CHARLES-ROBERT MATURIN
CvAius-RoBERT MiTUAiK (i) descendait d'une famille française de réfugies protestans^ dont Thistoire offre 9 dit-on , plusieurs particularités trèsromanesques. Son père exerça long-temps un emploi lucratif et honorable* Après avoir terminé st$ études élémentaires , le jeune Robert fut admis au collège de la Trinité à Dublin ^ sa TÎUe natale y où il se distingua par ses progrès rapides dans les belles-lettres^ et par ses compositions, qui obtinrent plusieurs fois des prix* On le citait cependant comme un jeune homme mélancolique et plus indolent que remarquable par son esprit. Un grand besoin d'émotions tendres le rendit de bonne heure amoureux; et dès qu'il put disposer de lui-même, 11 épousa celle qu'il aimait depuis l'enfance , Henriette Rihgsbtirg,
(i)' Cette notice sur le révérend Maturinest extraite des arlidei insérét par Fauteur dan* le» revues anglaises. — ËD.
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sœur de l'archidiacre de Killala, et petite-fille de ce docteur Kingsburg qui^ selon la tradition , recueillit les dernières paroles de Swift ^ ayant la perte de sa raison. Bientôt père de plusieurs enfanSy il ne tarda pas à éprouver les privations les plus cruelles lorsque son père perdit la place qu'il avait remplie avec honneur pendant quarante-jept ans*
M. Maturin était dans les ordres , et suppléait dans son ministère un curé desservant {^curate) de Dublin : les appointemens d'un si mince emploi ne furent plus suffisans au fils d'un homme qui se retirait de %t% fonctions^ sans fortune. M. Maturin prit des écoliers chez lui , et forma une espèce de pension. Cet établissement réussit, mais il eut l'imprudente générosité de répondre pour un ami^ qui prit la fuite et laissa à ses cautions le soia de payer ses dettes. Par suite de cette aflfaire , M. Maturin fut obligé de céder ou d'abandonner sa pension , sans autre ressource que sa plume. Ce fut alors qu'il publia successivement la Famille Montorio ou la Fatale Vengeance , le' Jeune Irlandais et Conal ou le Milésien. 11 avait déjà composé Bertrcun lorsqu'il était instituteur , et les succès de M. Shîei (i) sur le théâtre de Dublin l'encouragèrent à présenter sa pièce au directeur de Crow-Sheet : mais elle fut refusée en i8i4*
M. Maturin se rendit à Londres , y fut présenté à lord Byron (2) qui était membre du comité de Drury-Lane; le crédit du noble lord fit
(i) Antear à'Eiwdaey d*JJélaidi , etc. Yoyes |e Foyagê hist»» riqut) et littéraire en Angleterre et en Ecosse. — Tr.
(2) Par sir Waller Scott lui-même alors à Londres^ et 4 qui M. Maturin s'adressa , ayant sa que le romancier écossais avait parlé avec éloges de Ut Famille Montorio. — > Ë».
jouer Bertram dans le mois de mai 181 6. Kean produisit un effet prodigieux dans le rôle principal /et la pièce , louée ou critiquée ayec une égale chaleur, eut un succès comparable à celui du Pizarre de Shéridan»
Sur la demande particulière de Kean, M. Maturin composa la tragédie de Manuel y qui ne répondit pas à l'attente générale. Frédolpho n'eut pas un sort plus heureux. Le roman de Pour et Contre ou les Femmes , celui de Melmoth , et dernièrement les Albigeois^ ont prouvé que malgré le succès de Bertram, malgré le poème de l'Uni" vers, riche de pensées graves et souvent sublimes, M. Maturin était plutôt destiné à être le rival de Godwin et de mistress Radcliffe, que poète et écrivain dramatique. Ses Sermons (i) n'ont même réussi qu'à la faveur du bruit qu'avaient fait Melmoth et Pour et Contre* On. y trouve cependant les élans d'une éloquence remarquable et la morale la plus sévère exprimée dans le style le plus noble -et le plus élégant , lorsque l'auteur consent à s'affranchir de ses irlandismes»
M. Maturin venait de publier les Albigeois , et vivait à Dublin généralement aimé et respecté, lorsqu'il est mort dans le courant de janvier 187.5 (2). Tous ceux qui l'ont connu vantent ses mœurs douces et aimables. Jamais il ne laissait échapper une occasion, d'exprimer sa gratitude pour les auteurs qui avaient contribué à recommander ses ouvrages à l'attention du public. Bon père et bon époux, il y avait dans son caractère une insouciance qui était chez lui une
(i) Un vol. in-8 Ed
(a) II était aé en 1782. «- Ed;
aSbr MATORW.
grâce. On prëtend qu'il existait enfin an contrastesingulier entre le style général de ses compositions et ses goÂts particuliers» L& sorcier dont la^t. baguette évoque une yengeance infernale dans Montario ; Tinterprèle des fureurs de ce Bertram. si redouté ; le peintre du désespoir dans Us Femmes , était dans s<m intérieur et dans la vie réelle trop gai peut-être pour un prêtre, tirant vanité d'une jambe bien tournée , amoureux de la danse et de la musique , de la société des jeunes gens et des jeunes dames.
Uauteor d'une tragédie qui a réussi peut s'en &ire un titre de talent et de gloire dans une époque marquée eomme la nôtre par la déca* dènce générale de l'art dramatique (i). Les dé^ fauts de Bértram sont ceux d'un jeune auteur, ardent et sans expérience ; mais ses beautés sont incontestablMnent d'un ordre élevé* Le poète dramaiiqae qui est parvenu k ^iLciter la terreur et la pitié dans une foule rassemblée au théâtre^ pour y venir admirer des changemens k vue et des parades brillantes plutôt^ que pour pleurer ou frémir au spectacle des angoisses de la passion ; ce poète, dis-je, mérite que la critique s'occupe de lui. Ce n'est pas que déjà M. Maturin n'ait sacrifié , dans sa tragédie , à son goût pour les borreurs surnaturelles : mais ce goût est chez lui un instinct de génie ; car on peut dire de M. Matilrin qu'il n'est jamais si grand que lorsqu'il touche de plus près à l'extravagance. Nous croyons même devoir citer ici un retran-
(i) Cette partie de la critique des prodnctioiis da ri^énaà M. Maturin est datée de 1818 {Ed. rev. vol. 3o. ) Rien ii*a démenti , depuis ce jugement sur le théâtre anglais , quoique la plupart des poètes modernes , y compris Scott et Byron lui-même , aient adopta la forme dramatique pour une partie de leurs ouvrages. — Es.
MATUHIN- aSi
chement que la censure dramatique exigea de r^iuteur, et que nous regrettâmes beaucoup. Nous eu tenons la copie d'un ami et d'un admirateur de M. Maturin^ auquel celui-ci avait envoyé son manuscrit (i)« Bertram était représenté, dans ces vers supprimés , comme poussé à sts crimes par l'action directe d'un être invisible et malveillant. C'est le prieur qui parle
(( -^ du sombre chepolier de la forêt y ainsi nommé à cause de la couleur noire de son armure et de son casque^ dont jamais aucun mortel ne vit la visière baissée. U habite seul^ aucune créature terrestre ne vit près de lui , excepté le corbeau, dont la voix rauque retentit au-dessus de sa tour \ tout est flétri alentour y excepté les plantes humides qui couvrent de leurs feuilles verdâtres l'eau stagnante du fossé.
BSRTIUMt
(( J'irai frapper à sa porte, qui en sera ébranlée jusque dans ses gonds.