‹ Œuvres complètes, Volumes 9-10Chapitre 49 sur 65 · TOME X · texte numérisé non relu

TOME X

ai8 RADCLIFFE.

sont ordinairement enveloppées du mystère^ de même il règne pour ainsi dire sur ses paysages un Toile vaporeux qui adoucit les teintes de leur ensemble , et ajoute de rintérêt et de la dignité à certains détails. L'auteur obtient tous les effets qu'il voulait produii'e, mais sans présenter au lecteur aucune image précise et exacte* C'est ce que l'on peut dire de la belle description du château d'Udolphe , quand Emilie en approche pour la première fois. C'est certainement le sujet d'un beau tableau, mais supposons que six artistes l'entreprennent , il est très-probable qu'ils feraient six tableaux différens. Cette description , quoiqu'un peu longue , est si belle que nous n'hésitons pas à la transcrire.

<( Vers la chute du jour, la route tourna dans ce une vallée profonde, environnée presque de « tous côtés par des montagnes qui paraissaient « inaccessibles. *A l'est , une échappée de vue « montrait les Apennins dans toute leur sombre « horreur. La longue perspective de leurs som- « mets s'élevant les uns sur les autres, et leurs c( flancs garnis de noirs sapins , présentaient une <( image de grandeur plus noble qu'aucune de « celles qu'eût encore vues Emilie. Le soleil « venait de disparaître des cimes de la mon- (( tagne dont l'ombre agrandie s'étendait sur la (( vallée 3 mais ses rayons obliques , perçant (( encore à travers quelques rochers escarpés, u donnaient une teinte dorée aux sommets des f( arbres qui couvraient les monts opposés, et bril- « laient de tout leur éclat sur les tours d'nn « château dont les vastes remparts s'élevaient « le long d^n précipice. La splendeur de ces « objets était encore augmentée par le Contraste

<( des ombres qui commençaient a envelopper la « vallée.

« — Voilà Udolphe, dît Montoni^ qui avait ¥. gardé le silence depuis plusieurs heures.

« Emilie regarda avec une sorte d'effroi le <( château , quand elle sut que c'était celui de « Montoni. Quoiqu'il fût en ce moment ' éclairé a par le soleil couchant^ la gothique magnificence « de l'architecture , et les vieilles tours de pierre (( grise , en faisaient un édifice imposant et « sombre. Bientôt la lumière s'affaiblit^ et ne (c répandit plus qu'une teinte de pourpre qui s'ef- <( fa ça par degrés , à mesure que la vapeur (( légère gagna les montagnes , tandis que les « créneaux du château étaient encore éclairés par (( les derniers rayons du soleil ; mais enfin tout a ce vaste édifice fut enveloppé dans les ténèbres c( solennelles d'une nuit silencieuse et sublime^ a il semblait être le monarque de la contrée ^ (( et défier tous ceux qui oseraient troubler son. a règne solitaire. L'obscurité croissante rendait « le château de plus en plus majestueux ; Emilie « ne cessa de le regarder que lorsqu'elle ne dis- <( tingua plus que ses tours au-dessus des bois a épais à l'ombre desquels les voitures commen- « çaient à monter.

(( Cette noire forêt réveilla dans son âme des <( images de terreur ; elle s'attendait à tout mo- (( ment à voir paraître des bandits^ enfin Jes c( voitures roulèrent sur un chemin couvert de « bruyères , et atteignirent bientôt les portes du a château. Le son lugubre de la cloche qui <( annonça leur approche augmenta l'cffcoi d'Ë- H mi lie. Pendant que l'on attendait le dome^- M tique qui venait ouvrir les portes, elle regar-

(c daît l'ëdifice ; mais l'obscurité ne lui permit « guère que de reconnaître une partie des muet railles épaisses , et de deviner sa vaste et (( redoutable solitude. La première porte qui « conduisait dans les cours était d'une dimension ic gigantesque et flanquée de deux tours suru montées de tourelles crénelées ; au lieu de M bannières , on y voyait flotter de longues herbes « et des plantes sauvages qui avaient pris racine (( entre les pierres disjointes^ et qui semblaient « ne croître qu'à regret au milieu de la d^ola- « tion cjui les environnait. Les tours étaient unies <( par une courtine percée de meurtrières , et sous c( laquelle on voyait l'arceau d'une posante herse. c( Les murs des remparts communiquaient à c( d'autres tours et bordaient le précipice. Ces (( murailles , presque en ruines , encore éclairées (( par la lueur mourante du couchant , attestaient a les ravages de la guerre. Au-delà , tout était « perdu dans l'obscurité. »

Nous croyons qu'il est intéressant de comparer ce tableau d'imagination avec l'exactitude que mistress Badclifie a mise dans la description de Uardewick , où elle a copié la nature. L'opinion du lecteur sera probablement que , si Udolphe est un tableau d'un bel effet, Hardewich est un portrait frappant de ressemblance.

« Apres avoir traversé un pays qui n'offre rien (( de remarquable^ arrêtons -nous un moment « pour parler de Hardewick, château du duc « de Devonshire, dans le comté de Derby (i), c( et autrefois la résidence du comte de Shrews- « bury y à qui Elisabeth confia la garde de

(i) Comté d'Angleterre ou sir WalterScott a condnit qiielqaMuns de ses héros. ( Peveril du. Pic, ) •• £]>.

c( Finfortuiiëe Marie ^ sa captive. Il est situé sur « une colline , à quelques milles sur la gauche " ce de la route de Mansfield à Therstesfield ; on c( j arrive par des avenues couvertes ^ qui en ce dérobent la vue jusqu'à ce que Ton soit aux (c confins du parc. Trois tours de pierre grisâtre <i s'élèvent avec majesté au milieu de bois ance tiques ^ et leurs sommets semblent couverts de c( fragmens de créneaux, que l'on découvre c( bientôt être parfaitement travaillés li jour, et c( dans lesquels se trouvent les lettres initiales c( E. S. , surmontées d'une couronne , et attestant ce la vanité d'Élbabeth, comtesse de Shrewsbury, « qui a fait construire le château. Les grands ce traits de cet édifice pittoresque se découvrent ce entre les bois majestueux et sur les pelouses il du parc , d'où l'on aperçoit de temps en temps ee les montagnes du comté de Derby.

ee Les voûtes de feuillage qui voilent Elfrida , ce et celles de Hardewick , voilèrent autrefois ce des formes plus gracieuses encore que la création ce idéale du poète , et conspirèrent à une destinée ce plus tragique que celle dont Harewood fut ce témoin.

ee En face des grandes portes de la cour du ce château, le terrain planté de vieux chênes ee j^abaisse tout d'un coup, et l'on trouve une ce sombre clairière qui s'ouvre sur la vallée de ce Scardale , bornée par les montagnes agrestes ce du Peak (Pic). Immédiatement à gauche du ce château habité, epielques ruines de l'ancien ce manoir , couvertes d'une riche draperie de ce lierre , donnent au paysage un intérêt que ce prolonge la construction historique du château ce moderne. Nous suivîmes , non sans émotion ,

(( l'allée que Marie avait si souvent parcourue ^ « et nous arriTâmes aux portes du grand yesti- (( tibule^ dont le silence et la sombre solitude c( étaient en harmonie avec le caractère du ta- (( bleau général. Les larges fenêtres ne laissaient « entrer qu'un demi-jour , sufi&sant pour dis- (( tinguer les' grandes figures de la tapisserie <( au-dessus des boiseries en chêne; une colonce nade du même bois supporte une galerie suce périeure , et deux bois gigantesques d'élan s'éc( panouissent entre les fenêti-es vis-à-vis de c( rentrée. L'arrivée de Marie ^ ses sensations en c( entrant dans ce séjour^ se représentèrent inc( volontairement à mon esprit; le bruit des chec( vaux et de plusieurs voix dans la cour; son ce regard fier , mais doux et mélancolique , lorsc( que , conduite par le lord Keeper (le lord c( garde du grand sceau) , elle traversa le vesc< tibule ; l'air obséquieux , mais vigilant et inc( quiet de ce geôlier , quand ^ frappé de sa beauté ce et de sa dignité y il se rappelle les terreurs c( de sa rivale ; le silence .et l'inquiétude des (( dames d'honneur, et l'air affairé des officiers c< et àes serviteurs.

ce Du vestibule, pn monte à la galerie d'une ce petite chapelle, dans laquelle ou voit encore ce les fauteuils et les coussins qui servaient à ce Marie; de là, on passe au premier étage, ce où un seul appartement présente des traces ce de son emprisonnement , le lit, les fauteuils ce et la tapisserie ayant été brodés par elle. Les ce figures de la tapisserie ont une explication auee dessus , et ayant été conservées très-soigneuec sèment, elles ont encore de la fraîcheur.

ee Sur la cheminée d'une salle à manger voi-

RADCLIFFE. aaS

(( sine , a- laquelle on a ajouté des meubles moc( dernes, ainsi que dans les autres appartemens , « on lit l'inscription suivante , gravée en Lois :

Voici le grand précepte :

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