‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 50 sur 65 · CRAUVDRE DIEU ET GARDER SES COMMANDEMENS · texte numérisé non relu

CRAUVDRE DIEU ET GARDER SES COMMANDEMENS

<c Lorsque cet édifice fut construit, la mainte d'ceurre était si fort au-dessus de la valeur du « bois , que les parties des escaliers qui ne sont « pas en pierre , sont en bois de chêne plein ce au lieu de planches. Tel est celui qui conduit ce du second au faîte du château, d'où pendant Il les beaux jours on découvre les cathédrales « d'York et de Lincoln.

u Ce second étage est le plus intéressant ; (( Marie en occupait presque tous les apparte- <c temens. Elle y tenait sa cour y les meubles (( sont encore ceux qui y étaient du temps de « cette reine infortunée. La salie d'audience est a d'une élévation peu ordinaire, et frappe d'abord c( par sa grandeur; mais bientôt les malheurs <t de l'illustre victime appellent seuls votre émo- « tion et vos respects (i). »

Le contraste de ces deUx descriptions prouve assez que mistress Radclifie savait tout aussi bien copier la nature , que composer d'imagination. Les tours d'Udolphe sont , sans proportion déterminée^ perdues dans les brouillards et les ténèbres ; les ruines de Hardcv\rick sont un tableau d'une touche large, hardie; le dessin en est plus exact, mais bien moins riche de couleur..

(i) Yojage en Hollande , sur la frontière occidentale de l'Allemagne , et les bprds du Rhin , auquel on a joint des observations pendant une excursion aux lacs des comtés de Lancaster, de Westmoreiand et de Cumberland ; par Anne RadcIilTe , £n-4^ , 1795, page 371. Ed.

j34 RADCLIFFE.

Il est assez siogalier que les plus belles descriptions que l'oD trouTe dans les romans de mistress Raddiflè , fondées sur des matériaux fournis par les voyageurs^ aient (du moins selon nous) un air de tableau de fantaisie; cependant la plupart de ses contemporains les ont prises pour des descriptions réelles de ce qu'elle avait vu. Les éditeurs de la Revue <P Edimbourg ont publié que H. et mistress Radclifie avaient voyagé en Italie, que M. RadcliflTe avait été attaché à une àt% ambassades anglaises dans cette contrée, et que c'était là que mistress Radcliffe avait pris le goût des cbàteaux en ruines, des sites pittoresques, des anecdotes mystérieuses et terribles que la tradition raconte de ses anciens halMtans. Le fait est cependant que mistress Radcliffe n'avait jamais vu l'Italie; mais nous avons de]à dit qu'elle avait profité des magnifiques vues des bords du Rbin qu'elle avait parcourus en 1793, et des ruines des cbâteaux construits dans les temps de la féodalité qu'on y rencontre presque à chaque pas. L'inexactitude du crîtique n'est pas d'une grande importance, mais on a imprimé une erreur plus absurde en prétendant ^e mistress Radcliffe avait visité Haddon-House ; qu'elle avait insisté pour passer une nuit dans ce sombre manoir , qui lui inspira ce goût pour les demeures gothiques, les passages secrets et les murs en ruines , qui figurent si souvent dans ses descriptions. Nous nous sommes assuré que mistress Radcliffe n'avait jamais vu Haddon-House ; et quoique le lieu fût bien digne de son attention, et que très«probablement il aurait pu lui suggérer quelques-unes des idées dans lesquelles se complaisait son imagina- . tion, nous présumons que ce secours mécanique d'in-

vention , cette recette pour bien écrire; une nuit passée dans un yieux manoir démantelé; n'aurait eu d'autre avantage pour elle que celui de lui donner un rbume/ et qu'on lui a prêté bien gratuitement une affectation d'enthousiasme k laquelle mistress Hadcliffb eût dédaigné de recourir*

La chaleur d'imagination qui se fait remtrquer dans les ouvrages de mistress Radclifie suppose un goût naturel pour la poésie ; aussi des chansons , des sonnets , des pièces fugitives , viennentils distraire le lecteur dans ses romans. Ce n'est pas le lieu d'en faire la critique ; mais on peut remarquer que sa poésie décèle plutôt une imagination viye et riche qu'un goût pur et l'élégance des expressions^ ne se doutant pas qu'elle mai:quait de facilité y elle a essayé de plier la langue à un mètre nouveau , qui ne saurait convenir à l'anglais. La chanson du f^er luisant en est la preuye. Il faut dire encore que l'imagination de mistress Radcliffe l'entraîne quelquefois trop loin, et que si ellie ayait une idée claire et juste de ce qu''elle a voulu exprimer , elle n'a pas toujours réufsi k mettre le lecteur dans Bon secret. Quelquefois sa poésie offre le brillant coloris qui distingue sa prose , et a peut-être le défaut de ne pas rendre avec la précision désirable ridée de l'auteur.

L'invocation suivante k la mélancolie peat ètie présentée comme un échantillon de sont aient.

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