‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 44 sur 65 · TOME X · texte numérisé non relu

TOME X

noaée que oeUes de beaucoup d'ouvrages du même genre. Il y a le degré ordinaire (peut-être devrions- nons dite nécessaire) d'invraisemblance, auquel le lecteur est accoutumé à se prêter et doit même se prêter* Sous ce rapport, on a peu de chose à dire pour ou contre Fauteur* Mais il j a une suite d'inddens liés par un genre de sentiment particulier à Gumberland, que l'on peut remarquer dans toutes ses diverses pièces de théâtre , que l'on retrouve dans son roman à*jirundél , et qui contribue beaucoup à l'intérêt que l'on éprouve en lisant Henri»

Dans les intrigues amoureuses , il avait un goût particulier qui lui faisait intervertir l'usage reçu dans tes sortes d'al^aires. Ce sont ses héroïnes qui font les avances ^ et no^ croyons ici exprimer l'opinion presque universelle , en disant qu'il vaut mieux laisser à l'homme ce rôle, qu'il )oue plus naturellement et ô» meilleure grâce/ Dans Henri, Cumberland a poussé les choses plus loin : son héros est doué de la continence du patriardie hébreu , et il l'expose aux attaques d'un être séduisant, dont les aveux sont bien plus dangereux que ceux de la matrone égyptienne. A cet égard, Cumberland n'a pas copié son maître Fielding, ou , ce qui serait inconcevable dans un auteur aussi ingénieux , il a pris au sérieux le récit ironique de la continence de Joseph Andrews. Nous ne voulons pas nous arrêter long-^temps sur ce sujet; mais les idées morales de notre siècle sont si peu correctes, que nous craignons bien qu'un auteUt plus judicieux n'eût pas chàrché à luttier aoutié lé torrent , en of&ant pour mod^e un héros plus propre h exciter le ridicule qu'à inspirer le désir de l'imiter.

On pourrait encore faire un autre reproche à Taùteur. Henri se trouve avec Susanne , mais place dans des situations que les écrivains modernes n'oseraient pas se permettre de présenter , parce qu'elles compromettent la décence. Cum" berlaod ne croyait^ pas en avoir franchi la limite : te Si , dans mon zèle pour montrer la « vertu triomphante des attraits les plus séduisans, « dit-il , f ai peint ces attriats sous des couleurs « trop vives , Je le regrette , et j'en demande « pardon à ceux qui pourraient croire que la « morale n'a pas servi de correctif au mai qui « en résulte. »

Une autre particularité âes romans de Onmberland, c'est qu'il entre toujours dans ses plans, une affaire d'honneur ^ un duel , ou au moins un rendes-vous pour se battre. On doit s'attendre assez souvent à cet incident dans les romans , puisque c'est le seul usage des temps gothiques qui leur ait survécu , et qu'il fournit aux romanciers une occasion de développer des passions violentes', d'aller au-delà des bornes prescrites par les régies de la société, et de décrire des scènes extraordinaires sa^ns encourir le reproche d'invraisemblance. !Mais Cumberland avait dans le caractère quelque chose de chevaleresque. Il avait été élevé dans des sentimens d'honneur et dans l'idée qu'il faut soutenir sa réputation au péril de sa vie. £n cela il ressemblait à un autre poète dramatique, le célèbre auteur de la tragédie de Douglaa (i), qui n'était pas moins enthousiaste sur le point d'honneur. Cumberland avait eu occasion de faire ses preuves. Il raconté avec une sorte de complaisance^ dans ses Mémoires , qu'il

(i^)Honic. — £d.

avait forcé (c un capitaine de vaisseau grossier et violent, » à rétracter quelques expressions in* jurieuses sur son ami et son patron , lord Sackeville* U s'étend encore dans ses Mémoires^ avec plaisir^ sur l'attachement que lui avaient montré deux compagnies . de volontaires levés dans la ville de Tunbridge , et il met beaucoup d'hnporta nce a la commission de commandant dont ils l'avaient investi. <( Ils présentèrent à leur a commandant une épée, et quand on leur retira (( leur paye , ils oÔ'rirent de continuer à servir « gratuitement sous ses ordres. »

Cet homme aimable , cet ingénieux auteur termina une longue carrière littéraire , le 7 mai 181 1, la quatre-vingtième année de sa.vie, dans la maison de M. Fry , Bedford-place , RusSfelsquare. Il fut enterré dans l'abbaye de Westminster.

M. Richard Sharpe, dont nous avons déjà eu occasion de parler; M. Rogors, auteur des Plaisirs de la Mémoire (1)^ et sir James Bland Burgess, furent ses exécuteurs littéraires ; mais nous ne connaissons de ses œuvres posthumes qu'un poème en vers blancs , intitulé Coup d'oeil sur le passé (p.) y qui a été publié en 181 2, et dont il paraît qu'il conçut l'idée en écrivant ses Mémoires.

M. Cumberland eut le malheur de survivre à sa femme et à plusieurs de ses enfans. Ceux qui restent sont Charles, qui, à ce que nous croyons, a obtenu un grade supérieur dans l'armée , et William , capitaine des vaisseaux du roi. Sa fille aînée, Elisabeth, a épousé lord Edward Bcutink, frère du duc de Portland; Sophie^ la seconde^

( I ) The Pleasures of mttnorf, (a) ReUvspeclion-

eut le malheur de perdre M. William Radcock, son mari , à la fleur de son âge , laissant quatre enfans, dont le chancelier confia la tutelle à M. Cumberland; la troisième, Fanny-Marianne , née pendant l'ambassade malheureuse de Cumberland en Espagne, n'avait point été mariée. Son père lui a dédié ses Mémoires. Aimable et pleine de talens , elle lui avait prodigué tous les soins d'une fille pieuse et reconnaissante , avec toutes les coDsolations d'une tendre amitié*

Cumberland avait dû être dans sa jeunesse un homme bien fait , et il avait conservé un air agréable ; ses manières étaient polies , aisées , enfin celles d^^^un homme qui a l'habitude de vivre dans la meilleure société. Il parlait avec éloquence, il avait des connaissances étendues , et sa conversation était très-agréable par le grand nombre d'anecdotos qu'il savait. Il aimait la louange, et pour appeler les choses par leur-nom , la flatterie , car il ne prenait guère la peine de s'assurer si les louanges étaient sincères. Sa conversation décelait souvent le côté faible de l'auteur. Shéridan a réuni ces faiblesses dans le caractère de sir Fretful Plagiary. (i). Mais ce n'est pas d'après une caricature qu'il faut dessiner un portrait; et dans l'humeur que les critiques excitaient chez Cumberland, il y avait plus de dépit que de mauvaise .volonté contre ses contemporains. Il n'était pas plus disposé. que ne le sont d'ordinaire les poètes à se rendre aiix remarques de ses critiques , et souvent, en brave général, il rassemblait toutes ses forces pour défendre ie point le moins tenable. On ne saurait nier qu'en combattant avec vigueur pour la cause de la comédie légitime et du roman

<i) Dans Tfu Critic^'-' Ed.

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relier /il laissait apercevoir quelque chose qui tenait à un sentiment personnel dans son zèle conlie ceux de $e$ contemporains qui s'étant ouvert de nouvelles routes & la renommée, éclipsaient ceux qui ne sortaient pas des sentiers battus* Ces imperfections provenaient peut-être du tempérament de Tauteur , et du sentiment de n'a- -voir pas été justeincnt apprécié, ou d'un esprit de rivalité ordinaire chez les hommes d'un caractère ardent , qui deviennent irritables en écoutant trop le besoin souvent contrarié d'obtenir des applaudissemens ; mais ces imperfections sont plutôt les faiblesses de la profession que du cœur* L'homme de lettres aurait pu être plus heureux en les réprimant ; mais elles ne nuisent en rien au caractère de Thennête homme , de rhomme instruit , et du gentleman.

Le caractère de M. Cumberland a été apprécié » avec autant de justice que d'affection , par le docteur Vincent 9 doyen de Westminster, son ami, qui prononça son oraison funèbre lorsqu'il fîit enseveli à l'aU)aye« « L'homme que vous voyez « ici déposé, dit ce vénérable ecclésiastique, est « Richard Cumberland , auteur distingué. Il a « principalement écrit pour le théâtre, mais toute jours dans un but moral. On peut reprocher à (c ses écrits quelques défauts, mais ils ne sont « point de nature à corrompre les mœwrs* U a « écrit autant qu'aucun auteur, -et peu d'auteurs « ont écrit mieux que lui. Ses ouvrages seront « estimés aussi long-temps que Ton parlera la M langue anglaise. 11 regardait le théâtre comme « une école propre à perfectionner la morale, et « sa dépouille mortelle^ méritait i'ètre placée «. parmi celles des hommes illustres qui nous

« enTiroiiiient* Ses écrits sur la théologie sont « dignes d'un Trai chrétien , et puisse Dieu , dans « sa miséricorde, lui accorder la récompense du « yrai chrétien I »

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