‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 43 sur 65 · RICHARD CUMBERLAND · texte numérisé non relu

RICHARD CUMBERLAND

. RiGBAED CuMBERLAKi)^ auteuF distingué do dixhuitième siècle , a vu les dix premières années du dix-neuTÎème. Il intéressait le public et ses amis, non-seulement par son propre mérite^ mais encore comme le dernier membre de cette association d'hommes de talent que l'esprit dominateur de Johnson avait rassemblés autour de liy ^ et qu'il présidait en aristarque sévère* Le caractère de Gumberland et ses écrits lient son nom à ceux de Goldsmith , de Burke , de Percy , de Reynolds , qui nous rappellent l'âge d'or des classiques anglais. Gumberland a été son propre biographe : c'est à ses Mémoires que nous devons de pouvoir offrir un précis de sa vie^ de ses travaux et de son caractère , sur lequel nous avons , de plus , le témoignage des contemporains, et peut-être aussi quelques souvenirs personnels*

Richard Cuinberland se glorifiait avec raison

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de descendre de parens respectables par leur rang dans la société, et renommés pour leur savoir , leurs vertus et leur piété. Le célèbre Bi-^ cbard Bentley (i) était le grand-père maternel de Cumberland, qui a défendu, avec une piété filiale y ce nom redouté et respecté dans la littératuile, contre les insultes que les satiriques du temps de la reine Anne s'étaient permises contre lui, et dont la tombe ne le mit point à l'abrî. Ce littérateur célèbre, eut un fils , l'auteur des Sou^ haits (2) , et deux filles. La cadette , Joanna , la Phœbé de la pastorale de Bjrom (3), épousa pennison Gumberland, fils d'un archidiacre et petit-fils de Ricbard Gumberland, évêque de Pe-^ tersborougk. Quoiqu'il eût une fortune indépendante , son beau-père le docteur Bentley le dé* cida à accepter la cure de Stanwick^ ri fut fait évêque de Glonfert, et passa ensuite au siège de Kilmore (4)«

De ce mariage naquit d'abord une fille, nommée Joanna, et, le 19 février 173^^, Richard Cumbcrland, dont nous allons examiner les écrits. Sa mère accoucha dans un appartement appelé la chambre du juge, qui faisait partie de celui du maître du collège de la Trinité, alors occupé par son grand-père maternel {inter Syluaé Academi. ) Il est assez naturel que Gumberland se pldise à rapporter avec précision cette circonstance*

(i) BiblidtliécaiFe du m Goiillaume, taYaot«ritiqu« et t]à<Solo« gien t né en 1662. Il a publié plusieurs éditious des classique».

Ed.

(2) The trishes. — Ed.

(3) John Byrom , auteur de pastorales , ttv çn 169T , mort «n 1763.— Ed.

(4) Go c^m iyèckét tout situés en Irlaade. — Ta.

i43 gumberlând.

Le petit-fils da sayant Bentley n'est pas moins exact dans le récit qu'il fait de ses premières études et de ses progrès , sous Kinsman de Saint* Edmondsbury , puis à l'école de Westn^nster , et enfin k Cambridge. Partout il se distingua par son application et ses heureuses dispositions* A l'université, il se livrait à l'étude avec tant d'ardeur que sa santé s'altéra au point de donner des inquiétudes* U obtint le degré de bachelier , après avoir subi avec éclat un examen singulièrement difficile y et il fut élu agr^é*

Ses études classiques ne lui firent point négliger la littérature anglaise ^ il composa plusieurs poèmes dans lesquels il y a beaucoup de mérite* Nous devons cependant faire observer qu'il fit rarement des vers d'inspiration : n'osant pas s'écarter des sentiers battus , il traitait des sujets déjà traités par d'autres^ et en copiant servilement leur manière«

Rien n'y décèle ce feu intérieur qui ne se laisse guider que par ses propres lueurs et se fraie une route nouvelle* Gumberland composa une Elégie dans un cimetière , la veille de Saint- Marc , parce que Gray avait composé une Élégie dans un cimetière de. campagne. U composa une tragédie d'Ëlfrida , avec des chœurs , en imitation* de Mason* . Il a imité Hammond (i) ; il a imité Spenser (2)* Dans toutes ses compositions , on découvre un esprit actif, plein de connaissances, qui désire ardemment de se faire un nom, mais qui n'a pas encore acquis assez de confiance dans ses ressources , défaut dont aucune des compositions de Gumberland n'es^ peut-être - tout-à-fait exempte.

(i ) Poète a'^glogues Ed.

Ca) VauUur de la Reine des Féet. >-^ Ed.

M* Gumberland-ëtait d'abord destiné i la carrière honorable et retirée qu'avaient parcourue ses ancêtres avant d'obtenir des dignités ecclésiastiques* Il est très-présumable que des vertus et des talens héréditaires dans sa famille lui auraient procuré les mêmes succès. Mais des espérances , auxquelles il est si difficile de résister^ le firent rençncer k la théologie pour embrasser la carrière politique*

Son père 9 le révérend M. Gumberland ^ se trouva dans le cas de rendre quelques services importans au marquis d'Halifax^ qui jouait alors un rôle distingué comme homme public* Le marquis voulut reconnaître ces services; et le jeune Richard fut tiré de l'ombre paisible des bords du Cam (i), pour venir remplir auprès de Sa Seigneurie le poste avantageux de secrétaire parti-^ culier* A travers toutes les circonlocutions et les réflexions morales que fait Gumbeiland sur sa pro^ motion et son changement d'état^ il n'est pas difficile d'apercevoir que , tout eu remplissant régulièrement les devoirs de sa place, elle ne lui convenait pas* On peut même en inférer qu'il ne la remplit pas d'une manière aussi satisfaisante pour sou patron qu'il aurait pu le faire, si le jeune académicien ^ la tête farcie, comme il le di| lui-même^ de grec. et de latin, et peu au courant des afiaires de ce monde, avait pu d'avance les observer quelque temps comme spectateur , avant d'être appelé à y prendre une part active*

Un avantage réel de son emploi fut de l'introduire dans) les meilleures sociétés, et de lui as^ fiurer, comone auteur, le patronage et la faveur d'une classe d'hommes toujours prodigues d'éloges

(i)Rivière de Cambridge. «» Ed.

î44 CUMBERLAND.

et de recommandations. Sa liaison avec lord

Halifax le fit connaître de Bubb Doddington ^

depuis lord Melcombe^ qui voulait passer pour

un Mécène , et qui était réellement un homme

très-instruit.

Ce fut sous les auspices réunis de lord Halifax et de lord Melcombe que Gumberland composa le Bannissement de Cicéron , qu'il a intitulé sa première tragédie r^ulière (i); sujet assez pea tragique , et qui n'est pas assez relevé par uq style vigoureux. Les deux nobles patrons de Gumberland recommandèrent sa tragédie li Garrick; mais le directeur y malgré sa déférente pour les grauds noms et les hommes en place ^ n'osa pas en risquer la représentation. L'auteur fît imprimer te Bannissement de Cicéron, et il avoua franchement qu'il imprimait la justification de Garriclu

Vers ce temps-là , Cumberlaud obtint y par l'influence de lord Halifax, comme un gage de sts faveurs futures, le poste d'agent de la couronne dans la province de la Nouvelle-Ecosse , et jugea sa fortune assez assurée pour se marier. 11 épousa, en 1759, Elisabeth, fille unique de Georges Ridge, de Kilmore, et de miss Brooke, nièce du docteur Bentley, grand-père de Gumberland. Mistress Cumberland était tine bell« femme remplie de talens , et la fortune souriait à son heureux mari.

L'étoile de lord Biite commençait à briller sur l'horizon politique; le marquis d'Halifax et le versatile Bubb Doddington se tournèrent vers cet astre éphémère. Doddingtoni fut créé pair d'Angleterre , honneur stérile , qui lui donnait seulement le droit de faire partie de la procès-

(i) 7/itf ItM.iihititnt afCicen, — • £o.

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sîi^n au couronnement. Lord Halifax fut nomme vice-roi d'Irlande* Le iPameux Discours-Unique Ilamiiton (i) fut fait premier secrétaire du yiceroi ^ et , . ^ son grand désappointement , Cumberland fut obligé de se contenter .de la place de secrétaire d'Ulster. Il y avait sagesse dans ce choix ^ quoiqu'on ne pût raisonnablement &'attendre à ce que le secrétaire d'Ulster fût de cette opinion* Le talent et la sagacité politiques de William Gérard Hamilton étaient bien connus et avaient été éprouvés, tandis que le tempérament poétique de Cumberland le rendait moins propre à être un homme d'état* tJne imagination vive, qui ne se livre avec ardeur qu'à ses projets, mais peu touchée de tout ce qui n'a qu'un intérêt matériel et prosaïque, un caractère confiant, qui croit que ses espérances se réalisent toujours; enfin y une certaine dose de bonne opinion de soi-même, peuvent plaire dans un ami intime, mais risquent de compromettre l'homme dépendant qui doit s'occuper d'affairés ordinaires*

Cependant Cumberland rendit à lord Halifax un service réel , dans le sens le moins idéal de la phrase : il découvrit un grand nombre de patentes expirées, dont le renouvellement pouvait être, pour le vice-roi, un moyen d'influence qu'il ne négligea point. Le secrétaire d'Ulster n'en retira que l'offre stérile du titre de baronnet, qu'il eut la sagesse de refuser. Il fut cependant récompensé indirectement par la nomination de son père à l'évêché de Clonfert. Le nouveau

(i) SingU-Speeck» Hamilton pronon^, à la chambre des comniunes ; un discours qui fit beaucoup de sensation , e; , comme ce fut le seul , on Tappclait Sit^ts Speech Btunilton, — £o«

TOMJT X. 3

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prëiat fixa sa résidence en Irlande ; où son fils se fit up devoir de passer une grande partie de l'année avec lui, aussi long-temps qu'il vécut*

A son retour en Angleterre, lord Halifax fut nommé secrétaire d'état au département des affaires étrangères. Gumberland sollicita la place de sous-secrétaire , et reçut de son patron la froide réponse « qu'il n'était pas propre à toutes « les places, n Réponse à peine adoucie par ce que le ministre voulut bien ajouter, « que Gum- <( berland ne parlait pas assez bien le français. )i La nomination, de Sedgewick à la place de sous-secrétaire d'état fit vaquer celle de clerc 4es rapports au bureau du commerce. Gumberland la sollicita. Gomme elle dépendait de lord Hillsborough, en proposant à lord Halifax d'en faire la demande, c'était, en quelque sorte, renoncer à son patronage. Lord Halifax en jugea ainsi; et il s'ensuivit quelque froideur entre le ministre et son ancien secrétaire privé. Tous ces événemeus nous semblent indiquer que Gumberlaud n'était pas un homme propre aux affaires, et encore moins un bon courtisan ^ sans quoi il se serait rendu trop utile ou trop agréable pour que lord Halifax consentît tacilement à se séparer d'un homme qui avait rempli auprès de sa personne une place aussi confidentielle.

Un essai de Gumberland , dans le genre de l'opéra comique, lui fit un ennemi de Bickerstaff, auteur de P Amour au village (i) , qui était exclusivement en possession de ce genre du département dramatique^ La pièce de.Cumber- Jand, h Conte d'été (2), eut un tel succès que

(l) Love in a viiUgê.

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son rival prodigaa à l'auteur la critique et les injures. Cumberiand eut le bon esprit de ne Toîr 9 dans ces hostilités de Bickerstaff, que sa peur de perdre une source avantageuse à ses intérêts pécuniaires ; il eut même la générosité de déclarer qu'il renonçait à faire des opéras. Cette querelle eut des suites importantes. Smith, connu sous le nom bien mérité de G-enileman Smith, qui était alors acteur du théâtre de Coifent» Garden , coaseilla à notre auteur d'employer son génie k un genre plus élevé , et à composer des pièces régulières. Cet encouragement détermina M. Gumberlaml à entrer dans' la carrière dramatique. Il 7 a souvent obtenu des succès, et .s'y est livré avec une persévérance infatigable dont l'histoire de notre théâtre n'ofire guère d'exemple.

Sa comédie des Frères (i) fut le premier fruit de cette ample moisson. Cette pièce eut beaucoup de succès, et fait encore partie du réper-* toire. L'énergie soudaine de sir Benjamin Dove, et l'insolence qui succède à la servilité de Lud, sont de ces incidens qui ne manquent jamais de faire effet sur le spectateur. L'auteur reconnaît qu'il a quelques obligations au Petit hégisle français de Fletcher (2); mais la comédie de Cuinberlaud a un but si différent, que %t% obligations ne diminuent en rien son mérite.

Le Créole (3), qui fut représenté l'année d'après, éleva Cumberiand au rang des meilleurs écrivains dramatiques de son temps , et l'eût placé à leur tête, si S|iéridaa n'avait pas été son

(1) TKê Brothers,

(2) The Uttle/rench Lowfer,

(3) Tht Wft^ndiMr

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contemporain. Le Créole est une comédie classique (i); le dialogae en est ^if et élégant^ les caractères , bien conçus , présentent des traits Hardis sans sortir de la ligne de la vraisemblance ; l'intrigue de la pièce est régulière , et le déuoûment heureux* Le caractère du major OTlaherty > que tons ceux qui l'ont yu représenter par rirlandais Johnstone considéreront toujours comme un des meilleurs rôles de la scène anglaise , a peut-être le mérite d'ayoir suggéré l'idée de sir Lucius O'Trigger (2) ^ mais sir Lucius est un pendant plutôt qu'une co^ie du portrait de Cumberland.

Garrick , qu'un éloge délicat amené dans le prologue des Frères avait récotacilié avec Cumberland^ composa l'épilogue du Créole ; €t Tom King, chargé du rôle de Belcour^ le joua avec tant de vérité que toutes les bizarreries de cet enfant du soleil parurent naturelles, et sa bienveillance une inspiration d'instinct comme ses passions.

L'Amant à la mode (3) ajouta à la réputation dramatique de Gumbcrland. On^y retrouva la même élégance de dialogue que d^ns le Créole , mais beaucoup moins de vis comica. L'action ne marche pas ; et le caractère de Colin Mac-Leod , l'honnête valet écossais ^ n'étant pas dessiné d'après nature, n'a rien qui le distingue des Gib^ hies et des Sawneye (4) ^ qui étaient en possession de faire rire les Anglais aux dépens des Écossais* L'auteur n'est pas de cette opinion; il. croit que

(1) Sir Waller Scott explique ee qui suffit à un auteur pour être classique, — En.

(2) Dans les Bivau» (the BivaU), comédie de Shéridan. — E». (3j The fashionable Lover.

(4) Gibbies et Sawoejs , noms caractc^hstiques d'un Écossais no< vice , sur la scèue anglaise. — £d.

V Amant à la mode ne le cède en rien au Créole ; mais nous sommes forcés de nous déclarer pour le jugement qu'en porta le public. UHommje coure (i) , qui fut joué après l Amant à la mode, eut du succès , mais n'est pas resté au répertoire. Cumberland composa encore quelques autres pièces dont on ne parle plus y ayant de donner sa tragédie de la Bataille de Hastinga {p^), dont le principal mérite est un style souvent très-remarquable* Les caractères sont faiblement tracés , et le plan a le grand défaut d'être ^contraire à l'histoire , et par-lk de prêter à la critique de ceux même qui ont les connaissances les plus ordinaires, La pièce réussit cependant, parce que Henderson jouait le principal rôle.

Bickersta£r(3) ayant renoncé à faire des ' opéras , Cumberland composa celui de Calypso pour rendre service à un jeune musicien nommé Butler qui avait montré du talent, li composa aussi un autre opéra comique.

Ses travaux dramatiques lui laissaient encore des heures de loisir. Il défendit la mémoire de son grand-père, Bentley, contre Lowth, dans une controverse que celui-ci avait engagée. Le discours que l'infortuné Daniel Perreau ( sur le sort duquel est encore suspendu un voile impénétrable ) adressa au jury était delà composition de Cumberland.

La satisfaction que durent lui procurer les succès de ses ouvrages dramatiques semble avoir été troublée par les critiques auxquelles tous les auteurjT, et surtout ceux qui suivent la carrière du

( I ) the choleric Mon.

(a) T//# BaltU ofRastings.

(3) Auteur de plusieurs farces et opéras comiques. *> ËO.

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théâtre, sont. exposés. Il avoue qu'il fut trop sensible aux calomnies et aux injures de ses ennemis , et il nous apprend que Garrick l'appelait Vhomme sans peau. Il n'est pas douteux que , dans ces occasions , il faudrait être cuirassé d'un triple airain. Mais , au total y on trouvera que ceux qui font le moins d'attention à ces flèches empoisonnées, sont ceux qui sentent moins la douleur de leur blessure*

La position de Gumberland lui offrait des motifs de consolation pour des chagrins bien plus sérieux que ceux qu'une critique malveillante peut causer. Il était heureui^ dans sa famille^ composée de quatre fils et deux filles. Tous ses fils étaient entrés au service du roi; l'aîné et le troisième servaient dans l'armée de terre, le second et le quatrième dans la marine. A ce bonheur domestique se joignait la satisfaction d'être classé au nombre des littérateurs les plus distingués, et d'être admis dans la haute société , dans laquelle, en Angleterre , les hommes de lettres sont toujours bien accueillis. Les habitudes et les manières de Gumberland devaient lui rendre ces jouissances encore plus agréables* Les appointemens de sa place et ses revenus littéraires , ajoutés à sa fortune patrimoniale, lui procuraient les moyens de figurer convenablement dans le monde. Son re« venu s'accrut bientôt après par sa promotion au poste de secrétaire du bureau du commerce , auquel il fut nommé , de la manière la plus flatteuse, par lord Georges. Germain , depuis lord Sackeyille.

Un parent éloigné , M. Décimus Reynolds , institua M. Gumberland son héritier; et afin de li'être pas tenté de changer son testament, par

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bqvel il lai lëguait des propriétés considérables, il le lui remit entre les mains. Gumberland avait trop de délicatesse pour l'accepter autrement que comme un dépôt qui serait toujours à la disposition du testateur. Plusieurs années après y M*. Reynolds éprouva la tentation contre laquelle il avait voulu se prémunir, et 11 retira son testament 4es" mains de son légataire désigné.

Un autre grand désappointement survenu dans ces entiefaites y mit un terme à la carrière politique de Gumberland, porta un coup sensible à sa fortune, et, pour nous servir de ses propres expressions > <( produisit un contraste frappant « entre ses dernières années et celles qui les avaient c( précédées. »

£n 1780, le ministère ^espéra pouvoir détacher l'Espagne de la confédération redoutable qui s* était formée contre l'Angleterre. L'exemple des colonies anglaises de l'Amérique septentrionale se déclarant indépendantes de la mère-patrie, était un avertissement pour l'Espagne. On pensa qu'il n'était pas impossible d'entamer une négociation secrète avec le ministre Florida filanca, et la conduite de cette intrigue politique fut confiée k Richard Gumberland. Pour ne donner lieu à aucune conjecture sur sa mission , il se rendit à Lisbonne à bord d'une frégate, et sa santé était le prétexte de ce voyage. De Lisbonne il devait aller à Madrid ou revenir en Angleterre , suivant l!avis qu'il recevrait , après avoir communiqué avec l'abbé Hussey , chapelain de Sa Majesté catholique , agent secret de cette affaire importante. Mistress Gumberland et &ts filles étaient du voyage. L'envoyé eut dans la traversée l'occasion, pré-^ cieuse pour un poète et un auteur dramatique ,

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de Toir le courage des Anglais se montrç^ sur leur élément. La frégate MUford y à bord de laqueUe il était; eut ayec uue frégate française un engagement qui se termina par la prise du Tdîsseau ennemi. Cumberland célébra la yictoir^; de nos marins dans une chanson pleine de yerye, que nous nous rappelons d'avoir entendu chanter encore plusieurs années après.

Il y avait dans la négociation d<)nt M. Cumberland était chargé un point très-important, qui l'a été dans toutes les négociations avec l'Espagne , et le sera encore quand elle reprendra son rang dans la république européenne. Ce point était la cession de Gibraltar. Il n'est guère douteux que l'espérance de recouvrer cette forteresse avait été l'appât offert à l'Espagne pour lui faire prendre part à la guerre de l'Amérique; et très-probablement ce point une fois obtenu, lé pacte de famille n'eût pas été un obstacle insurmontable à une paix séparée avec lËspàgue. Mais le' peuple aa* glais considère la possession de Gilbraltar comme un trophée de gloire nationale , et l'Espagne at^ tache le plus grand prix à rentrer dans une for» teresse située sur son territoire. Dans le fait, la restitution de Gibraltar ne pouvait être considérée en Angleterre et sur le continent que comme un abandon de l'honneur national et un aveu de notre faiblesse.

Les instructions d^ Cumberland lui recommandaient de ne se rendre à Madrid que lorsqu^îl aurait appris de l'abbé Hussey si 1 Espagne faî- ' sait de la cession de Gibraltar la base de la né» gociation proposée, ^ans ce cas, l'envoyé secret de la Grande-Bretagne devait revenir en Angle» t.€iTe. L'abbé Hussey alla a Madrid pour s'assurer

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de ce point préliminaire. Malheureusement sa correspondance, tout en encourageant Cumberland à tenter une négociation y ne lui donnait aucune assui^ance sur le point essentiel qui devait régler ses mouvemcns. Walpole , ministre du roi près de la cour de Portugal, parait avoir soupçonné de la duplicité dans l'abbé Hussey, qui, pour son compte particulier, désirant que la négociation ne fût pas rompue , conseillait à Gumberland de se conformer implicitement à sts instructions et de retourner en Angleterre , ou au moins de ne pas se mettre en route pour Madrid sans avoir reçu de nouveaux ordres de Londres^ Gumberland s'était persuadé qu'un délai pouvait faire manquer le traité. Comptant sur les dispositions pacifiques du ministère espagnol , ne doutant pas de la probité de l'abbé Hussey , il prit sur lui d'aller à Madrid , démarche téméraire , dont le résultat doit servir de leçon à tous les .agens politiques.

Le passage suivant dune lettre de Gumberland à lord Hillsborough prouve qu'il savait tout le risque qu'il crut de son devoir de courir :

u Je ne me dissimule pas que je fais une dém marche qui m'expose à être blâmé si je ne )) réussis point , à moins- que l'on ne pèse avec w sincérité , et même avec indulgence, les raisons » qui m'ont déterminé. En me décidant à aller à » Madrid, je n'ai eu d'autre objet que de con- » tinuer une négociation que le moindre délai, )) ou tout ce qui aurait l'air d'une évasion, aurait )) rompue immédiatement. Je sais le. danger quç )> je cours j mais comme mon zèle pour le service ))' de mon pays et- pour l'honneur de votre ad^-

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Il roimstralion est sincère , je ne doute point que

» je ne trouve en tous un protecteur. s>

Cette citation, k laquelle- nous pourrions en ajouter d'autres , est une preuve assez évidentequ'aux yeux même de Cumberland le succès pouvait seul justifier une généreuse témérité* Les événe-* mens qui se passaient à Londres dans les entrefaites renvoyaient bien loin toute ckance de succès. En arrivant k Madrid, Cumberland. trouva le ministre espagnol inforiâé de toute rUstoire^du rassemblement tumultueux connu sous le nom de rassemblement de lord Georges Gordon (i)« Comme tous les étrangers , le comte de Florida-Blanca vit dans un tumulte populaire la^ chute du ministère et même de la mouarcbie britannique (2). Une négociation délicate sous toute espèce de rapports , et entamée sous de semblables auspices , ne présentait pas une issue heureuse : M. Cumberland f il ce qu'il parait ; n'en désespéra cepen-» dant pas. Ayant obtenu, ou plutôt arraché par importunité la permission du ministère britannique, il résida k Madrid , ne n^ligeant rien pour rappro-* cher des ministres qui ne paraissent pas avoir jamais eu l'espérance sérieuse ou l'intention de faire la paix.

Enfin, le 18 janvier 1781, M. Cumberland reçut l'ordre exprès de revenir en Angleterre. La cession de Gibraltar fut ce qui motiva cet ordre. M. Cumberland croyait que les Espagnols ne par-

(1) Lurd Georn^ Gordoa ^tait t« 'chef de la grande assodatioa antiH:athoIiquedei78o. Oa vttpkis de 20,000 bommes rassemblés aux cris d'à has Us papistes y menacer la cliamkre des commîmes oh. il était question d'adoucir les lois pénales contre les catlioliques.

Les chapelles da culte proscrit furent brûlées , les maisons pil** lées, etc. On ne saurait croire comHen le peuple anglais est fa* natique edeore aujourd'hui, soutenu par Tintolérance du clergé anglican. — Eb^

(a) Mémoires de Cumberland , vol. II, p. 18.

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laient de cette cession que comme d'une matière de forme, et que si on lui avait permis de se prêter à cette forme d'étiquette , il aurait pu réussir à conclure un traité séparé ayec l'Espagne» 'Nous ne pouvons partager cette opinion. L'Es* pague rassemblait, en ce moment/ toutes ses forces pour attaquer Gibraltar : elle regardait naturellement son honneur engagé à reconquérir cette place importante. La France entrait dans ses vues, et lui promettait la coopération la plus puis* santé; il n'était donc pas probable que la cour de Madrid eût sacrifié l'espérance de Reconquérir Gibraltar , à aucun traité qui n'en stipulerait pas la restitution.

Cependant , comme M. Cumberland agissait de très-bonne foi et ayec un zèle auquel on n'avait d'autre reproche à faire que son excès , le lecteur ne peut guère s'attendre , malgré les cireurs que nous venons de signaler , à l'indigne traitement qu'il reçut. Cumberland affirme , et nous devons le croire , qu'en partant pour cette mission , il reçut mille livres sterling, et qu'on l'assura positivement , au ministère , que toutes les lettres de change qu'il tirerait sur son banquier seraient immédiatement remboursées par la trésorerie. U déclare , que , malgré cette assurance positive , donnée pour une somme très-considérable laissée à sa discrétion, le gouvernement n'a jamais remboursé un penny des sommes que ses banquiers avaient avancées, et qu'il a été obligé de les acquitter de ses propres deniers , toutes ses réclamations et toutes ses représentations n'ayant eu aucun succès.

Quoi que l'on puisse penser de la prudence politique de Cumberland en ne se conformant pas

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strictement à sa mission , et de son caractère trop confiant, qui entrevoyait une issue , heureuse à une négociation désespérée , il n^en est pas. moins vrai qu'on lui avait permis de rester à Madrid en qualité d'agent d'Angleterre ) qu'il était reconnu comme tel par le ministère; qu'il corres{>ondait constamment' avec le secrétaire' d'état , qu'il en reçut l'ordre de continuer de résider à Madrid, et ensuite celui de- quitter cette capitale. U n'y avait donc ni justice ni humanité à. refuser de payer ses mandats, et à le laisser dans un état de pénurie et d'embarras tel , qu'ayant cru ne devoir pas accepter l'offre du roi d^Ëspagne , de le défrayer de son voyage , l'envoyé de l'Angleterre se fût trouvé en état de banqueroute sans l'assistance généreuse d un ami. qui lui prêta 5oo livres sterl. La balance de son compte s'élevait à une somme considérable; elle était de 45oo liv* sterl. On pensera peut-être que Cumberland n'était ostensiblement à Madrid que comme un particulier qui voyageait pour sa santé, et que son établissement aurait pu n'être pas dispendieux, ou au moins n'aurait pas dû Ûêtre. Mais il avait avec lui sa femme et ses filles; et il faut convenir qu'un homme qui, par la nature de sa mission, était nécessairement en relation avec les ministres d'Espagne, ne pouvait vi-^e sans une espèce d'éclat. Il avait droit au moins aux commodités et auxagrémens de la vie. D'ailleurs, on lui avait donné beaucoup de lajtîtude pour les dépenses secrètes, sur une somme que l'on devait tenir à sa disposition. La. vérité est que> sous, l'administration de lord North , on jugeait une somme de mille- livres suffisante pour une négociation qui i»'q.vait pas réussi;, et comrâe Gumberl^ad s'était.,

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en quelque sorte , rendiL responsable de l'événement, les mêmes ministres qui, sans aucun doute ^ n'auraient pas fait difficulté d^'ayouer le résultat de ses intrigues en cas de succès , jugèrent convenable de ies désavouer parce qu!elies avaient échoué*.

Pour faire face aux pertes inattendues qu'il éprouvait, Cumberland fut oblige de vendre sts biens patrimoniaux dans un moment peu favorable et où ils n'avaient point de valeur. Peu de temps après , on supprima plusieurs places dans les diverses administrations , et celle de secrétaire du bureau du. commerce n'échappa pas t l'économie inexorable de Burke.

Cumberlan4 n'eut en indemnité que la moitié des émolumeus attachés k la place. Forcé de renoncer à la carrière politique, il prit la sage résolution de qiiitter sa maison de Londres , d'aller s'établir y avec sa famille, à Tuubridge, oii il a passé le reste de sa vie dans la retraite , sans renoncer cependant à recevoir ses amis , qui trouvaient chez lui une agréable hospitalité.

Le roi d'Espagne avait donné à Cumberland une permission expresse de voir les tableaux de i'Escurial , dont il a publié un catalogue , précédé d^ anecdotes sur les peintres célèbres dEspagne. Ce fut le' principal fruit qu'il retira de son voyage. Il faut toutefois y ajouter la charmante Histoire de Nicolas Pedrosa, excellente imitation de Lesage , et qui parut dans le CoU'naisseur, ouvragé* périodique dont Cumberland ét^it éditeur , et qui avait eu beaucoup de succès. C'était une de ces entreprises littéraires dans lesquelles la connaissance des hommes et des mœurs donne à un auteur de grands ayantages

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poor britler. Cette connaissance du monde, le goût et le savoir de Cumberland, assuraient le succès d'un ouTrage de ce genre ; et le Cou" naiêSêur est encore lu avec intérêt pai* les hommes do monde et par les hommes instruits. Le littérateur ne peut manquer d'être profondément intéressé par la dissertation curieuse qu'il trouve dans le Connaisêeur, sur les premières tragédies grecques. Gumberland a reconnu que les notes ae son grand-père Bentley lui avaient été d'un grand secours. Richard Bentley , son fils, auteur de la comédie ou farce intitulée les Souhaits, moins connu que son père , a été encore plus utile k l'éditeur du Connaisseur dans cette dissertation.

Ce savant ingénieux, mais am peu singulier, ' était l'ami d'Horace Walpole , qui , comme s'en plaint avec justice son neveu Gumberland, abusait des droits de l'hospitalité. L'humour de la pièce des Souhaits n'était pas à la portée d'un public vulgaire. C'était une critique de la xontexture absurde de l'ancienne tragédie , et du stoïcisme particulier des chœurs, qui étaient censés des spectateurs tirant des atrocités dont ils étaient témoins des leçons morales sur la justice des dieux , mais qui n'auraient pas fait un pas pour les prévenir. Afin de faire sentir le ridicule de cette absurdité, on vient dire au chœur des Souhaits qu'un fou est descendu dans les caves , une torche à la main, pour mettre le feu à un magasin à poudre ; sur quoi , au lie u de prendre les moyens de l'en empêcher, ou ceux d'échapper au danger dont ils sont menacés , les spectateurs commencent leurs lamentations en strophes et en antistrophes sur le malheur de leur position, et

CtIMBERLAND. iSg

léursr exclamations contre le trois fois malheureux fou ^ ou plutôt ses trois fois mal^* heureux par eus , qui n'ont pris aucune mesure pour s'assurer de lui, ou plutôt sur leur six fois malheureux sort à eux-mêmes , exposés qu'ils sont à la fureur d'un fou. Tout cela, est très-plaisant pour ceux qui se rappellent le stoïcisme des chœurs dans les tragédies * d'Escbjle et d'Euripide, et leurs froids commentaires sur les horreurs corn* mises sous leurs yeux; mais cela pouvait paraître un peu extraordinaire à la généralité des spectateurs anglais. La pièce néanmoins fut bien reçue jusqu'à l'incident extravagant d'Arlequin , que l'on pend sur le théâtre. L'auteur en sentit si bien l'absurdité, que, pendant l'exécution, il dit à l'oreille à son neveu Cumberland : u S'ils ne » sifflent pas celle-ci, ils méritent d'aller à tous » les diables. » Comme il disait cela , le public jugea de manière à ne pas encourir la peine prononcée par l'auteur , et le sort de la pièce fiit décidé. Il serait bien âi souhaiter que cette pièce singulière fût imprimée.

Cette digression sur Richard Bentley nous a un peu écartés denotrebut; nous avions seulement voulu remarquer qu'il avait traduit, pour son neveu Cumberland, les morceaux ^es auteurs dramatiques grecs que l'on a admirés dans le Connaisseur, Cumberland réclame cependant, comme lui appartenant uniquement , la traduction des Nuées d'Aristophane, qui fut depuis insérée dans ce journal.

Les personnages modernes' introduits dans le Connaisseur sont de Cumberland. Il nous apprend que celui du bienfaisant Israélite, Abraham Abrahams , fut composé dans le but de détruire Us

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préjugés contre uue race persécutée. Il donna suite à cette intention bienveillante dans une comédie qui a eu du succès, intitulée le Juif* Le caractère de Shéya , . réunissant à une parcimonie d'habitude une philanthropie naturelle , fut composé pour le théâtre, dans le même esprit que celui d'Abrahams, et fut admirablement joué par Jack Bannister. Les' journaux du temps ont fait honneur aux juifs d'avoir envoyé à l'auteur des preuves non stériles de leur gratitude. Dans sts Mémoires , Gumberland ne déguise point son désir qu'ils lui eussent donné une marque de la reconnaissance qu'il pensait lui être due. Il nous semble que l'auteur du Comte Fathom avait un droit antérieur pour le caractère qu'il avait tracé de Josué dans son roman. Nous ajouterons que- nous ne sommes pas surpris que les personnes en question aient envisagé un portrait dans lequel elles étaient tout autant un objet de plaisanterie- que d'intérêt , comme quelque chose qui pouvait passer aussi-bien pour une insulte que pour un compliment.^ Nous croyons , (f^ant à nous , que dans la classe riche des co-religionnaires de Shéva et d'Abrahams, on en trouverait peu de disposés à reconnaître dans ces. d£ux caractères des portraits ressem* blans..

Dans sa retraite à Tunbridge, travaillant au sein de sa famille, faisant du salon son cabinet d'étude , Gumberland avait composé un assez grand nombre de pièces de théâtre , dont il semble que lui-même avait presque oublié les noms , et qui- sont bien^ peu connues de nos jours. Nous en avons fait une liste , ainsi que de i^s autres, ouvrages,, d'agrès l!inder de se*

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Mémaires. Plusieurs de ses pièces eurent du succès y plusieurs autres n'en eurent aucun ', et beaucoup n'ont pas été jouées. L'auteur paVaît n'avoir jamais été découragé ni fatigué. U Arabe , les Wallons , et beaucoup d'autres ouvrages dramatiques de Gumberland ; sont oubliés^ mais le caractère de Penruddock y dans la Roue de For' tune (i) , bien conçu en lui-même; admirablement bien rendu par Kemble dans l'origine , et depuis par Charles Young , est toujours applaudi. La Carmélite (a), tragédie conduite régulièrement^ eut beaucoup de succès^ parce que l'inimitable Siddous joua le rôle de la dame de Saint-Valois y et Kemble celui de Montgomery. Mais l'intrigue a le défaut que l'on peut reprocher à beaucoup de pièces de Gumberland ; elle manque d'originalité. Elle rappelle involon* taircment Douglas ; et il y a dans le dialogue plus de goût que de génie. Le style vaut mieux que les sentimeus ; mais la grâce de l'un ne suffît pas toujours pour suppléer à la nouveauté qui manque aux autres. I^s Frères (3), le Créole (4) , et la Roue de Fortune (5) , sont des pièces toujours jouées avec succès j et un très^ bon juge nous assure que le premier Amour (6) ^ que nous n'avons pas vu représenter , est une excellente comédie encbre au répertoire de Londres. Nous devons croire que le théâtre était le genre de littérature favori de Gumberland, car c'était le but auquel il visait sans cesse ^ quoiqu'il le

(l) The fFheel qf Fortune (â) Tht Carmelit*. *

(3) TAe Brothers.

(4) The H^est-Indiaiu

(5) The ITheel of Foiiune, ^6) Fil jl loye.

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manquât sonrent et que des cbutes répéta fissent oublier de vëritables succès. Il a composé plus de cinquante pièces de thékiref et quelquefois les prières et les flatteries étaient nécessaires pour obtenir de les faire jouer. Dans ces occasions, la tradition des foyers dit que le poète Tétéran prodiguait sans hésiter ses complîmens aux comédiens qui devaient jouer dans une de sts pièces, aux dépens de la compagnie rivale, qui recevait k son tour le même tribut quand la réception d'une nouvelle pièce lui rendait les bonnes grâces de Fauteur.

Ou dit encore que lorsqu'un assez grand nombre d'auteurs dramatiques se réunirent pour porter plainte au lord chancelier , contre M. Shéridan , alors directeur du the'âtre de Drary-Lane , il empêcha M. Cumberland de se joindre à la confédération y en lui ofirant de faire jouer celk de ses pièces manuscrites qu'il voudrait. Le choix n'était pas une tâche facile pour un auteur a qui tous ses enfans étaient également chersi. Après beaucoup d'hésitations, il se décida k s'en rapporter au sort : il porta au directeur la pièce qu'il avait prise au hasard , dans plus de doute manuscrits qui étaient sous sa main ^ sans lire le titre.

Si Cumberland avait pour ses productions une tendresse paternelle, il faut convenir qu'il avaitr aussi le courage de se soumettre sans murmurer aux jugemens du public : « J'ai eu ma. » bonne part de succès , mais je crois que j'ai » bien payé ma taxe sur ces succès, dit-il gaie- » ment , et cela sans me révolter , presque tou- » jours même saus murmurer. Je n'ai jamais » irrité le public par une résistance opiniâtre â

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» ses jugemen» , quand ils n'étaient'- pas fayon^ râbles ii mes productions. Je n'ai jamais manqué i> de me retirer^ du moment qu'il me notifiait » que je n'étais pas bienvenu. La seule cbose » dont j'aie été coupable est de n'avoir pas jugé » un ouvrage plus mauvais , seulement parce que » le public n'en pensait pas bien (i). n

Melpomèhe et Thalie ne furent pas les uniques objets du culte de Cumberland; la Muse sacrée eut aussi ses offrandes. Il entreprit , dans son poème du Calt^aire (2) , un sujet trop imposant et trop terrible pour être traité en vers ^ quel qu'ait été le succès de Klopstock (3). Il composa aussi ^ conjointement avec sir James Bland Burgess y auteur de Richard Cœur^de-Lion et de quelques autres ouvrages, un poème épique fondé sur l'histoire sainte. Le Caluaire occasiona à son auteur une perte de cent livres sterling , qui le gêna , et VExode n'eut pas un grand succès.

M. Richard Sharpe ; chéri pour sts vertus , estimé pour ses connaissances étendues et sa grice naturelle , a rendu un véritable service au' public en engageant M. Gumberland à écrire ses Mémoires. C'est, sans contredit, un des ouvrages, les plus agréables de l'auteur; ils donnent une idée très-exacte de ses talens, de ses sentimens et de son caractère \ ils contiennent aussi beaucoup d'aperçus intéressans sur le siècle dernier.. U est impossible de lire sans être vivement intéressé le tableau que fait Cuniberland du théâtre de Goodman's-Fields , où Garrick , dans la fleur de

(i) Mémoires de Camberland , vpl. I , p. a6^

(a) Calvarj.

(3) Dans le poème dvkMeui*.

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la jeunesse, et dans toute la verve de sou génie, bondissant p pour ainsi dire, sur la scène', dans le rôle de Lotharîo, livrait au ridicule le mari eomplaisant et le lourd Uoratio ; tandis que , dans ce dernier caractère, M. Quin offi'ait un contraste de l'ancienne action dramatique avec la moderne , par son costume et son jeu. Son air grave et solennel , sou habit vert foncé , couvert de broderies, ses bas roulés, ses souliers à hauts talons et à bouts carrés , une déclamation lente, monotone , accompagnée d'une sorte d'action plutôt faite pour le parlement que pour le théâtre, contrastaient d'une manière piquante avec le C05tame élégant et le jeu animé de Garrick.

On trouve dans les Mémoires de Cumberland les caractères de plusieurs personnes distinguées-, dessinés avec beaucoup de talent, particulièrement ceux de Doddington , de lord Halifax , de lord Sackevilie, de Georges Selwyn , et quelques autres. On y remarque aussi quelques traits de satire et de ridicule , peut-être exagérés. Ces Mémoires n'auraient dû être publiés qu'après la mort de Cumberland : les ouvrages de ce genre se présentent de meilleure grâce quand l'auteur a disparu de la scène du monde. Mais, depuis la malheureuse négociation d'Espagne, M.. Cumberland avait toujours été dans un état de gêne dont un travail infatigable n'avait pu le tirer; et , dans ses Mémoires même , il fait l'aveu touchant que des circonstances auxquelles il faut quelquefois sacrifier la prudence et les bienséances, le forçaient de les publier de son vivant. La maison Lackington acheta l'ouvrage cinq ceuts livres sterling. L'édition in-4". fut bieutôt épuisée, et il en parut uoCin-S®.

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A un âge très-avancé , M. Cumberland eu- ' treprit un nouvel ouvrage périodique. La Reçue d'Edimbourg jouissait d'une grande réputation^ et la Ret^ue de T riment re (i) venait de paraître quand M. Cumberland se fit éditeur d'un journal périodique ^ auquel il donna le titre de Reuue de Londres (2), et qu'il conçut sur un plan neuf, en ce que tous les articles devaient être signés par leurs auteurs. 11 s'associa, pour collaborateurs , des hommes de beaucoup de talent \ mais , après deux ou trois numéros , il fut obligé d'y renoncer. Dans te fait, quoiqu'il j eût dans ce plan une apparence de franchise et de hardiesse que n'a pas une critique anonyme , il avait des inconvéniens que son auteur n'avait pas aperçus. Il est bien certain que personne ne croit que l'usage du pronom personnel, vous, garantit que les divers articles d'un journal périodique sont soumis à l'examen d'un comité de littérateurs , et que chaque article est le prqduit de leur sagesse réunie. Cependant , l'emploi de la première personne du pluriel est assez légitimé par l'usage établi dans tous les journaux organisés sur un plah sage , où tous les articles y quel qu'en soit l'auteur , sont revus par une per- ;$onne chargée de la rédaction ; ce qui est , pour le public, une meilleure garantie de la bonne foi des juges que si chaque article n'offrait que la responsabilité personnelle de celui qui l'a écrit. Une autre remarque plus imiportante est celle-ci : le caractère anonyme d'une critique périodique tend à donner aux discussions littéraires plus de liberté , et , en même temps , à adoucir les ani-

(1) Quarterlf R«»i$fff (a) london Rtvitw.

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mosités qu'elles pourraient faire naître; sous ce rapport, le langage usité dans les chambres dû parlement , et que , par cette raison y on nomme parlementaire , ressemble au style ordinaire des discussions littéraires. Un auteur > quelque séyère <[ue soit la critique d'un journal, ne peut guère, dans les cas ordinaires ^ y Toir autre chose qu'une question de littérature ; tandis qu'une attaque directe et immédiate contre l'écrivain pourrait tendre,' d'une part, à restreindre la libellé de la critique , en la soumettant à la direction d'une complaisante timidité, ou, de l'autre, à loi donner (ce qiii est au moins inutile) tm caractère d'audace et de personnalité contraire aux bienséances, et peut-être à la paix de la société. - D'ailleurs , la majorité des lecteurs souscrira toujours plutôt aux oracles sortis du sanctuaire mystérieux d'un corps invisible , qu'au jugement porté par un homme dont le nom de baptême et le nom de famille ne sonnent pas beaucoup mieux que ceux de l'auteur critiqué. Dans le far meux tribunal secret d'Allemagne , c'était l'invisibilité des juges qui rendait leur juridiction si terrible (i).

Gumberland a publié un si grand nombre d'ouvrages que, même après avoir fait une analyse rapide d'une faible partie, il nous reste encore à parler de ses romans; c'est cependant comme romancier qu'il a droit de figurer dans iH)tre recueil. Nous avons de lui : Arundel , Henri et John de Lancastre. Les deux premiers eurent un succès mérité 5 le dernier se

(l) Ce passage de sir Walter Scott a été oublié en France daof la discussion de la dernière loi sur la j»rMs« périodifoe* JaÎA 1828. — Ed.

CDMBERLAND. 167

ressentait ^e l'âge avance de son auteur^ et fut moins bien accueilli du public. II ne serait pas juste de parler de ce roman comme faisant partie des productions sur lesquelles reposera la réputation littéraire de Cumbcrland.

Il avait écrit à la bâte son premier roman. jirundel fut composé pendant un séjour de quelques semaines à Brightbelmstone (i), et envoyé a l'imprimeur feuiilç par feuille. On j aperçut , au premier coup d'œil ^ ce que Foa ti'ouve rarement dans les romans , la certitude ^ue l'auteur connaissait bieu \es écoles , les «ours et les usages de la baute société , et que les sujets sur lesquels il écrivait lui étaient &-miliers. Le style est facile et clair ^ les caractères bardiment tracés. En peignant les sentimens èiArundel, quittant sa société de l'université , et SQ$ études ; pour devenir secrétaire du comte ^e 6... y il se rappelait sans doute l'événement 4qai cbangea ses premières destinées. Mais il n'y a aucune raison de croire que les teintes «Hnbres du caractère du comte de G. trabissent l'intention de faire la satire de son iiation, car, dans ses Mémoires^ il peint lord Halifax sous dea couleurs beaucoup plus flatteuses.

Le succès d'un ouvrage qui lui aTait coûté si peu de peine l'engagea à en composer un |iutre ^ auquel il donna tous sts soins. Il prit pour modèle Fielding^ et mit deux ans à corriger et à polir le style de Henru Peut-être , après tout , ce roman n'a-t-il pas sur Afundel la supério^ rite à laquelle l'auteur aspirait. Il n'en serait pas moins injuste de refuser à Henri le mérite d'être un roman excellent. On y admire de belles

(l) Brightoii.'p-E».

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descriptions , et des détails curieax sur la yie des classes inférieures en Angleterre* Les paysans de Cumberland , peints d'après ceux du comté de Kent y au milieu desquels il passait sa vie à Tuiibridge^ peuvent être placés à côté des portraits de ce genre faits par les plus grands maîtres.

Le caractère d'Ézéchiel Daw €St si heureux que , quoique F idée lui en ait été suggérée par le caractère d'Abraham Adams{i), c'est encore un excellent original. Comme les méthodistes abhorrent 1 es arts frivoles , et méprisent peut-ècre les arts plus sérieux^ ils ont été sévèrement traités, comme on devait s'y attendre , par les auteurs dramatiques et par les romanciers , qui les représentent en général' comme des niais ou des hypocrites. Ce n'est pas Fopinîon que méritent un grand nombre , et peut-être le plus grand nombre de ces sectaires enthousiastes. U serait également injuste de croire que l'homme qui fait de la religion le grand objet de sa vie, est , par cette seule raison , un sot eu nn iaîposteur. Les professions^ù une piété scrupuleuse est de rigueur , sont incompatibles avec des mœurs vicieuses., et doivent en conséquence , généralement parlant , empêcher les . hommes de $e livrer secrètement à des actions qui , si elles venaient à être connues, leur feraient perdre lenr réputation. Ainsi, aux règles que la religion «t la morale imposent à tous les hommes, pour résister aux tentations qui les assiègent sans cesse, les méthodistes et les autres sectaires rigides ajoutent le frein de l'intérêt et d'une contrainte habituelle. Il faut encore considérer que celte

(i) Dans Joseph Andrew* d« FiaUiog. •--* £9.

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espèce de religion est singulièrement propre^ en s' adressant aux sentimens^ à faire impression sur des millions d'hommes ignorans y dcmt l'intelligence ne sentirait pas la force des raisonnemens des théologiens les plus habiles , et il n'est pas douteux que beaucoup d'enthousiastes , aussi simples qu'Ézéchiel Daw , qui. ont fait des efforts sincères et continuels pour convaincre des hommes ignorans l et opiniâtres ^ ont été des instrumens dont la Providence s'est servie pour retirer ces hommes d'un état dégradant et en faire des êtres raisonnables et dignes du nom de chrétiçns. Nous sommes donc d'opinion que le caractère d'Ézéchiel Daw^ qui nous montre le prédicateur méthodiste dans sa force et dans sa faiblesse^ actif et fer-* vent dans l'accomplissement de sa mission ^ simple y bien intentionné , et même absurde dans les affaires ordinaires de la vie^ est non-seulement un portrait bien peint ^ mais ressemblant.

Cumberland n'a pas toujours été heureux dans les incidens de la vie des classes du bas peuple qu'il décrit. Il lui fallait sans doute un effort pour renoncer à l'élégance naturelle de ses idées y eu voulant imiter les scènes de cette nature que l'on trouve dans Fielding. Il se trouvait dans la position d'un homme timide qui devient impudent en essayant de montrer de l'aisance, et en croyant n'être que gai : Cumberland nous choque dans sa description de Zach^rie Gawole et de sa femme.

Il se piquait surtout de bien entendre l'art de conduire un roman ^ et nous devons convenir que nous ne trouvons rien dans les. siens qui puisse justifier cette prétention. Son intrigue n'est ni plus habilement nouée ^ nî plus heureusement dé^

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