoire de sa première femme , qui était un enfant naturel. Le roman lui-même nous en fournît un motif beaucoup meilleur ; car ^ si miss Bridget eûl été secrètement mariée au père de Tom , il n'y aurait plus eu de raison suffisante pour cacher sa naissance à un homme aussi raisonnable et aussi tendre que M. Aîlworthy.

Mais , quelque grand que soit le tribut d'âogesdû au plan et aux détails de l'ouvrage^ il faut Vouer plus encore la vérité , la force et l'originalité des caractères , depuis Tom Jones lui-même jusqu'au garde-chasse Black Georges et sa famille» Au milieu d'eux se présente le Squire Western , original sans modèle lui-même ; caractère inimi-

(1 ) Thê 0ld Mam cf the hiU, livre YUI , et. i i.

table arec ses préjugés , sa susceptibilité y son ignorance et sa rusticité^ qui s'allieut si bien à sa finesse naturelle^ à sa bonne humeur campagnarde et à son amour d'instinct pour sa fille* Toutes ces qualités, bonnes et mauvaises, sont fondées sur cet égoïsroe si naturel à celui qui , dès son enfance , n'a jamais trouvé personne qui osât contredire ses sentimens ou censurer sa conduite. Il n'y a qu'un seul incident oii Fielding nous paraisse s'être écarté de cette admirable peinture. En sa qualité cP Anglais, Western ne devrait point se laisser battre si patiemment par l'ami de lord Fellamar. Nous soupçonnerions presque ce passage d'être une interpolation étrangère. Il ne s'accorde nullement avec la disposition naturelle de Western à prendre part à toutes les querelles rustiques. Noas accorderons que l'ëpée ou le pistolet eussent pu l'effrayer, mais le Squire Western n'aurait dû céder à personne au monde dans le maniement de la eravacbe anglaise^ et comme, malgré toutes hb brutalités, nous ne pouvons nous défendre &nn certain intérêt pour le pyeux gentilhomme campagnard, nous aimons à nous flatter qu'il y a quelque méprise là-dessous«

Le caractère de Tom Jones , qui , dans tout le reste de l'ouvrage, offre un mélange de générosité, de Ik^anchise, de courage, d'imprévoyance et d'étourderie , est de même inutilement dégradé par la nature de ses liaisons avec iady Bellaston , et c'est une des circonstances qui nous- portent à croire que les idées de Fielding sur ce qui convient à un homme bien né et honorable avaient reçu quelque atteinte des circonstances malheu-

reuses où il s'était troirvé , et de la société à

laquelle elles le coudamuaient.

Les admirateurs de Richardsoa élevèrent contre VHistoire d^un enfant trouvé une objection de critique plus générale et plus juste ^ qu'on a souvent répétée depuis. Ils alléguèrent que le but moral de Tom Jones , qui est de conduire au bonheur et d'entourer de notre estime et de notre sympathie un jeune homme qui se livre à des habitudes licencieuses^ est pernicieux pour la société. Un tel ouvrage tend à encouxager les jeunes gens k céder à ces faiblesses, que leurs propres passions et le cours ordinaire de la vie leur donnent déjà trop de penchant à satisfaire. La délicatesse française , qui dans ce. genre a si souvent rejeté un moucheron et avalé un chameau (i) ^ vit dans cet ouvrage cette tendance funeste ; un arrêt défendit la circulation d'un abrégé ridicule de 2'om Jones , par de la Place , et qui n'avait d'une traduction que le titre. Fielding aurait probablement répondu à cette accusation que les vices et les faiblesses auxquels Tom Jones s'abandonne deviennent les causes directes de la malheureuse situation oà il se trouve à Londres ; et que stf générosité y sa bonté et ses autres qualités estimables sont les moyens qui le. sauvent des résultats fâcheux de son inconduite ; mais nous croyons , avec le docteur Jonhson, qu'il peut y avoir de l'a^ fectatîon et dans le reproche et dans la justification.

€< Personne , dit ce moraliste , ne se fera voleur

(i) La délicatesse anglaise a bien aussi ses ridicules qui se multiplient tous les joursj depuis la tartufferie de ses mœurs modernes. The ffrimum mobile ofEnf^andiscatU, etc. (Lord Byroii. )

Ed.

de grand chemin parce que sur le^tbë&tre il aura yu. Macheath (i) acquitté » ; ajoutons que nui ne deviendra escroc ou chevalier d^ndustrie, pour avoir pris intérêt aux aventures d'un fripon (2) spirituel comme Gil Bias y ou libertin pour avoir lu Tom Jones* La morale obligée d'un roman est d'ordinaire ce qui intéresse le moins un lecteur : elle est semblable au mendiant qui se traîne à quelque procession ou à quelque féte^ et qui sollicite en vain Tattention des spectateurs. En écartant ces ouvrages infâmes^ qui s'adressent directement aux sens pour éveiller en nous les sentimens les plus grossiers de notre nature , nous penchons à croire que la seule chose véritablement à' craindre de la lecturp des romans^ est qu'elle n'amène le dégoût pour les autres genres plus sévères ^ comme l'histoire et les branches les plus utiles de la littérature ; de même que tout l'avantage qu'on en peut tirer consiste à instruire quelquefois la jeunesse par les tableaux de la vie réelle, et quelquefois à faire naître en elle l'amour du bien et une douce sympathie, par de nobles sentimens et l'histoire d'une infortune imaginaire* Le roman n'est plus après cela qu'une élégante inutilité , un luxe inventé pour l'amusement d'une société polie , et pour satisfaire ce demi-amour ^e littérature, qui devient général à une époque avancée de la civilisation. On le lit alors beaucoup plus pour y chercher un agréable passe -temps , que dans l'espoir d'en tirer la moindre instruction. Les vices et les faiblesses de Tom Jones sont

(l^ Le bcros de Topera du Gueux. — E».

(2) Picaroon, Ce mot, & moilié espagnol , rend mieux l'idée d* rautenr que le terme do fripon. —Ed.

de ces vices et de ces faiblesses qae le monde apprend bien yite à ^ous ceux qui commencent leur carrière dans la vie , et pour lesquels la société est malheureusement trop indulgente. Nous ne croyons pas que la lecture du roman de Fielding ait pu [eter dans le libertinage et la dissipation un seul individu qui ne s'y fut pas livré si cet ouvrage n'eût jamais été connu ; et c'est avec regret que nous ajouterons qu'il nous a semblé toujours que le touchant exemple de franchise et de générosité que nous offre ce ca* ractère d'invention a formé aussi peu de pro-* sélytes que l'exemple de ses fautes a trouvé d'imitateurs. Qu'on ne nous suppose point indifférens pour la morale, parce que nous traitons avec mépris l'affectation outrée de ces gens qui , dans la vie réelle , favorisant le libertinage à découvert , prétendent avoir en horreur la mémoire d'un auteur qui peignant le monde tel qu'il est en trace le tableau avec toutes ses ombres^ en y mêlant , pour les faire ressortir , plus d^ traits de lumière qu'on n'en rencontre ordinairement. U j a dans Tom Jones certains passages dont nous ne pouvons justifier Fauteur (pie par les mœurs de l'époque, qui lui permettaient sûrement un langage beaucoup plus franc que le nôtre. Il a dit lui - même que rien dans la lecture de ses œuvres ne saurait offeoser l'oéii le plus chaste ; et il parlait probablement ainsi d'après les idées de son temps. Mais, selon les moeurs actuelles , on trouve plusieurs passages faits pour effaroucher justement la délicatesse moderne. Nous dirons seulement que les pages de ce genre sont d'une gaielé lesle, plutôt grossière qu'attrayante, et qu'elles sont bien expiées

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par Fadmirable mélange de raillerie et de rai*» sonnemcDt à l'aide desquels Fielding soutient et fait triompher les droits de la vertu et la cause de la Traie religion.

Fielding considérait ses ouvrages comme un essai nouveau dans la littérature nationale. Ctst pourquoi il plaça en tête de chaque livre un chapitre préliminaire contenant une explication de son but et des règles établies pour ce genre de composition. Ces introductions critiques pa^-' raissent au premier coup d'oeil interrompre le lîi de rhistoire et l'intérêt qu'on y prends mais ^ une seconde ou troisième lecture on Vaperçoit que ce sont les chapitres les plus intéressans de l'ouvrage.

La publication de 7om Jonea porta la réputation de Fielding à son apogée ; mais il ne parait pas qu'elle ait eu pour sa fortune d'autre résultat que le soulagement passager que lui pro^ cura la vente de son manuscrit. C'est après cette époque qu'il publia le projet dont nous avons parlé de pourvoir d'une manière efEcace aux besoins des pauvres. Il écrivit aussi un Pamphlet dans la mystérieuse afiaire de la célèbre Élisa«beth Canning. U y défendait la cause du bon sens contre les préjugés populaires^ et par conséquent il manqua le but qu'il se proposait.

jtmélia fut le dernier ouvrage' important de Fielding. On peut l'appeler la suite de Tom Jones; mais nous n'avons pas pour la conduite dissolue et l'ingratitude de Booth l'indulgence que nous accordons volontiers à la jeunesse orageuse de Tom Jones. Le caractère d'Amélia est tracé, diton , d'après celui de la seconde femme de Fielding. S'il avait, comme ou le rapporte, mis sa patience à des épreuves du genre de celles qu'il

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décrit , il l'en a dédommagée en quelque sorte par la peinture qu'il fait de sa douceur angélique et de sa tendresse si pure. Les romans de Fielding offrent peu de scènes pathétiques^ et la sensibilité qui les dicte ne pouvait peut-être guère s'allier avec le genre de vie qu'il menait y car ceux qui ont toujours devant les yeux les misères de l'humanité finissent par s'endurcir jusqu'à un certain point contre les émotions qu'elles produisent* Cependant nous connaissons peu de scènes plus touchantes que celle où il nous représente Amélie ayant fait ses petits préparatifs pour la soirée, et attendant seule avec ses inquiétudes le retour de son indigne époux , dont la faiblesse lui prépare, dans le même moment où^elle yeille pour lui , de nouvelles angoisses et de nouveaux malheurs. Mais notre sympathie pour Amélia est distraite par la haine que son époux ingrat est bien près de nous inspirer : aussi l'intérêt du roman est moins vif que celui de Tom Jones malgré les portraits du redoutable colonel Bath et du savant docteur Harrison , peints avec cette vigueur et cette précision qui n'appartiennent qu'à Fielding. Miliar publia Amélie en i^Si ; il paya le manuscrit looo guinées; mais croyant qu'on trouverait ce roman inférieur à celui qui Tavait précédé, il employa le stratagème suivant pour en accélérer le débit. Dans une vente de livres qui eut lieu avant l'apparition de l'ouvrage, Miliar offrit à ses confrères ses autres entreprises de librairie aux termes d'escompte ordinaires; mais quand ou parla ^jimélia , il mit l'ouvrage à part , comme étant si avidement recherché , qu'il ne pouvait pas le vendre dans le commerce aux conditions d'usage^ la ruse réussit, la nouvelle pu-

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blkation fut achetée avec empressement, et le libraire délivré de toute crainte sur le sort de son livre.

Malgré le peu de succès de ses premières entreprises eu ce genre y Fielding fit de nouveau Tessai , en i ^Sa , d'un journal critique et littéraire ; il fut intitulé : Journal de Codent Garden , qui devait paraître deux fois par semaine sous la direction de sir Alexandre Drawcansir (i), nom supposé qu'avait pris Fielding en cette circonstance. Un des défauts de Fielding était de ne pouvoir poursuivre aucune entreprise de cette nature ( à laqu elle sa facilité , la vivacité de son esprit et ses connaissances classiques le rendaient d'ailleurs si propre ) , sans se compromettre dans les disputes de parti ou les querelles littéraires* A l'époque dont nous parlons , il ne resta pas long-temps sans se trouver en guerre avec le docteur Hill, et d'autres auteurs d'écrits périodiques, au nombre desquels nous regrettons de compter Smollctt , quoique jusqu'à présent, de tous les auteurs anglais, aucun n'ait eu autant de rapport et de conformité que lui avec le génie de Fielding. La guerre ne fut pas de loogue durée, et aucun des deux partis ne gagnerait à une investigation exacte de la cause des hostilités, et de la manière dont elles furent conduites.

Pendant ce temps, la santé de Fielding s'affaiblissait chaque jour; une complication de maladies lui causa une hydropisie habituelle qui eut bientôt rubé sa robuste constitution. Le duc de New-Gastle , alors premier ministre , désirait

(i) Ces! le nom d^tm des personnages grotesqnes de /« R^ti- HoMf par le dnc de Bnckingbam* '^ &>.

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